JOHN BARRY – Thunderball – Music from the Motion Picture – 60th Anniversary Expanded Edition (La-La Land Records)

On pourrait finir par croire que cette rubrique n’est allouée qu’à John Barry. Or, il n’en est rien. Juste un concours de circonstance en rapport avec de bienveillants éditeurs, qui semblent s’être donné le mot pour offrir aux fans du compositeur de nouvelles éditions à maintes bandes originales, renvoyant les précédents à la préhistoire.

Ayant conclus un deal avec MGM, détentrice des droits du catalogue United Artists (qui semble avoir échappé, du moins pour le son, à Amazon et Disney), La La Land Records, label spécialisé dans les belles rééditions depuis de très nombreuses années, s’est attelé à l’exhumation des soundtracks de l’agent 007 depuis un peu moins de 2 ans.

Les sorties se font au compte-goutte, les disques sont chers et limités, mais le plaisir de découvrir pour la première fois des BO dans leur intégralité et présentées chronologiquement est un pur bonheur dépassant très largement le simple artifice pour complétiste.

pochette originale de l’album vinyle paru en 1965

Le score de Thunderball est à l’image du film : totalement démesuré. Mais là où la dernière mission de James Bond signée par Terence Young peut donner l’impression d’un trop-plein de tout, sa bande-son prend une dimension toute autre.

Tandis que la bande originale de Goldfinger, précédente aventure de 007 qui définissait les codes de la saga, ne durait qu’une toute petite 40e de minutes, celle de Thunderball dépasse l’heure et demie ! Au-delà d’une simple démesure, soulignant bien que la « bondomania » n’a plus aucune limite budgétaire en 1965, c’est surtout le laboratoire d’expérimentation auquel John Barry a accès ici pour la première fois qui est totalement incroyable.

Sans exagération aucune, et en faisant bien-sûr abstraction des comédies musicales, on peut donc affirmer sans gêne que le score de Thunderball est la première vraie bande originale pharaonique de l’histoire du cinéma. Démesurée certes, mais sublime et sans concession.

Tel un orfèvre, Barry s’amuse sans limite à expérimenter des sons. Un exercice qu’il perpétuera les années suivantes avec You Only Live Twice, On Her Majesty’s Secret Service et Diamonds Are Forever, définitivement les 4 BO les plus réussies de l’histoire de la franchise. Passer à côté de l’acquisition du présent volume serait donc une lacune pour tout admirateur d’expérimentation sonore.

LA VIE, L’AMOUR… LES VACHES (CITY SLICKERS, Ron Underwood, 1990)

Mitch (Billy Cristal), Phil (Daniel Stern) et Ed (Bruno Kirby), trois amis approchant de la quarantaine, sont en pleine crise existentielle. Pour l’anniversaire du premier, ses deux potes ont l’idée de le convier à un séjour de deux semaines auquel ils se sont inscrits. But du voyage : conduire un troupeau de vaches du Nouveau-Mexique au Colorado. Mais les pieds-tendres vont rapidement réaliser que leur quinzaine de détente sera bien plus laborieuse qu’imaginée…

On se souvient tous d’une interview de Billy Cristal au moment de la sortie européenne de La vie, l’amour… les vaches, où le comédien découvrait, mort de rire, la traduction française du titre du film, il faut bien le dire totalement aux fraises. City Slickers, le nom original, que l’on pourrait simplement traduire par « Les citadins », est évidemment bien plus parlant et évite un mauvais amalgame avec une comédie potache, ce que le film de Ron Underwood n’est absolument pas.

Passé relativement inaperçu dans nos salles obscures à l’époque, le métrage trouvera son vrai public grâce à son exploitation en vidéoclub. En revoyant le film aujourd’hui, on est bien obligé de constater que City Slickers véhiculait, à une époque où la remise en question personnelle n’était pas légion, un joli message en filigrane, qui nous était passé au-dessus.

A travers les aventures rocambolesques de nos trois gaillards, c’est bel et bien un portrait clairvoyant bien qu’amusé de la crise de la quarantaine qui nous est dépeint ici, de la perte de repères au recentrage obligé que toute personne arrivant au milieu de son existence doit opérer afin de pouvoir, du mieux possible, atteindre une certaine sagesse.

Carton aux Etats-Unis, le film aura droit à une suite, L’or de Curly, également très sympathique, qui ne connaitra qu’une discrète exploitation cinéma durant l’été 1994 sur territoire francophone européen. Depuis, mis à part un DVD sorti chez Warner aux Etats-Unis (avec une vraie VF et les sous-titres idoines) à la grande époque du support physique, cette séquelle a totalement disparu des radars éditoriaux francophones. Un combo réunissant les deux métrages aurait d’ailleurs pu être une intéressante idée éditoriale…

Où voir le film ?

Spécialisé dans la réédition de films américains populaires des années 1980 et 90, l’éditeur Bubbel Pop’ reprend l’intégralité des bonus de l’édition MGM collector américaine (uniquement sur le Blu-ray) et y ajoute 2 modules produits à l’occasion de la sortie de ce petit coffret Blu-ray+DVD ainsi qu’un livret signé par Christophe Lemaire. A noter qu’une édition limitée, vendue exclusivement dans les magasins FNAC, contient en plus différents goodies (affiche, cartes postales, reproduction du dossier de presse, bandana).

DRIVER (THE DRIVER, Walter Hill, 1978)

A Los Angeles, un homme mystérieux et solitaire surnommé « le Cow-boy » (Ryan O’Neal) est celui que tous les gangsters s’arrachent. Passé maître dans l’art de semer la police en voiture lors de braquages à hauts risques, il s’associe au besoin les services d’une énigmatique et ténébreuse beauté (Isabelle Adjani), parfaite comme alibi. Bien décidé à le coffrer, un flic tenace (Bruce Dern) le traque sans relâche…

En revoyant The Driver, on a beaucoup de peine à se dire que ce film-là fut largement éreinté par la critique de l’époque de sa sortie. Epuré à l’extrême, scénarisé sur du papier à musique, porté par un casting imparable et suranné par son hypnotique bande originale, le deuxième long métrage de Walter Hill a tout d’un film parfait.

Certes, Walter Hill repique certains éléments du scénario qu’il avait écrit pour Guet-apens (1972). Il tentera d’ailleurs, sans y parvenir, de convaincre Steve McQueen de rejoindre le casting du film, mais ce dernier ne souhaite pas apparaître dans une œuvre où l’influence de Bullitt est palpable à chaque seconde. Tourné essentiellement de nuit avec maints problèmes de production, Driver est pourtant un métrage dont les inconvénients finiront par devenir des atouts majeurs.

Abonné aux personnages sympas dans des films jugés trop gentillets, Ryan O’Neal endosse mieux que personne ce personnage de chauffeur énigmatique et taiseux, en apparence tout doux tout miel mais qui, tel un félin, sait exactement à quel instant laisser jaillir ses pulsions. Le parfait miroir inversé en somme du flic qu’incarne lui aussi à la perfection Bruce Dern, crâneur qui ne peut s’empêcher de la ramener inutilement.

Premier et seul film intéressant dans la carrière américaine d’Isabelle Adjani, The Driver permet à l’actrice d’éviter le sempiternel rôle caricatural de la « french girl ». Mystérieuse à souhait, jouant sur la retenue et affichant une beauté froide sans égale, la Française, alors âgée de 23 ans seulement, offre une performance en forme de parfait alter ego féminin de Delon dans Le samouraï (1967).

Jouant avec les pare-brise de bagnoles comme la réflexion d’une arme blanche, utilisant comme personne des endroits peu reluisants de L.A. comme décor, s’amusant avec les perspectives dans d’interminables scènes où la caméra, immobile, se « contente » d’attendre l’arrivée des protagonistes, Walter Hill signait ici une œuvre de référence qui, avec le temps, allait grandement gagner en estime et inspirer les cinéastes contemporains. Définitivement le film injustement boudé des seventies.

Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »

Où voir le film ?

Sorti une première fois chez Studiocanal en 2015, Driver fut réédité fin 2022 dans une prestigieuse édition Steelbook 4K+Blu-ray. Epuisée, ladite édition a laissé place à un simple DVD peu compatible avec les standards actuels.

A noter que les versions 4K+Blu-ray et Blu-ray simple sont encore disponibles en Angleterre, avec des disques identiques en tous points. Il est également possible de dénicher sur différents sites de revente un Blu-ray paru dans différents pays (Australie/Allemagne/Italie/Norvège/Suède/Finlande) chez Universal il y a dix ans et qui contient, ô miracle, une version française et les sous-titres idoines.

Attention : évitez à tout prix un import US de The Driver : le film y est amputé, sur toutes les éditions disponibles outre-Atlantique, d’une scène essentielle entre Ryan O’Neal et Isabelle Adjani.

IN BED WITH MADONNA (MADONNA: TRUTH OR DARE, Alek Keshishian, 1991)

Lorsque le film In Bed with Madonna débarque sur les écrans en mai 1991, tout le monde s’attend à voir ce qui a été annoncé. A savoir une capture filmique de la tournée Blonde Ambition Tour, show pharaonique de la superstar, alors au top de sa carrière artistique.

On se souvient d’ailleurs très bien des spectateurs déconcertés, voire carrément mécontents, venant à la caisse des cinémas pendant la projection pour demander si on ne serait pas en train de leur diffuser le mauvais film. Considéré par beaucoup comme une « tromperie sur marchandise », notamment à cause de son titre européen mensonger, In Bed with Madonna ne laissa que peu de souvenirs autres que mitigés dans les mémoires.

En cause sans doute également, l’exploitation du film majoritairement en français dans nos salles, qui faisait carrément passer cette curiosité pour un véritable OVNI puisque, sauf erreur, il s’agit là de la seule tentative de doublage réel d’un documentaire musical. Comprendre : une VF identique celle d’un film de fiction et non, comme traditionnellement pour ce genre de produit, réalisé à l’aide d’une voix-off venant doubler, façon commentaire, le propos original.

Et il faut bien admettre que d’entendre Madonna doublée dans la langue de Molière par Maïk Darah, voix ultra-identifiable attitrée, entre autres, de Whoopi Goldberg et Courteney Cox, ça pique méchamment les oreilles ! (La VHS vendue quelque mois plus tard était d’ailleurs la première du marché à proposer, sur la même K7, le film en VF suivi de sa VOst).

Se risquer à revoir aujourd’hui Truth or Dare représentait donc un pari pas forcément risqué, mais au minimum hasardeux. Passé le cap d’une trentaine de secondes en VF, histoire de se bidonner un bon coup, le film prend une tout autre dimension quant visionné en VO et en gardant bien en tête qu’il s’agit d’un documentaire sur une tournée et non un simple concert filmé.

Stupeur donc de découvrir un film bon. Très bon même. Devenant presque accessoires, les très brève parties live (en couleurs) laisse place à une œuvre tournée dans un noir/blanc digne d’un film noir de la grande époque. Une réalisation de très bonne facture d’Alek Keshishian, jusque-là réalisateur de vidéoclips, propulsé metteur en scène du doc après le désistement d’un certain David Fincher.

L’ambivalence de l’ensemble, à la fois très contrôlé par Madonna, productrice du film, et de sa volonté de se montrer sans fard, très pro et proche de son personnel (comprendre : ses indispensables danseurs et son équipe technique totalement dévouée) tranche lucidement avec une provocation savamment orchestrée (Linda Lovelace, largement détrônée dans une séquence devenue culte, a dû en faire des crises de jalousie).

Au final, In Bed with Madonna pourrait presque passer pour une œuvre de fiction, tant tout ce qu’on y voit semble irréel. Que ce soit d’assister une séance de drague lourdingue de Madonna envers un Antonio Banderas qui ne sait plus comment se débarrasser de la superstar, pour le coup positionnée dans l’attitude d’une midinette adolescente, ou la manière dont elle clache Kevin Costner, présent car invité au concert mais peu convaincu, dès qu’il a tourné les talons.

Film unique dans l’histoire du cinéma, In Bed with Madonna mérite donc une relecture avec l’œil de 2025. Un œil habitué depuis bien malgré lui à toute forme d’intrusion voyeuriste orchestrée de l’intimité d’une personnalité.

Où voir le film ?

Disponible en combo Blu-ray+DVD+livret chez Bubbel Pop’. Contrairement à Recherche Susan désespérément, paru il y a quelques mois chez le même nouvel éditeur, le présent film est disponible pour un prix plus raisonnable, car vendu sans fioritures encombrantes.

Quatre longues interviews réalisées pour cette édition forment les bonus. Entre l’intervenant à côté de la plaque, celui qui n’a rien à dire et un qui s’écoute parler, on retiendra le discours d’Olivier Cachin. Très à l’aise, connaissant son sujet sur le bout des doigts et passionnant dans son exposé, l’ancien présentateur de RapLine est la vraie plus-value de ces suppléments.

Les personnes désireuses de (re)voir le Blonde Ambition Tour sont invités à se rendre sur Youtube, où il est possible de trouver, sans grande difficultés, des versions restaurées des deux laserdics parus respectivement à l’époque en France et au Japon. Donc avec deux captures distinctes du concert. De quoi plonger complètement dans ce spectacle, qui reste assurément la meilleure représentation scénique de la Madonne.

JOHN BARRY – On Her Majesty’s Secret Service : Music From the Motion Picture – Expanded Edition (La-La Land Records)

Pendant qu’Amazon, nouveau détenteur de la franchise 007, s’amuse à gommer tout connotation avec des armes à feu sur leurs nouveaux visuels, rendant la chose totalement incohérente (on n’avait pas vu plus ubuesque depuis l’affiche française de Pulp Fiction), le label La-La Land continue son exhumation des bandes originales de toutes les aventures passées de James Bond.

Après de premières salves en mode combo, les sorties sont désormais isolées et proposées uniquement via des canaux de ventes officiels (rendant leur acquisitions un peu plus complexe et toujours plus onéreuse). Mais quand on aime, on ne compte pas vraiment et il faut bien admettre que le travail effectué pour ces sorties écrase d’un revers de la main toutes les précédentes éditions.

Retour en arrière. En 1988, Capitol Records USA, détentrice du défunt label United Artists, sortait à la grande époque du CD l’intégralité des bandes originales existantes en mode copié/collé des vinyles originaux. Aucun bonus donc, mais des masters tout à fait honorables, exempts d’une quelconque remasterisation, donc fidèles aux mixages originaux.

L’année 2003 résonna comme une bénédiction pour les aficionados de John Barry, puisque de nouvelles versions restaurées, majoritairement augmentées de nombreux bonus, faisaient leur apparition dans nos bacs. Les disques étant proposé au « nice price » (comprendre : le « prix doux » généralement pratiqués par les maisons de disques sur le back catalogue), il était donc facile d’acquérir la collection complète sans se ruiner (sans parler du fait que ces versions, pressées à large échelle, se retrouvaient facilement dans les bacs de déstockages de nos échoppes).

pochette originale de l’album vinyle paru en 1969

On pensait le dossier clos, jusqu’au moment où des éditions pirates commencèrent à apparaitre sur différents sites de revente voilà une dizaine d’années. Proposant pour la première fois des versions complètes proposées dans l’ordre chronologique, ces bootlegs à la qualité étonnante laissait penser que d’autres plus officielles allaient émerger. Exactement ce qui est en train de se profiler, mois après mois, grâce à La La Land Records.

Tout n’est pas encore sorti, certains volumes sont déjà épuisés et les titres incriminés sont publiés au gré de pseudo anniversaires-alibis. Toujours est-il que le résultat est clairement à la hauteur des espérances, sans toutefois complètement justifier les prix exorbitants pratiqués par le label (une cinquantaine de franc pour un double-CD).

Tous les volumes sont de véritables malles à trésor, mais il paraissait logique de mettre l’accent sur celui consacré à On Her Majesty’s Secret Service, paru à la fin de l’été. Tout d’abord parce qu’il s’agit incontestablement de la meilleure partition de John Barry, mais aussi car cette dernière est sans doute la plus conséquente et donc, par déclinaison, jamais jusqu’ici publiée en intégralité.

Autre détail singulier : le disque sorti en 1969 a été créé à partir des bandes masters originales et non de copies de première génération faites pour le montage des albums (chose qui ne devrait jamais se produire – mon camarade David Hadzis pourrait vous en dire long sur ce sujet qu’il maitrise sur le bout des doigts). La conséquence majeure est que deux prises différentes furent utilisées pour le thème instrumental principal.

Il semblait donc impossible de parvenir à reconstituer le puzzle, puisque les bandes masters s’en trouvait amputées de certaines portions. Mais grâce à l’avancée technologique, la recréation de la version originale dudit thème, tel que l’on peut l’entendre dans le film, fut possible. Et ça claque sévère ! Un détail me direz-vous, mais quand on en est au stade d’un ultime rachat de cette indispensable BO, cette broutille devient essentielle.

On notera simplement, en micro-bémol, que cette édition ne reprend pas les versions françaises et allemandes de la chanson ringarde Do You Know How Christmas Trees Are Growns ?, utilisée dans les exploitations hexagonales et teutonnes du film. On chipote certes, mais à ce stade-là, on peut se le permettre.

LES RITES SEXUELS DU DIABLE (LOS RITOS SEXUALES DEL DIABLO, José Ramon Larraz, 1982)

Après la mort brutale de son frère, Carol (Vanessa Hidalgo) se rend en Angleterre chez sa belle-sœur Fiona (Helga Liné) avec son fiancé. Rapidement, elle découvre que cette dernière s’adonne à des pratiques de messes noires au sein d’une secte d’adorateurs du Diable…

Avec un titre pareillement racoleur, il y avait de quoi se méfier. Mais lorsqu’on s’aperçu que cette curieuse bobine espagnole, datant du début des années 1980, était paru sous la houlette d’Artus Films, l’envie de faire confiance à cet éditeur a le ligne éditoriale digne d’un parfait équilibriste passa au-dessus d’un quelconque a priori.

Premier constat : le travail d’équilibriste, consistant à mélanger les genres sans que la chose ne paraisse saugrenue, est autant applicable à Artus qu’au cinéaste José Ramon Larraz (Vampyres), tant le mix entre un érotisme graphique évident et une ambiance horrifique contemporaine, typique du cinéma ibérique de genre de l’époque, fait ici bon ménage.

De là à dire que Les rites sexuels du Diable est un cas d’école, il n’y a qu’un petit pas. On a beau chercher d’autre exemple de métrages ayant su surfer avec succès entre deux styles propres au cinéma bis, il semble en effet difficile de trouver plus représentatif que ce film de Larraz, pourtant considéré très injustement comme l’un de ses plus mauvais.

Restant encore à ce jour le seul réalisateur ayant une œuvre exclusivement destinée aux cinémas de quartier, mais dont un film s’est retrouvé en lice pour la Palme d’Or (Symptoms, 1974), Larraz parvient, au même titre que le britannique Pete Walker (dont Flagellations et Mortelles confessions, deux des meilleures bobines, sont également sortis chez Artus), à créer une ambiance hautement anxiogène avec peu de chose et des moyens ultra-réduits.

Tandis que toute l’intelligentsia culturelle sacralise l’exhumation miraculeuse du pourtant très moyen The Appointment de Lindsey C. Vickers (1981), la sortie du présent film de Larraz risque malheureusement de passer inaperçue en dehors du petit cercle d’aficionados d’un cinéma de genre qui parfois, comme ici, parvient à être plus qu’un simple produit d’exploitation périssable. A découvrir donc sans préjugé.

Où voir le film ?

Disponible en combo Blu-ray+DVD chez Artus Films. Présentant quelques défauts, la pellicule utilisée pour le transfert reste de très bonne tenue, avec un très bon rendu de la photographie originelle, donnant au film un aspect très 70s.

JASON BOURNE : L’HERITAGE (THE BOURNE LEGACY, Tony Gilroy, 2012)

Jason Bourne étant sur le point de mettre à jour Treatstone, un programme destiné à fabriquer des tueurs à la solde du gouvernement américain, les responsables de la CIA décident de mettre un terme à d’autres projets parallèles. Aaron Cross (Jeremy Renner), membre actif du protocole Outcome, se voit malencontreusement destiné à faire partie des dommages collatéraux. C’était sans compter sur la ténacité de cet agent ultra performant…

Les trois adaptations cinématographiques du personnage de Jason Bourne, né sous la plume de Robert Ludlum, ont été de tels succès qu’il ne fut guère étonnant d’apprendre qu’un nouvel opus serait mis en chantier par Universal. Mais au grand étonnement de tous, cette aventure, bien que reprenant le titre original du quatrième ouvrage de la saga littéraire (La Peur dans la Peau en français), se fera sans Matt Damon.

Un si petit détail ne devait, en tout logique, point freiner Hollywood à tenter ramener encore quelques deniers dans ses tiroir caisses. Par chance, la production a su confier l’entreprise à Tony Gilroy qui, outre avoir signé Michael Clayton en 2007, un excellent thriller avec George Clooney, est également un scénariste de talent (on lui doit les trois premiers Jason Bourne mais aussi l’adaptation de Jeux de Pouvoir de Kevin Mcdonald). Dès lors, il était clair que The Bourne Legacy tiendrait la longueur.

Malin, Gilroy reprend un stratagème déjà utilisé par le vétéran Irwin Allen pour Le Dernier Secret du Poséidon en 1979. A savoir que son film ne sera point une suite à La Vengeance dans la Peau (The Bourne Ultimatum, 2007), le dernier épisode en date, mais une aventure se déroulant en parallèle. Ainsi, l’arrivée d’Aaron Cross, sorte d’alter ego à Bourne issu d’un autre programme de la CIA, ne paraît point saugrenu pour le spectateur.

Certes parfaitement inutile, cette manœuvre aurait très bien pu voir le jour de manière indépendante. A savoir qu’Aaron Cross aurait sans doute su se trouver une identité sans Jason Bourne. Sauf que ce simple patronyme aura suffi, à l’évidence, à assurer une partie des recettes du présent métrage.

Alors, cet héritage est-il une arnaque ou pas ? Définitivement non. Pouvant aussi bien s’adresser aux aficionados de la première heure qu’aux néophytes, The Bourne Legacy parvient à se créer une existence à part entière. Il est donc tout à fait concevable de visionner le présent film sans avoir jamais eu connaissance jusque là de la moindre information sur le personnage de Jason Bourne. Ceci sans parler de la présence au générique de la sublime Rachel Weisz qui, à elle seule, justifierait presque le prix du ticket de cinéma…

Texte originellement publié dans la presse romande en septembre 2012.

Où voir le film ?

Disponible chez Universal en 4K, Blu-ray et DVD à l’unité ou en coffret intégrale accompagné des 4 autres métrages de la franchise.

UNE BATAILLE APRES L’AUTRE (ONE BATTLE AFTER ANOTHER, Paul Thomas Anderson, 2025)

Oui, oui votre honneur, je m’étais promis de ne parler ici que de choses que je pourrais recommander à d’autres sans risquer de retrouver mon véhicule avec les 4 pneus crevés. Et là, comme tout le monde ou presque me dit : « ah, je vais aller voir ce film avec DiCaprio, ça a l’air cool », je me suis un peu senti obligé de, dans la mesure où Une bataille après l’autre peut être qualifié de beaucoup de choses, mais de film cool, certainement pas.

Mon arc de défense cinématographique principal réside en une chose assez simple : s’il est nécessaire de mettre en avant des arguments politiques ou sociaux pour prendre la défense d’un film, c’est qu’il y a un problème. Je vais donc mettre ces aspects de côté. Toute la critique dithyrambique s’y est déjà très (trop ?) largement attardé. Inutile donc d’en rajouter, au risque de passer – une nouvelle fois – pour un péquenaud tout juste bon à vanter les mérites d’une énième bobine 70s oubliée.

Passé les deux métrages qui l’ont fait connaitre (Boogie Nights et Magnolia), Paul Thomas Anderson ne s’est pas fendu de métrages faciles d’accès. Peu agréable, souvent hermétique, son cinéma a, a contrario, la grande qualité d’être à la fois très personnel et esthétiquement bluffant. Que l’on aime ou pas les films d’Anderson, fort est de constater que sa filmographie a une pertinence, une importance, dans un univers cinématographique par trop souvent aseptisé ou se contentant d’aligner de simples effets d’esbrouffe.

Après l’autobiographique Licorice Pizza, Paul Thomas Anderson déboule avec un mastodonte. Comprendre un film faussement simple dans sa construction et complexe à mettre en boîte car tourné en VistaVision (avec de la vraie pellicule, qui plus est via un format exigeant). Donc quelque chose qu’il faut impérativement voir dans d’excellentes conditions.

Au registre, il n’y a pas tromperie sur la marchandise : One Battle after Another est effectivement une authentique expérience visuelle, une vraie séance de cinéma. Cela fait-il d’Une bataille après l’autre un chef d’œuvre ? On peut, à nos risques et péril, répondre autrement que par la positive.

Prenant le parti du pamphlet (les américains disent « dark comedy »), P.T. Anderson parvient à éviter ce dans quoi des enfarineurs tels que Yorgos Lanthimos ou Ruben Ostlund ont mis maladroitement les deux pieds. Tout simplement parce qu’il est – Dieu merci – encore possible de regarder One Battle after Another sans devoir y chercher des qualités autres que cinématographiques.

Bourrés de références musicales (Steely Dan, Gil Scott-Heron), affichant un amour inconsidéré pour des œuvres cinématographiques singulièrement inaltérables (La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo), Une bataille après l’autre fait un sans-faute durant sa première moitié, avec une narration de véritable équilibriste pouvant être abordée de 1001 manières. Sommes-nous devant une comédie, un drame ou un thriller ? Tout dépendra de la manière dont le spectateur recevra ce que Paul Thomas Anderson lui envoie en pleine figure.

La seconde partie du métrage interroge plus dans sa structure narrative, dans la mesure où le mélange de genre laisse place à un ton plus formel, qui détonne passablement avec l’intention initiale. On pourra aussi mettre en cause – mais c’est un euphémisme en 2025 – la longueur excessive du film, qui gagnerait peut-être en digestibilité si ramené à une durée raisonnable.

Reste de manière indiscutable un long-métrage à la mise en scène ultra-maitrisée et hautement originale. Jamais en effet une « course-poursuite » (« chase » dans la langue de Shakespeare), située sur de longues routes désertiques avec de très fortes dénivelées, n’aura été filmée de manière aussi audacieuse. Un film pas très agréable certes, qui divisera sans doute, mais que l’on regardera à coup-sûr au fil des années avec un œil sans cesse différent.

Une bataille après l’autre (One Battle after Another) de Paul Thomas Anderson, avec Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Benicio Del Toro, Chase Infiniti, Regina Hall, Teyana Taylor, Wood Harris, 2h41. Actuellement sur les écrans.

MAGNUM COP (POLIZIOTTO SENZA PAURA, Stelvio Massi, 1978)

Ancien flic écarté des forces de l’ordre à cause de ses méthodes expéditives, Walter Spada (Maurizio Merli) se voit confier par un riche homme d’affaires autrichien la mission de retrouver sa fille, récemment enlevée. Son enquête va le mener jusqu’à Vienne, au cœur d’un réseau de prostitution impliquant des représentants des hautes sphères de l’État…

Troisième des six collaborations entre le cinéaste Stelvio Massi, artisan incontournable du poliziotesco, et Maurizio Merli, alter-ego transalpin de notre Bébel national, Magnum Cop est également la meilleure cuvée du tandem.

La probable obligation, via la co-production, de situer l’action du film à Vienne, capitale autrichienne hautement cinématographique bien que n’ayant pas souvent été mise à contribution (Le troisième homme de Carol Reed, Scorpio de Michael Winner) donne au métrage un ton différent, qui tranche largement avec son introduction quelque peu hasardeuse, à mi-chemin entre la comédie et le polar.

Anticipant de manière inconsciente des métrages français abordant une thématique similaire (La femme flic d’Yves Boisset, Les filles de Grenoble de Joël Le Moigné), Magnum Cop fait également méchamment penser, par sa volonté de délocalisation et de profiter du monde de la nuit local via des boîtes de nuits très « porno chic », au Corps de mon ennemi d’Henri Verneuil (le fait que l’appartement de Merli soit nanti de plusieurs affiches italiennes de Peur sur la ville n’est sans doute pas totalement étranger à une volonté de rattachement).

Seule incursion de Joan Collins dans la cinéma bis transalpin, Poliziotto Senza Paura offre à la comédienne britannique une belle occasion de peaufiner son personnage de femme ambivalente aux contours vils assez effroyables. Bien que n’apparaissant qu’à mi-parcours via une scène de strip-tease n’ayant rien à envier à celui de Frida de Düsseldorf et ayant à lui-seul suffit à assurer la promotion mensongère du film sur territoire alémanique, elle parvient non seulement à se rendre indispensable à l’équilibre du métrage, mais aussi à être suffisamment horrible pour rester dans les mémoires bien au-delà des autres protagonistes.

Régulier collaborateur de Stelvio Massi, Stelvio Cipriani se fend une nouvelle fois qu’une bande originale ultra agréable, sans manquer à son habitude de singer, pour ne pas dire plagier, la ligne harmonique d’un titre ultra-emblématique. A savoir dans le cas présent Shine On You Crazy Diamond, pharaonique morceau d’ouverture de l’album Wish You Where Here de Pink Floyd.

Polar transalpin de très haut vol, Magnum Cop pourrait d’ailleurs très facilement servir de cas d’école au genre, quand bien même ce dernier fut produit au moment où le poliziotesco arrivait à son chant du cygne. Une œuvre idéale en tous les cas pour se familiariser avec les représentants expéditifs des forces de l’ordre italiens.

Où voir le film ?

Disponible en combo Blu-ray+DVD chez Artus Films. Comme toujours avec l’éditeur, le produit est aussi joli que la copie est impeccable, avec un très beau piqué et des couleurs flamboyantes. En parfaite adéquation donc avec la ligne éditoriale d’Artus, qui creuse depuis de nombreuses années, avec talent et professionnalisme, les sillages d’un cinéma de genre de grande qualité.

MON INCONNUE (Hugo Gélin, 2019)

Écrivain célèbre, Raphaël (François Civil) a laissé sa célébrité prendre le pas sur sa vie de couple. Après une bonne engueulade avec Olivia (Joséphine Japy), la femme qui partage sa vie depuis 10 ans, Raphaël sort écumer les bars. A son réveil, Olivia n’est plus à ses côtés et son appartement de 300 mètres carrés s’est transformé en petit deux pièces de célibataire. Croyant d’abord à une plaisanterie, Raphaël va rapidement devoir admettre que la vie qu’il a connu s’est comme évaporée…

Le film démarre avec la rencontre de Raphaël et Olivia sur les bancs du lycée. Un coup de foudre immédiat se produit entre les deux êtres, sublimé par la caméra de Hugo Gélin, qui parvient à saisir les instants magiques d’un amour naissant. Top générique. En moins de 5 minutes, le cinéaste parvient à parfaitement résumer 10 ans de vie commune et la manière dont un couple s’effrite. La mésaventure de Raphaël peut débuter.

Difficile de savoir si cette introduction magnétique est le fruit d’une tentative hasardeuse portant miraculeusement ses fruits ou d’un acte murement réfléchi. Toujours est-il que cette mise en bouche à la fois la plus audacieuse et efficace vue dans une comédie romantique depuis des lustres permet à Hugo Gélin de gagner ses galons de réalisateur. Par chance, la suite du métrage est là pour rendre justice à cette ouverture lumineuse.

Depuis le début de l’année, François Civil a déjà été à l’affiche de trois longs métrages (Celle que vous croyez, Le Chant du Loup et le présent film). On avait déjà remarqué ce beau gosse voilà deux dans Ce qui nous lie de Cédric Klapish, métrage totalement raté mais dont la seule présence de Civil sauvait les meubles, via une séquence anthologique ou le comédien réglait ses comptes par onomatopées avec son beau-père.

Si la présence de François Civil au générique de Mon Inconnue est bénéfique au le film, celle de Joséphine Japy est indispensable à son équilibre. A la fois pétillante, espiègle et diablement belle, la comédienne, déjà remarquable dans des prestations plus graves (Respire de Mélanie Laurent, Irréprochable de Sébastien Marnier) forme avec celui qui serait parfait dans un biopic sur Bernard Tapie un couple auquel on croit dès les premières secondes.

Une bonne comédie romantique repose presque autant sur l’osmose du couple central que sur un second rôle au petits oignons. Au registre, Benjamin Lavernhe, déjà formidable en marié « brise-burnes » dans Le Sens de la Fête d’Olivier Nakache et Eric Toledano, est à pleurer de rire.

Les bonnes comédies romantiques étant presque aussi rares que les films en provenance d’Hexagone destinés à faire rire, on ne pourra donc que vous conseiller de vous jeter sur Mon Inconnue, assurément la meilleure chose qui soit possible de voir dans une salle obscure en ce début de printemps.

Texte originellement publié dans la presse romande en avril 2019.

Ou voir le film ?

Comme pour le formidable Docteur ? de Tristan Séguéla, il faut se tourner vers d’autres contrées pour dénicher le film en HD. Concernant Mon inconnue, c’est du côté de l’Italie que ça se passe, avec un Blu-ray qui contient bien évidemment une VF, sorti en 2021 mais toujours disponible, et qui plus est à un tout petit prix.