OPERATION FRERE CADET (O.K. CONNERY, Alberto De Martino, 1967)

Un agent important des services secrets de sa Majesté est assassiné à bord de son avion par une voiture télécommandée bourrée d’explosifs. En l’absence de leur meilleur élément, Miss Maxwell (Lois Maxwell) et le Commandant Cunningham (Bernard Lee) se décident à faire appel à son frère (Neil Connery).

Professeur Es Bullshit, grand spécialiste de l’hypnose doté d’une capacité hors norme pour lire sur les lèvres et accessoirement champion de tir à l’arc, ce Robin des Bois en blouse blanche semble l’homme idéal pour venir à bout d’une organisation criminelle prête à tout pour dominer le monde…

Dans le genre « concept à la con », on a rarement vu pire (ou mieux, c’est selon). Imaginez un peu : M et Moneypenny sont tellement dans la merde en l’absence de James Bond qu’il se décident non pas à faire appel à un membre de sa famille, mais au frère de l’acteur incarnant l’agent secret ! Oui je sais : dit comme ça, on a presque l’impression d’être dans le 114ème multiverse d’une production Marvel foireuse.

Tourné au moment où Sean Connery décide de raccrocher le costard de l’agent 007 alors que le Vieux Continent est en pleine vague « Eurospy », O.K. Connery aurait pu, si géré par autre chose que des incapables, devenir à la fois une parodie de haut vol doublé d’un très solide divertissement mémorable.

Mais en tentant simplement d’aligner un copié/collé scénaristique de la recette miracle instaurée par Harry Salzman et Albert Broccoli et en engageant une grosse poignée de comédiens vu dans les films officiels de la franchise (Daniela Bianchi, Bernard Lee, Lois Maxwell, Adolfo Celli, Anthony Dawson), Alberto De Martino en a oublié qu’un liant était nécessaire pour que la sauce prenne.

Comme ingrédient miracle, l’artisan transalpin dégaine sa grande idée : Neil Connery, effectivement frère cadet de Sean à la ville, plâtrier de métier, qui représente une ressemblance physique évidente avec son frangin, mais dont l’absence totale de charisme est flagrante à chaque plan du film.

Pourtant, à y regarder de très près et malgré des moyens limités, Opération Frère Cadet (aussi exploité sous le titre Opération Double 007) est visuellement très convaincant et le casting (mention spéciale à Daniela Bianchi, bien plus à l’aise ici quand dans Bons Baisers de Russie) fait très bien le job (sauf notre enclume centrale évidemment).

Aussi rythmé qu’un épisode de Maigret avec Jean Richard, O.K. Connery peut heureusement compter sur quelques éléments réjouissants, tels qu’une bande originale certes pas essentielles mais très bien balancée d’Ennio Morricone, ainsi qu’une bonne poignée de seconds couteaux parfaits en salopiauds de service. Frau Lotte Krayendorf n’a en effet rien à envie à cette chère Rosa Klebb…

Où voir le film ?

O.K. Connery est disponible en Blu-ray en Allemagne sous le titre Operation Kleiner Bruder. Pas de VF à l’horizon ni de sous-titres idoines. La simplicité du scénario, le prix du disque et le fait qu’il s’agisse à ce jour de la seule copie disponible à travers le globe devrait suffire à faire passer à la caisse les complétistes en matière d’Eurospy.

NEW YORK CONNECTION – FORT BRONX (NIGHT OF THE JUGGLER, Sidney J. Furie/Robert Butler, 1979)

Il y a une dizaine d’année, un bruit persistant avait circulé indiquant que la Fox travaillait à un projet de reboot à la franchise Die Hard, via un opus dont l’action se situerait à la fin des seventies. Connu sous les noms de codes Die Hard 0 et Die Hard 1979, ce projet proposait de suivre une enquête de John McClane alors que l’homme n’était qu’un jeune officier de police new yorkais. Donc avec un nouveau visage devant la caméra.

Loin d’être dénuée de sens, cette idée avait fait son bonhomme de chemin dans nos esprits. Ceci avant que le projet ne disparaisse tout bonnement des plannings du studio, laissant sur leur fin tous ceux qui allaient dorénavant devoir se contenter de fantasmer cette œuvre, subitement devenue imaginaire.

A la découverte de Night of the Juggler, film commencé par Sidney J. Furie – avant que le cinéaste confirmé ne quitte le tournage – et terminé à la hâte par Robert Butler – qui avait jusque-là surtout sévi au rayon des « live action movies » pour la firme Disney – le doute n’est pas possible : Die Hard 1979 existe… depuis 1979 !

Tourné dans les rues de la Grande Pomme a une époque où « la ville qui ne dort jamais » était encore un asile à ciel ouvert, New York Connection – Fort Bronx (titre français valise sans doute là pour semer la confusion avec l’excellent Fort Apache The Bronx avec Paul Newman, sorti à la même époque) à un côté brut, sec et expéditif qui n’est pas sans rappeler Une journée en enfer, troisième opus de la saga dans lequel, justement, John McTiernan s’amusait à casser les codes que lui-même avait instaurés avec un métrage répondant quasiment en tous points au film de Furie/Butler.

A une exception près : tandis que Die Hard with a vengeance recréait, du moins partiellement, une ambiance hostile à certaines rues de New York, Night of the Juggler a réellement été tourné au moment où la ville était en pleine mutation. Les quartiers en forme de terrain vague et les peep-shows visibles dans le film sont donc tout sauf des décors de cinéma (tout comme la présence de Sharon Mitchell au générique).

En allant plus loin, on peut également trouver des similitudes troublantes entre le présent ouvrage et un autre ayant marqué un tournant dans la perception du film d’action au milieu des années 1980, qui quittait enfin de registre « monomaniaque gros bras » pour devenir moins sérieux.

Visez un peu : Night of the Juggler raconte comme par hasard l’histoire du kidnapping d’une fillette frisée et affublée d’une salopette. Mais plutôt que d’attendre une potentielle action de la police, son baroudeur de père – « retraité » des forces de l’ordre – court-circuite le bon sens et fait tout péter pour la retrouver. Pour se faire, il va spontanément être aidé par une jeune et jolie jeune femme issue d’une minorité ethnique. Ca ne vous dit rien ?

Si doute encore il y a, enfonçons un peu le clou : la scène finale, en forme d’affrontement musclé entre le héros et le vilain de service, se déroule dans un sous-sol bourré de tuyaux crachant leur vapeur de toute part. Vous y êtes ? Oui oui :  vous venez de mettre à jour l’un des plus évidents cas de plagiat – pourtant resté sous couvert jusqu’à aujourd’hui – de l’histoire du cinéma.

Quand on sait que le film en question, bien plus célébré que cet excellent New York Connection, a vu sa potentielle séquelle devenir par la force des choses Piège de cristal, un hasard ou une même coïncidence ne peuvent objectivement plus faire partie de l’équation.

Où voir le film ?

New York Juggler – Fort Bronx est disponible en combo limité Blu-ray+DVD-livret chez Sidonis. Si une partie des suppléments présent sur les éditions 4K anglo-saxonne ont disparu (en même temps que le disque UHD), on mentionnera en sus une intervention d’Olivier Père, toujours aussi neurasthénique dans la forme, mais dont le propos est, comme très souvent, passionnant et à la portée de tous.

La question musicale à 1000 balles

Outre une bande originale signée par Artie Kane, compositeur ayant surtout œuvré pour la télévision, New York Connection est rythmé au son d’une bombe disco de très haut vol, que l’on entend à deux reprises durant le film.

Or, chose totalement incroyable et pourtant vraie, Night Juggler (puisque cela doit en toute logique être le titre du morceau) n’est pas crédité au générique de fin du long métrage ! Même l’application Shazam, pourtant redoutable, y perd son latin. Inutile donc d’espérer trouver cette tuerie sur un quelconque disque. Une vraie énigme.

LE CHIEN DES BASKERVILLE (THE HOUND OF THE BASKERVILLES, Terence Fisher, 1959)

Sir Charles Baskerville est retrouvé mort aux portes de Darmootor, sa demeure située en plein au cœur de la lande Ecossaise. Henry (Christopher Lee), son neveu et dernier héritier de la famille, fait appel à Sherlock Holmes (Peter Cushing) pour tenter mettre en lumière les circonstances de la mort de son oncle, vraisemblablement victime d’une malédiction familiale s’acharnant sur tous les descendant des Baskerville…

Au milieu des années 1950, la firme Hammer, née une quinzaine d’années plus tôt et qui produisait principalement jusque-là des films d’aventures, est moribonde. Dans un dernier élan avant un dépôt de bilan évident, Michael Carreras et Anthony Hinds, enfants des créateurs historiques de la Hammer, se décident à jouer leur dernière carte : reprendre les figures de bestiaire ayant fait la gloire du studio Universal au début des années 1930 en les modernisant.

Plus question ici d’œuvres en noir/blanc et de comédiens plaqués dans des costumes parfois risibles. Tout sera dorénavant placé sous le signe flamboyant de la couleur : le contraste par exemple entre les teintes saturées de rouge (pour le sang, forcément prédominant, même si volontairement peu réaliste) et le vert (soulignant à la fois étrange et l’inconnu pouvant surgir à tout moment d’un élément naturel), devient un élément incontournable.

Essentiellement tournés en studio, les productions Hammer se forgent dès lors presque inconsciemment un esthétisme unique, bien que souvent imité (la figure du gothique italien, dominée par le cinéaste Mario Bava dans les années 1960, ne fera que grossir le trait de tout ce que la Hammer avait déjà mis en place une décennie plus tôt). Ceci sans oublier la figure d’une héroïne systémique ultrasexuée, parfaite victime désignée ou irrésistible ange de la mort, dernier élément incontournable de la « patine Hammer ».

En l’espace de trois long-métrages produit en deux petites années (Frankenstein s’est échappé, Le cauchemar de Dracula, La malédiction des Pharaons), la Hammer renait de ses cendres grâce au talent hors pair de Terence Fisher, jusque-là honnête artisan du cinéma britannique, qui devient dès lors la personne que l’on associe en premier lieu encore aujourd’hui avec le cinéma d’horreur britannique.

Un cinéma qui fera les belles heures des salles de quartiers et autres drive-in du monde entier pour une quinzaine d’années (jusqu’à l’arrivée de La nuit des Morts-Vivants de George Romero, détonateur d’un nouvel élan mondial du cinéma horrifique encrée dans le contemporain).

Cherchant ici à se diversifier, Carreras et Hinds mettent en chantier en 1958 la production du Chien des Baskeville, toujours avec Fisher à la réalisation et le tandem Peter Cushing/Christopher Lee devant la caméra. Le chien des Baskeville devait être la première d’une longue série d’adaptation de Conan Doyle pour le compte de la Hammer.

Problème : le film est un semi-échec public. Après les trois métrages fondateurs du studio, mettant ouvertement l’accent sur une forme de racolage artistique de haut vol, cette « simple histoire policière » ne faisant à aucun moment appel au fantastique et/ou à l’horreur déçoit le public, qui ne se retrouve pas dans le film, alors que tous les éléments propres aux productions Hammer sont pourtant ici bien présents.

Il est d’ailleurs évident que le manichéisme renforcé de l’intrigue du film, ne permettant jamais à spectateur de douter des intentions des différents protagonistes de l’intrigue (de la figure ignoble de Sir Hugo dans l’introduction du film au changement de paternité du personnage de Cecile Stapleton) et les différences évidentes avec le récit original (il n’est à aucun moment du livre question d’une séquence située dans une mine abandonnée) sont là dans l’unique but de sceller définitivement la volonté d’un studio à se créer une identité propre. Une sorte de patte, qui fera qu’un film de la Hammer sera, dès le début des années 1960, reconnaissable en une fraction de secondes.

Parmi les nombreuses tentatives d’imitation de la Hammer, on notera l’existence d’un authentique plagiat du film de Terence Fisher, sans que le nom de Conan Doyle n’apparaisse à son générique : La portrait maléfique, réalisé en 1973 par Roy Ward Baker (réalisateur à qui l’on doit certaines des œuvres les plus transgressives du studio) pour le compte de la film Amicus (firme principale concurrente de la Hammer) et mettant en scène, comme par hasard, un certain Peter Cushing…

Où voir le film ?

Le chien des Baskerville est disponible et Blu-ray et DVD auprès de l’éditeur BQHL. Il est à signaler qu’une précédente édition, sortie en 2016 sous la bannière de L’Atelier d’Image avec un visuel plus réussi et un petit livret en prime, contenait d’avantages de suppléments, qui plus est beaucoup plus pertinents. Cette édition de référence est encore facilement dénichable sur le marché de l’occasion.

DERNIER ÉTÉ (LAST SUMMER, Frank Perry, 1969)

Dan (Bruce Davison) et Peter (Richard Thomas), deux adolescents en vacances à Fire Island, se lient d’amitié avec Sandy (Barbara Hershey), une jeune femme rencontrée sur la plage alors qu’elle tentait de voler au secours d’une mouette blessée.

Rapidement devenus inséparables, les trois teenagers passeront le plus clair de leur été ensemble. Mais l’arrivée de Rhoda (Catherine Burns), une jeune fille introvertie, va rapidement mettre à mal l’équilibre déjà fragile d’un trio en manque de repères, car sans cadre familial défini…

En jetant un rapide coup d’œil à la biographie du scénariste Larry Karaszewski (Ed Wood, Larry Flynt, Big Eyes, Chair de poule), il n’est fait à aucun moment fait mention du film Last Summer de Frank Perry. Normal : l’homme n’est aucunement lié à la production de ce long métrage, jusqu’ici considéré comme définitivement perdu. Sauf que.

Marqué à jamais par ce film qu’il a découvert en salle lors de sa sortie alors qu’il était très jeune, Karaszewski n’a cessé depuis de tenter reconstituer le puzzle d’un métrage dont toutes les copies semblaient avoir été détruite.

Bien que présent aux Oscars dans une catégorie « meilleur second rôle féminin » pour Catherine Burns (la comédienne repartira bredouille alors qu’elle aurait largement mérité la statuette atterrie dans les mains de Goldie Hawn), également classé X par la MPAA, Last Summer n’aura malheureusement pas droit à la même postérité que Midnight Cowboy de John Schlesinger, autre film indépendant ayant lui aussi atterri dans cette catégorie maudite, et qui raflera toutes les statuettes cette année-là.

Rapidement amputé de nombreux plans et courtent séquences lui permettant de quitter le X pour la catégorie R (permettant aux spectateurs de plus de 17 ans d’entrer en salle), le film de Frank Perry sera charcuté une nouvelle fois pour son passage à la télévision, ne laissant de l’œuvre originale plus qu’un semblant du drame trouble qu’il était à l’origine.

Tel Indiana Jones, Larry Karaszewski a passé les dernières décennies à chercher une copie complète du film tel que présenté dans les cinémas lors de sa sortie. Impossible à restaurer depuis les négatifs originaux, la dernière bobine restant impossible à localiser (la « Reel 5 » du film étant celle qui a la plus été sujette à des coupes), les rares spectateurs ayant pu voir Last Summer jusqu’ici avait dû se contenter d’une copie intégrale 16 mm passablement ternie par le temps ou de VHS frelatées et incomplètes.

Le miracle arrive en juin 2025 : alors qu’il était sur le point de rendre les armes, Karaszewski découvre une copie 35 mm du film, intégrale et miraculeusement très bien conservée dans les archives du British Film Institute. De là à convaincre Warner, aujourd’hui détentrice des droits de Last Summer, d’entamer un gros travail de restauration, il n’y avait qu’un pas.

Longtemps fantasmé, Last Summer est donc enfin visible. Si la joie est évidemment au rendez-vous, le mythe du film perdu biaise à peine notre sentiment après la vision du film de Frank Perry, tant ce dernier est déstabilisant.

Ne cherchant à aucun moment à se positionner face aux actes des protagonistes, le réalisateur de The Swimmer livre ici une œuvre brute, amorale, qui tranche clairement avec notre époque. Un positionnement renforçant à coup-sûr l’impact émotionnel que cette rareté aura sur le spectateur. Un grande, très grande surprise.

Où voir le film ?

Last Summer est disponible en Blu-ray dans la collection Warner Archive. Si comme à l’accoutumée le disque est dénué d’une quelconque option française, on notera, chose rare dans la série, la présence de bonus tournés pour l’occasion, ainsi qu’un livret et un étui cartonné (« slipcover » pour les initiés), d’ordinaire réservé aux éditions 4K.

Même si la jaquette ne le mentionne pas, il est important de signaler un décrochement qualitatif sur les 20 dernières minutes du film, qui s’explique facilement, les 4 premières bobines ayant été restaurées à partir du négatif original alors que la dernière provient de la copie 35 mm miraculeusement retrouvée au BFI.

LES TITANS (ARRIVANO I TITANI, Duccio Tessari, 1962)

Dans la Grèce antique, Cadmus (Pedro Armendariz), roi de Crête, s’autoproclame dieu et bannit toute autre forme de religion. Il provoque la colère de Zeus, qui décide de le punir en armant Kryos (Giuliano Gemma), le chef des titans : le dieu grec lui promet que ses frères, enfermés aux Enfers, seront libérés s’il mène à bien sa tâche…

Les péplums et moi, ça fait quatre. Au point même que je n’ai jamais vu Le colosse de Rhodes de Sergio Leone et que je le vive très bien. Autant dire que les très nombreuses productions italiennes du genre, quand bien même ces dernières sont signées par Mario Bava, risquent fort de rester encore longtemps au rayon des prévisions hypothétiques, niveau visionnage.

Je n’étais donc pas prédisposé outre mesure à m’infliger Les titans de Duccio Tessari, si ce n’est grâce à la présente de Giuliano Gemma à son générique. Suis-je ultra fan du comédien transalpin ? Pas plus que d’un autre, mais il faut bien avouer que depuis qu’un pizzaiolo fribourgeois fort recommandable me surnomme comme tel, j’ai une légère tendance à laisser guider ma cinéphilie en fonction de sa présence au générique d’un métrage.

Dans le cas présent, j’ai très bien fait, tant ces Titans ne se prennent pas deux secondes au sérieux. C’est bien simple : si ce film-là était signé par Mel Brooks (d’ailleurs responsable de la bande annonce américaine du film), Woody Allen ou les frères ZAZ, fort est à parier qu’on en aurait entendu parler bien avant aujourd’hui.

Co-production franco-italienne au tournage rocambolesque, entre les frasques de Pedro Armendariz en pleine crise de mégalomanie et l’appendicite – non opérée afin de ne pas retarder le tournage – du culturiste guadeloupéen Serge Nubret, c’est toute l’histoire des cinémas de quartier qui est bel et bien condensé dans le film de Tessari.

OVNI n’ayant pas grand-chose à envier au bien plus célébré Forum en folie de Richard Lester (qui pourrait bien pointer le bout de son nez chez Rimini un de ces quatre, tant cette drôlerie est en phase avec la ligne éditoriale de l’éditeur), Les titans est donc le film idéal pour en finir (ou se réconcilier, au choix) avec le péplum.

Où voir le film ?

Comme toujours, Rimini cible très bien les personnes présentes dans les bonus de ses éditions. Se côtoient ici Stéphane Lacombe pour une exposé très détaillé sur le film, Laurent Aknin, qui commence gentiment à se mettre en scène de manière rigolote et décomplexée tout en gardant un propos passionnant, et Ariane Mnouchkine, qui fut jadis stagiaire sur le film à la manière d’un job d’été.

Dommage que la présente édition n’inclue pas le doublage anglais du film, vraisemblablement chapeautée par Mel Brooks, qui en rajoute une belle couche, niveau parodique.

LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS (LA MORTE NON HA SESSO, Massimo Dallamano, 1968)

Enquêtant sur un vaste trafic de drogue, l’inspecteur Franz Bulon (John Mills) voit tous les témoins potentiels assassinés par un mystérieux tueur qu’il ne parvient pas à arrêter. En parallèle de son enquête, Belon soupçonne sa femme Lisa (Luciana Paluzzi) de le tromper. D’une jalousie maladive, l’homme de loi va se corrompre en mettant la main dans un terrible engrenage…

Vendu comme un giallo, plus proche en définitive du krimi, Le tueur frappe trois fois tire sa principale influence d’Outre-Atlantique. Plus précisément au cœur d’un polar sec, sorti sur les écrans la même année : Le détective de Gordon Douglas.

Mettant en scène Frank Sinatra, le film est resté dans les mémoires pour une raison indirecte : le personnage principal, du moins sous sa forme littéraire, est le même qui mènera la vie dure, 20 ans plus tard, à une bande de terroriste un soir de Noël au cœur d’un gratte-ciel !

Bien moins énervé à l’aube des années 1970, celui qui ne s’appelait pas encore John McClane devait en effet mener de front une enquête complexe, typique du film néo-noir alors en pleins balbutiements, tout en tentant de tenir tête à son épouse fragile, atteinte de nymphomanie.

Le détective étant sorti quelques mois avant le film de Dallamano, les artisans italiens travaillant à la vitesse de l’éclair et ayant pour coutume de singer tout ce qui marchait aux States, on peut donc légitimement en déduire qu’une influence directe existe entre les deux films.

Côté casting, le vétéran John Mills (Les Robinsons des Mers du Sud) porte le film sur ses épaules et, sans mauvais amalgame, son physique vieillissant colle parfaitement au personnage du flic mariée à une épouse bien trop jeune et jolie pour lui être parfaitement fidèle (Luciana Paluzzi rescapée de Thunderball).

Côté salopiaud de première, l’autrichien Robert Hoffman (Services spéciaux – Division K) faisait ici ses premiers pas transalpins et rejoignait le gang des bellâtres étrangers modulables au service du cinéma de genre italien, tels que Jean Sorel, Luc Merenda ou George Hilton.

Une authentique curiosité, qui ravira à coup sûr les amateurs de cinéma bis européen des grandes années.

Où voir le film ?

Intégrant le très belle collection Angoisses de l’éditeur Rimini, ce film à la frontière des genres voit débarquer Stéphane Lacombe, responsable éditorial de l’éditeur Frenezy, pour une longue présentation très détaillée. Un nouveau visage donc, qui passe aujourd’hui sous la lumière des projecteurs. Et c’est tant mieux.

ENTRE LE CIEL ET L’ENFER (TENGOKU TO JOGOKU, Akira Kurosawa, 1963)

Kingo Gondo (Toshiro Mifune), homme d’affaires intraitable de Yokohama, reçoit un coup de fil inquiétant lui annonçant que son fils a été enlevé. Afin de le libérer, le puissant magnat doit réunir une somme exorbitante exigée par le ravisseur. Somme qui le mettrait, lui et son entreprise, en faillite. Très rapidement, Gondo comprend que ce n’est pas son fils qui a été kidnappé, mais celui de son chauffeur…

Kurosawa et moi, on est à la base pas très copains. La faute à ma mère – encore elle – qui m’avait obligé (si ! si !) en 1985 à aller voir Ran en salle. Accompagné par mon fidèle pote Antoine Droux, qui ne devait pas totalement comprendre dans quelle galère je l’embarquais, j’ai donc subi ce « chef d’œuvre » du haut de mes 11 ans.

Mal assis durant 160 minutes au cinéma « La Grange » de Delémont, nous avons, mon camarade et moi-même, expérimenté ce dimanche après-midi-là le concept de la « dilatation du temps ». Une expérience qui avait aussi clairement défini une forme de limite à ce que j’étais prêt à m’infliger comme souffrance volontaire.

Inutile de dire que ma chère maman n’a jamais vu Ran, mais l’idée que son rejeton l’ait fait à sa place devait suffire à combler une forme de prétention intellectuelle en carton, tout en la dédouanant d’une quelconque obligation. La belle affaire donc.

J’avoue donc n’avoir pas particulièrement insisté avec Kurosawa. Oui, j’ai vu Rashomon dans un cinéclub scolaire, qui m’a surtout laissé l’impression d’avoir assisté au coup d’essai d’une nouvelle forme narrative cinématographique. Oui, je me suis promis de regarder un jour Les 7 samouraïs dans la mesure où je ne cesse, depuis 40 ans, de vanter les mérites de sa copie ricaine, signée par John Sturges.

Cela fait donc des années que je repousse la vision de Entre le ciel et l’enfer. Ceci malgré le fait que maints cinéastes recommandables ne manquent jamais une occasion de vanter les infinis mérites de ce film noir, considéré comme une véritable œuvre-modèle narrative de tout ce que le polar allait devenir ensuite.

Certains me regarderont avec un œil accusateur, façon « mais c’est qui ce pseudo cinéphile à la gomme ? ». J’avoue que je m’en fous complètement, dans la mesure où, partant du principe que certaines œuvres ne peuvent être pleinement appréciées que si abordées au bon moment de notre existence, j’ai bien fait d’attendre. Et quel bonheur de pouvoir encore vivre, à 53 ans, une expérience telle que la découverte d’un film de cette ampleur : à la fois narrativement très simple, mais donc intensité faussement superficielle est très difficile à atteindre sur un écran.

Je n’aime pas beaucoup la qualification de chef d’œuvre. Dans le cas présent, je comprends à la fois pourquoi certaines personnes le considère comme tel et saisi la raison de l’amour sans limite de ce film de Kurosawa-là, bien qu’à 100 lieues de son cinéma chevaleresque, dans le cœur de réalisateurs contemporains tels que Martin Scorsese et Bong Joon-ho, tant leur cinéma respire le même oxygène que Entre le ciel et l’enfer.

L’héritage du film est également flagrant dans le parcours d’autres cinéastes. Que ce soit chez Richard Brooks, dont la scène finale de In Cold Blood est une révérence flagrante au film de Kurosawa, Steven Spielberg, qui piquait au cinéaste japonais une astuce de mise en couleur dans La liste de Schindler, Henri Verneuil qui s’inspirait largement de la méthodologie policière du film pour Peur sur la ville ou Wong Kar-wai, qui s’appropriera le concept des verres solaires comme sa propre marque de fabrique. Un film qui gagne en qualité plus on y pense. A voir et à revoir sans fin donc.

Où voir le film ?

Entre le ciel et l’enfer vient de rejoindre la prestigieuse collection « Les éditions prestiges limitées » (EPL pour les intimes) de Carlotta film afin, au programme, le 4K UHD et le Blu-ray du film (reprenant l’intégralité des bonus présents sur la précédente édition et en y intégrant un nouveau module), un jeu de photo, une affiche, un sticker et un marque page. De tout pour un prix pas plus élevé que n’importe quel combo 4K+Blu-ray d’autres éditeurs.

Si l’image est sans surprise d’une qualité exceptionnelle, il est important de relever le travail de restauration effectué sur le son, en particulier la bande originale du film, qui ressort magnifiquement ici.

STAVISKY… (Alain Resnais, 1974)

France, 1933. Serge Alexandre (Jean-Paul Belmondo) mène grand train de vie. Propriétaire de différentes affaires, dont le théâtre de l’Empire, il essaie en vain d’obtenir un non-lieu dans une affaire de crédits non soldés, datant de 1926.

Pour tenter couvrir les dettes accumulées, celui dont le vrai non est Stavisky se lance dans différentes opérations financières : fondation d’une entreprise, dont la mise en bourse est garantie par l’État lui-même et même le commerce d’armes…

Je ne sais pas si vous êtes comme moi. On a beau être ultra fan d’un acteur, connaitre sur le bout des doigts sa filmographie, avoir vu 107 certains films pourtant pas très bons, il reste encore et toujours un ou deux manquements volontaires. Par volontaire, je parle bien évidemment du film que l’on a depuis des lustres, voire même en plusieurs copies via des rééditions, mais dont on remet toujours la vision à plus tard.

C’est ainsi que je remets sous la pile, depuis bientôt 40 ans, Stavisky… d’Alain Resnais. Premier film officiellement estampillé Cerito Films, le métrage s’était soldé par un bide à Cannes et une exploitation honorable, mais ne cassant pas la baraque. A tel point que Jean-Paul Belmondo arrêtera par la suite de tourner autre chose que des longs métrages en adéquation avec ce que le public attend de lui (Alain Delon fera de même après l’échec commercial de Monsieur Klein deux ans plus tard).

Déjà à l’époque du vidéoclub, et bien que présent au sein de la fameuse collection René Chateau, Stavisky… était la VHS qu’on avait jamais envie de louer bien que toujours disponible en rayon. Méfiance donc envers ce drôle de film, dont tous ceux qui l’avait vu à l’époque m’en disait le plus grand mal : on se fait chier, y a pas d’histoire, ça commence jamais et tout d’un coup c’est fini. Tant d’arguments généralisés en la défaveur de Stavisky… donc, renforcé par une inimitié cinématographique avec Alain Resnais, avaient eu raison de moi concernant de ce film jusqu’à présent.

Le temps avance et, par définition, nos envies changent avec. Après avec fait une tentative infructueuse il y a une dizaine d’année, je me suis à nouveau risqué à la vision de ce satané Stavisky… la semaine dernière. L’appréciation d’une œuvre dépend à l’évidence du moment où on l’aborde, mais aussi de l’instant de vie que nous sommes en train de traverser.

Ainsi, je me suis surpris à trouver le film de Resnais bien plus qu’intéressant, carrément passionnant. Alors oui, il ne va aucunement être ici question d’autre chose que de joutes verbales sur fond d’enjeux politiques à un moment charnière de la 3e République. Mais le ton distant et assez léger utilisé pour narrer la fin de parcours d’un escroc notoire et reconnu comme tel résonne aujourd’hui de manière incisive dans la tête d’une andouille comme moi. C’est un dire un plouc de base qui aura dû attendre d’atteindre la cinquantaine pour comprendre que la société qui l’entourne n’est, depuis la nuit des temps, qu’un jeu de dupes.

Scénariste d’œuvres aussi importantes que Z, L’aveu, L’attentat ou Section spéciale, Jorge Semprun brouille ici admirablement les pistes en laissant Bébel faire jouer de sa gouaille légendaire et pose en filigrane tous les enjeux d’une époque faussement apaisée et qui s’apprête à laisser surgir l’abominable.

Ingénieux, Alain Resnais confie la musique du film au jazzman américain Stephen Sondheim pour une partition faite d’étrangetés sonores pourtant faciles à raccrocher aux années folles hexagonales. Suranné par une sublime photographie d’Albert Jurgenson, Stavisky… mérite donc largement une réévaluation. Celle qui laissera peut-être enfin apparaitre le chainon indispensable à le petite histoire trouble de la France de l’entre-deux-guerres.

Où voir le film ?

Si le film est disponible depuis des années en Blu-ray chez StudioCanal, il est à signaler l’existence d’un sympathique petit coffret allemand, regroupant 10 films avec Jean-Paul Belmondo avec, cerise sur le gâteau, également la présence de Hold-Up à l’intérieur, et bien entendu des VF sur tous les films.

Le traditionnel redresseur de tort – accessoirement gardien du temple auto-proclamé – me dira qu’une édition vient de paraitre en France et que c’est pas bien joli de favoriser l’import (totalement légal depuis des lustres au passage). Dans la mesure où le master utilisé est rigoureusement le même dans les deux cas et que le seul bonus conséquent de cette soi-disant édition définitive est une interview de Bébel disponible en libre-accès depuis des lustres via les archives de la RTS, j’ai envie de dire : « pourquoi se priver de 8 films en bonus pour un prix similaire ? ».

LA GUERRE DES GANGS (LUCA IL CONTRABBANDIERE, Lucio Fulci, 1980)

Trafiquant de cigarettes, Luca (Fabio Testi) opère à Naples et dispose d’une équipe de chauffeurs de bateaux à moteur à ses ordres. Après avoir été poursuivi en mer par la brigade financière, ce père de famille soupçonne son rival principal de vouloir le piéger en transmettant des informations à la police. But de l’opération : mettre la main, de manière exclusive, sur un juteux business. Une affaire qui pourrait d’ailleurs bientôt évoluer vers autre chose que la simple contrebande de tabac…

Film tourné juste après L’enfer des zombies et avant que Lucio Fulci ne signe sa désormais fameuse trilogie de la mort (Frayeurs, L’au-delà, La maison près du cimetière), Le guerre des gangs fait presque office d’erreur de parcours. Alors qu’il est déjà versé dans le pan gore et horrifique de sa carrière et qu’il déteste ouvertement les poliziotteschi, le réalisateur transalpin se laisse malgré tout tenter. Fort lui en a bien pris.

Gardant les côtes propres au genre, surfant quasi-ouvertement sur French Connection et ne rechignant à aucun instant à jouer la carte d’une outrance graphique, Fulci signe sans le savoir le dernier grand film d’un genre déjà moribond à l’époque.

La présence au générique de Marcel Bozzuffi, dans une prestation sous acide d’un clone du personnage qu’il incarnait chez Friedkin, reste une prouesse – si l’on peut dire – au registre du bad guy digne de la couverture d’un dictionnaire que l’on consacrerait aux pires ordures de l’histoire du cinéma (tiens, en voilà une bonne idée…).

Film n’étant pas sans rappeler le très surprenant Big Guns de Duccio Tessari avec Alain Delon, la violence graphique outrancière en moins, La guerre des gangs offre au toujours impeccable Fabio Testi le rôle d’un gangster au code d’honneur intact, pour qui le mot « incorruptible », quand bien même si l’homme est placé du mauvais côté de la barrière, prend tout son sens.

Visuellement éprouvant de par les excès calculés de Lucio Fulci, mis en scène avec panache et peuplé de « gueules » du cinéma de genre italien (on y croise même Venentino Venentini et Ajita Wilson), La guerre des gangs tire admirablement son épingle du jeu. Un polar bien troussé, comme on le disait jadis.

Où voir le film ?

Si la filmographie de Lucio Fulci est éparpillée chez plusieurs éditeurs, il est à signaler qu’Artus Films a depuis toujours était le plus actif afin de donner accès aux cinéphages à la filmographie de l’enfant terrible d’Italie dans les meilleures conditions possibles.

Tandis qu’Artus vient de passer la main sur certains films de Lucio Fulci, le toujours méticuleux éditeur vient de publier un très beau et luxueux Mediabook consacré à La guerre des gangs. Au menu, le film dans une copie impeccable (Blu-ray et DVD), un riche livret largement illustré et, cerise sur le gâteau, la bande originale du film signée Fabio Frizzi, collaborateur régulier de Fulci, dans une formidable partition disco en diable. A contrecourant des habitudes du compositeur donc.

LE DERNIER TRAIN DU KATANGA (DARK OF THE SUN/THE MERCENARIES, Jack Cardiff, 1968)

© 1968 by MGM

Au début des années 1960 dans une Afrique noire en pleine décolonisation, le capitaine Curry (Rod Taylor), un mercenaire, est chargé par le président de la nouvelle République démocratique du Congo de conduire un train dans la région éloignée du Katanga. But de l’opération : rapatrier les colons occidentaux menacés par les rebelles.

En réalité, ce convoi ferroviaire doit surtout servir à la récupération d’un lot de diamants d’une valeur de 50 millions de dollars, bloqué dans le coffre de la plus importante compagnie minière du pays. Associé comme toujours à son bras droit Ruffo (Jim Brown), Curry constitue dans l’urgence une équipe de soldats de fortune, dont l’épopée ne se déroulera pas comme prévu…

Rod Taylor © 1968 by MGM

Je n’ai que peu de choses à dire sur les relations qui me lient à ma mère, sauf peut-être une inconscience de sa part à me laisser voir des programmes clairement destinés à un public plus âgé. Aucune connotation cheloue : je ne parle ici que de choses diffusées sur les ondes hertziennes du début des années 1980, au moment où nous n’avions que 4 chaines francophones.

Outre le fait de m’avoir mis devant Psychose et Belphégor sous prétexte que ces deux bombes allaient me mettre le mon trouillomètre à zéro, ma très chère mère avait aussi pour habitude régulière de me sommer l’enregistrement de films qu’elle ne connaissaient pas, mais qui lui semblaient essentiels afin de nourrir sa passion dévorante, encore aujourd’hui inexplicable pour moi, pour les conflits armés situés dans des territoires autres qu’occidentaux.

Jim Brown © 1968 by MGM

Au registre, la diffusion du Dernier train du Katanga sur feu FR3, probablement lors d’une des rares Dernière séance où Schmoll ne nous avait pas seriné avec ses westerns à la con, n’avait pas échappé à sa vigilance. Ma mission était claire : ne pas oublier de planter une VHS dans le magnéto et de capter la diffusion du film de Jack Cardiff.

Ayant déjà maté à ce moment-là Les Canons de Navarone, Quand les aigles attaquent et les plus corrosifs Douze salopards, je n’imagine aucunement Dark of the Sun être autre chose qu’un énième ersatz de ce qu’on appelait « le film de mission de guerre ». Grosse erreur…

Dès les premières minutes du Katanga, on comprend que le ton sera plus radical. Beaucoup plus même. Cardiff n’hésite pas à nous présenter, outre un tandem de frères d’armes à l’amitiés trouble constitué de Rod Taylor et Jim Brown, une kyrielle de vrais salopards. Ceux-là même qui envahiront tantôt le cinéma de genre transgressif transalpin.

Rod Taylor & Yvette Mimieux © 1968 by MGM

Partiellement basé sur des faits authentiques s’étant déroulés durant la guerre d’indépendance congolaise, le film de Jack Cardiff ne fait donc pas dans la dentelle, bien qu’il soit placé sous la bannière de la prestigieuse MGM. Cardiff confiera d’ailleurs plus tard que la réalité d’un pays livré à la solde de mercenaires et de rebelles – qu’il a découvert durant les préparatifs du tournage – lui a sans doute fait perdre la notion de ce qu’il est encore raisonnable ou non de montrer à l’écran à l’aube des années 1970 dans un film rangé au rayon « divertissement ».

En dire plus à propos de Dark of the Sun serait criminel, tant tout était ici clairement en avance sur son époque. Signalons simplement encore que la bande originale du film est signée par le français Jacques Loussier, et qu’il s’agit sans l’ombre d’un doute sa meilleure partition. Egalement que cette bobine est sans cesse citée en référence par Martin Scorsese et Quentin Tarantino. Le dernier train du Katanga serait-il le grand film méconnu des années 1960 ? Assurément oui.

Où voir le film ?

Sorti en DVD en 2012 dans une collection placée sous la bannière de la chaîne de télévision TCM, Le dernier train du Katanga restait jusqu’ici au registre des « manques évidents » en Blu-ray sur territoire francophone.

Petit miracle en provenance d’Espagne, un Blu-ray du film, basé sur le même très beau master que la version sortie chez Warner Archive, vient de paraitre. Attention toutefois : le film de Cardiff était déjà sorti en HD chez nos amis ibériques, mais sans autre option audio que l’anglais et l’espagnol. Veillez donc à trouver la dernière mouture correspondant au visuel ci-dessus.