NEW YORK CONNECTION – FORT BRONX (NIGHT OF THE JUGGLER, Sidney J. Furie/Robert Butler, 1979)

Il y a une dizaine d’année, un bruit persistant avait circulé indiquant que la Fox travaillait à un projet de reboot à la franchise Die Hard, via un opus dont l’action se situerait à la fin des seventies. Connu sous les noms de codes Die Hard 0 et Die Hard 1979, ce projet proposait de suivre une enquête de John McClane alors que l’homme n’était qu’un jeune officier de police new yorkais. Donc avec un nouveau visage devant la caméra.

Loin d’être dénuée de sens, cette idée avait fait son bonhomme de chemin dans nos esprits. Ceci avant que le projet ne disparaisse tout bonnement des plannings du studio, laissant sur leur fin tous ceux qui allaient dorénavant devoir se contenter de fantasmer cette œuvre, subitement devenue imaginaire.

A la découverte de Night of the Juggler, film commencé par Sidney J. Furie – avant que le cinéaste confirmé ne quitte le tournage – et terminé à la hâte par Robert Butler – qui avait jusque-là surtout sévi au rayon des « live action movies » pour la firme Disney – le doute n’est pas possible : Die Hard 1979 existe… depuis 1979 !

Tourné dans les rues de la Grande Pomme a une époque où « la ville qui ne dort jamais » était encore un asile à ciel ouvert, New York Connection – Fort Bronx (titre français valise sans doute là pour semer la confusion avec l’excellent Fort Apache The Bronx avec Paul Newman, sorti à la même époque) à un côté brut, sec et expéditif qui n’est pas sans rappeler Une journée en enfer, troisième opus de la saga dans lequel, justement, John McTiernan s’amusait à casser les codes que lui-même avait instaurés avec un métrage répondant quasiment en tous points au film de Furie/Butler.

A une exception près : tandis que Die Hard with a vengeance recréait, du moins partiellement, une ambiance hostile à certaines rues de New York, Night of the Juggler a réellement été tourné au moment où la ville était en pleine mutation. Les quartiers en forme de terrain vague et les peep-shows visibles dans le film sont donc tout sauf des décors de cinéma (tout comme la présence de Sharon Mitchell au générique).

En allant plus loin, on peut également trouver des similitudes troublantes entre le présent ouvrage et un autre ayant marqué un tournant dans la perception du film d’action au milieu des années 1980, qui quittait enfin de registre « monomaniaque gros bras » pour devenir moins sérieux.

Visez un peu : Night of the Juggler raconte comme par hasard l’histoire du kidnapping d’une fillette frisée et affublée d’une salopette. Mais plutôt que d’attendre une potentielle action de la police, son baroudeur de père – « retraité » des forces de l’ordre – court-circuite le bon sens et fait tout péter pour la retrouver. Pour se faire, il va spontanément être aidé par une jeune et jolie jeune femme issue d’une minorité ethnique. Ca ne vous dit rien ?

Si doute encore il y a, enfonçons un peu le clou : la scène finale, en forme d’affrontement musclé entre le héros et le vilain de service, se déroule dans un sous-sol bourré de tuyaux crachant leur vapeur de toute part. Vous y êtes ? Oui oui :  vous venez de mettre à jour l’un des plus évidents cas de plagiat – pourtant resté sous couvert jusqu’à aujourd’hui – de l’histoire du cinéma.

Quand on sait que le film en question, bien plus célébré que cet excellent New York Connection, a vu sa potentielle séquelle devenir par la force des choses Piège de cristal, un hasard ou une même coïncidence ne peuvent objectivement plus faire partie de l’équation.

Où voir le film ?

New York Juggler – Fort Bronx est disponible en combo limité Blu-ray+DVD-livret chez Sidonis. Si une partie des suppléments présent sur les éditions 4K anglo-saxonne ont disparu (en même temps que le disque UHD), on mentionnera en sus une intervention d’Olivier Père, toujours aussi neurasthénique dans la forme, mais dont le propos est, comme très souvent, passionnant et à la portée de tous.

La question musicale à 1000 balles

Outre une bande originale signée par Artie Kane, compositeur ayant surtout œuvré pour la télévision, New York Connection est rythmé au son d’une bombe disco de très haut vol, que l’on entend à deux reprises durant le film.

Or, chose totalement incroyable et pourtant vraie, Night Juggler (puisque cela doit en toute logique être le titre du morceau) n’est pas crédité au générique de fin du long métrage ! Même l’application Shazam, pourtant redoutable, y perd son latin. Inutile donc d’espérer trouver cette tuerie sur un quelconque disque. Une vraie énigme.

LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS (LA MORTE NON HA SESSO, Massimo Dallamano, 1968)

Enquêtant sur un vaste trafic de drogue, l’inspecteur Franz Bulon (John Mills) voit tous les témoins potentiels assassinés par un mystérieux tueur qu’il ne parvient pas à arrêter. En parallèle de son enquête, Belon soupçonne sa femme Lisa (Luciana Paluzzi) de le tromper. D’une jalousie maladive, l’homme de loi va se corrompre en mettant la main dans un terrible engrenage…

Vendu comme un giallo, plus proche en définitive du krimi, Le tueur frappe trois fois tire sa principale influence d’Outre-Atlantique. Plus précisément au cœur d’un polar sec, sorti sur les écrans la même année : Le détective de Gordon Douglas.

Mettant en scène Frank Sinatra, le film est resté dans les mémoires pour une raison indirecte : le personnage principal, du moins sous sa forme littéraire, est le même qui mènera la vie dure, 20 ans plus tard, à une bande de terroriste un soir de Noël au cœur d’un gratte-ciel !

Bien moins énervé à l’aube des années 1970, celui qui ne s’appelait pas encore John McClane devait en effet mener de front une enquête complexe, typique du film néo-noir alors en pleins balbutiements, tout en tentant de tenir tête à son épouse fragile, atteinte de nymphomanie.

Le détective étant sorti quelques mois avant le film de Dallamano, les artisans italiens travaillant à la vitesse de l’éclair et ayant pour coutume de singer tout ce qui marchait aux States, on peut donc légitimement en déduire qu’une influence directe existe entre les deux films.

Côté casting, le vétéran John Mills (Les Robinsons des Mers du Sud) porte le film sur ses épaules et, sans mauvais amalgame, son physique vieillissant colle parfaitement au personnage du flic mariée à une épouse bien trop jeune et jolie pour lui être parfaitement fidèle (Luciana Paluzzi rescapée de Thunderball).

Côté salopiaud de première, l’autrichien Robert Hoffman (Services spéciaux – Division K) faisait ici ses premiers pas transalpins et rejoignait le gang des bellâtres étrangers modulables au service du cinéma de genre italien, tels que Jean Sorel, Luc Merenda ou George Hilton.

Une authentique curiosité, qui ravira à coup sûr les amateurs de cinéma bis européen des grandes années.

Où voir le film ?

Intégrant le très belle collection Angoisses de l’éditeur Rimini, ce film à la frontière des genres voit débarquer Stéphane Lacombe, responsable éditorial de l’éditeur Frenezy, pour une longue présentation très détaillée. Un nouveau visage donc, qui passe aujourd’hui sous la lumière des projecteurs. Et c’est tant mieux.

30 MINUTES DE SURSIS (THE SLENDER THREAD, Sydney Pollack, 1965)

Etudiant à psychologie à l’Université de Seattle, Alan (Sidney Poitier) est bénévole à ses heures perdues dans un centre d’appels téléphoniques d’urgence. Lors d’une soirée de permanence, il reçoit l’appel d’une femme (Anne Bancroft), qui souhaite parler à quelqu’un avant de mourir. Elle vient en effet d’absorber une dose massive de barbituriques afin d’en finir avec la vie…

Premier long métrage pour le grand écran de Sidney Pollack après des années passées à la télévision, 30 minutes de sursis était clairement le grand absent, au rayon éditorial, de la filmographie du réalisateur des 3 jours du Condor. Aucune édition recensée sur le Vieux Continent pour ce petit thriller en forme de huis-clos éprouvant. Même pas une bonne vieille VHS à l’époque du vidéoclub.

Tourné avec peu de moyen, une équipe restreinte et des décors limités, The Slender Thread apparait immédiatement comme une sorte de mise à l’épreuve pour un futur cinéaste. Une manière pour un grand studio, en l’occurrence ici la Paramount, de voir que ce Pollack avait dans le ventre.

Plus qu’un simple coup d’essai, ce premier long métrage est, sans exagération aucune et au vu des contraintes auxquelles Sydney Pollack fut soumis, un véritable coup de maître. Sans jamais réunis ses deux protagonistes dans le même champ et sans aucun artifice de mise en scène (on aurait tout à fait pu imaginer le réalisateur utiliser le split-screen pour se simplifier la vie), Pollack parvient ici à créer une véritable symbiose entre Sidney Poitier et Anne Bancroft.

Si la première partie du film reste centrée sur deux personnes se parlant par téléphone interposé, la seconde se permet un changement de ton en ouvrant le récit à d’autres perspectives narratives. Utilisant par parcimonie le flashback, Sydney Pollack marque déjà ici de sa patte inimitable un récit à la base policier d’une touche mélodramatique. Celle-là même qui ponctuera l’entier de sa filmographie.

Une courte séquence située en bord de mer, mettant en scène Anne Bancroft et des enfants, anticipe de manière évidente, même si la chose est inconscience, le ton de On achève bien les chevaux, assurément que chef d’œuvre de Pollack, tourné quatre ans plus tard.

Une pièce de puzzle jusqu’ici manquante, qui nous éclaire en filigrane sur la future carrière impeccable de celui qui reste encore et toujours le réalisateur le plus sous-estimé du cinéma américain.

Où voir le film ?

30 minutes de sursis est disponible en Blu-ray ou DVD chez Rimini Editions.

Chapeau bas à l’éditeur d’avoir exhumé cette ultra-rareté sur territoire francophone, qui plus est nanti de son excellent doublage d’époque et dans une copie tellement resplendissante que l’on peut même apercevoir quelques cheveux sur la tête de Telly Savalas.

La bande son accompagnant votre lecture

La très hétéroclite bande originale du film, signée par Quincy Jones à une époque où le jazzman n’a pas encore fait toutes ses preuves pour le grand écran, fait office de machine à remonter le temps, comme si vous étiez propulsés à Seattle au milieu des années 1960 :

LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE (DAS VERSCHWINDEN DES JOSEF MENGELE, Kirill Serbrennikov, 2025)

Buenos Aires, 1956 : Josef Mengele (August Diehl), médecin et criminel de guerre, vit dans la clandestinité. Bien que toléré par les autorités locales, la pression se fait de plus en plus sentir autour de lui. Lorsqu’Adolf Eichmann est arrêté, celui que l’on surnommait « l’ange de la mort » se réfugie au Brésil où il recevra, jusqu’à la fin de sa vie, le soutien financier de sa famille…

Ceux qui me connaisse un tant soit peu savent que je ne peux résister à m’enquiller tous les thrillers possibles et imaginables concernant de près ou de loin la traque de nazis. Sans doute un effet domino persistant datant du jour ou ma chère et tendre mère, très pointilleuses sur de nombreux points absurdes mais qui ne manquait jamais une occasion de me montrer des « intrigues qui font peur », m’avait posé devant Marathon Man.

L’arrivée dans nos vidéoclubs (les anciens comprendront la métaphore) de La disparition de Josef Mengele ne pouvait donc d’attirer mon attention. Surtout après avoir constaté que Télérama, Les Inrocks et Libération conchiaient le film de Kirill Serbrennikov (rien de contestataire là-dedans. Juste une aversion de plus en plus viscérale pour l’arrogance intellectuelle).

On reproche beaucoup au film sa pseudo-complaisance avec Josef Mengele. Personnellement, je n’y pas vu une once de « bienveillance » face au monstre d’Auschwitz. Juste une manière autre de démontrer par A+B que, même si l’homme n’a jamais été inquiété par la justice des hommes, Mengele aura fini par s’inquiéter tout seul.

Tel un boomerang qui finit toujours par arriver – sans mauvais jeu de mots – dans les dents de celui qui l’envoie, La disparition de Josef Mengele dépeint le portrait pathétique d’un être encore et toujours odieux, totalement paranoïaque, incapable d’exercer la moindre remise en question face à ce qui n’était pour lui que son « travail », mais dont l’existence en fuite perpétuelle n’affiche même plus l’ombre de ce qu’il considérait comme de la « superbe » pendant la guerre.

Suivant une narration multipliant les flashback et flashforwards, le film de Kirill Serbrennikov se permet également de court-circuiter maints épisodes de la vie fugitive de Mengele, obligeant du même coup le spectateur à poursuivre l’expérience au-delà du générique de fin afin de combler les trous.

On a aussi beaucoup reproché à Serbrennikov l’image bien trop clipée de son film au regard du sujet. Un peu comme si une belle photographie noir/blanc n’était réservée qu’à des œuvres n’abordant ni de près ni de loin une quelconque forme de vérité historique.

Le réalisateur va d’ailleurs jusqu’à nantir, outrage suprême pour l’intelligentsia, son métrage d’une séquence en couleur comme pour inverser la logique des choses, le présent étant généralement montré en couleur au cinéma tandis que le passé se contente de nuances entre le gris clair et le gris foncé.

Au-delà de surprendre le spectateur au moment il s’y attend le moins, ce bref moment en Ektrachrome est surtout là pour créer un malaise, la séquence dépeignant le quotidien à Auschwitz de Josef Mengele comme ultime représentation de ce qu’Hannah Arendt nommait très justement « la banalisation du mal ». Curieux quand même : quand Jonathan Glazer fait de même durant l’entièreté de La zone d’intérêt, les canards précités se gaussent grassement en criant au génie…

Où voir le film ?

La disparition de Josef Mengele est disponible en combo Blu-ray et DVD chez Blaq Out.

UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT (UNE LIBELULA PARA CADA MUERTO, Leon Klimovsky, 1975)

Dans les bas-fonds de Milan, une série de meurtres est perpétrée au sein des prostituées, dealers et homosexuels. Le tueur, qui semble investi d’une mission purificatrice laisse en signature une libellule sur chacune de ses victimes.

L’inspecteur Scaporella (Paul Naschy) est diligenté pour mener l’enquête. Devant l’incompétence de sa hiérarchie, il s’allouera presque malgré des services de sa fiancée Silvana (Erika Blanc) pour élucider le mystère…

« Ecoute, chéri, le cigarillo dans la flotte c’est… comment dire »

Encore un giallo ! On va finir par croire que Flagstone n’est dévolu qu’à ce sous-genre que l’auteur de ces lignes affectionne tant. Il n’en est rien : tout ceci n’est qu’un heureux concours de circonstances, tant nos bienveillants éditeurs indépendants sont au taquet pour nous exhumer des pépites rares n’ayant fort heureusement pas le parfum de simples fonds de tiroir.

Style transalpin découlant du krimi germanique, le giallo s’est parfois exporté en Espagne voisine. Assez comparable, le « genre jaune » ibérique a donc lui-aussi quelques perles à son actif. L’affiliation ici est poussée jusqu’aux « locations », Une libellule pour chaque mort ayant en bonne partie été tourné à Milan. Le plus étonnant concernant cette bobine de Leon Klimovsky (La furie des vampires) réside dans le look totalement hors de clous des comédiens.

Faut pas faire chier Paul Naschy!

On ne le dira jamais assez : Paul Naschy est le frère caché de John Belushi. Un peu moins énervé certes. Encore que… Systématiquement affublé ici d’un cigarillo, collant volontiers des bastos à un pauvre petit vieux pour lui faire avouer son exhibitionnisme incurable, il n’arrive malgré tout pas à la cheville, esthétiquement parlant, de son supérieur hiérarchique (Mariano Vidal Molina, que l’on connait pour sa participation à L’ile mystérieuse – la série de notre enfance avec Omar Sharif), ressemblant plus à un pasteur issu d’une parodie des frères ZAZ qu’un un authentique chef de brigade.

Offrant, vous l’aurez compris, une galerie de personnages tous plus pittoresques les uns que les autres (mention spéciale au comédien Ramon Centenero, parfait croisement physique entre Sergi Lopez et Dominique Aveline), le film de Leon Klimovsky aurait facilement pu verser dans la farce involontaire. Fort heureusement, il n’en est rien.

Sergi Aveline/Dominique Lopez

Une libellule pour chaque mort est donc une très solide série B sur le fil du rasoir n’était pas sans rappeler Peur sur la ville (la « mission » dont se sent investi le tueur ressemble étrangement à celle de Minos) et Frenzy (pour le flic décomplexé secondé par sa moitié sauf qu’ici, c’est lui qui fait la cuisine), qui ravira donc à coup-sûr même le fan de giallo le plus exigeant.

Où voir le film ?

Une libellule pour chaque mort est disponible en combo Blu-ray+DVD chez Artus Films dans une copie flamboyante.

En plus du film, vous trouverez une vaste intervention du désormais incontournable duo Emmanuel La Gagne/Sébastien Gayraud. Comme toujours, la frénésie de ces papes du bis prend le pas sur la forme, mais l’exaltation du tandem est tellement enthousiaste qu’on leur pardonnera sans peine le très léger manque de rigueur de l’ensemble.

TORSO (I CORPI PRESENTANO TRACCE DI VIOLENZA CARNALE, Sergio Martino, 1973)

Un tueur en série secoue la petite ville universitaire de Pérouse. Les victimes sont des étudiantes, retrouvées étranglées avec un foulard rouge et noir. Le rituel est suivi du démembrement des victimes, que le psychopathe opère à la scie…

Il y a des films dont la réputation jadis peu glorieuse se transforme avec le temps. Torso en est un parfait exemple. Il n’était pourtant pas très difficile de voir dans ce giallo-là, déjà à l’époque, quelque chose d’assez unique.

Alors oui, on le sait maintenant, le film de Sergio Martino est devenu presque malgré lui celui que l’on considère comme véritable précurseur du slasher qui envahira tantôt les écrans du monde entier dès le milieu des années 1970. Les grandes qualités de Torso ne s’arrêtent heureusement pas là.

En 1973, Martino a déjà réalisé 4 gialli traditionnels (L’étrange vice de Madame Wardh, La queue du scorpion, Toutes les couleurs du vice, Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé) et le genre va tantôt partir sur sa pente descendante. Comme toujours secondé à l’écriture par Ernesto Gastaldi, Martino casse ici partiellement les codes d’un genre de plus en plus prisonnier de lui-même.

Le point de départ reste identique à tous les gialli classiques : une petite communauté va se voir ébranlée par un tueur masqué opérant toujours de manière vicieuse à l’arme blanche. Un tueur qui, à l’évidence, fait partie des protagonistes visibles à l’écran.

Malins, Martino et Gastaldi, associé pour l’occasion à Carlo Ponti, choisissent une communauté estudiantine remplie de jeunes et jolies filles, à laquelle le tandem va faire opérer un déplacement géographique. De prime abord déstabilisant, ce changement de lieu opère de manière ultra-audacieuse sur le déroulement de l’action, rendant les dernières 30 minutes, au-delà de leur aspect précurseur, véritablement haletantes. Et ce malgré une situation scénaristique ultra-simple.

Devant la caméra, la trop rare comédienne britannique Suzy Kendall (L’oiseau au plumage de cristal, La loi du talion, Meurtre à haute tension, Six minutes pour mourir, un des meilleurs épisode d’Amicalement vôtre) tient le métrage sur ses épaules, tandis que la fragile Tina Aumont, sans doute le plus beau regard du cinéma après celui d’Audrey Hepburn, prouve l’étendue de son talent naturel malgré une filmographie ne lui rendant absolument pas justice.

Bien plus qu’un simple « giallo de plus », une véritable référence dépassant largement le cadre du cinéma bis. A conseiller à tout cinéphile passionné par le film d’horreur moderne.

Où voir le film ?

Le film est disponible chez Carlotta dans 3 éditions distinctes : un Blu-ray, un 4K et un coffret limité. Notre dévolu s’est évidemment dirigé vers le box contenant, en plus d’un combo UHD+Blu-ray, d’une petite poignée de goodies sympas, allant du sticker autocollant à une reproduction de l’affiche réalisée pour cette édition, un volumineux jeu de photo (exploitation et tournage) ainsi qu’une réplique du poster italien original.

A noter que le film n’ayant curieusement jamais été exploité en salles sur territoire français, Torso n’est présente que dans ses deux « versions originales » (italienne et anglaise, chaque comédien parlant sa langue sur le plateau).

IPCRESS, DANGER IMMEDIAT (THE IPCRESS FILE, Sidney J. Furie, 1965)

Un scientifique de renom est enlevé dans le train qui devait l’emmener en vacances. Harry Palmer (Michael Caine), sergent de l’armée britannique connu pour son insubordination, est chargé par supérieur, le colonel Ross (Guy Doleman), de faire la lumière sur cette nouvelle disparition. En effet, seize autres scientifiques britanniques de renom ont inexplicablement quitté leur poste au sommet de leur carrière durant les derniers mois…

En 1965 arrive sur les écrans britannique un nouvel agent secret. Son nom est Palmer, Harry Palmer, mais son appartenance intrinsèque avec James Bond s’arrêtera là. Lorsque son réveil sonne, Palmer enfourche ses épaisses lunettes, sans quoi il reste dans le brouillard. Son appartement n’a rien de luxueux et l’infect café moulu qu’il s’apprête à boire vient de son fait, non du room service.

Antipathique, insubordonné et peu passionné par son travail, il est donc l’antithèse même de l’agent 007. Un personnage en parfait contre-emploi, qui voit pourtant le jour au cinéma grâce à plusieurs personnes impliquées dans les aventures bien plus exotiques de James Bond.

Produit par Harry Salzmann, monté par Peter Hunt, placé sous la direction artistique de Ken Adam et mis en musique par John Barry, Ipcress, danger immédiat aurait facilement pu se prendre les pieds dans le tapis. Assez miraculeusement, cette production réussit pourtant le tour de force bluffant de se distinguer à 100% de double-zéro-sept.

Mis en scène par Sidney J. Furie, Ipcress crée immédiatement une sensation d’étrangeté chez le spectateur. Optant pour de très nombreux plans obliques en contre-plongée, le réalisateur canadien invente en moins de deux heures un nouveau cinéma d’espionnage européen, sérieux, fait de jeux d’ombres, permettant admirablement d’accentuer l’oppression de la Guerre Froide systématiquement placée en toile de fond.

On dit volontiers et à raison que John Barry a définitivement posé les bases de sa musique en composant la bande originale d’Opération Tonnerre. On peut sans autre ajouter à l’édifice le score composé la même année pour le présent film, tant tout ce qui y est présent résonnera dans l’œuvre de Barry durant les quinze années suivantes.

D’accords dissonants répétés en boucle (la scène du lavage de cerveau ici, la séquence de poursuite sous-marine dans Thunderball) à l’utilisation du cymbalum, élément essentiel pour sous-ligner une ambiance emprunte des pays de l’est (que serait d’ailleurs le thème d’Amicalement votre sans cet instrument hongrois ?).

Suite au succès de Ipcress, deux séquelles seront produites dans les deux années suivantes. Appartenant à d’autres catalogues, ces dernières ne sont donc pas disponibles sous la bannière d’Elephant Films. Le second (Mes funérailles à Berlin) n’a d’ailleurs jamais eu droit à une édition HD sur territoire francophone, tandis que le dernier (Un cerveau d’un milliard de Dollars) est disponible depuis quelques temps chez BQHL, malheureusement encore et toujours amputé d’une scène…

Où voir le film ?

Déjà disponible dans le passé chez Elephant Films, Ipcress, Danger immédiat a droit aujourd’hui à un beau lifting chez le même éditeur (la précédente édition Blu-ray avait un micro-problème d’authoring).

Elephant Films offre différentes options concernant l’acquisition de ce mètre-étalon du film d’espionnage sérieux. Au choix : un combo Blu-ray+DVD, une édition Blu-ray simple ainsi que la possibilité de se voir offrir en bonus le film à l’acquisition de la récente série TV éponyme (Harry Palmer : The Ipress File, coffret Blu-ray ou DVD)

Enfin, l’éditeur vient également de publier un coffret consacré à Michael Caine (7 Blu-rays ou 8 DVDs), regroupant tous les titres mettant en scène le plus flegmatique des comédiens britanniques sortis sous la bannière d’Elephant.

LES CHAMBRES ROUGES (Pascal Plante, 2023)

Kelly-Anne (Juliette Gariépy), mannequin très sollicité accessoirement championne de poker en ligne, se réveille chaque matin aux portes du palais de justice pour s’assurer une place au procès hypermédiatisé de Ludovic Chevalier (Maxwell McCabe-Lokos), un tueur en série qui la fascine. Elle y fait la connaissance Clémentine (Laurie Badin), jeune femme paumée, persuadée de l’innocence de Chevalier…

Oui je sais : où étais-je depuis deux ans pour découvrir seulement maintenant Les chambres rouges, thriller québécois dont on a beaucoup parlé lors de sa sortie française il y a deux ans ? Dans les salles de cinéma, comme toujours, sauf que ce film-là n’est jamais arrivé jusque chez nous.

Puis on oublie et on passe à autre chose. A tel point que la sortie du film en coffret collector, au printemps 2024, m’avait totalement échappée. Par chance, ESC Editions ressort aujourd’hui le film de Pascal Plante en édition simple (Blu-ray ou DVD) à un tarif préférentiel. De quoi enfin peut-être comprendre pourquoi ce thriller-ci serait meilleur qu’un autre.

Comment se distinguer dans un sous-genre usé jusqu’à la corde tel que le thriller mettant en scène un serial killer ? C’est le dilemme que s’est posé Pascal Plante. Ayant fait le constat que certaines personnes peuvent vouer une admiration inconditionnelle à un tueur en série, le cinéaste québécois se glisse dans une brèche a priori jamais exploitée. A savoir un métrage qui parvient à détourner la question du serial killer en inversant les rôles.

Le film débute alors que l’enquête est terminée, au moment précis où le procès de Ludovic Chevalier va s’ouvrir. Durant une longue scène vertigineuse en plan-séquence, Pascal Plante pose non pas le décor, mais ses personnages et les enjeux de son film. Ces derniers n’étant pas de savoir quel a été le parcours du tueur, mais de livrer le portrait glaçant d’une jeune femme obnubilée par un monstre jusque-là présumé innocent, au point d’y consacrer tout leur temps.

Sans jamais se positionner, Plante suit son personnage principal, tout en laissant planer à chaque instant le doute quant à ses réelles intentions. Kelly-Anne est-elle réellement une fanatique à l’esprit hautement dérangé où une nouvelle forme de justicière se substituant aux forces de l’ordre, donc opérant sans la moindre légitimité ?

Malin, Pascal Plante laissera cette question ouverte au-delà du générique de fin, permettant au spectateur de se forger sa propre conviction, mais sans pour autant le laisser sur le carreau en jouant la carte attendue du cold case. Une manière délibérée de pousser l’audience à parler du film au-delà de sa projection, via un débat sans doute animé et passionnant.

Tourné dans un format hybride, correspondant exactement à celui d’une photo de taille standard (1.50:1), Les chambres rouges ne s’apparente pourtant pas, esthétiquement parlant, aux œuvres de cinéastes ambitieux, tels que Paul Thomas Anderson, Christopher Nolan ou Brady Corbet, très friands des formats de pellicule prestigieux très proches (VistaVision, IMAX).

Permettant également de rester à très courte focale des personnages, le ratio pousse automatiquement le spectateur vers une immersion globale. Une plongée renforçant à l’évidence une forme de fascination catharsisante, que nous avons tous en nous, pour le sordide.

A la question « est-ce que Les chambres rouges est un thriller meilleur d’un autre ? », il est difficile de répondre par une complète affirmation. Une chose est par contre claire : ce film-là est largement plus original que tous les métrages du même acabit sortis ces dernières années sur nos écrans. Un film de genre qui parvient donc admirablement à sortir des sentiers battus.

Où voir le film ?

Les chambres rouges est disponible en Blu-ray et DVD chez ESC Editions (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment AG)

Disons-le franco : la copie est sublime ! Dotée d’un piqué exceptionnel et de noirs profonds, le format Blu-ray rend parfaitement justice à l’aspect clinique du film, sans pour autant que la texture de l’ensemble n’en devienne terne.

Pas mal de bonus très intéressants sont présents : deux entretiens croisés entre Pascal Plante et Juliette Gariépy décortiquent aux petits oignons les intentions d’un cinéaste aussi inspiré que sympathique. A ceci s’ajoute un module très original : une version live de la musique du film (qui est pour beaucoup dans l’impact de l’œuvre sur le spectateur) jouée sur scène.

LA GUERRE DES PRIX (Anthony Dechaux, 2026)

Fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, Audrey Dumont (Ana Girardot) se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec Bruno Fournier (Olivier Gourmet), un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d’un système impitoyable. Durant de redoutables négociations, elle va tout mettre en œuvre pour aider son frère Ronan (Julien Frison), qui a repris la ferme familiale. Une exploitation sur le point de se faire englober par un grand groupe alimentaire concurrent…

En quelques petites années, la France est devenue le pays du thriller social. A savoir des œuvres pouvant à la fois être appréciées par un public exigeant, pour qui un aspect sociétal ancrée dans notre époque est nécessaire, mais aussi par l’amateur de films de genre aiguisé.

Difficile de dire exactement quand cette brèche a réellement démarré. Il est néanmoins assez facile de constater que Les algues vertes, BD remarquable basée sur une enquête journalistique complexe devenu un thriller de haut vol – bien que resté inédit sur territoire helvétique – sous la caméra du vétéran Pierre Jolivet, fit office de détonateur.

Ainsi, depuis trois ans débarquent régulièrement sur nos écrans des œuvres en premier lieu cataloguée au registre « cinéma d’auteur », alors que ces dernières pourraient sans aucun doute élargir leur public sans cette étiquette faussement élitiste.

Premier long métrage d’Anthony Dechaux, comédien ayant eu l’audace d’opter directement pour le format long métrage lors de son passage derrière la caméra, La guerre des prix a à l’évidence une affiliation directe avec le thriller à connotation sociale. Se revendiquant – et ça se voit à l’écran – du cinéma de Stéphane Brizé (En guerre, un autre monde) mais aussi de l’excellent Petit paysan d’Hubert Charuel (ne vous fiez pas au titre : ce métrage est redoutable !), le nouveau cinéaste évoque aussi le cinéma de James Gray en influence directe (pour le talent du réalisateur américain a savoir mieux que quiconque représenter la cellule familiale dans son œuvre).

Parfait croisement entre La loi du marché de Stéphane Brizé (pour le côté oppressant des classes ouvrières que l’on presse comme des citrons) et Le système Victoria de Sylvain Desclous (l’aspect « machine à broyer » des multinationales y est tout à fait comparable), La guerre des prix met habilement en lumière et sans détour la manière dont les grands groupes financiers n’hésitent pas, avec le soutien de nos élus politiques, à utiliser le prétexte du maintien du pouvoir d’achat des masses pour augmenter leurs bénéfices. Avec pour effet collatéral de réduire à néant et sans le moindre scrupule tout obstacle humain qui se mettrait en travers de leur chemin ; que ce dernier soit un simple travailleur ou un pion stratégiquement placé sur l’échiquier du profit.

Dans le rôle du pion insidieusement mis en avant pour mieux servir la cause des grands groupes, Ana Girardot est remarquable dans le rôle d’Audrey. Impassible, déterminée mais gardant en ligne de mire ses convictions, son personnage ne devient ambigu que pour mieux servir ses convictions personnelles. Face à elle, Olivier Gourmet est évidemment imparable en coupeur de tête sans états d’âme, mais qui garde une forme d’éthique toute personnelle imparable. Donc impossible à mettre en cause.

On pardonnera donc à Anthony Déchaux de vouloir courir après plusieurs lièvres à la fois. En effet, le nouveau cinéaste se permet, sans doute dans son élan frénétique de jeune réalisateur, d’ouvrir des brèches parallèles à son intrigue centrale qu’il laissera pour la plupart sur le carreau en cours de route.

Ceci ne gâche fort heureusement rien ou presque au plaisir spontané que procure cette Guerre des prix, un thriller dont les enjeux sont un peu convenus certes, mais qui a au moins pour mérite d’être très bien écrit, mis en scène avec panache et servi par un casting impeccable.

La guerre des prix d’Anthony Dechaux, avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Aurélia Bloquet, Jonas Bloquet, Yannick Choirat, France, 2025, 1h36.

Où voir le film ?

La guerre des prix est disponible en Blu-ray et DVD chez Diaphana.

Outre une copie à la colorimétrie impeccable, faites de couleurs froides renforçant l’impact émotionnel du film, on salue l’effort de l’éditeur à proposer, en parallèle d’une piste 5.1, un stéréo simple sur 2 canaux, idéal pour une vision du métrage sur un simple téléviseur.

Au niveau des bonus, nous trouvons une courte séquence de scènes commandées par Anthony Dechaux (donc une montrant bien l’implication d’Ana Girardot) et un échange entre le réalisateur et Olivier Mével, économiste et conseiller sur le film. Si l’échange sent passablement l’autosatisfaction, les informations qui en découlent restent très pertinentes.

LE CRI DES TENEBRES (CRIES IN THE NIGHT/FUNERAL HOME, William Fruet, 1980)

Heather (Lesleh Donaldson) vient passer l’été chez sa grand-mère Maude (Kay Hawtrey) qu’elle n’a pas revue depuis longtemps. Celle-ci vient de transformer sa demeure, située près d’un lac, en maison d’hôtes. Les clients commencent à arriver. Certains disparaissent, tandis que d’autres sont retrouvés assassinés…

Encore un slasher me direz-vous. Non, vous répondrais-je. Si ce sous-genre né d’un renouveau du film d’horreur à la fin des années 1970 a actuellement le vent en poupe chez nos éditeurs, il arrive parfois que l’inattendu surgisse là où on ne l’attendait pas.

C’est le cas de ce Cri des ténèbres, petite production canadienne réalisée par William Fruet, cinéaste surtout resté dans les esprits pour avoir opéré au sein de plusieurs séries TV à sensations (Chair de poule, Vendredi 13, Alfred Hitchcock présente).

A la lecture du pitch, on serait tenté de passer notre chemin. En effet, l’exhumation, façon « fond de tiroir », de tous les slashers possibles et imaginables – bien que semblant satisfaire une frange non négligeable de cinéphages – aura parfois tendance à épuiser le spectateur désireux d’ouvrir son horizon au-delà du canevas usé jusqu’à la corde de la bande d’ados fornicateurs, prêts à se faire dézinguer par un tueur fou.

Réussissant à tirer son épingle du jeu en brouillant rapidement les pistes, Cries in the Night (retitré Funeral Home lors de sa ressortie en 1982) fait immédiatement penser à un récit de Stephen King, tant l’ambiance et le décor évoque l’univers de l’auteur.

Une action située en campagne, des personnages dont les traumatismes passés continuent de hanter leur présent et un protagoniste peu enclin à la sympathie (l’ombre de Boo Radley n’est jamais loin), indiquent une affiliation claire bien que sans doute inconsciente avec l’auteur.

Bien malin celui qui parviendra à anticiper le dénouement de cette redoutable petite bobine, même si une connexion avec une œuvre cinématographique majeure – dont nous ne révélerons rien – pourra éveiller quelques soupçons chez l’aficionados d’œuvres capables de mettre ses nerfs en pelote.

Bien moins connus que maintes autres bobines pourtant moins réussies, Le cri des ténèbres est donc clairement le film qui ravira sans l’ombre d’un doute tout amateur de bonne surprise au cœur d’un cinéma de genre par trop souvent aseptisé.

Où voir le film ?

Le cri des ténèbres est disponible en combo Blu-ray+DVD  chez Rimini Editions.

L’éditeur annonce en préambule de la lecture que la copie utilisée pour cette édition – la seule disponible à ce jour – présente quelques défauts. Mis à part le fait d’être un peu terne en termes de colorimétrie et de contrastes, cette dernière est fort heureusement dans un bien meilleur état qu’annoncé.

Signalons encore qu’il est largement conseillé de regarder le film en VO, le doublage français étant tellement aux fraises qu’il réduit quasi à néant l’impact dramatique de l’intrigue.