LE SADIQUE A LA TRONCONNEUSE (PIECES/MIL GRITOS TIENE LA NOCHE, Juan Piquer Simon, 1982)

Sur le campus d’une université américaine, le corps d’une étudiante est retrouvé dépecé à l’aide d’une tronçonneuse. Lorsqu’un second meurtre tout aussi brutal est commis, la police comprend qu’elle doit faire face aux agissements d’un tueur fou que la presse surnomme « le sadique à la tronçonneuse » dont on ne sait rien des sanglantes motivations…

Voilà le film que beaucoup attendant. Celui qui n’avait, depuis l’ère de la VHS, jamais connu la moindre édition francophone. Celui qui, après avoir été sélectionné dans sa carte blanche par Eli Roth au NIFFF en 2011, avait gagné en réputation d’œuvre majeure bien que difficile à voir. Celui qui avait souvent été confondu en vidéoclub à l’époque avec Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (une édition VHS du présent film ne se gênait d’ailleurs pas de reprendre un visuel de Leatherface sur sa jaquette).

L’arrivée du Sadique à la tronçonneuse sous la bannière du très inégal éditeur ESC avait donc de quoi susciter l’intérêt. Ceci bien sûr sans jamais avoir vu la moindre image du film de Juan Piquer Simon. Film agrémenté depuis toujours d’un slogan ultra bien pensé : It’s exactly what you think it is !

Dès les premières minutes du métrage, on comprend que oui, c’est effectivement à la virgule près ce qu’on avait imaginé. A savoir un authentique nanar, mal foutu, joué avec les pieds, pas effrayant pour un clou et, beaucoup plus grave, pas drôle du tout (ce que devrait au minimum être, vous en conviendrez, un navet).

Le film débute par une séquence de flashback située en 1942, montrant un gamin perturbé futur assassin de sa mère (aucun, mais alors aucun lien avec Halloween). L’accessoiriste tente-t-il de trouver un téléphone raccord (ha ha) ? Que nenni : le combiné 70s laissé sur place par ltata Jeanine, qui a prêté sa villa de campagne à la production, fera très bien l’affaire !

La suite de ce calvaire sur celluloïd se passe à notre époque (1982 donc) et on comprend assez vite (et sans pour autant avoir un doctorat en poche) qu’un membre de l’université, pourtant en apparence bien sous tous rapports, pète un stotz dès que l’occasion se présente (comprendre : dès qu’une fille est nue dans un vestiaire ou sous une douche).

Pour assouvir ses fantasmes morbides, l’homme utilise exclusivement une tronçonneuse. Pourquoi ? C’est le seul outil que le jardinier, sorte de clone entre James Gandolfini et Demis Roussos (accessoirement aussi le gardien tout en nuances de Midnight Express), utilise : qu’il doit couper un arbre, débroussailler une haie ou tondre la pelouse, c’est tout à la tronçonneuse ! Ce qui en fait, bien entendu, le coupable idéal (ce qu’il n’est, spoiler alert, évidemment pas).

L’enquête est mollement menée par la brigade de choc de Christopher George, acteur américain de second plan décédé peu de temps après le tournage, dont le seul mérite amusant est d’être un parfait croisement entre George Segal et Cliff Barnes. Oui, je sais : l’acteur de Dallas ne s’appelle pas Cliff Barnes, mais si je vous dis Ken Kercheval, personne de va saisir l’allusion ni croire qu’un comédien portait réellement ce patronyme.

Et nous dans tout ça ? Ben on s’emmerde ferme, sans même décrocher un sourire. Laborieux d’un bout à l’autre, chiant comme pas deux, frisant l’amateurisme à chaque seconde, Le sadique à la tronçonneuse n’est resté dans les esprits que pour une raison : son titre.

Mais là où Tobe Hooper parvenait à utiliser un libellé racoleur pour produire une œuvre légendaire, Juan Paquer Simon ne réussissait à passer à la postérité que pour « usurpation d’identité ». Remarque qu’au vu du niveau de cette daube, c’est déjà une belle prouesse…

Où voir le film ?

Le sadique à la tronçonneuse est disponible en combo Blu-ray/DVD chez ESC Editions. Comme à son habitude, l’éditeur bien plus prolifique que soigneux de ses publications a joué la bidouille pour cette édition.

En effet la VF du film, clairement tirée d’une VHS frelatée, affiche un problème de taille. Plutôt que de choisir l’audio standard, ESC tente de récupérer les pistes Hi-Fi qui, sans la moindre surprise, décrochent toutes les 3 secondes. Au résultat, plutôt que d’avoir un bon mono sur 2 canaux, on se retrouve avec une 2 pistes distinctes, dont le côté droit grésille durant l’intégralité du film, rendant cette version française très pénible.

Quand on sait que ladite VF était de toute manière en mono, il y a objectivement de quoi s’interroger quant aux réelles compétences, en manière d’authoring, de ESC (qui n’en est et de loin pas à son coup d’essai, niveau catastrophe technique).

Niveau bonus, un module façon Blow Up sur Arte, mené tambour battant par Alexandre Jousse, est clairement la seule chose réussie de cette publication, et nous éclaire sur la carrière, assez lamentable il faut bien le dire, de Juan Piquer Simon.

PRIMATE (Johannes Roberts, 2025)

Après l’ours coké, le singe enragé ! Le cinéma d’exploitation est, depuis toujours, jalonné de concepts tellement absurdes (imaginez deux secondes la gueule du producteur vers qui un quidam est allé demander de l’argent pour tourner Billy the Kid contre Dracula…) qu’ils peuvent parfois donner naissance à des films « remarquables » (si pris au 14e degré donc).

Jadis réservés aux cinémas de quartier puis aux étalages de nos vidéoclubs d’antan, ces bizarreries arrivent depuis quelques années sur nos écrans de cinéma européens, sans que personne ou presque n’arrive vraiment à en saisir la raison puisque, de manière générale, ces OFNI (objets filmiques non identifiés) sont des flops en salles de notre côté de l’Atlantique.

Dernier né en la matière, Primate réactive une micro-brèche du cinéma horrifique : le singe domestique qui s’avère à la fois bien plus malin et cintré qu’on ne l’aurait imaginé (quelle idée de vivre avec un singe à la maison me direz-vous).

Si l’exercice a donné lieu par le passé à des métrages au final bien plus convaincants que leur concept (Link de Richard Franklin, Incidents de parcours de George Romero), il s’avère assez laborieux dans le cas présent. En cause : une espèce de pitch encore plus absurde que le concept du film lui-même, qui aligne méchamment les problèmes narratifs.

Imaginez un peu : une bande de copines vient passer la pause inter-semestre universitaire dans la maison hype du père de l’héroïne située, on ne sait pas trop pourquoi, en bordure d’une falaise hawaïenne. L’homme, écrivain à succès et veuf pas si éploré que ça, est sourd-muet. Cela fait-il avancer le schmilblick ? Pas du tout…

Autre spécificité de l’homme (outre le fait d’être un croisement physique entre Hugh Jackman et Francis Lalanne) : il vit avec le chimpanzé que feu son épouse, anthropologue renommée, étudiait depuis tellement longtemps que l’animal avait fini par devenir un membre de la famille. Ceci jusqu’à ce que le satané primate pète un stotz après avoir été mordu par une mangouste enragée.

Passé sur le jeu que limité de l’ensemble des comédiens (semblant tout droit sorti d’une série US 90s pour ados) et les multiples aberration narratives (mais pourquoi diable Hugh Lalanne/Francis Jackman a-t-il une cage à tyrannosaure au milieu de sa baraque alors que sa bestiole vit en complète liberté dans la casbah ?), il faut bien admettre que cette bêtise assumée est plutôt efficace.

Produit par Paramount, Primate semble à l’évidence être une nouvelle tentative pour la major, après Smile et la récupération de la franchise Scream (dont le 7e épisode arrive sur nos écrans dans quelques semaines. On ne se réjouit pas des masses) d’entrer en concurrence directe avec Blumhouse, studio qui aligne depuis plus de dix ans des métrages horrifiques du même calibre: vite produits, généralement de bonne facture et surtout peu onéreux. Donc ultra rentables.

Rappelons pour mémoire qu’il fut une époque pas si lointaine où les majors concentraient leurs efforts à la production de grands films tout en laissant ce genre d’aberrations, aussi délectables soient-elles si prises pour ce qu’elles sont, à des studios indépendants. Le film n’ayant couté que 25 millions et étant déjà rentré dans ses frais seulement deux petites semaines après sa sortie US, on peut légitimement se demander si ce genre de production ne représente pas le dernier Eldorado pour Hollywood…

Primate de Johannes Roberts, avec Johnny Sequoyah, Jess Alexander, Troy Kotsur, Victoria Wyant, Gia Hunter, Benjamin Cheng, Etats-Unis/Grande Bretagne/Canada/Australie, 1h29.

Disponible en 4K UHD, Blu-ray et DVD chez Paramount (distribution Suisse: Rainbow Home Entertainment AG).

RUE BARBARE (Gilles Béhat, 1984)

Dans un quartier périphérique, la bande des « Barbares » domine la rue et le monde de la nuit. Son chef, Matthieu Hagen (Bernard-Pierre Donnadieu) dit « Matt », règne par la terreur. Ancien membre de la bande, Daniel Chetman (Bernard Giraudeau), dit « Chet », est rangé des voitures depuis 10 ans. Mais un soir, alors qu’il rentre chez lui, il répond à l’appel au secours d’une jeune Chinoise, abandonnée dans un chantier après avoir été violée

Après avoir été adapté à plusieurs reprises à Hollywood (Les passagers de la nuit de Delmer Daves, Poursuites dans la nuit de Jacques Tourner), David Goodis, célèbre auteur de romans noirs, intéresse les cinéastes français. François Truffaut (Tirez sur le pianiste), Henri Verneuil (Le casse) et René Clément (La course du lièvre à travers les champs) sauront d’ailleurs tirer le meilleur de son œuvre en transposant l’univers très américain de l’auteur sous d’autres horizons. Il n’en est malheureusement pas de même pour Gilles Béhat.

Mais qu’est-il arrivé au polar français dès 1983 ? La balance de Bob Swain, récompensé on ne sait par quel miracle par les 3 plus prestigieux César, et Le marginal, polar outrancier de Jacques Deray où Belmondo amorce le début de son déclin artistique, semblent attester d’une volonté en Hexagone de rivaliser dès cet instant avec le Mad Max 2 de George Miller. Dès lors, tous les polars seront outranciers, homophobes, racistes et violents. Donc forcément bêtes et inutilement vulgaires. Rue barbare est sans conteste le métrage ayant amorcé de début de cette descente aux enfers cinématographique.

On aimerait bien rire en voyant Bernard Giraudeau visiblement sous l’influence vestimentaire de Renaud Séchan, Jean-Pierre Kalfon sous les traits d’un Dick Rivers de sous-préfecture ne manquant jamais une occasion de chanter de la soupe muni d’un synthé Casio, Bernard-Pierre Donnadieu déguisé en parrain pédophile de Seine-Saint-Denis habillé de blanc et botté de santiags rouges, et Christine Boisson en mère maquerelle choucroutée et visiblement mazoutée au speed. Mais tout ceci est tellement « too much » qu’il n’est pas possible, même dans les meilleures dispositions possibles (comprendre avec 2 grammes d’alcool dans le sang), de trouver la moindre circonstance atténuante à cette horreur qui aura pourtant amassé plus de 4 millions de spectateurs en salles à l’époque de sa sortie.

Rassurons-nous : le cinéma de genre français a fait encore pire les années suivantes avec Terminus, post-nuke risible avec un Johnny Hallyday peroxydé, et Diesel, Mad Max de 3e zone avec Gérard Klein (si, si : L’instit, c’est bien lui). Gilles Béhat parviendra quant à lui à faire encore plus débile l’année suivante avec Urgence, autre supplice cinématographique, également diffusé au Film de minuit. Pauvre France, et par extension pauvre Suisse…

Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »

Où voir le film ?

Rue barbare est disponible en Blu-ray dans la collection Nos années 80 de StudioCanal