SPRINGSTEEN, DELIEVER ME FROM NOWHERE (Scott Cooper, 2025)

New Jersey, 1982. De retour d’une tournée marathon, Bruce Springsteen planche sur son prochain album. Afin de réaliser des maquettes, le musicien se muni d’un enregistreur 4 pistes qui lui permettra de tester différentes choses chez lui. Ainsi, le chanteur pense arriver en studio avec une forme brute mais assez claire des chansons qui composeront le disque. Une sorte de bande-témoin idéale afin de guider la prise de son finale…

Chaque personne confrontée un jour ou l’autre avec une forme d’aboutissement créatif peuvent en témoigner : très souvent, un élan spontané, même si loin d’être parfait, sera en finalité bien plus authentique que toute tentative ultra-réfléchie. A tel point que, dans certains cas, un retour aux sources s’avérera salvateur.

Prenons l’exemple d’une simple photo prise à l’arrache afin de donner la direction générale d’un projet visuel. Une pochette d’album par exemple. Fort est à parier que les professionnels en charge de la création finale se casseront les dents afin de tenter reproduire quelque chose d’aussi spontané et authentique que leur modèle.

C’est exactement ce que met en lumière, de manière très convaincante, Deliver Me From Nowhere. Enfermé seul dans une maison louée pour l’occasion, Bruce Springsteen enregistre rapidement les démos de dix chansons qui composeront Nebraska, son futur album.

Arrivé en studio avec une cassette en poche, Springsteen pense naïvement qu’il sera simple de recréer l’ambiance feutrée et mélancolique des instants qu’il a su saisir spontanément, sans penser au lien de cause à effet, sans jamais chercher la perfection, mais en gardant une authenticité intacte.

Après des jours à se s’arracher les cheveux, « The Boss » arrive à la conclusion que la tâche est impossible. Une seule solution semble réaliste : publier les démos telles qu’il les a enregistrées, malgré leur prise de son approximative, contre l’avis de sa maison de disque, qui préférerait voir Born in the U.S.A., mise en boite au studio dans la foulée, figurer sur l’album.

Vous l’aurez compris : il n’est pas nécessaire d’être fan de Bruce Springsteen pour apprécier Deliver Me From Nowhere, dans la mesure où le centre névralgique du métrage n’est pas axé sur le chanteur, mais bien sur la notion d’authenticité en matière de créativité et la manière dont les « home studios », alors en pleine émergence au début des années 1980, ont changé la donne. Donc à 100 lieues d’une démarche réfléchie en matière de rentabilité.

De manière encore plus convaincante que Un parfait inconnu, le réalisateur de Scott Cooper (Les brasiers de la colère, Hostiles) parvient ici à tirer son épingle du jeu en détournant le traditionnel – et souvent peu concluant – biopic musical pour nous livrer une œuvre aussi singulière que l’album dont le film raconte la genèse. Passionnant.

Où voir le film ?

Springsteen, Deliver Me From Nowhere est disponible Combo 4K+Blu-ray, Blu-ray et DVD chez 20th Century Studios (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment AG)

UN PARFAIT INCONNU (A COMPLETE UNKNOWN, James Mangold, 2024)

New York, 1961. Alors que la scène musicale est en pleine effervescence et que la société est en proie à des bouleversements culturels, Robert Zimmermann (Timothée Chalamet), un énigmatique jeune homme de 19 ans, débarque du Minnesota avec sa guitare et un talent hors normes, qui changera à jamais le cours de la musique américaine…

Se lancer dans un film consacré à une personne que l’on déteste est un exercice peu stimulant. Surtout quand ladite personne est incarnée à l’écran pour un comédien qui vous sort par les trous de nez. Avouez que j’étais assez mal barré pour m’embarquer dans Un parfait inconnu, le dernier film en date de James Mangold (Le Mans 66, Walk the Line).

Mais le réalisateur est un très bon artisan et Timothée Chalamet m’est apparu plutôt sympathique – car incarnant un type imbuvable – dans Marty Supreme, définitivement le métrage le plus surprenant de ce début d’année. Chalamet serait-il « à mon goût » quand il entre dans la peau d’une personne débectable ? Il fallait en avoir le cœur net.

Dès les premières minutes d’Un parfait inconnu, je réalise que j’ai bien fait d’accorder 140 minutes de mon temps à ce biopic partiel. Déjà, parce qu’il est partiel justement – donc ne cherchant aucunement à couvrir l’entier d’une carrière – mais aussi car il est la preuve irréfutable de ce que je supposais. A savoir qu’un comédien détestable à mes yeux peut d’un coup devenir bon sous mon regard s’il incarne un personnage antipathique à l’extrême. En l’occurrence ici, Bob Dylan.

Alors oui, certes, il faut se taper du Dylan pendant plus de deux heures. Qui plus est en pensant à chaque seconde à Stevie Ricks, le brillant humoriste britannique l’imitant non pas à la perfection, mais en poussant tellement les potards que cela en devient inévitablement poilant. Par chance ici, il y a beaucoup d’autres choses à voir.

Tout d’abord Monica Barbaro, que j’ai découverte il y a 15 jours dans le plutôt pas mal Crime 101, qui incarne une Joan Baez à la fois douce mais déterminée, lumineuse et touchante. Ensuite, car l’effervescence de la folk à l’aube des sixties en plein cœur de Greenwich Village est dépeinte ici de manière à la fois authentique et passionnante.

Enfin, je comprends mieux Bob Dylan, qui m’apparait d’un coup beaucoup plus respectable, car fonctionnant selon le seul vrai principe artistique réellement honnête. A savoir celui de l’artiste qui, contre l’avis général, ne transigera jamais face à sa propre intuition qu’il sait être la bonne.

James Mangold a donc réussi son pari : celui de rendre intéressant son film pour quelqu’un qui avait toutes les raisons du monde de le détester. Je ne peux néanmoins que vous conseiller de vous intéresser à Inside Llewyn Davis, biopic fictif – bien qu’inspiré de différents artistes de la scène folk – tourné dans un noir/blanc superbe par les frères Coen, qui avait su bien mieux que A Complete Unknown dépeindre la scène folk new yorkaise dans tout ce qu’elle a pu avoir de novatrice il y a 65 ans…

Où voir le film ?

Un parfait inconnu est disponible Combo 4K+Blu-ray, Blu-ray et DVD chez 20th Century Studios (distribution Suisse: Rainbow Home Entertainment AG)

AU RYTHME DE VERA (KÖLN 75, Ido Fluk, 2025)

En 1975, Vera Brandes (Mala Emde), une jeune femme ambitieuse de 18 ans, va défier les conventions, s’opposer à ses parents et prendre tous les risques pour réaliser son rêve : organiser un concert de Keith Jarrett (John Magaro) à l’Opéra de Cologne. Son audace et sa détermination vont donner naissance au disque de jazz en solo le plus vendu de l’histoire…

Sorti dans nos salles obscures à la fin du printemps 2025, Au rythme de Vera n’a pas eu le temps de conquérir le cœur des spectateurs. La faute sans doute à un titre français totalement à côté de la plaque et ne voulant pas dire grand-chose (la bobine aurait tout aussi bien pu s’appeler Cours Vera Cours).

De manière aussi originale qu’audacieuse, le réalisateur Ido Fluk met en lumière la genèse d’un événement musical aujourd’hui considéré comme majeur, dont la paternité peut être attribuée à Vera Brandes qui, du haut de ses 18 ans et avec une détermination sans équivalant, avait réussi à convaincre Keith Jarrett de faire un détour par l’Opéra de Cologne le temps d’un concert en solo.

Choisissant plusieurs axes narratifs, passant de séquences sur le principe de spectateur-témoin (les protagonistes s’adressant directement au public) à une section complète en forme de road movie détournant volontairement l’audience des multiples péripéties de notre héroïne, Köln 75 se révèle à la fois être une œuvre très didactique (jamais on avait assisté à une démonstration aussi efficace expliquant les différents modes d’improvisation en matière de musique) et touchante.

Ne cherchez pas trace ici de la manière donc Vera Brandes aura réussi à convaincre Keith Jarrett de lui faire confiance, pas plus qu’une seule note du fameux concert au centre des débats (qui donnera naissance au disque de jazz solo le plus vendu de l’histoire avec 3.5 millions d’exemplaires écoulés). L’intérêt d’Ido Fluck se situe ailleurs.

Sorte de feel-good movie détourné, Au rythme de Vera sait à contrario aborder de manière très subtile les thématiques de la reconnaissance lorsque notre voix intérieure nous dirige, contre vents et marées, dans le sens inverse de la bienséance. Donc en nous mettant en opposition avec notre entourage qui, de manière cartésienne, tentent en vain de nous dissuader de prendre des risques jugés inconsidérés, plutôt que de chercher à comprendre.

Incroyable de vivacité, la comédienne Mala Emde illumine le film grâce à une incarnation ultra-vivante de Vera Brandes, tandis que John Magaro (5 septembre) entre dans la peau de Keith Jarrett tourmenté par sa perpétuelle quête de singularité artistique, mais définitivement plus humain que l’image que le musicien énigmatique renvoie sans doute bien malgré lui depuis toujours. Un film d’une sincérité rare sur la quête d’identité.

Où voir le film ?

Au rythme de Vera est disponible en combo Blu-ray+DVD (édition limitée) et en DVD chez Metropolitan.

8 MILE (Curtis Hanson, 2002)

Détroit, 1995. Le jeune Jimmy Smith Junior (Eminem), alias « Bunny Rabbit », passe une adolescence difficile à « 8 Mile », frontière entre la banlieue blanche de la ville et les quartiers noirs. Entre désastres amoureux et boulots peu gratifiants, il tente d’aider sa petite sœur à surmonter les tumultes sentimentaux de sa mère (Kim Basinger), une alcoolique vivant dans une caravane.

Mais Rabbit semble avoir des talents cachés de rappeur. Persuadé de sa valeur artistique, son pote Future (Mekhi Phifer), animateur dans une boîte de hip-hop, va inciter Bunny à accepter une « bataille », sorte de lutte acharnée publique où, à coup de mots, deux hommes s’affrontent pour leur honneur…

Difficile de ne pas apprécier 8 Mile, le nouveau film de Curtis Hanson (L.A. Confidential), tant sa réalisation est brillamment menée. Au final, ce qui aurait pu être un film racoleur destiné à assumer la promotion du bad boy Eminem s’est transformé en drame social poignant, dont seul le cinéma américain en a le secret.

Sensé ne pas être autobiographique, 8 Mile est un long métrage qui s’inspire largement de la vie de Marshall Mathers, plus connu sous le nom d’Eminem. Mais le petit rappeur blanc est suffisamment intelligent pour voir gommé ici certains aspects de sa vie, qui ont souvent porté à controverse. Dans le film, Eminem est un garçon bien sous tous rapports : il s’occupe de sa petite sœur, il aide sa mère à décrocher d’une dépendance et défend même la cause des homosexuels. Suite logique à la rédemption qu’il est en train d’opérer, le vilain garçon arrivera, grâce à ce rôle, à convaincre les mères de familles qu’il serait en définitive le gendre idéal.

Mais finalement, qu’importe l’authenticité de l’histoire ? 8 Mile est un film fort recommandable, qui réussi à éviter bon nombre de clichés hollywoodiens.  Curtis Hanson est un réalisateur qui connaît son métier. Ayant réussi à s’entourer de comédiens brillants pour son long métrage, le réalisateur réalise avec 8 Mile le parfait compromis entre film populaire et culture rap. A signaler encore qu’il est préférable de voir le film en version originale, car le doublage trahi la crédibilité du récit et fait basculer l’ensemble par instant dans le ridicule.

Texte originellement publié dans la presse romande en mars 2003.

Où voir le film ?

8 Mile est disponible en combo 4K UHD+Blu-ray, Bluray et DVD chez Universal. On regrettera que la sortie UHD du film, célébrant les 20 ans du film, n’ait pas incité le studio à produire un vrai making-of en bonne et due forme.

IN BED WITH MADONNA (MADONNA: TRUTH OR DARE, Alek Keshishian, 1991)

Lorsque le film In Bed with Madonna débarque sur les écrans en mai 1991, tout le monde s’attend à voir ce qui a été annoncé. A savoir une capture filmique de la tournée Blonde Ambition Tour, show pharaonique de la superstar, alors au top de sa carrière artistique.

On se souvient d’ailleurs très bien des spectateurs déconcertés, voire carrément mécontents, venant à la caisse des cinémas pendant la projection pour demander si on ne serait pas en train de leur diffuser le mauvais film. Considéré par beaucoup comme une « tromperie sur marchandise », notamment à cause de son titre européen mensonger, In Bed with Madonna ne laissa que peu de souvenirs autres que mitigés dans les mémoires.

En cause sans doute également, l’exploitation du film majoritairement en français dans nos salles, qui faisait carrément passer cette curiosité pour un véritable OVNI puisque, sauf erreur, il s’agit là de la seule tentative de doublage réel d’un documentaire musical. Comprendre : une VF identique celle d’un film de fiction et non, comme traditionnellement pour ce genre de produit, réalisé à l’aide d’une voix-off venant doubler, façon commentaire, le propos original.

Et il faut bien admettre que d’entendre Madonna doublée dans la langue de Molière par Maïk Darah, voix ultra-identifiable attitrée, entre autres, de Whoopi Goldberg et Courteney Cox, ça pique méchamment les oreilles ! (La VHS vendue quelque mois plus tard était d’ailleurs la première du marché à proposer, sur la même K7, le film en VF suivi de sa VOst).

Se risquer à revoir aujourd’hui Truth or Dare représentait donc un pari pas forcément risqué, mais au minimum hasardeux. Passé le cap d’une trentaine de secondes en VF, histoire de se bidonner un bon coup, le film prend une tout autre dimension quant visionné en VO et en gardant bien en tête qu’il s’agit d’un documentaire sur une tournée et non un simple concert filmé.

Stupeur donc de découvrir un film bon. Très bon même. Devenant presque accessoires, les très brève parties live (en couleurs) laisse place à une œuvre tournée dans un noir/blanc digne d’un film noir de la grande époque. Une réalisation de très bonne facture d’Alek Keshishian, jusque-là réalisateur de vidéoclips, propulsé metteur en scène du doc après le désistement d’un certain David Fincher.

L’ambivalence de l’ensemble, à la fois très contrôlé par Madonna, productrice du film, et de sa volonté de se montrer sans fard, très pro et proche de son personnel (comprendre : ses indispensables danseurs et son équipe technique totalement dévouée) tranche lucidement avec une provocation savamment orchestrée (Linda Lovelace, largement détrônée dans une séquence devenue culte, a dû en faire des crises de jalousie).

Au final, In Bed with Madonna pourrait presque passer pour une œuvre de fiction, tant tout ce qu’on y voit semble irréel. Que ce soit d’assister une séance de drague lourdingue de Madonna envers un Antonio Banderas qui ne sait plus comment se débarrasser de la superstar, pour le coup positionnée dans l’attitude d’une midinette adolescente, ou la manière dont elle clache Kevin Costner, présent car invité au concert mais peu convaincu, dès qu’il a tourné les talons.

Film unique dans l’histoire du cinéma, In Bed with Madonna mérite donc une relecture avec l’œil de 2025. Un œil habitué depuis bien malgré lui à toute forme d’intrusion voyeuriste orchestrée de l’intimité d’une personnalité.

Où voir le film ?

Disponible en combo Blu-ray+DVD+livret chez Bubbel Pop’. Contrairement à Recherche Susan désespérément, paru il y a quelques mois chez le même nouvel éditeur, le présent film est disponible pour un prix plus raisonnable, car vendu sans fioritures encombrantes.

Quatre longues interviews réalisées pour cette édition forment les bonus. Entre l’intervenant à côté de la plaque, celui qui n’a rien à dire et un qui s’écoute parler, on retiendra le discours d’Olivier Cachin. Très à l’aise, connaissant son sujet sur le bout des doigts et passionnant dans son exposé, l’ancien présentateur de RapLine est la vraie plus-value de ces suppléments.

Les personnes désireuses de (re)voir le Blonde Ambition Tour sont invités à se rendre sur Youtube, où il est possible de trouver, sans grande difficultés, des versions restaurées des deux laserdics parus respectivement à l’époque en France et au Japon. Donc avec deux captures distinctes du concert. De quoi plonger complètement dans ce spectacle, qui reste assurément la meilleure représentation scénique de la Madonne.

LOVE & MERCY (Bill Pohlad, 2015)

Depuis le décès de Brian Wilson, les hommages se suivent et ont, à quelques exceptions près, tous le même goût amère de médiocrité. A croire que les médias institutionalisés sont tellement obnubilés à nous seriner à l’antenne, seconde après seconde, les mots « géopolitique » et « paradigme », qu’ils en auraient carrément oubliés qu’un hommage rendu à personne aussi importante ne doit pas être pris à la légère. Encore moins être confié à un stagiaire même si, de nos jours, on doit facilement trouver un bénévole au sein d’une rédaction prestigieuse plus impliqué par son travail qu’un haut ponte du journalisme boulonné depuis trop d’années.

Toutes les âneries possibles et imaginables ont été entendues ces derniers jours, alors profitons au passage pour rectifier le tir : non, les surfeurs californiens n’écoutaient pas les Beach Boys, mais Dick Dale. Oui, Dennis Wilson, frère cadet de Brian, a bien côtoyé sur quelques semaines (et encore de loin) Charles Manson. Mais cela mérite-t-il d’être relevé lors d’un hommage à la tête pensante de Beach Boys ? La réponse coule de source…

Sorti durant l’été 2015 dans une indifférence quasi-générale, Love & Mercy parvenait assez admirablement à se distancer du biopic classique. Ciblé sur deux périodes charnières de la vie de Brian Wilson (d’un côté la quintessence de la créativité jusqu’au début du doute, de l’autre l’emprise qu’a pu exercer Eugene Landy sur Brian Wilson durant une décennie), le film de Bill Pohlad tord le cou aux sempiternels passages obligés, qui ponctuent généralement ce genre de métrages.

Plutôt que d’utiliser un seul et même comédien pour incarner Wilson à vingt ans d’écart, exercice souvent peu concluant, Pohlad prend le parti de choisir deux acteurs n’ayant qui plus est physiquement rien en commun. Plus étonnant encore : ni l’un, ni l’autre ne ressemble de près ou de loin à Brian Wilson.

Si l’astuce matche à 200% avec Paul Dano, incroyable de vérité en Wilson jeune adulte conscient d’avoir produit un des meilleurs albums pop de l’histoire avec Pet Sounds, mais sur le point d’être fauché en plein vol par une ultra-sensibilité ne l’ayant pas préparé au relatif échec commercial de l’album, on est beaucoup plus dubitatif quant à l’incarnation de John Cusack sur les années d’errance psychique d’un génie déchu, alors sous l’emprise malsaine d’un pseudo psychanalyste improvisé gourou (Paul Giamatti, exceptionnel comme toujours).

Ainsi, Paul Dano est Brian Wilson, tandis que John Cusack reste un excellent acteur incarnant du mieux qu’il peut Wilson. La prestation de Dano, renchérie par une mise en image au diapason des sessions d’enregistrements de Pet Sounds, est tellement criante de vérité qu’on en oublie par instant que nous sommes devant une fiction.

Même si pas parfait, Love & Mercy a l’immense qualité de mettre le spectateur en immersion dans le quotidien d’un génie malmené par sa sensibilité maladive, assujetti d’une consommation exponentielle de substances psychotropes en guise de décompensation temporaire avant une inévitable implosion.

Le métrage est à contrario suffisamment malin pour palper toutes les nuances faussement simplistes qui traverse l’œuvre de Brian Wilson : la perte incontrôlable de l’innocence passé l’adolescence, l’obligation tacite de notre culture occidentale à faire taire l’enfant qui est en nous une fois devenu adulte, l’amour éternel que l’on aimerait faire rimer avec l’idée d’un été sans fin, inaccessible à moins d’être dans la tourmente d’un perpétuel mouvement…

Où voir le film ?

Sorti en Blu-ray et DVD chez ARP en 2015, Love & Mercy est épuisé depuis quelques années déjà. Il se trouve néanmoins facilement et à un prix abordable sur les sites de revente habituels.

La bande son accompagnant votre lecture

L’album Pet Sounds (1966), incontestablement le chef d’œuvre de Brian Wilson :

Le projet SMiLE, assurément le plus célèbre des disques inachevés de l’histoire de la musique, laissé à l’abandon en 1967 et terminé par Brian Wilson en 2003 :