GARANCE (Jeanne Herry, 2026)

Comédienne très investie, Garance (Adèle Exarchopoulos) court d’une scène à l’autre sans se décourager, malgré le fait qu’elle ne sera jamais une vedette reconnue. Venant de quitter son petit ami devenu au fil du temps un fardeau, cette jeune et vaillante femme vit à 200 à l’heure ; au point de ne pas s’apercevoir que son train de vie, fait de fêtes nocturnes et de représentations aux quatre coins de Paris, l’a petit à petit conduite à devenir accro à la boisson…

Le film aurait pu s’appeler Une jeune femme qui va bien. Pudique, Jeanne Herry a préféré donner le nom de son héroïne au film. Héroïne est vraiment le terme approprié, tant Garance parvient, tout comme ce fut le cas de Je verrai toujours vos visages, le précédent long métrage de la réalisatrice, à traiter d’un sujet grave avec une pudeur exceptionnelle.

La thématique des addictions est un sujet récurrent au cinéma, mais très rares sont les auteurs à avoir réussi à tirer leur épingle du jeu. C’est à l’évidence le cas ici. Avec grande intelligence, Jeanne Herry ne perd jamais de vue que Garance n’est à aucun moment une œuvre sur l’alcoolisme, mais bel et bien un film suivant le parcours, sur plusieurs années, d’un personnage puissant restant chaque instant le véritable sujet.

Sortant des sentiers battus, Garance ne nous montre pas le cheminement d’un personnage jusqu’à sa rédemption, mais se concentre sur la prise de conscience. A savoir le moment où Garance accepte le fait que l’attention qu’elle porte à son état de santé, de plus en plus chancelant, ne peut plus être différé même au lendemain.

L’autre aspect criant de vérité du film et à la fois peu abordé au cinéma est la mise en exergue par Jeanne Herry d’un alcoolisme au quotidien, principalement de convivialité, pouvant donc facilement être associé à quelque chose de normal. Une normalité évidemment biaisée dans les faits, mais que les apparences peuvent facilement endormir.

Evitant également toute forme de jugement, Garance pourrait, au vu de son incontestable force à rester à chaque instant loin d’une quelconque forme de pathos, devenir un cas d’école. A savoir une œuvre que l’on pourra voir accompagné d’une personne de notre entourage sur la pente glissante, sans que cela ne ressemble à un traquenard ou ne provoque une bien mal venue et inefficace leçon de morale. 

L’affirmation peut paraitre facile, voire « valise », mais il est pourtant clair qu’avec Garance, la toujours excellente Adèle Exarchopoulos tient le rôle de sa vie (ne serait-ce qu’à travers une courte séquence où la comédienne explique à des enfants les raisons qui l’on poussées à exercer ce métier, rarement récompensé à la hauteur de l’investissement). Aucun suspense donc concernant le César de la meilleure actrice qui sera décerné le 25 février prochain, même si je reste le pire pronostiqueur de l’univers…

Garance de Jeanne Herry, avec Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Brillaud, Anne Suarez, Jacques Vincey, Bruno Raffaelli, Jehnny Beth, France/Belgique, 1h55. Actuellement sur les écrans.

RESIDENT EVIL (Zach Cregger, 2026)

Coursier en milieu hospitalier, Bryan (Austin Abrams) accepte de faire des heures sup’ payées double pour livrer en urgence un colis à l’hôpital de Racoon City, ville dont l’accès en plein hiver est tout sauf une partie de plaisir. Mais les conditions météorologiques ne seront qu’un maigre obstacle face au cauchemar nocturne qui s’annonce, et dont le seul remède semble être dans la précieuse sacoche biologique que notre homme transporte…

Ceux qui me connaissent un tant soit peu savent que je ne suis pas un gamer. Autant dire que les rares transpositions cinématographiques de jeux vidéo que j’ai vues m’ont laissées de marbre. Mais y en a-t-il de franchement réussies ? Car même en parlant avec des joueurs invétérés, la réponse semble systématiquement se solder par la négative.

Autant dire que je n’avais aucune, mais alors aucune raison d’aller voir le nouveau reboot à la franchise Resident Evil. Ce n’est d’ailleurs que hier que j’ai réalisé que cette dernière comptait déjà sept opus. Mais quelle idée de se risquer, après avoir déjà subi l’année dernière le catastrophique Until Dawn, à aller voir cette nouvelle tentative ?

Le fait que Zach Cregger, réalisateur/auteur de Weapons, qui reste comme mon film préféré de 2025, aura suffi à titiller ma curiosité. Certes Barbarians, le premier film de Cregger, n’était pas une réussite totale, mais montrait déjà bien la capacité du jeune cinéaste à transcender les sempiternels codes du film de genre, avec la nuit en toile de fond constate de son œuvre émergente.

Bien m’en a pris, puisque Resident Evil, mouture 2026, soit pile 30 ans après la sortie du premier jeu vidéo, est jubilatoire. Inutile de me demander si ce métrage est meilleur que les précédents, dans la mesure où je n’en ai vu aucun. Pourtant, même sans comparaison, il parait évident que ce petit film, à la fois ultra gore et franchement fendard (si ! si !), est sans doute la première adaptation cinématographique d’un univers de « videogame » convaincante.

Reposant en grande partie sur les épaules d’Austin Abrams (le camé totalement cinglé de Weapons, c’était lui), le dernier métrage de Zach Cregger prouve qu’il est possible de créer un pont entre les gamers et les cinéphages, sans pour autant que ces derniers ne se sentent largués s’ils ne devaient jamais avoir tenu de joystick en main de leur vie.

Se permettant maints clins d’œil, de The Thing à Body Snatchers en passant par Die Hard, Resident Evil passe à la moulinette en moins de temps qu’il ne faut pour le dire une bonne poignée de films d’horreurs récents, du très sympathique Passenger au catastrophique Evil Dead Burn. Le tout avec panache, efficacité et modestie.

De quoi donner à réfléchir à propos de certains « nouveaux prodiges du cinéma d’horreur » (suivez mon regard…) dont les œuvres, mis à part de faire le buzz via les réseaux sociaux, ne sont rien d’autres que de microscopiques pétards détrempés. Très cool.

Resident Evil de Zach Cregger, avec Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Kali Reis, Johnno Wilson, Zach Cherry, Etats-Unis/Allemagne, 1h33. Actuellement sur les écrans.

L’INCONNUE (Arthur Harari, 2026)

Très introverti, David Zimmerman (Niels Schneider) est photographe, mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le persuadent de les suivre dans une fête mouvementée. Il y repère une femme (Léa Seydoux) dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit et a une relation sexuelle avec elle. Quelques heures plus tard, David se réveille dans le corps de l’inconnue…

Depuis quelque temps, bon nombre de monteurs de cinéma américain, le vétéran Paul Hirsch en tête, arborent une casquette avec le slogan « make movies shorter ». Derrière cette micro-phrase se cache un réel problème : les films sont majoritairement devenus inutilement longs.

La faute d’un côté à la disparition de producteurs à l’ancienne n’hésitant pas à renvoyer les cinéastes en salle de montage avec le mot d’ordre clair de raccourcir leur métrage, de l’autre une opération purement mercantile, obligeant les exploitants de salles à monopoliser plus d’une salle pour un seul film s’ils souhaitent faire plus de deux projections par jour.

En regardant la durée des 22 métrages sélectionnés au dernier Festival de Cannes, on constate que 12 d’entre eux, soit plus de la moitié, ont une durée dépassant les deux heures, la Palme de la longévité pharaonique revenant à Soudain de Ryūsuke Hamaguchi (3h16 tout de même).

Sans coller parfaitement à l’adage du long métrage qui gagnerait en qualité si ramené à une durée standard, fort est à parier que L’inconnue d’Arthur Harari (Diamant noir) augmenterait en intensité si raccourci de 30 minutes. Alors oui, ce film rangé au rang « fantastique réaliste » (on n’arrête vraiment pas le progrès au niveau termes hipster à deux balles) joue justement sur son atmosphère. Mais la laborieuse mise en place de l’intrigue, menant simplement au terme du synopsis, aurait peut-être mérité un bon coup de ciseaux.

C’est d’autant plus rageant que la suite de cette Inconnue est de très bonne facture. Si le fond de l’intrigue, opposant un quidam à un événement improbable qui le dépasse totalement, lorgne du côté de Vincent doit mourir de Stéphan Castang (le cinéaste fait d’ailleurs une apparition éclair dans le film), le traitement très original de cette histoire d’inversion multiple d’identités, bien que casse-gueule, retombe admirablement sur ses pattes.

Vendu sur une référence à Anatomie d’une chute, Arthur Harari étant le scénariste du film de Justine Triet (et, instant People, son compagnon dans la vie), L’inconnue n’est clairement pas destiné au même public. Les personnes ouvertes à la possibilité d’aborder une thématique fantastique en sortant du carcan habituel devraient de leur côté y trouver leur compte. A condition de savoir que le film devient bien meilleur une fois sa toile de fond posée.

L’inconnue d’Arthur Harari, avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dreville, Lilith Grasmug, France/Italie, 2026,2h19.

LA FIN D’OAK STREET (THE END OF OAK STREET, David Robert Mitchell, 2026)

1982. Après un mystérieux événement cosmique, le quartier d’Oak Street est arraché à sa banlieue et transporté dans un lieu inconnu. Une famille y résidant découvre rapidement que sa survie même va dépendre de sa capacité à rester unie pour naviguer dans un environnement désormais méconnaissable et franchement hostile…

Une bande annonce qui fait craindre le pire, un réalisateur à la filmographie éparse, des retours plus que négatif : rien ne m’engageait à me risquer à la vision de La fin d’Oak Street, dernier long métrage de David Robert Mitchell qui, après un petit film d’horreur surcoté (It Follows, 2018) et une œuvre ambitieuse bien que peu digeste ayant ravi à l’époque toute l’intelligentsia branchouille (Under the Silver Lake, 2018), voilà presque une décennie que ce discret cinéaste au parcours étonnant était aux abonnés absents.

Encore plus étonnant lorsqu’on apprit que cet homme de cinéma définitivement rangé par la même intelligentsia pédante au registre « auteur » allait signer un métrage plus proche d’un blockbuster que d’une œuvre sélectionnée pour la Palme d’Or (ce qui fut le cas, on ne sait trop par quel miracle, de son avant-dernier film).

C’est donc à reculons que je me suis risqué à la projection d’Oak Street. Et là, patatras : je me retrouve dès les premières minutes face à tout, sauf ce à quoi je m’attendais. A savoir un film à la mise en scène ultra-maitrisée (une séquence de dialogue entre les quatre protagonistes principaux, fait de plans ultra-rapproché de profil en contrepoint d’un interlocuteur, est digne d’un cours de cinéma), un scénario faisant certes appel à la nostalgie du gamin des eighties que je suis mais bien torché, des effets spéciaux très convaincants et servi par un quatuor de comédiens parfaits dans leurs rôles. Et surtout, ô miracle, un film court (moins de 100 minutes) avec un début, un milieu et une conclusion maligne.

Produit par J.J. Abrams, La fin d’Oak Street n’est pas sans rappeler l’excellent Super 8. Donc les productions Spielberg des années 80 chères à mon cœur. Alors oui, vous me direz : à quoi bon nous faire une énième variation sur ce qu’on connait déjà ? Alors oui, la famille au centre des hostilités est au bord du divorce et se retrouvera réunie grâce à l’aventure qu’ils vont traverser. Oui, on y voit des gamins rouler à vélo. Oui, les dinosaures au cinéma, on en a marre. Et oui, Ewan McGregor porte une moumoute qui se voit à des kilomètres.

Sans renouveler quoique ce soit, David Robert Mitchell parvient ici à faire tout ce que Stranger Things et Jurassic World ne parviennent même pas à effleurir : divertir sans temps mort, en restant centré à chaque instant sur une intrigue unique, sans nous laisser une hypothétique porte ouverte à le potentielles déclinaisons futures et, chose devenue extrêmement rare, avec du mordant.

Bien plus méchant qu’il n’y parait, flippant juste ce qu’il faut pour ne pas terroriser vos kids et réservant son lot de « jump scare » quasiment impossible à détecter, La fin d’Oak Street est donc le film que l’on attendait pas du tout, mais qu’on est ravi d’avoir découvert.

La fin d’Oak Street de David Robert Mitchell, avec Anna Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella, Christian Convery, P.J. Byrne, Etats-Unis/Canada, 2026, 1h39.

L’ABANDON (Vincent Garenq, 2026)

La culture est forcément politique. En suivant cette affirmation très à la mode en 2026, il serait donc impossible de trouver une quelconque viabilité dans une œuvre ne véhiculant pas, a minima, un message à connotation diplomatique.

Dernier film de Vincent Garenq, L’abandon, retraçant méticuleusement les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty, professeur d’histoire-géo devenu bien malgré lui un martyre, démontre qu’une œuvre abordant de front un drame appelant à se positionner a finalement autant de chance de se faire tirer dessus à boulet rouge qu’un film de Quentin Tarantino, cinéaste qui, on ne vous apprend rien, ne fait pas des œuvres très politisées.

Oublions un instant les différentes polémiques entourant L’abandon depuis quelques semaines pour tenter aborder le plus objectivement possible la manière dont Vincent Garenq (habitué à puiser dans le réel pour nourrir sa filmographique) aborde un sujet à la fois ultrasensible et encore très présent dans les esprits.

Choisissant une patine très 70s (un très beau Scope aux teintes froides, laissant apparaitre un grain fin contrebalancé par des pourtours moins nets, comme pour souligner le conflit sourd d’un établissement scolaire totalement impuissant face à une menace pourtant claire), Vincent Garenq ne force visuellement jamais le trait, mais fait bien comprendre à son audience que ne sommes face à une œuvre dite « de fiction ».

Sans opter pour une direction politique affichée, L’abandon est pourtant, par la force des choses, une œuvre manichéenne. Mais comment le métrage pourrait-il ne pas l’être ? Retranscrivant très fidèlement le déroulement des faits (connus dans les moindres détails), Vincent Garenq reste pourtant prudent, comme l’était sans doute son personnage central de son métrage, dès qu’il est question d’une quelconque forme de stigmatisation.

Le long métrage passe en effet autant de temps à montrer les différents partis du drame, sans porter de jugement autre que celui de mettre le doigt sur des mécanismes de société malheureusement validés de nos jours. Donc considéré comme « cautionnables ».

Que ce soit la surdivision des administrations étatiques, desservant plus qu’autre chose les causes en jouant ouvertement, de par leur principe de diviser au maximum la responsabilité individuelle, le jeu de la patate chaude, à la manière dont les réseaux sociaux, qui portent définitivement bien mail leur nom, sont capables de mettre le feu aux poudres. Quand bien même aucune étincelle n’était présente au point de départ.

« Diviser » ne serait-il d’ailleurs pas le verbe magique utilisé très insidieusement depuis la nuit des temps dans nos civilisations pour que des étincelles fantasmagoriques finissent par déclencher d’incontrôlables feux de forêt ? Bon j’arrête ici cet argumentaire. Autrement on va encore me reprocher de faire de la politique…

L’abandon de Vincent Garenq, avec Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali, Nedjim Bouizzoul, Azize Kabouche, Barbara Bolotner, France, 1h41.

LA VENUS ELECTRIQUE (Pierre Salvadori, 2026)

Paris, 1928. Antoine Balestro (Pio Marmaï), jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis le décès tragique de son épouse Irène (Vimala Pons) survenu il y a cinq ans. Au grand désespoir de son galeriste et mai Armand (Gilles Lellouche).

Un soir d’ivresse, Antoine se rend dans une fête foraine pour tenter d’entrer en contact avec Irène par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne (Anaïs Demoustier), « attraction » de l’endroit à la spécialité toute particulière : elle déclenche, par un simple subterfuge, l’électricité aussitôt qu’un homme l’embrasse.

Voyant l’inspiration de son protégé revenir suite à cette fausse séance de spiritisme, Armand persuade Suzanne, moyennent forte rétribution, de poursuivre son imposture…

Si mon boulot résidait à faire des pronostics, je serais capable de faire partir en faillite n’importe quel organisme financièrement sain en deux temps trois mouvements. Zéro pointé dans le domaine, même lorsqu’il s’agit du potentiel succès en salle d’un film.

Ainsi, lorsque je me suis rendu jeudi dernier en salle pour voir La Vénus électrique, j’ai été très étonné de trouver une grande salle bien remplie. Etonné aussi de retrouver au passage la sensation d’une vraie séance de cinoche, où le plaisir collectif est palpable à chaque instant. Il y avait tellement longtemps que je n’avais pas entendu des gens rire dans une salle obscure que j’en ai presque oublié qu’aucun téléphone n’était venu perturber la projection.

N’étant pas particulièrement sensible au cinéma de Pierre Salvadori (je cherche toujours une once de drôlerie dans En liberté ! qui avait – parait-il – fait pleurer de rire des salles entières), j’ai vraiment eu droit au « double effet Kiss Cool » avec La Vénus électrique. D’une part parce que j’ai trouvé le film vraiment réussi, mais aussi car l’audience était fondamentalement acquise à la cause de cette histoire d’arnaque à la voyance. De là à en conclure que le film de Salvadori serait un succès public, il n’y avait qu’un pas dans mon esprit.

Partant d’un postulat parfait pour un drame intense, La Vénus électrique tire son épingle du jeu en transformant toute situation potentiellement tragique en pirouette enjouée. Drôle, espiègle, lumineux, léger, le métrage de Salvadori est donc tout le contraire de ce que l’on serait en droit d’attendre d’un film dont le toile de fond se situe dans l’univers des forains du début de 20e Siècle, comme d’autres œuvres fondamentales du Septième Art (Freaks de Tod Browning, Elephant Man de David Lynch, Nightmare Alley de Guillermo Del Toro).

Si on n’est guère étonné de voir Vimala Pons faire des étincelles, la comédienne ayant réellement un grain de folie en elle, on est beaucoup plus surpris – en grand bien – de découvrir une Anaïs Demoustier espiègle et – osons-le dire – sexy en diable. Dans des registres de jeu plus attendu, Pio Marmaï et Gilles Lellouche sont fidèles à eux-mêmes. Donc comme toujours très bons.

Alors que le film fait des scores très honorables en France, la fréquentation de La Vénus électrique reste plutôt timide en Suisse romande. Sorte de version réussi de La venue de futur de Cédric Klapisch, les deux métrages fonctionnant à la fois sur le principe de différentes époques qui se télescopent et avec comme toile de fond l’univers des peintres de la belle époque, le film de Pierre Salvadori est clairement celui qui gagnera en estime avec le temps, tant il s’agit à l’évidence d’un des films forts de l’année cinématographique. Et à ce registre, croyez bien que l’auteur de ses lignes est un très bon pronostiqueur…

La Vénus électrique de Pierre Salvadori, avec Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche, Vimala Pons, France, 2026, 2h02.

L’ŒUVRE INVISIBLE (Avril Tembouret/Vladimir Rodinov, 2025)

Les films inachevés ont toujours quelque chose d’intriguant. Souvent pharaoniques, ces projets avortés jonchant l’histoire du cinéma arrivent toujours à créer chez le cinéphile une fascination en forme de cold case. A savoir une irrépressible envie de mener une enquête passionnée, même si l’on sait que cette dernière ne pourra aboutir à autre chose qu’une forme de frustration obligeant notre imaginaire à créer une œuvre forcément fantasmagorique.

Au registre des cinéastes ayant essuyés de revers avec de nombreux projets avortés, on pensait qu’Orson Welles en était le champion incontesté, tant sa vie est jalonnée de ces fameux films commencés, mais jamais terminés. C’était avant d’entre parler d’Alexandre Trannoy, artiste français ayant voué son existence au Septième Art, mais sans jamais parvenir à finaliser un seul film.

Ayant entendu parler de Trannoy par l’intermédiaire de Jean Rochefort, les documentaristes Avril Tembouret et Vladimir Rodinov se lance sur les traces de ce flibustier du Septième Art et, très vite, décide de lui consacrer un documentaire en forme d’enquête suivant pas à pas leur périple sur les traces d’un fantôme.

Tels des conquistadors de l’inutile dignes d’un film de Werner Herzog, Tembouret et Rodinov tapent à toutes les portes. Des cinémathèques aux fonds d’archives, il est impossible de trouver la moindre image d’un film de Trannoy. Même celui que le cinéaste prétend avoir terminé, et qui aurait disparu dans des circonstances rocambolesques sous les yeux du jeune Claude Lelouch, alors son assistant. C’est en 1954 sur la route de Cannes, où L’homme de l’Aube devait être projeté durant le Festival.

Soudain, un doute m’envahit. Et si tout ce que je viens de voir, dans L’œuvre invisible, n’était qu’une supercherie ? Et si Alexandre Trannoy n’existait pas ? Même Orson Welles avait réussi, dans le redouble F for Fake, à mystifier l’existence de faussaires, alors pourquoi pas deux documentaristes ?

J’ai beau entendre Lelouch raconter mésaventure de L’homme de l’aube, je ne peux m’empêcher de penser au négatif du film qui, à l’évidence, n’a pas pu brûler avec la voiture qui menant le tandem sur la Croisette. Mais où est-il ? J’ai beau scruter les sélections cannoises de la première moitié des années 1950, aucune trace de Trannoy. Enfin, j’ai beau voir Jean Rochefort nous parler avec affection et photo à l’appui de son mentor, je devine dans ces silences malicieux un murmure en forme de « je vous ai bien eu ».

Je recherche donc le seul papier paru faisant allusion à Alexandre Trannoy avant la sortie de L’œuvre invisible, sur lequel je suis tombé il y a quelques jours. Un papier datant de 2009, publié à l’occasion de la sortie du documentaire que Serge Bromberg consacrait à L’enfer d’Henri-Georges Clouzot, sans l’ombre d’un doute le plus célèbres des films abandonnés de l’histoire de Septième Art. Problème : l’article semble avoir disparu de la toile, comme si la « malédiction Trannoy » continuait son œuvre… Totalement fascinant.

L’œuvre invisible d’Avril Tembouret et Vladimir Rodinov, avec Jean Rochefort, Anouk Amiée, Jaques Perrin, Claude Lelouch, Jean-Claude Carrière, Edouard Baer, France, 2025, 1h11.

JUSTE UNE ILLUSION (Eric Toledano/Olivier Nakache, 2026)

1985, en banlieue parisienne. Vincent (Simon Boublil), 13 ans, vit dans une famille de classe moyenne entre un grand frère provocateur (Alexis Rosenstiehl) et des parents en conflit perpétuel (Louis Garrel et Camille Cottin). Pas encore un adulte et plus complètement un enfant, il découvre ses premiers émois amoureux en la personne d’Anne-Karine (Jeanne Lamartine), issue d’une famille bourgeoise, avec qui il doit rédiger un travail scolaire…

Difficile de sortir d’un cinéma, lors d’un de mes très rares passage en salle obscure en famille, et d’affiche une tronche par quinze, alors que les autres membres de ma tribu sont conquis par ce qu’ils viennent de voir. Alors vous me direz : Julien c’est l’éternel râleur. Celui qui se sent presque obligé de détester les films que les autres aiment, juste pour par faire comme tout le monde.

De la même manière que je ne suis pas – détrompez-vous ! – addict aux films d’horreur, je ne suis pas non plus un « râleur pour râler ». Juste un spectateur pas élitiste pour un clou, mais qui déteste quand une œuvre sensée le prendre par la main via un sujet acquis d’avance le prend pour une bille.

C’est exactement la sensation que j’avais à la sortie de Juste une illusion, nouveau film du tandem Eric Toledano/Olivier Nakache, dont la recette est aujourd’hui aussi connue que bien huilée : on choisit une toile de fond spécifique (une colo de vacances, un centre de requérants d’asile, une cérémonie de mariage, une association de lutte pour le climat), on y fait entrer un élément qui tranche avec le décor et on oblige tout ce beau monde à co-exister. Le tout parsemé de dialogues qui font mouche et de scènes jouant admirablement bien sur la corde des sentiments spontanés, mais pas naïfs.

Dès lors, quand les deux réalisateurs s’attaquent à ma propre adolescence via une reconstitution du milieu des années 1980, je me dis que, bien que le sujet ait déjà été rabâché 107 fois, nos deux lascars vont réussir à y mettre une touche personnelle qui suffira à faire la différence. Après deux heures d’un métrage dans lequel je ne me suis pas du tout reconnu, je suis bien obligé de constater que, selon mes critères, Toledano/Nakache signe peut-être leur premier faux-pas avec Juste une illusion, leur dernier long-métrage.

Les raisons sont multiples, mais assez facile à identifier. En effet, dès l’introduction du film où se succèdent la traditionnelle multitude de logos de production, je suis saisi d’un doute. OK, c’est très marrant de toucher ma corde sensible en mettant en préambule l’introduction spatiale Gaumont avec son tapis de logos permuté au fil des années, mais quel intérêt de nous faire une fausse vignette eighties de Disney+, puisque la plateforme n’existait pas à cette époque ?

Cette peccadille résume à elle-seule assez bien tout ce qui m’a dérangé dans Juste une illusion. Du vidéoclub reconstitué à la va-vite (on voit très nettement que la majorité des VHS sur les étalages sont munies de jaquettes Télé K7) à la vendeuse de l’échoppe ultra cinéphile (ce qui n’était jamais le cas, les dames travaillant l’après-midi dans ces magasins louaient des K7 de la même manière qu’elles auraient vendu une baguette de pain) à des films cités en références ne pouvant aucunement être disponibles en 1985 (Un homme et une femme n’est sorti en VHS locative qu’une année plus tard, tandis que La ruée vers Laure a été tourné en 1996), on est vraiment devant un cent fautes (oui, je sais, le jeu de mots est facile).

Des détails que seul un cinéphile verra me direz-vous. Peut-être, mais je ne suis à coup-sûr pas le seul qui va tiquer. Il est d’ailleurs un peu près certain que l’ancien fan de New Wave explosera de rire à la vision d’une jeune fille ultra chouquinette (Jeanne Lamartine, définitivement plus à l’aise que Simon Boublil sur lequel repose le film), évoluant dans une famille « rive droite », clamer haut et fort sa passion pour Joy Division, tout en tombant « in love » de celui qu’elle qualifie de bouffon (dixit, mais est-ce que quelqu’un utilisait vraiment cette expression au milieu des 80s ?) au moment où ce dernier lui fredonne, d’une voix chevrotante, le Chabadabada de Francis Lai, à l’évidence comble de la ringardise pour une ado.

Outre les nombreux anachronismes (dont on ne se fout pas, non), j’ai également été ébahi, dans le mauvais sens du terme, devant l’avalanche de séquences de comédie foireuse, digne d’un épisode de Maguy. Oulala, mais qu’est-ce qu’il est marrant, Louis Garrel, lisant son canard avec son look tout droit sorti d’un journal télévisé de la DDR, s’exclamer devant le vilain concierge faussement réac’ qui dragouille Camille Cottin : s’il vous plait, Monsieur Berger, ça suffit maintenant ! On a compris !

A force de vouloir absolument faire rentrer toutes les coches d’une liste de course dans leur film tels deux ex-ados ne voulant à tout prix pas se voir reproché d’avoir oublié quelque chose d’essentiel, Toledano et Nakache en oublie de choisir un angle narratif, pourtant essentiel et jusque-là bien présent dans leur filmographie.

Finissant plus par ressemble à une succession de saynètes sympathiques qu’à une œuvre homogène, Juste une illusion rate à mon sens sa cible en se soldant par une honorable comédie française, qui vole certes plus haut que le moyenne, mais dont on était légitimement en droit d’attendre plus.

Renvoyant donc les spectateurs déçus vers d’autres œuvres abordant de manière bien plus vibrante et identitaire le même sujet, tels que le jubilatoire Sing Street de John Carney, le trop méconnu Nouveau de Rudi Rosenberg ou, de manière encore plus universelle, l’incontournable Premier jour du reste de ta vie de Rémy Bezançon.

Juste une illusion d’Eric Toledano & Olivier Nakache, avec Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin, Simon Boublil, Alexis Rosenstihl, Jeanne Lamartine, France, 2025, 1h56.

Où voir le film?

Juste une illusion est disponible en Blu-ray et DVD chez Gaumont (Distribution Suisse: Rainbow Home Entertainment AG).

LA GUERRE DES PRIX (Anthony Dechaux, 2026)

Fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, Audrey Dumont (Ana Girardot) se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec Bruno Fournier (Olivier Gourmet), un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d’un système impitoyable. Durant de redoutables négociations, elle va tout mettre en œuvre pour aider son frère Ronan (Julien Frison), qui a repris la ferme familiale. Une exploitation sur le point de se faire englober par un grand groupe alimentaire concurrent…

En quelques petites années, la France est devenue le pays du thriller social. A savoir des œuvres pouvant à la fois être appréciées par un public exigeant, pour qui un aspect sociétal ancrée dans notre époque est nécessaire, mais aussi par l’amateur de films de genre aiguisé.

Difficile de dire exactement quand cette brèche a réellement démarré. Il est néanmoins assez facile de constater que Les algues vertes, BD remarquable basée sur une enquête journalistique complexe devenu un thriller de haut vol – bien que resté inédit sur territoire helvétique – sous la caméra du vétéran Pierre Jolivet, fit office de détonateur.

Ainsi, depuis trois ans débarquent régulièrement sur nos écrans des œuvres en premier lieu cataloguée au registre « cinéma d’auteur », alors que ces dernières pourraient sans aucun doute élargir leur public sans cette étiquette faussement élitiste.

Premier long métrage d’Anthony Dechaux, comédien ayant eu l’audace d’opter directement pour le format long métrage lors de son passage derrière la caméra, La guerre des prix a à l’évidence une affiliation directe avec le thriller à connotation sociale. Se revendiquant – et ça se voit à l’écran – du cinéma de Stéphane Brizé (En guerre, un autre monde) mais aussi de l’excellent Petit paysan d’Hubert Charuel (ne vous fiez pas au titre : ce métrage est redoutable !), le nouveau cinéaste évoque aussi le cinéma de James Gray en influence directe (pour le talent du réalisateur américain a savoir mieux que quiconque représenter la cellule familiale dans son œuvre).

Parfait croisement entre La loi du marché de Stéphane Brizé (pour le côté oppressant des classes ouvrières que l’on presse comme des citrons) et Le système Victoria de Sylvain Desclous (l’aspect « machine à broyer » des multinationales y est tout à fait comparable), La guerre des prix met habilement en lumière et sans détour la manière dont les grands groupes financiers n’hésitent pas, avec le soutien de nos élus politiques, à utiliser le prétexte du maintien du pouvoir d’achat des masses pour augmenter leurs bénéfices. Avec pour effet collatéral de réduire à néant et sans le moindre scrupule tout obstacle humain qui se mettrait en travers de leur chemin ; que ce dernier soit un simple travailleur ou un pion stratégiquement placé sur l’échiquier du profit.

Dans le rôle du pion insidieusement mis en avant pour mieux servir la cause des grands groupes, Ana Girardot est remarquable dans le rôle d’Audrey. Impassible, déterminée mais gardant en ligne de mire ses convictions, son personnage ne devient ambigu que pour mieux servir ses convictions personnelles. Face à elle, Olivier Gourmet est évidemment imparable en coupeur de tête sans états d’âme, mais qui garde une forme d’éthique toute personnelle imparable. Donc impossible à mettre en cause.

On pardonnera donc à Anthony Déchaux de vouloir courir après plusieurs lièvres à la fois. En effet, le nouveau cinéaste se permet, sans doute dans son élan frénétique de jeune réalisateur, d’ouvrir des brèches parallèles à son intrigue centrale qu’il laissera pour la plupart sur le carreau en cours de route.

Ceci ne gâche fort heureusement rien ou presque au plaisir spontané que procure cette Guerre des prix, un thriller dont les enjeux sont un peu convenus certes, mais qui a au moins pour mérite d’être très bien écrit, mis en scène avec panache et servi par un casting impeccable.

La guerre des prix d’Anthony Dechaux, avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Aurélia Bloquet, Jonas Bloquet, Yannick Choirat, France, 2025, 1h36.

Où voir le film ?

La guerre des prix est disponible en Blu-ray et DVD chez Diaphana.

Outre une copie à la colorimétrie impeccable, faites de couleurs froides renforçant l’impact émotionnel du film, on salue l’effort de l’éditeur à proposer, en parallèle d’une piste 5.1, un stéréo simple sur 2 canaux, idéal pour une vision du métrage sur un simple téléviseur.

Au niveau des bonus, nous trouvons une courte séquence de scènes commandées par Anthony Dechaux (donc une montrant bien l’implication d’Ana Girardot) et un échange entre le réalisateur et Olivier Mével, économiste et conseiller sur le film. Si l’échange sent passablement l’autosatisfaction, les informations qui en découlent restent très pertinentes.

LES RAYONS ET LES OMBRES (Xavier Giannoli, 2026)

Au début des années 1930, Jean Luchaire (Jean Dujardin), homme de gauche aux convictions pacifistes, fait la connaissance d’Otto Abetz (August Diehl), allemand francophile. Fiers de leurs convictions, ils se battent pour la consolidation de liens durables entre leurs deux pays.

Avec l’éclatement de la Deuxième Guerre Mondiale, leur idéalisme glisse progressivement vers le collaborationnisme mis en place par le régime de Vichy, dont les bienfaits pour le peuple dans une France occupée semblent sournoisement être la voie à suivre.

Tandis qu’Otto Abetz est nommé ambassadeur d’Allemagne en France, Jean Luchaire devient patron de presse à la tête du journal « Les Nouveaux Temps », publication de propagande financée par le IIIe Reich. Sa fille Corinne (Nastya Golubeva), atteinte de tuberculose, tente de maintenir sa carrière de jeune comédienne prometteuse…

1969. Tandis que Marcel Ophüls se voit refuser la diffusion de son documentaire-fleuve Le chagrin et la pitié par le conseil d’administration de l’ORTF (lequel comptait parmi ses membres Simone Veil), Luchino Visconti se fait tirer dessus à boulet rouge pour Les damnés, que la presse allemande n’hésitait pas à qualifier de « cabinet de curiosités surdimensionné ».

La réalité d’une époque pourtant placée sous le signe des libertés inconditionnelles est sans appel : ni la France, ni l’Allemagne ne sont encore prêts à regarder en face leur propre histoire. A savoir que derrière le combat acharné de résistants héroïques se cache aussi une autre vérité : celle des personnes ayant choisi de prendre le parti de l’envahisseur nazi.

Louis Malle en fera d’ailleurs lui aussi les frais quelques années plus tard avec Lacombe Lucien, portrait glaçant d’un jeune homme sans idéologie qui, devant l’impossibilité d’intégrer le maquis, rejoint la Gestapo française après avoir été séduit par la promesse chimérique d’une potentielle future assise sociale en lieu et place d’un avenir prolétaire tout tracé.

Taxé d’œuvre légitimant le collaborationnisme alors que le film dépeignait très adroitement la manière dont une personne ordinaire peut basculer dans l’inimaginable lorsqu’elle voit une possibilité de se distinguer, Lacombe Lucien obligera Malle à s’exiler aux Etats-Unis afin de pouvoir continuer sa carrière.

Sans tirer de liens trop directs, il est facile de voir des similitudes entre Lacombe Lucien et Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli. Sans jamais tomber dans le manichéisme, le réalisateur des Illusions perdues livre un portrait par instant romanesque et au final peu jugeant du triangle de personnages au cœur de l’intrigue-fleuve de son dernier métrage.

Une position narrative qui renforce à l’évidence le fonctionnement machiavélique de l’envahisseur allemand à vouloir endormir les masses via deux stratagèmes très étudiés, dont Luchaire et Abetz furent les principaux émissaires : faire en sorte que le peuple français reste faible et le plus divisé possible.

Se basant sur des faits authentiques mais en épurant au maximum les personnages (seuls Jean Luchaire et sa fille ainée Corinne sont clairement représentés ici, alors que l’homme de presse avait cinq enfants), en dosant parfaitement les élans démonstratifs face au déroulement de la période de l’occupation française, Xavier Giannoli signe une œuvre à la fois remarquable et passionnante. Donc très facile d’accès, et ce malgré la longueur du métrage qui pourrait en rebuter plus d’un.

La durée actuellement excessive des films de cinéma – dont la raison la plus évidente est d’obliger les exploitants de salles à occuper plusieurs écrans avec le même film – aura au moins permis à une poignée de cinéastes ambitieux de revenir au format « Epic », disparu à l’aube des années 1970.

Avec son dernier long-métrage, Xavier Giannoli entre de manière évidente dans la cour des réalisateurs ambitieux, mais dont ce trait de caractère ne sert qu’à une chose : tourner des œuvres prestigieuses et mémorables. Qui ont donc toutes les chances de marquer durablement l’histoire du cinéma. Les rayons et les ombres est clairement de cette trempe. A voir donc sans l’ombre d’une hésitation.

Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli, avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August Dielh, André Marcon, Valeriu Andriuta, Elina Löwensohn, France, 3h19.