OPERATION FRERE CADET (O.K. CONNERY, Alberto De Martino, 1967)

Un agent important des services secrets de sa Majesté est assassiné à bord de son avion par une voiture télécommandée bourrée d’explosifs. En l’absence de leur meilleur élément, Miss Maxwell (Lois Maxwell) et le Commandant Cunningham (Bernard Lee) se décident à faire appel à son frère (Neil Connery).

Professeur Es Bullshit, grand spécialiste de l’hypnose doté d’une capacité hors norme pour lire sur les lèvres et accessoirement champion de tir à l’arc, ce Robin des Bois en blouse blanche semble l’homme idéal pour venir à bout d’une organisation criminelle prête à tout pour dominer le monde…

Dans le genre « concept à la con », on a rarement vu pire (ou mieux, c’est selon). Imaginez un peu : M et Moneypenny sont tellement dans la merde en l’absence de James Bond qu’il se décident non pas à faire appel à un membre de sa famille, mais au frère de l’acteur incarnant l’agent secret ! Oui je sais : dit comme ça, on a presque l’impression d’être dans le 114ème multiverse d’une production Marvel foireuse.

Tourné au moment où Sean Connery décide de raccrocher le costard de l’agent 007 alors que le Vieux Continent est en pleine vague « Eurospy », O.K. Connery aurait pu, si géré par autre chose que des incapables, devenir à la fois une parodie de haut vol doublé d’un très solide divertissement mémorable.

Mais en tentant simplement d’aligner un copié/collé scénaristique de la recette miracle instaurée par Harry Salzman et Albert Broccoli et en engageant une grosse poignée de comédiens vu dans les films officiels de la franchise (Daniela Bianchi, Bernard Lee, Lois Maxwell, Adolfo Celli, Anthony Dawson), Alberto De Martino en a oublié qu’un liant était nécessaire pour que la sauce prenne.

Comme ingrédient miracle, l’artisan transalpin dégaine sa grande idée : Neil Connery, effectivement frère cadet de Sean à la ville, plâtrier de métier, qui représente une ressemblance physique évidente avec son frangin, mais dont l’absence totale de charisme est flagrante à chaque plan du film.

Pourtant, à y regarder de très près et malgré des moyens limités, Opération Frère Cadet (aussi exploité sous le titre Opération Double 007) est visuellement très convaincant et le casting (mention spéciale à Daniela Bianchi, bien plus à l’aise ici quand dans Bons Baisers de Russie) fait très bien le job (sauf notre enclume centrale évidemment).

Aussi rythmé qu’un épisode de Maigret avec Jean Richard, O.K. Connery peut heureusement compter sur quelques éléments réjouissants, tels qu’une bande originale certes pas essentielles mais très bien balancée d’Ennio Morricone, ainsi qu’une bonne poignée de seconds couteaux parfaits en salopiauds de service. Frau Lotte Krayendorf n’a en effet rien à envie à cette chère Rosa Klebb…

Où voir le film ?

O.K. Connery est disponible en Blu-ray en Allemagne sous le titre Operation Kleiner Bruder. Pas de VF à l’horizon ni de sous-titres idoines. La simplicité du scénario, le prix du disque et le fait qu’il s’agisse à ce jour de la seule copie disponible à travers le globe devrait suffire à faire passer à la caisse les complétistes en matière d’Eurospy.

NEW YORK CONNECTION – FORT BRONX (NIGHT OF THE JUGGLER, Sidney J. Furie/Robert Butler, 1979)

Il y a une dizaine d’année, un bruit persistant avait circulé indiquant que la Fox travaillait à un projet de reboot à la franchise Die Hard, via un opus dont l’action se situerait à la fin des seventies. Connu sous les noms de codes Die Hard 0 et Die Hard 1979, ce projet proposait de suivre une enquête de John McClane alors que l’homme n’était qu’un jeune officier de police new yorkais. Donc avec un nouveau visage devant la caméra.

Loin d’être dénuée de sens, cette idée avait fait son bonhomme de chemin dans nos esprits. Ceci avant que le projet ne disparaisse tout bonnement des plannings du studio, laissant sur leur fin tous ceux qui allaient dorénavant devoir se contenter de fantasmer cette œuvre, subitement devenue imaginaire.

A la découverte de Night of the Juggler, film commencé par Sidney J. Furie – avant que le cinéaste confirmé ne quitte le tournage – et terminé à la hâte par Robert Butler – qui avait jusque-là surtout sévi au rayon des « live action movies » pour la firme Disney – le doute n’est pas possible : Die Hard 1979 existe… depuis 1979 !

Tourné dans les rues de la Grande Pomme a une époque où « la ville qui ne dort jamais » était encore un asile à ciel ouvert, New York Connection – Fort Bronx (titre français valise sans doute là pour semer la confusion avec l’excellent Fort Apache The Bronx avec Paul Newman, sorti à la même époque) à un côté brut, sec et expéditif qui n’est pas sans rappeler Une journée en enfer, troisième opus de la saga dans lequel, justement, John McTiernan s’amusait à casser les codes que lui-même avait instaurés avec un métrage répondant quasiment en tous points au film de Furie/Butler.

A une exception près : tandis que Die Hard with a vengeance recréait, du moins partiellement, une ambiance hostile à certaines rues de New York, Night of the Juggler a réellement été tourné au moment où la ville était en pleine mutation. Les quartiers en forme de terrain vague et les peep-shows visibles dans le film sont donc tout sauf des décors de cinéma (tout comme la présence de Sharon Mitchell au générique).

En allant plus loin, on peut également trouver des similitudes troublantes entre le présent ouvrage et un autre ayant marqué un tournant dans la perception du film d’action au milieu des années 1980, qui quittait enfin de registre « monomaniaque gros bras » pour devenir moins sérieux.

Visez un peu : Night of the Juggler raconte comme par hasard l’histoire du kidnapping d’une fillette frisée et affublée d’une salopette. Mais plutôt que d’attendre une potentielle action de la police, son baroudeur de père – « retraité » des forces de l’ordre – court-circuite le bon sens et fait tout péter pour la retrouver. Pour se faire, il va spontanément être aidé par une jeune et jolie jeune femme issue d’une minorité ethnique. Ca ne vous dit rien ?

Si doute encore il y a, enfonçons un peu le clou : la scène finale, en forme d’affrontement musclé entre le héros et le vilain de service, se déroule dans un sous-sol bourré de tuyaux crachant leur vapeur de toute part. Vous y êtes ? Oui oui :  vous venez de mettre à jour l’un des plus évidents cas de plagiat – pourtant resté sous couvert jusqu’à aujourd’hui – de l’histoire du cinéma.

Quand on sait que le film en question, bien plus célébré que cet excellent New York Connection, a vu sa potentielle séquelle devenir par la force des choses Piège de cristal, un hasard ou une même coïncidence ne peuvent objectivement plus faire partie de l’équation.

Où voir le film ?

New York Juggler – Fort Bronx est disponible en combo limité Blu-ray+DVD-livret chez Sidonis. Si une partie des suppléments présent sur les éditions 4K anglo-saxonne ont disparu (en même temps que le disque UHD), on mentionnera en sus une intervention d’Olivier Père, toujours aussi neurasthénique dans la forme, mais dont le propos est, comme très souvent, passionnant et à la portée de tous.

La question musicale à 1000 balles

Outre une bande originale signée par Artie Kane, compositeur ayant surtout œuvré pour la télévision, New York Connection est rythmé au son d’une bombe disco de très haut vol, que l’on entend à deux reprises durant le film.

Or, chose totalement incroyable et pourtant vraie, Night Juggler (puisque cela doit en toute logique être le titre du morceau) n’est pas crédité au générique de fin du long métrage ! Même l’application Shazam, pourtant redoutable, y perd son latin. Inutile donc d’espérer trouver cette tuerie sur un quelconque disque. Une vraie énigme.

LES TITANS (ARRIVANO I TITANI, Duccio Tessari, 1962)

Dans la Grèce antique, Cadmus (Pedro Armendariz), roi de Crête, s’autoproclame dieu et bannit toute autre forme de religion. Il provoque la colère de Zeus, qui décide de le punir en armant Kryos (Giuliano Gemma), le chef des titans : le dieu grec lui promet que ses frères, enfermés aux Enfers, seront libérés s’il mène à bien sa tâche…

Les péplums et moi, ça fait quatre. Au point même que je n’ai jamais vu Le colosse de Rhodes de Sergio Leone et que je le vive très bien. Autant dire que les très nombreuses productions italiennes du genre, quand bien même ces dernières sont signées par Mario Bava, risquent fort de rester encore longtemps au rayon des prévisions hypothétiques, niveau visionnage.

Je n’étais donc pas prédisposé outre mesure à m’infliger Les titans de Duccio Tessari, si ce n’est grâce à la présente de Giuliano Gemma à son générique. Suis-je ultra fan du comédien transalpin ? Pas plus que d’un autre, mais il faut bien avouer que depuis qu’un pizzaiolo fribourgeois fort recommandable me surnomme comme tel, j’ai une légère tendance à laisser guider ma cinéphilie en fonction de sa présence au générique d’un métrage.

Dans le cas présent, j’ai très bien fait, tant ces Titans ne se prennent pas deux secondes au sérieux. C’est bien simple : si ce film-là était signé par Mel Brooks (d’ailleurs responsable de la bande annonce américaine du film), Woody Allen ou les frères ZAZ, fort est à parier qu’on en aurait entendu parler bien avant aujourd’hui.

Co-production franco-italienne au tournage rocambolesque, entre les frasques de Pedro Armendariz en pleine crise de mégalomanie et l’appendicite – non opérée afin de ne pas retarder le tournage – du culturiste guadeloupéen Serge Nubret, c’est toute l’histoire des cinémas de quartier qui est bel et bien condensé dans le film de Tessari.

OVNI n’ayant pas grand-chose à envier au bien plus célébré Forum en folie de Richard Lester (qui pourrait bien pointer le bout de son nez chez Rimini un de ces quatre, tant cette drôlerie est en phase avec la ligne éditoriale de l’éditeur), Les titans est donc le film idéal pour en finir (ou se réconcilier, au choix) avec le péplum.

Où voir le film ?

Comme toujours, Rimini cible très bien les personnes présentes dans les bonus de ses éditions. Se côtoient ici Stéphane Lacombe pour une exposé très détaillé sur le film, Laurent Aknin, qui commence gentiment à se mettre en scène de manière rigolote et décomplexée tout en gardant un propos passionnant, et Ariane Mnouchkine, qui fut jadis stagiaire sur le film à la manière d’un job d’été.

Dommage que la présente édition n’inclue pas le doublage anglais du film, vraisemblablement chapeautée par Mel Brooks, qui en rajoute une belle couche, niveau parodique.

LE DERNIER TRAIN DU KATANGA (DARK OF THE SUN/THE MERCENARIES, Jack Cardiff, 1968)

© 1968 by MGM

Au début des années 1960 dans une Afrique noire en pleine décolonisation, le capitaine Curry (Rod Taylor), un mercenaire, est chargé par le président de la nouvelle République démocratique du Congo de conduire un train dans la région éloignée du Katanga. But de l’opération : rapatrier les colons occidentaux menacés par les rebelles.

En réalité, ce convoi ferroviaire doit surtout servir à la récupération d’un lot de diamants d’une valeur de 50 millions de dollars, bloqué dans le coffre de la plus importante compagnie minière du pays. Associé comme toujours à son bras droit Ruffo (Jim Brown), Curry constitue dans l’urgence une équipe de soldats de fortune, dont l’épopée ne se déroulera pas comme prévu…

Rod Taylor © 1968 by MGM

Je n’ai que peu de choses à dire sur les relations qui me lient à ma mère, sauf peut-être une inconscience de sa part à me laisser voir des programmes clairement destinés à un public plus âgé. Aucune connotation cheloue : je ne parle ici que de choses diffusées sur les ondes hertziennes du début des années 1980, au moment où nous n’avions que 4 chaines francophones.

Outre le fait de m’avoir mis devant Psychose et Belphégor sous prétexte que ces deux bombes allaient me mettre le mon trouillomètre à zéro, ma très chère mère avait aussi pour habitude régulière de me sommer l’enregistrement de films qu’elle ne connaissaient pas, mais qui lui semblaient essentiels afin de nourrir sa passion dévorante, encore aujourd’hui inexplicable pour moi, pour les conflits armés situés dans des territoires autres qu’occidentaux.

Jim Brown © 1968 by MGM

Au registre, la diffusion du Dernier train du Katanga sur feu FR3, probablement lors d’une des rares Dernière séance où Schmoll ne nous avait pas seriné avec ses westerns à la con, n’avait pas échappé à sa vigilance. Ma mission était claire : ne pas oublier de planter une VHS dans le magnéto et de capter la diffusion du film de Jack Cardiff.

Ayant déjà maté à ce moment-là Les Canons de Navarone, Quand les aigles attaquent et les plus corrosifs Douze salopards, je n’imagine aucunement Dark of the Sun être autre chose qu’un énième ersatz de ce qu’on appelait « le film de mission de guerre ». Grosse erreur…

Dès les premières minutes du Katanga, on comprend que le ton sera plus radical. Beaucoup plus même. Cardiff n’hésite pas à nous présenter, outre un tandem de frères d’armes à l’amitiés trouble constitué de Rod Taylor et Jim Brown, une kyrielle de vrais salopards. Ceux-là même qui envahiront tantôt le cinéma de genre transgressif transalpin.

Rod Taylor & Yvette Mimieux © 1968 by MGM

Partiellement basé sur des faits authentiques s’étant déroulés durant la guerre d’indépendance congolaise, le film de Jack Cardiff ne fait donc pas dans la dentelle, bien qu’il soit placé sous la bannière de la prestigieuse MGM. Cardiff confiera d’ailleurs plus tard que la réalité d’un pays livré à la solde de mercenaires et de rebelles – qu’il a découvert durant les préparatifs du tournage – lui a sans doute fait perdre la notion de ce qu’il est encore raisonnable ou non de montrer à l’écran à l’aube des années 1970 dans un film rangé au rayon « divertissement ».

En dire plus à propos de Dark of the Sun serait criminel, tant tout était ici clairement en avance sur son époque. Signalons simplement encore que la bande originale du film est signée par le français Jacques Loussier, et qu’il s’agit sans l’ombre d’un doute sa meilleure partition. Egalement que cette bobine est sans cesse citée en référence par Martin Scorsese et Quentin Tarantino. Le dernier train du Katanga serait-il le grand film méconnu des années 1960 ? Assurément oui.

Où voir le film ?

Sorti en DVD en 2012 dans une collection placée sous la bannière de la chaîne de télévision TCM, Le dernier train du Katanga restait jusqu’ici au registre des « manques évidents » en Blu-ray sur territoire francophone.

Petit miracle en provenance d’Espagne, un Blu-ray du film, basé sur le même très beau master que la version sortie chez Warner Archive, vient de paraitre. Attention toutefois : le film de Cardiff était déjà sorti en HD chez nos amis ibériques, mais sans autre option audio que l’anglais et l’espagnol. Veillez donc à trouver la dernière mouture correspondant au visuel ci-dessus.

ZOULOU (ZULU, Cy Endfield, 1964)

22 janvier 1879. Après la défaite britannique à Isandlwana ayant conduit au massacre de 1700 soldats de Sa Majesté, le missionnaire Otto Witt (Jack Hawkins) et sa fille Margareta (Ulla Jacobsson) assistent d’une cérémonie de mariage lorsque le roi Zoulou est informé de cette grande victoire.

Réfugiés dans leur mission, Witt et Margareta se rendent compte que les Zoulous ne vont pas en rester là et s’apprêtent à attaquer l’avant-poste isolé de Rorke’s Drift, utilisé comme dépôt de ravitaillement et hôpital par les forces britanniques…

Disparu de la mémoire collective, Stanley Baker était pourtant, durant les années 1950-60, le comédien britannique bankable par excellente. Comparable à Sean Connery (de par son physique et ses origines ouvrières), Baker a aligné durant deux décennies les succès en salles, alternant de manière adroite films d’aventures à grand spectacle (dont Zoulou est sans doute le plus évident exemple) et œuvres intimistes prestigieuses (le comédien fut très souvent présent au générique de film de Joseph Losey).

Totalement effacé des représentations culturelles modernes, Stanley Baker n’est plus aujourd’hui que le fantôme d’une époque révolue. Il ne restait de lui dans nos contrées comme témoignage de sa valeur artistique et commerciale qu’un large portrait peint visible dans le hall inférieur de feu le Lido, prestigieux cinéma de la petite ville de Delémont, aujourd’hui laissé à l’abandon.

Zoulou marque les premiers pas de Stanley Baker dans la production cinématographique. Fort est donc à parier que sans la témérité de ce fonceur-né, ce qui est aujourd’hui considéré comme l’un des trois films préférés des anglais (avec The Italian Job et Get Carter, deux autres métrages mettant également en scène – comme par hasard – un certain Michael Caine) n’existerait pas. En tout cas pas sous la forme qu’on lui connait.

Sans jamais aborder l’aspect politique de la guerre colonialiste anglo-zouloue qui fit rage au printemps 1879 en Afrique du Sud, le réalisateur Cy Endfield livre avec Zoulou une œuvre au ton aussi radical qu’original. Utilisant les trois règles fondamentales du théâtre (unité de lieu, de temps et d’action), le réalisateur de L’île mystérieuse brouille les pistes au point de créer un nouveau sous-genre froid et implacable, là où les sentiments inter-protagonistes n’ont pas leur place.

Vendu comme un Epic, Zoulou ne garde du genre qu’une patine visuelle, faite d’un décor sublime et de beaux costumes bientôt entachés. Afin de garder la tête haute pour le spectateur britannique, le choix scénaristique du métrage se concentre non pas sur le premier acte de la bataille pour le territoire de Natal (qui fit 1700 morts du côté britannique, massacré pour une armée de 20’000 zoulous), mais la seconde, durant laquelle les soldats de Sa Majesté, pourtant en infériorité numérique, parviendront à prendre le dessus.

Pierre angulaire du film britannique, succès populaire au-delà des espérances (au regard d’une production au budget restreint), Zoulou peut sans conteste également prêter au titre de mètre étalon, tant il y a parier que plus aucune œuvre cinématographique abordant un moment précis d’un conflit armé ne sera pareil après le film de Cy Endfield.

Où voir le film ?

Zoulou est disponible en édition limitée 2 Blu-ray+livre chez Rimini Editions (également disponible en version double-DVD).

Si la copie affiche des couleurs exceptionnelles, on regrettera l’usage du DNR (Digital Noise Reduction) pour l’élaboration du présent master. Par chance, cet artifice de lissage d’image (« waxy look » ou « effet de cire » dans le jargon), n’est pas trop appuyé ici. Donc par chance peu visible sauf si le Blu-ray est projeté via un solide beamer sur un écran commack.

Rimini n’est pas en cause, l’éditeur ayant utilisé le même master que pour les autres éditions disponibles actuellement à travers le globe. On est ceci dit étonné que Paramount, qui détient les droits de Zoulou, n’ait pas encore entrepris une restauration 4K de ce qui reste comme l’un des plus iconique film britannique de l’histoire du cinéma. D’autant plus que le long-métrage a été originellement tourné en 70 mm (donc idéal pour le format UHD).

N’hésitez toutefois pas trop : cette édition est actuellement la meilleure techniquement et aussi la plus complète. Un deuxième Blu-ray complet est consacré aux suppléments. Rimini a eu la bonne idée de récupérer les bonus « historiques » des anciennes éditions, ainsi que de produire une nouvelle présentation pour l’occasion.

LES SABLES DU KALAHARI (SANDS OF THE KALAHARI, Cy Endfield, 1965)

En Afrique du Sud, un petit avion-moteur transportant sept personnes s’écrase dans le désert du Kalahari. Les survivants n’ont pas le choix : pour survivre, ils vont devoir s’entraider, et ce malgré leurs caractères très différents. Mais lorsque les vivres commencent à manquer, les plus bas instincts des uns et des autres reprennent le dessus…

Depuis quelque temps, Paramount laisse (enfin) les éditeurs indépendants s’occuper des éditions physiques d’une grande partie de leur back-catalogue. Sidonis et Rimini se sont d’ailleurs mis à la tâche depuis environ deux ans, et il n’est pas exagéré d’affirmer que certaines exhumations relèvent du miracle. Surtout quand il s’agit, comme dans le cas présent, d’une œuvre ayant totalement disparu de la circulation depuis sa sortie.

On a tendance à l’oublier, mais le comédien Stanley Baker fut, durant plus d’une décennie (grosso modo depuis le milieu des années 1950 jusqu’à l’aube des seventies), un acteur sur lequel il était facile de vendre un film. Mieux : l’acteur britannique avait, à l’époque de la production des Sables du Kalahari, une telle assise qu’il pouvait même se porter garant à propos de la production de grosse envergure.

Tout juste sortis de Zoulou, film d’aventures sublime bien qu’encore peu connu dans nos contrées (le tir est d’ailleurs sur le point d’être corrigé grâce à une belle édition à venir sous peu, également chez Rimini), Baker rempile avec le cinéaste Cy Endfield pour les Sables du Kalahari, métrage qui ne connaitra malheureusement pas la même destinée commerciale.

En cause sans doute Le vol du Phoenix de Robert Aldrich, production au canevas scénaristique proche, qui de son côté remplira les salles. Réduire le film de Cy Endfield à une œuvre surfant sur la même vague sera très réducteur, puisque Les sables du Kalahari aborde la thématique d’un petit groupe en mode survie du point de vue des protagonistes attendant sagement le secours, plutôt que de suivre, comme traditionnellement, les téméraires aventuriers partis le chercher.

D’une intrigue à la base statique, Cy Endfield parvient ici à tordre le cou aux idées reçues. Ainsi, intérêt des Sables du Kalahari n’est pas tant de savoir par quel subterfuge le secours viendra, mais plutôt comment des quidams ordinaires vont pouvoir ou non s’accommoder avec une situation qui les dépasse.

Dépassant très largement le statut de simple film d’aventure, le film de Cy Endfield pourrait presque endosser celui d’étude de la nature humaine quand cette dernière se trouve menacée. A mi-chemin entre traditionalisme et des œuvres culte de SF qui pointent le bout de leur nez à la même époque, Les sables du Kalahari est donc bien plus qu’un simple long métrage d’exploitation, une œuvre beaucoup plus complexe qu’elle n’y parait de prime abord. A découvrir donc sans tarder.

Où voir le film ?

Les sables du Kalahari est disponible en Combo Blu-ray+DVD chez Rimini Editions. Soulignons que la copie présentée ici est absolument sublime, grâce à un très beau piqué et un rendu des couleurs éblouissant. En bonus, on trouvera une présentation axée sur Cy Endfield par Laurent Aknin, historien du cinéma toujours agréable à écouter, car restant constamment au niveau de son audience.

QUAND LES AIGLES ATTAQUENT (Brian G. Hutton, 1968)

Durant la Seconde Guerre Mondiale, un commando britannique, dirigé par le major John Smith (Richard Burton) et le lieutenant Morris Schaffer (Clint Eastwood) est parachuté au cœur des alpes autrichiennes. Sa mission est de délivrer un général américain retenu prisonnier au Schloss Adler, un château servant quartier général pour les services secrets du Reich. Perché tel un nid d’aigles, la forteresse est qualifiée d’imprenable…

Quintessence du film d’aventure sur fond de Deuxième Guerre Mondiale, Quand les Aigles attaquent représente le chant du cygne d’un style né avec Le Pont de la Rivière Kwaï à la fin des années 1950, quand bien même si le film de David Lean ne repose pas directement sur une mission.

C’est d’ailleurs déjà Alistair MacLean qui finira d’amorcer ce sous-genre grâce à son ouvrage Les Canons de Navarone et l’adaptation cinématographique qui suivra, signée Jack Lee Thompson.

Durant les années 1960, un nombre important de grandes productions anglo-saxonnes joueront la carte de MacLean, avec toujours un schéma de base similaire. Si le deuxième conflit mondial reste présent en toile de fond, ce dernier ne doit jamais prendre le pas sur une intrigue d’aventure rondement menée et aux multiples rebondissements.

Suite au triomphe des Douze Salopards de Robert Aldrich (1967), qui reste encore à ce jour considéré comme le chef d’œuvre du genre (bien que l’on puisse légitimement lui en préférer d’autres), la Metro-Goldwyn-Mayer se décide rapidement à mettre en chantier une autre production similaire.

Alistair MacLean est donc engagé et a pour mission, sans mauvais jeu de mot, de pondre un récit du même acabit que celui des Canons de Navarone. Cas unique dans la carrière du romancier écossais, MacLean a écrit le livre et le scénario de Quand les Aigles Attaquent en même temps.

Tout comme dans Les Héros de Télémark d’Anthony Mann (1965), la toile de fond de Quand les Aigles Attaquent est située dans la neige. Hormis le fait de donner au métrage un visuel aux mêmes allures surréalistes que Le Bal des Vampires de Roman Polanski, ce choix renforce à l’évidence la qualité esthétique de l’ensemble.

Autre atout majeur de Quand les Aigles Attaquent : le château de Hohenwerfen, renommé dans le scénario Schloss Adler. Judicieusement utilisé, l’endroit donne immédiatement au spectateur une sensation d’insaisissable, comme si la mission pour laquelle les protagonistes envoyés sur place était d’emblée vouée à un échec quasi-certain.

Inexpérimenté en matière de très grosses productions au moment du tournage, Brian G. Hutton s’en sort avec les honneurs grâce à sa volonté de casser les codes des films antérieurs surfant sur la même vague. Propulsant le spectateur au cœur de l’action dès le générique, le réalisateur coupe la tête aux traditionnels et rébarbatifs préparatifs de mission.

Climax du métrage, une scène de téléphérique, montrant un affrontement entre Richard Burton et deux soldats allemands, semble avoir été très influencée par les aventures de James Bond, alors très en vogue au moment du tournage de Quand les Aigles Attaquent.

D’ailleurs, les répercutions vis-à-vis de ce moment de bravoure cinématographique seront immédiates : ayant appris qu’une telle scène serait présente dans Quand les Aigles attaquent, Albert R. Broccoli décide d’éliminer un passage similaire présent dans le scénario de Au Service Secret de Sa Majesté, sixième aventure de l’agent 007, tournée quelque mois après le film de Brian G. Hutton.

Détail amusant : au moment du tournage, le château de Hohenwerfen n’était pas encore relié par un téléphérique. Après avoir envisagé d’un installer un pour les besoins du film, la production préfère se déplace dans la station d’Ebensee pour tourner les plans dont elle a besoin, l’endroit étant nanti d’une ligne impressionnante reliant la vallée au sommet des pistes. L’histoire voudra pourtant qu’une ligne de télécabine, reliant le village de Werfen au château, soit construite quelques années plus tard, mais à l’opposé de celle visible dans le film.

Le concentré de scènes d’action réussies ponctuant Quand les Aigles attaquent permet au spectateur d’oublier des problèmes évident de scénario, à la fois alambiqué et par instant très confus, rendant carrément l’intrigue incohérente à mi-parcours.

Très significative de cet état de fait, la longue séquence précédent l’évasion du château, durant laquelle Richard Burton tente, via une joute verbale complexe, de savoir qui parmi les membres de son équipe sont des traîtres, reste un cas véritable casse-tête à vous donner la migraine, et sans pour autant avoir l’assurance d’en sortir avec une lueur de compréhension en sus.

Reste une véritable pépite du film populaire d’antan, un peu surannée certes mais sur laquelle le temps n’a que peu d’emprise. Un classique du genre, qu’il est toujours très agréable à visionner en période de fêtes de fin d’année.

Texte extrait du livre inachevé « Made on Location in Switzerland »

Où voir le film ?

Quand les Aigles attaquent est disponible en Blu-ray et DVD chez Warner Home Video.

LA VIE, L’AMOUR… LES VACHES (CITY SLICKERS, Ron Underwood, 1990)

Mitch (Billy Cristal), Phil (Daniel Stern) et Ed (Bruno Kirby), trois amis approchant de la quarantaine, sont en pleine crise existentielle. Pour l’anniversaire du premier, ses deux potes ont l’idée de le convier à un séjour de deux semaines auquel ils se sont inscrits. But du voyage : conduire un troupeau de vaches du Nouveau-Mexique au Colorado. Mais les pieds-tendres vont rapidement réaliser que leur quinzaine de détente sera bien plus laborieuse qu’imaginée…

On se souvient tous d’une interview de Billy Cristal au moment de la sortie européenne de La vie, l’amour… les vaches, où le comédien découvrait, mort de rire, la traduction française du titre du film, il faut bien le dire totalement aux fraises. City Slickers, le nom original, que l’on pourrait simplement traduire par « Les citadins », est évidemment bien plus parlant et évite un mauvais amalgame avec une comédie potache, ce que le film de Ron Underwood n’est absolument pas.

Passé relativement inaperçu dans nos salles obscures à l’époque, le métrage trouvera son vrai public grâce à son exploitation en vidéoclub. En revoyant le film aujourd’hui, on est bien obligé de constater que City Slickers véhiculait, à une époque où la remise en question personnelle n’était pas légion, un joli message en filigrane, qui nous était passé au-dessus.

A travers les aventures rocambolesques de nos trois gaillards, c’est bel et bien un portrait clairvoyant bien qu’amusé de la crise de la quarantaine qui nous est dépeint ici, de la perte de repères au recentrage obligé que toute personne arrivant au milieu de son existence doit opérer afin de pouvoir, du mieux possible, atteindre une certaine sagesse.

Carton aux Etats-Unis, le film aura droit à une suite, L’or de Curly, également très sympathique, qui ne connaitra qu’une discrète exploitation cinéma durant l’été 1994 sur territoire francophone européen. Depuis, mis à part un DVD sorti chez Warner aux Etats-Unis (avec une vraie VF et les sous-titres idoines) à la grande époque du support physique, cette séquelle a totalement disparu des radars éditoriaux francophones. Un combo réunissant les deux métrages aurait d’ailleurs pu être une intéressante idée éditoriale…

Où voir le film ?

Spécialisé dans la réédition de films américains populaires des années 1980 et 90, l’éditeur Bubbel Pop’ reprend l’intégralité des bonus de l’édition MGM collector américaine (uniquement sur le Blu-ray) et y ajoute 2 modules produits à l’occasion de la sortie de ce petit coffret Blu-ray+DVD ainsi qu’un livret signé par Christophe Lemaire. A noter qu’une édition limitée, vendue exclusivement dans les magasins FNAC, contient en plus différents goodies (affiche, cartes postales, reproduction du dossier de presse, bandana).

JASON BOURNE : L’HERITAGE (THE BOURNE LEGACY, Tony Gilroy, 2012)

Jason Bourne étant sur le point de mettre à jour Treatstone, un programme destiné à fabriquer des tueurs à la solde du gouvernement américain, les responsables de la CIA décident de mettre un terme à d’autres projets parallèles. Aaron Cross (Jeremy Renner), membre actif du protocole Outcome, se voit malencontreusement destiné à faire partie des dommages collatéraux. C’était sans compter sur la ténacité de cet agent ultra performant…

Les trois adaptations cinématographiques du personnage de Jason Bourne, né sous la plume de Robert Ludlum, ont été de tels succès qu’il ne fut guère étonnant d’apprendre qu’un nouvel opus serait mis en chantier par Universal. Mais au grand étonnement de tous, cette aventure, bien que reprenant le titre original du quatrième ouvrage de la saga littéraire (La Peur dans la Peau en français), se fera sans Matt Damon.

Un si petit détail ne devait, en tout logique, point freiner Hollywood à tenter ramener encore quelques deniers dans ses tiroir caisses. Par chance, la production a su confier l’entreprise à Tony Gilroy qui, outre avoir signé Michael Clayton en 2007, un excellent thriller avec George Clooney, est également un scénariste de talent (on lui doit les trois premiers Jason Bourne mais aussi l’adaptation de Jeux de Pouvoir de Kevin Mcdonald). Dès lors, il était clair que The Bourne Legacy tiendrait la longueur.

Malin, Gilroy reprend un stratagème déjà utilisé par le vétéran Irwin Allen pour Le Dernier Secret du Poséidon en 1979. A savoir que son film ne sera point une suite à La Vengeance dans la Peau (The Bourne Ultimatum, 2007), le dernier épisode en date, mais une aventure se déroulant en parallèle. Ainsi, l’arrivée d’Aaron Cross, sorte d’alter ego à Bourne issu d’un autre programme de la CIA, ne paraît point saugrenu pour le spectateur.

Certes parfaitement inutile, cette manœuvre aurait très bien pu voir le jour de manière indépendante. A savoir qu’Aaron Cross aurait sans doute su se trouver une identité sans Jason Bourne. Sauf que ce simple patronyme aura suffi, à l’évidence, à assurer une partie des recettes du présent métrage.

Alors, cet héritage est-il une arnaque ou pas ? Définitivement non. Pouvant aussi bien s’adresser aux aficionados de la première heure qu’aux néophytes, The Bourne Legacy parvient à se créer une existence à part entière. Il est donc tout à fait concevable de visionner le présent film sans avoir jamais eu connaissance jusque là de la moindre information sur le personnage de Jason Bourne. Ceci sans parler de la présence au générique de la sublime Rachel Weisz qui, à elle seule, justifierait presque le prix du ticket de cinéma…

Texte originellement publié dans la presse romande en septembre 2012.

Où voir le film ?

Disponible chez Universal en 4K, Blu-ray et DVD à l’unité ou en coffret intégrale accompagné des 4 autres métrages de la franchise.

LE HOLD-UP DU SIECLE (ASSAULT ON A QUEEN, Jack Donahue, 1966)

Un groupe de chasseurs de trésors planifie l’attaque à main armée du paquebot de croisière de luxe, Le Queen Mary, en utilisant un sous-marin allemand de la seconde guerre mondiale…

Au rayon des films totalement disparus des radars depuis des décennies, celui-ci détient assurément la Palme. La chose est d’autant plus surprenante que Frank Sinatra en est la tête d’affiche.

Exhumé il y a une grosse dizaine d’années en Blu-ray aux Etats-Unis mais sans la moindre option française, Assault on a Queen fait aujourd’hui son apparition au catalogue de l’éditeur Rimini. La quête de la version française semble d’ailleurs avoir été aussi ardue que celle du Graal pour Indiana Jones (recherche chez les collectionneurs, puis exhumation de cette dernière depuis une copie 35mm – démarche parait-il hors de prix).

L’attente était tellement grande concernant cette pépite disparue du cinéma haut en couleur sixties qu’on en serait presque déçu, dans la mesure où ce Hold-up du siècle dure en tout et pour tout 10 petites minutes au milieu de cette pelloche de presque deux heures. C’est sans doute oublier un peu vite que tous les films de casse de la même période, Topkapi en tête, fonctionnent de la même manière, les préparatifs et les répercussions du méfait restant comme le centre névralgique des métrages.

Sorte de suite swinguante (grâce à la BO de Duke Ellington – certes moins culte que celle d’Autopsie d’un meurtre, mais néanmoins des plus agréables) de Ocean’s 11, Assault of a Queen anticipe de manière claire le dyptique Tony Rome (Tony Rome est dangereux, La femme de ciment) mené par le même Sinatra, tant le décorum d’un port de plaisance en toile de fond y est comparable. Ceci sans parler de la même cool attitude du crooner devant la caméra.

Mentionnons encore un film Disney basé sur le même principe (des casseurs plutôt marrants et inexpérimentés utilisant un port de plaisance pour transporter le contenu d’un coffre via un sous-marin de fortune), définitivement plus mouvementé, qui reste également impossible à voir sur territoire francophone. La quête de la VF du formidable Du vent dans les voiles (The Boatniks, Norman Tokar, 1970) pourrait sans doute être un bon défi à relever pour les Editions Rimini.

Où voir le film ?

Le hold-up du siècle est disponible en Combo Blu-ray+DVD chez Rimini Editions.