
Sir Charles Baskerville est retrouvé mort aux portes de Darmootor, sa demeure située en plein au cœur de la lande Ecossaise. Henry (Christopher Lee), son neveu et dernier héritier de la famille, fait appel à Sherlock Holmes (Peter Cushing) pour tenter mettre en lumière les circonstances de la mort de son oncle, vraisemblablement victime d’une malédiction familiale s’acharnant sur tous les descendant des Baskerville…
Au milieu des années 1950, la firme Hammer, née une quinzaine d’années plus tôt et qui produisait principalement jusque-là des films d’aventures, est moribonde. Dans un dernier élan avant un dépôt de bilan évident, Michael Carreras et Anthony Hinds, enfants des créateurs historiques de la Hammer, se décident à jouer leur dernière carte : reprendre les figures de bestiaire ayant fait la gloire du studio Universal au début des années 1930 en les modernisant.

Plus question ici d’œuvres en noir/blanc et de comédiens plaqués dans des costumes parfois risibles. Tout sera dorénavant placé sous le signe flamboyant de la couleur : le contraste par exemple entre les teintes saturées de rouge (pour le sang, forcément prédominant, même si volontairement peu réaliste) et le vert (soulignant à la fois étrange et l’inconnu pouvant surgir à tout moment d’un élément naturel), devient un élément incontournable.
Essentiellement tournés en studio, les productions Hammer se forgent dès lors presque inconsciemment un esthétisme unique, bien que souvent imité (la figure du gothique italien, dominée par le cinéaste Mario Bava dans les années 1960, ne fera que grossir le trait de tout ce que la Hammer avait déjà mis en place une décennie plus tôt). Ceci sans oublier la figure d’une héroïne systémique ultrasexuée, parfaite victime désignée ou irrésistible ange de la mort, dernier élément incontournable de la « patine Hammer ».

En l’espace de trois long-métrages produit en deux petites années (Frankenstein s’est échappé, Le cauchemar de Dracula, La malédiction des Pharaons), la Hammer renait de ses cendres grâce au talent hors pair de Terence Fisher, jusque-là honnête artisan du cinéma britannique, qui devient dès lors la personne que l’on associe en premier lieu encore aujourd’hui avec le cinéma d’horreur britannique.
Un cinéma qui fera les belles heures des salles de quartiers et autres drive-in du monde entier pour une quinzaine d’années (jusqu’à l’arrivée de La nuit des Morts-Vivants de George Romero, détonateur d’un nouvel élan mondial du cinéma horrifique encrée dans le contemporain).

Cherchant ici à se diversifier, Carreras et Hinds mettent en chantier en 1958 la production du Chien des Baskeville, toujours avec Fisher à la réalisation et le tandem Peter Cushing/Christopher Lee devant la caméra. Le chien des Baskeville devait être la première d’une longue série d’adaptation de Conan Doyle pour le compte de la Hammer.
Problème : le film est un semi-échec public. Après les trois métrages fondateurs du studio, mettant ouvertement l’accent sur une forme de racolage artistique de haut vol, cette « simple histoire policière » ne faisant à aucun moment appel au fantastique et/ou à l’horreur déçoit le public, qui ne se retrouve pas dans le film, alors que tous les éléments propres aux productions Hammer sont pourtant ici bien présents.

Il est d’ailleurs évident que le manichéisme renforcé de l’intrigue du film, ne permettant jamais à spectateur de douter des intentions des différents protagonistes de l’intrigue (de la figure ignoble de Sir Hugo dans l’introduction du film au changement de paternité du personnage de Cecile Stapleton) et les différences évidentes avec le récit original (il n’est à aucun moment du livre question d’une séquence située dans une mine abandonnée) sont là dans l’unique but de sceller définitivement la volonté d’un studio à se créer une identité propre. Une sorte de patte, qui fera qu’un film de la Hammer sera, dès le début des années 1960, reconnaissable en une fraction de secondes.
Parmi les nombreuses tentatives d’imitation de la Hammer, on notera l’existence d’un authentique plagiat du film de Terence Fisher, sans que le nom de Conan Doyle n’apparaisse à son générique : La portrait maléfique, réalisé en 1973 par Roy Ward Baker (réalisateur à qui l’on doit certaines des œuvres les plus transgressives du studio) pour le compte de la film Amicus (firme principale concurrente de la Hammer) et mettant en scène, comme par hasard, un certain Peter Cushing…

Où voir le film ?
Le chien des Baskerville est disponible et Blu-ray et DVD auprès de l’éditeur BQHL. Il est à signaler qu’une précédente édition, sortie en 2016 sous la bannière de L’Atelier d’Image avec un visuel plus réussi et un petit livret en prime, contenait d’avantages de suppléments, qui plus est beaucoup plus pertinents. Cette édition de référence est encore facilement dénichable sur le marché de l’occasion.


































