
Etudiant à psychologie à l’Université de Seattle, Alan (Sidney Poitier) est bénévole à ses heures perdues dans un centre d’appels téléphoniques d’urgence. Lors d’une soirée de permanence, il reçoit l’appel d’une femme (Anne Bancroft), qui souhaite parler à quelqu’un avant de mourir. Elle vient en effet d’absorber une dose massive de barbituriques afin d’en finir avec la vie…
Premier long métrage pour le grand écran de Sidney Pollack après des années passées à la télévision, 30 minutes de sursis était clairement le grand absent, au rayon éditorial, de la filmographie du réalisateur des 3 jours du Condor. Aucune édition recensée sur le Vieux Continent pour ce petit thriller en forme de huis-clos éprouvant. Même pas une bonne vieille VHS à l’époque du vidéoclub.

Tourné avec peu de moyen, une équipe restreinte et des décors limités, The Slender Thread apparait immédiatement comme une sorte de mise à l’épreuve pour un futur cinéaste. Une manière pour un grand studio, en l’occurrence ici la Paramount, de voir que ce Pollack avait dans le ventre.
Plus qu’un simple coup d’essai, ce premier long métrage est, sans exagération aucune et au vu des contraintes auxquelles Sydney Pollack fut soumis, un véritable coup de maître. Sans jamais réunis ses deux protagonistes dans le même champ et sans aucun artifice de mise en scène (on aurait tout à fait pu imaginer le réalisateur utiliser le split-screen pour se simplifier la vie), Pollack parvient ici à créer une véritable symbiose entre Sidney Poitier et Anne Bancroft.

Si la première partie du film reste centrée sur deux personnes se parlant par téléphone interposé, la seconde se permet un changement de ton en ouvrant le récit à d’autres perspectives narratives. Utilisant par parcimonie le flashback, Sydney Pollack marque déjà ici de sa patte inimitable un récit à la base policier d’une touche mélodramatique. Celle-là même qui ponctuera l’entier de sa filmographie.
Une courte séquence située en bord de mer, mettant en scène Anne Bancroft et des enfants, anticipe de manière évidente, même si la chose est inconscience, le ton de On achève bien les chevaux, assurément que chef d’œuvre de Pollack, tourné quatre ans plus tard.
Une pièce de puzzle jusqu’ici manquante, qui nous éclaire en filigrane sur la future carrière impeccable de celui qui reste encore et toujours le réalisateur le plus sous-estimé du cinéma américain.

Où voir le film ?
30 minutes de sursis est disponible en Blu-ray ou DVD chez Rimini Editions.
Chapeau bas à l’éditeur d’avoir exhumé cette ultra-rareté sur territoire francophone, qui plus est nanti de son excellent doublage d’époque et dans une copie tellement resplendissante que l’on peut même apercevoir quelques cheveux sur la tête de Telly Savalas.
La bande son accompagnant votre lecture
La très hétéroclite bande originale du film, signée par Quincy Jones à une époque où le jazzman n’a pas encore fait toutes ses preuves pour le grand écran, fait office de machine à remonter le temps, comme si vous étiez propulsés à Seattle au milieu des années 1960 :






















