LES TITANS (ARRIVANO I TITANI, Duccio Tessari, 1962)

Dans la Grèce antique, Cadmus (Pedro Armendariz), roi de Crête, s’autoproclame dieu et bannit toute autre forme de religion. Il provoque la colère de Zeus, qui décide de le punir en armant Kryos (Giuliano Gemma), le chef des titans : le dieu grec lui promet que ses frères, enfermés aux Enfers, seront libérés s’il mène à bien sa tâche…

Les péplums et moi, ça fait quatre. Au point même que je n’ai jamais vu Le colosse de Rhodes de Sergio Leone et que je le vive très bien. Autant dire que les très nombreuses productions italiennes du genre, quand bien même ces dernières sont signées par Mario Bava, risquent fort de rester encore longtemps au rayon des prévisions hypothétiques, niveau visionnage.

Je n’étais donc pas prédisposé outre mesure à m’infliger Les titans de Duccio Tessari, si ce n’est grâce à la présente de Giuliano Gemma à son générique. Suis-je ultra fan du comédien transalpin ? Pas plus que d’un autre, mais il faut bien avouer que depuis qu’un pizzaiolo fribourgeois fort recommandable me surnomme comme tel, j’ai une légère tendance à laisser guider ma cinéphilie en fonction de sa présence au générique d’un métrage.

Dans le cas présent, j’ai très bien fait, tant ces Titans ne se prennent pas deux secondes au sérieux. C’est bien simple : si ce film-là était signé par Mel Brooks (d’ailleurs responsable de la bande annonce américaine du film), Woody Allen ou les frères ZAZ, fort est à parier qu’on en aurait entendu parler bien avant aujourd’hui.

Co-production franco-italienne au tournage rocambolesque, entre les frasques de Pedro Armendariz en pleine crise de mégalomanie et l’appendicite – non opérée afin de ne pas retarder le tournage – du culturiste guadeloupéen Serge Nubret, c’est toute l’histoire des cinémas de quartier qui est bel et bien condensé dans le film de Tessari.

OVNI n’ayant pas grand-chose à envier au bien plus célébré Forum en folie de Richard Lester (qui pourrait bien pointer le bout de son nez chez Rimini un de ces quatre, tant cette drôlerie est en phase avec la ligne éditoriale de l’éditeur), Les titans est donc le film idéal pour en finir (ou se réconcilier, au choix) avec le péplum.

Où voir le film ?

Comme toujours, Rimini cible très bien les personnes présentes dans les bonus de ses éditions. Se côtoient ici Stéphane Lacombe pour une exposé très détaillé sur le film, Laurent Aknin, qui commence gentiment à se mettre en scène de manière rigolote et décomplexée tout en gardant un propos passionnant, et Ariane Mnouchkine, qui fut jadis stagiaire sur le film à la manière d’un job d’été.

Dommage que la présente édition n’inclue pas le doublage anglais du film, vraisemblablement chapeautée par Mel Brooks, qui en rajoute une belle couche, niveau parodique.

STAVISKY… (Alain Resnais, 1974)

France, 1933. Serge Alexandre (Jean-Paul Belmondo) mène grand train de vie. Propriétaire de différentes affaires, dont le théâtre de l’Empire, il essaie en vain d’obtenir un non-lieu dans une affaire de crédits non soldés, datant de 1926.

Pour tenter couvrir les dettes accumulées, celui dont le vrai non est Stavisky se lance dans différentes opérations financières : fondation d’une entreprise, dont la mise en bourse est garantie par l’État lui-même et même le commerce d’armes…

Je ne sais pas si vous êtes comme moi. On a beau être ultra fan d’un acteur, connaitre sur le bout des doigts sa filmographie, avoir vu 107 certains films pourtant pas très bons, il reste encore et toujours un ou deux manquements volontaires. Par volontaire, je parle bien évidemment du film que l’on a depuis des lustres, voire même en plusieurs copies via des rééditions, mais dont on remet toujours la vision à plus tard.

C’est ainsi que je remets sous la pile, depuis bientôt 40 ans, Stavisky… d’Alain Resnais. Premier film officiellement estampillé Cerito Films, le métrage s’était soldé par un bide à Cannes et une exploitation honorable, mais ne cassant pas la baraque. A tel point que Jean-Paul Belmondo arrêtera par la suite de tourner autre chose que des longs métrages en adéquation avec ce que le public attend de lui (Alain Delon fera de même après l’échec commercial de Monsieur Klein deux ans plus tard).

Déjà à l’époque du vidéoclub, et bien que présent au sein de la fameuse collection René Chateau, Stavisky… était la VHS qu’on avait jamais envie de louer bien que toujours disponible en rayon. Méfiance donc envers ce drôle de film, dont tous ceux qui l’avait vu à l’époque m’en disait le plus grand mal : on se fait chier, y a pas d’histoire, ça commence jamais et tout d’un coup c’est fini. Tant d’arguments généralisés en la défaveur de Stavisky… donc, renforcé par une inimitié cinématographique avec Alain Resnais, avaient eu raison de moi concernant de ce film jusqu’à présent.

Le temps avance et, par définition, nos envies changent avec. Après avec fait une tentative infructueuse il y a une dizaine d’année, je me suis à nouveau risqué à la vision de ce satané Stavisky… la semaine dernière. L’appréciation d’une œuvre dépend à l’évidence du moment où on l’aborde, mais aussi de l’instant de vie que nous sommes en train de traverser.

Ainsi, je me suis surpris à trouver le film de Resnais bien plus qu’intéressant, carrément passionnant. Alors oui, il ne va aucunement être ici question d’autre chose que de joutes verbales sur fond d’enjeux politiques à un moment charnière de la 3e République. Mais le ton distant et assez léger utilisé pour narrer la fin de parcours d’un escroc notoire et reconnu comme tel résonne aujourd’hui de manière incisive dans la tête d’une andouille comme moi. C’est un dire un plouc de base qui aura dû attendre d’atteindre la cinquantaine pour comprendre que la société qui l’entourne n’est, depuis la nuit des temps, qu’un jeu de dupes.

Scénariste d’œuvres aussi importantes que Z, L’aveu, L’attentat ou Section spéciale, Jorge Semprun brouille ici admirablement les pistes en laissant Bébel faire jouer de sa gouaille légendaire et pose en filigrane tous les enjeux d’une époque faussement apaisée et qui s’apprête à laisser surgir l’abominable.

Ingénieux, Alain Resnais confie la musique du film au jazzman américain Stephen Sondheim pour une partition faite d’étrangetés sonores pourtant faciles à raccrocher aux années folles hexagonales. Suranné par une sublime photographie d’Albert Jurgenson, Stavisky… mérite donc largement une réévaluation. Celle qui laissera peut-être enfin apparaitre le chainon indispensable à le petite histoire trouble de la France de l’entre-deux-guerres.

Où voir le film ?

Si le film est disponible depuis des années en Blu-ray chez StudioCanal, il est à signaler l’existence d’un sympathique petit coffret allemand, regroupant 10 films avec Jean-Paul Belmondo avec, cerise sur le gâteau, également la présence de Hold-Up à l’intérieur, et bien entendu des VF sur tous les films.

Le traditionnel redresseur de tort – accessoirement gardien du temple auto-proclamé – me dira qu’une édition vient de paraitre en France et que c’est pas bien joli de favoriser l’import (totalement légal depuis des lustres au passage). Dans la mesure où le master utilisé est rigoureusement le même dans les deux cas et que le seul bonus conséquent de cette soi-disant édition définitive est une interview de Bébel disponible en libre-accès depuis des lustres via les archives de la RTS, j’ai envie de dire : « pourquoi se priver de 8 films en bonus pour un prix similaire ? ».

RENTAL FAMILY (Hikari, 2025)

Brendan Fraser in RENTAL FAMILY. Photo by James Lisle/Searchlight Pictures. © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.

Phillip Vanderploeg (Brendan Fraser), un acteur américain installé à Tokyo peinant à trouver des engagements, décroche un contrat pour le moins insolite : jouer le rôle de proches de substitution pour de parfaits inconnus, en travaillant pour une agence japonaise de « familles à louer ».

En s’immisçant dans l’intimité de ses clients, Phillip commence à tisser d’authentiques relations, qui brouillent peu à peu les frontières entre son travail et la réalité. Confronté aux complexités morales de sa mission, il redécouvre progressivement la beauté sereine des relations humaines…

Shannon Gorman and Brendan Fraser in RENTAL FAMILY. Photo by James Lisle/Searchlight Pictures. © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.

Encore un film ayant fait un passage tellement furtif en salle que personne ou presque n’a eu l’occasion de s’y intéresser. Ceci sans parler du fait que le sujet laissait quelque peu dubitatif.

Un canevas proche de Lost in Translation, la présence de Brendan Fraser (dont le nouvel élan de carrière pouvait faussement laisser à penser à une œuvre hermétique), une réalisatrice japonaise au nom énigmatique : tout était réuni ici pour que le cinéphile ne prête pas d’attention particulière à Rental Family.

Grosse erreur, puisque cette petite bobine enchanteresse est sans l’ombre d’un doute le meilleur feel good movie produit depuis des lustres. Intelligent, sobre, pudique mais emplit de ce que la nature humaine à de meilleure en elle, Rental Family fait méchamment penser aux premiers films d’Ang Lee.

Brendan Fraser and Akira Emoto in RENTAL FAMILY. Photo by James Lisle/Searchlight Pictures. © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.

Le public occidental ne le sait que trop : la culture cinématographique japonaise est très particulière. Pas toujours évident pour un spectateur lambda d’entrer en communion avec une nature de sentiment finalement pas si éloignée que ça de la nôtre, mais dont la retranscription sur grand écran est parfois tellement caricaturale que l’on a du mal d’y adhérer sans afficher un sourire honteux.

Tout comme Ang Lee dans ses trois premiers longs métrages (Pushing Hands, Garçon d’honneur, Salé sucré), Hikari a bien compris qu’une forme d’occidentalisation narrative ne pourrait que servir son film. Pari gagné : Rental Family est, croyez-le sur parole, une œuvre ultra-identifiable dans laquelle tout un chacun se retrouvera.

Shannon Gorman in RENTAL FAMILY. Photo by James Lisle/Searchlight Pictures. © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.

Côté casting, outre un Brendan Fraser de plus en plus étonnant, Takehiro Hira (Captain America : Brave New World), le vétéran très prolifique Akira Emoto (322 entrées sont à signaler à sa filmographie !) et surtout la jeune Shannon Mahina Gorman (dont il s’agit du premier rôle au cinéma) portent littéralement sur leurs épaules ce film en forme de conte universel à propose des rapports humains sains.

Le rachat de la 20th Century Fox par les studios Disney laissait craindre le pire. Tandis que la « maison mère » est effectivement devenu un simple ersatz de Mickey, sa filiale parallèle Searchlight, spécialisée dans le cinéma d’auteur, semble avoir su garder son indépendance, dont Rental Family est un magnifique exemple. Plus qu’un petit film sympathique, un véritable miracle de celluloïd. A découvrir absolument donc.

Où voir le film ?

Rental Family est disponible en Blu-ray et DVD chez 20th Century Studio (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment AG).

Signalons aux réfractaires de VF que le doublage de Rental Family a été très intelligemment réalisé. Ce dernier privilégie en effet les dialogues entre autochtones dans la langue du soleil levant, laissant de côté les habituelles incohérences de compréhension entre les protagonistes.

MAINE OCEAN (Jacques Rozier, 1986)

Confortablement installée dans un compartiment de première classe de l’express « Maine Océan », Dejanira (Rosa-Maria Gomes) est dérangée par un contrôleur (Luis Rego), qui tente lui expliquer qu’elle est en infraction car n’ayant pas composté son billet avant le départ.

Devant l’incompréhension de la jeune brésilienne, Gallec (Bernard Menez), contrôleur en chef très procédurier, intervient. Mimi De Saint Marc (Lydia Feld), passagère et avocate de métier, prend la défense de Dejanira. La femme de loi l’embarque avec elle au procès de Petitgars Marcel (Yves Afonso), un marin accusé de violence sur la voie publique…

Le cinéma dit « intello » ne serait-il pas intello uniquement dans la tête des intellos ? C’est en tout cas la question que l’on peut ouvertement se poser à la vision de Maine Océan, dernier long métrage de cinéma de Jacques Rozier, sans l’ombre d’un doute le plus iconoclaste des cinéastes français du 20e Siècle.

Il est évident que Jacques Rozier fait du cinéma d’auteur. Mais « cinéma d’auteur » ne rime pas forcément avec « chiantitude ». Il s’agit avant tout et assez simplement d’œuvres initiées par des personnes fonctionnant à l’instinct, selon leurs thèmes de prédilections. Rozier peut ainsi se définir comme un artiste attaché au marivaudages estivaux, dans lesquels la mer est considérable au même titre qu’un comédien. Le tout agrémentés de personnages aussi spontanés que singuliers.

Je ne sais pas si d’autres cinéphiles que moi ont déjà fait ce constat : dès que vous affichez une attirance pour le cinéma horrifique, on vous cantonne immédiatement au registre « sociopathe qui soigne ses pulsions à grand coup de films débiles pour éviter le passage à l’acte ».

Même moi, je me fais parfois avoir. Lorsque j’ai vu dans le DVDthèque de mon camarade Steve, rockeur devant l’Évangile et redoutable cinéphage, le coffret de l’intégrale Jacques Rozier, j’ai été naïvement surpris. Plus encore lorsque ce dernier est parti, tel un jukebox, dans un long exposé volubile en forme de déclaration d’amour pour Rozier.

Si je ne dis pas de conneries, ce cher Steve m’avait d’ailleurs dit aimer par-dessus tout Maine Océan, seul film de Jacques Rozier que je n’avais jamais vu. La chose est réparée depuis hier, et je dois confesser être ravi de pouvoir encore, à 53 ans, découvrir des choses aussi formidables que les tribulations fantasques et vaines de deux contrôleurs de la SNCF affublés d’une danseuse brésilienne, d’une avocate peu orthodoxe et, cerise sur le gâteau, d’un marin à l’accent tellement étrange et prononcé – tout en restant, incroyable mais vrai, compréhensible – qu’il parvient à déclencher, en un quart de seconde, le fou rire.

Dans le rôle de Petigars Marcel, ledit homme de la mer à la verve poliment fleurie, Yves Afonso tient assurément le rôle de sa vie. Comédien avant tout cité pour sa présence furtive dans deux comédies devenues cultes de Claude Zidi (L’aile ou la cuisse, La course à l’échalote), ce traditionnel second rôle a pourtant une filmographie à faire pâlir d’envie n’importe quel aspirant comédien. Tout le monde ne peut en effet pas se vanter d’avoir tourné sous les caméras de Don Siegel, Alain Corneau, Bertrand Tavernier, Claude Lelouch et Claude Berri (pour ne citer que les plus connus).

Long-métrage par lequel le spectateur doit se laisser porter, ode drôlissime et attachante à la vie soutenue par des protagonistes colorés, Maine Océan n’est pas une œuvre qui « se pense », mais un film qui se ressent naturellement, spontanément. La définition même, en somme, de tout ce qui devrait être mis en avant, sans arrogance intellectuelle, pour nos éminents représentants de la culture. C’est pas gagné…

Où voir le film ?

Maine Océan est disponible au sein du coffret Blu-ray regroupant l’intégrale de Jacques Rozier (Potemkine Films).

UNE RAVISSANTE IDIOTE (Edouard Molinaro, 1964)

Harry Compton (Anthony Perkins), un jeune homme charmant, est amoureux de la jolie Penelope Lightfeather (Brigitte Bardot). Alors que celle-ci déjeune dans un restaurant, il y provoque un petit incident qui le met en retard à son bureau et conduit à son licenciement. Il se rend alors chez Bagda (Grégoire Aslan), un ami restaurateur comme lui d’origine russe et agent des services secrets soviétiques. Bagda lui confie une mission délicate : le vol d’un document ultra-secret chez Sir Réginald Dumfrey (André Luguet).

En parcourant les mémoires de Brigitte Bardot, on y apprend que la propriétaire de La Madrague considérait Une ravissante idiote comme une « erreur de jeunesse de plus », classant le métrage d’Edouard Molinaro au registre « j’aurais mieux fait de me caser une jambe plutôt que d’accepter de faire ce film ».

Pourtant, en comparaison avec l’ensemble des films que Bardot a tourné avec Roger Vadim, Une ravissante idiote n’a pas à rougir. Tourné quelques mois avant Les Barbouzes, Molinaro devance son confrère Lautner en surfant de manière amusée sur la vague de l’espionnage, alors en plein essor, et de la peur de l’envahisseur russe.

Basé sur ouvrage de Charles Exbrayat, auteur prolifique finalement peu adapté au cinéma et souvent pour un résultat peu convaincant, cette Ravissante idiote reste évident quelque chose à réserver aux aficionados de celle qui restera à jamais – n’en déplaise à certains redresseurs de tort – la femme la plus célèbre au monde.

Tourné essentiellement en intérieurs (les séquences filmées dans les rues de Londres donneront d’ailleurs lieu à des émeutes), Une ravissante idiote permet surtout à Edouard Molinaro de se familiariser avec le comique de situation, via une intrigue placée dans un décor restreint.

Il n’est donc pas totalement saugrenu de penser que Louis de Funès imposera Molinaro sur Oscar, justement pour son aisance à rendre très dynamique les personnages du présent métrage, bien forcés d’évoluer dans un espace limité.

Aux côtés de Bardot et Anthony Perkins, très à l’aise dans le registre de la comédie (et qui joue « in french dans le texte »), on mentionna la comédienne vétérane Hélène Dieudonné. Généralement cantonnée dans les rôles de concierges pour des prestation express, elle fait ici des étincelles avec sans doute le rôle le plus consistant de sa carrière, sans doute largement inspiré par deux tantes de Cary Grant dans l’inénarrable Arsenic et vieilles dentelles de Frank Capra (1944).

Reçu tièdement sur Paris, Une ravissante idiote aura droit à un bien meilleur accueil en province, pour atteindre au final le joli score de deux millions de spectateurs sur territoire Français.

Où voir le film ?

Une ravissante idiote est disponible en 4K UHD et en Blu-ray chez Colored Films.

Aucun détour possible : la copie est absolument sublime. La restauration 4K offre à cette comédie un noir/blanc des contrastes remarquables et un piqué exemplaire. Seul micro-bémol : l’absence de bonus, alors qu’on aurait justement aimé en apprendre plus sur la genèse du film.

LA CAGE AUX FOLLES (Jean Royer, 1973)

Jouée au Théâtre du Palais-Royal plus de 2000 fois entre 1973 et 1978, la pièce de théâtre au succès inaltérable La Cage aux Folles n’avait curieusement pas été filmée pour le petit écran. Aucune capture disponible donc, sauf le sempiternel même extrait que l’on nous ressasse en boucle depuis 50 ans : la scène de la biscotte.

Ceci avant que l’INA annonce avoir découvert au fond d’un carton une bande vidéo, contenant une capture quasi-complète de la pièce. « Le programme comporte quelques interruptions et l’épilogue est manquant » annonçait fièrement l’éditeur LCJ fin 2025, lorsqu’un DVD cette archive, à première vue bénite, apparu au planning de l’éditeur.

Le constat, à la vision du document, est quelque peu différent. On est déjà surpris d’y trouver un générique hybride frisant l’amateurisme, ne prenant pas la peine de signaler les comédiens de La Cage aux Folles autre que Poiret et Serrault, tout en utilisant – sans la moindre mention, donc sans doute sans la moindre autorisation – la musique iconique que Morricone composera pour l’adaptation cinématographique, tournée par Edouard Molinaro en 1978.

Niveau bonne surprise, signalons que la bande vidéo est en très bon état. L’image reste celle d’une capture théâtrale du début des années 1970, mais aucun drop ne vient gâcher le plaisir d’un visionnage à première vue effectivement miraculeux. Les 40 premières minutes laissent même à penser qu’un véritable trésor est réellement entre nos mains.

La suite va malheureusement s’avérer plus chaotique. Parsemée de plans de coupes, zappant une kyrielle de séquences, la deuxième partie de ce « témoignage » ressemble plus au premier montage mis bout-à-bout d’une capture à laquelle maintes scènes ont été enlevées, la faute sans doute à des caméras défaillantes ou des prises de vues ratées, qu’à une véritable capture intégrale.

Sans gâcher totalement notre plaisir, cette dernière partie déçoit d’autant plus que la première laissait entrevoir un vrai miracle. Faut-il dès lors acquérir la récente publication DVD de cette Cage aux Folles partielle ? Si ce document faisait partie intégrante des suppléments d’un réédition du film de Molinaro, nous répondrions sans hésiter par la positive. Dans le cas présent, la possession dudit document s’avère, si ce n’est totalement inutile, « partiellement » dispensable…

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Où voir cette relique ?

La Cage aux Folles – la pièce retrouvée est disponible en DVD chez LCJ Editions & Productions

AU RYTHME DE VERA (KÖLN 75, Ido Fluk, 2025)

En 1975, Vera Brandes (Mala Emde), une jeune femme ambitieuse de 18 ans, va défier les conventions, s’opposer à ses parents et prendre tous les risques pour réaliser son rêve : organiser un concert de Keith Jarrett (John Magaro) à l’Opéra de Cologne. Son audace et sa détermination vont donner naissance au disque de jazz en solo le plus vendu de l’histoire…

Sorti dans nos salles obscures à la fin du printemps 2025, Au rythme de Vera n’a pas eu le temps de conquérir le cœur des spectateurs. La faute sans doute à un titre français totalement à côté de la plaque et ne voulant pas dire grand-chose (la bobine aurait tout aussi bien pu s’appeler Cours Vera Cours).

De manière aussi originale qu’audacieuse, le réalisateur Ido Fluk met en lumière la genèse d’un événement musical aujourd’hui considéré comme majeur, dont la paternité peut être attribuée à Vera Brandes qui, du haut de ses 18 ans et avec une détermination sans équivalant, avait réussi à convaincre Keith Jarrett de faire un détour par l’Opéra de Cologne le temps d’un concert en solo.

Choisissant plusieurs axes narratifs, passant de séquences sur le principe de spectateur-témoin (les protagonistes s’adressant directement au public) à une section complète en forme de road movie détournant volontairement l’audience des multiples péripéties de notre héroïne, Köln 75 se révèle à la fois être une œuvre très didactique (jamais on avait assisté à une démonstration aussi efficace expliquant les différents modes d’improvisation en matière de musique) et touchante.

Ne cherchez pas trace ici de la manière donc Vera Brandes aura réussi à convaincre Keith Jarrett de lui faire confiance, pas plus qu’une seule note du fameux concert au centre des débats (qui donnera naissance au disque de jazz solo le plus vendu de l’histoire avec 3.5 millions d’exemplaires écoulés). L’intérêt d’Ido Fluck se situe ailleurs.

Sorte de feel-good movie détourné, Au rythme de Vera sait à contrario aborder de manière très subtile les thématiques de la reconnaissance lorsque notre voix intérieure nous dirige, contre vents et marées, dans le sens inverse de la bienséance. Donc en nous mettant en opposition avec notre entourage qui, de manière cartésienne, tentent en vain de nous dissuader de prendre des risques jugés inconsidérés, plutôt que de chercher à comprendre.

Incroyable de vivacité, la comédienne Mala Emde illumine le film grâce à une incarnation ultra-vivante de Vera Brandes, tandis que John Magaro (5 septembre) entre dans la peau de Keith Jarrett tourmenté par sa perpétuelle quête de singularité artistique, mais définitivement plus humain que l’image que le musicien énigmatique renvoie sans doute bien malgré lui depuis toujours. Un film d’une sincérité rare sur la quête d’identité.

Où voir le film ?

Au rythme de Vera est disponible en combo Blu-ray+DVD (édition limitée) et en DVD chez Metropolitan.

SIGNES EXTERIEURS DE RICHESSE (Jacques Monnet, 1983)

Vétérinaire propriétaire d’une clinique réputée, Jean-Jacques Lestrade (Claude Brasseur) habite un luxueux appartement et fréquente le Tout-Paris. Tout va bien jusqu’au jour où Béatrice Flamand (Josiane Balasko), inspectrice des impôts, débarque afin d’effectuer un contrôle fiscal. Son ami Jérôme Bouvier (Jean-Pierre Marielle), expert auto-proclamé dans le domaine, compte bien contourner le problème de la comptabilité très approximative du véto…

La révision fiscale est un sujet tout trouvé pour une comédie déclenchant une kyrielle de quiproquos. Autant apprécié dans un bureau qu’un inspecteur des denrées alimentaires dans une cuisine, la personne chargée de ce travail doit effectivement plus facilement pouvoir compter ses ennemis que ses camarades.

On aurait donc pu s’attendre à une franche comédie empilant les gags en cascades, surtout avec le trio Brasseur-Balasko-Marielle en tête d’affiche. Mais plutôt que de réitérer avec un canevas peut-être trop comparable à Clara et les chics types, le réalisateur Jacques Monnet privilégie ici la tendresse à l’effet domino. Inutile donc de chercher ici l’éclat de rire à fendre les murs, Signes extérieurs de richesse fonctionnant selon une mécanique plus en demi-teinte.

Claude Brasseur reprend un personnage finalement assez proche de celui de La boum et Marielle est fidèle à lui-même. La vraie trouvaille est d’avoir confié le rôle de la personne que l’on se plait à détester à Josiane Balasko. Toute en retenue, le jeu de la comédienne lui permet d’ajouter une corde à son arc, via une finesse de ton qu’on ne lui connaissait pas encore à cette époque, et dont elle a malheureusement rarement usé depuis.

L’agenda éditorial vidéo est, depuis l’arrivée des supports numérique, ponctué d’énigmes. En effet, mis sa part sa présence au sein d’un coffret DVD que TF1 Vidéo consacrait au comédien Jean-Pierre Marielle en 2018 (vendu exclusivement dans les magasins FNAC et via une copie non-restaurée), Signes extérieurs de richesse n’avait jamais connu, jusqu’ici, d’édition physique. La chose est aujourd’hui corrigée grâce à l’éditeur Rimini.

Où voir le film ?

Signes extérieurs de richesse est disponible dans la « collection Josiane Balasko » en Blu-ray ou DVD chez Rimini Editions.

RENCONTRE A ELIZABETHTOWN (ELIZABETHTOWN, Cameron Crowe, 2005)

Pour Drew Baylor (Orlando Bloom), il existe une réelle différente entre l’échec et le fiasco. Concepteur d’une paire de baskets qui s’annonce comme la catastrophe de l’année avant même d’avoir été mise sur le marché, ce jeune adulte, devenu spécialiste de ce qu’il appelle « le dernier regard » depuis son licenciement, est bien décidé à mettre fin à ses jours.

C’est au moment même où il est sur le point de réaliser son triste projet que Drew reçoit un appel de sa sœur pour lui annoncer le décès de son père Mitch. Bien obligé de différer son suicide, Baylor est chargé en tant qu’aîné de la famille de se rendre à Elizabethtown, ville natale de son paternel, afin de régler les détails de ses funérailles. Dans l’avion qui le conduit à cette petite bourgade perdue du Kentucky, Baylor sympathise avec Claire Colburn (Kirsten Dunst), une hôtesse de l’air espiègle et farfelue…

Cinquième film du cinéaste Cameron Crowe, Rencontres à Elizabethtown est, après Singles et Presque Célèbre, à nouveau une œuvre en grande partie autobiographique. Se basant sur le souvenir des impressions ressenties lors du brusque décès de son propre père, le cinéaste signe une œuvre en demi-teinte magnifique, profondément mélancolique mais jamais triste. Baylor, le héros du film, n’hésite d’ailleurs pas à différencier les deux états, considérant la tristesse comme l’abdication, ce qui ne sera au final pas le cas du personnage central d’Elizabethtown.

Produit par Tom Cruise, avec qui le réalisateur a déjà travaillé par deux fois (Jerry Maguire et Vanilla Sky), Rencontres à Elizabethtown risque malgré tout de rebuter les spectateurs qui n’auraient jamais palpé toutes les nuances délicates et au final bénéfiques pour l’existence d’un état mélancolique.

Les autres, pour qui ce passage serait bien connu, sont invités à se rentre rapidement en salle car il y a fort à parier pour que ce magnifique film ne fasse qu’un passage éclair au cinéma, comme ce fut déjà malheureusement le cas de Presque Célèbre, le précédent long métrage du réalisateur. Dommage, car les œuvres de Cameron Crowe, à y regarder de plus près, sont assurément ce qu’il restera de meilleur du cinéma de notre époque.

Comme à son habitude, Cameron Crowe, ancien journaliste au sein du mythique magazine Rolling Stone, a fait de la bande originale de Rencontres à Elizabethtown une magnifique collection de chanson, passées et présentes, qui colle au film comme une deuxième peau. Maints standards folks juxtaposent donc de récents morceaux initiés par les artisans de la nouvelle scène indépendante américaine. Une somptueuse collection de balades nostalgiques à écouter sans fin

Texte originellement publié dans la presse romande en novembre 2005.

Où voir le film ?

Comme pronostiqué en novembre 2005, moment où paru originellement la présente chronique, Elizabethtown fut un flop retentissant en salles. Pas étonnant dès lors qu’actuellement, aucune édition HD ne soit disponible ailleurs qu’aux Etats-Unis sans la moindre option française. La seule possibilité actuelle pour le public non-anglophone est de se diriger vers la seconde main ou la dématérialisation. Le film est en effet disponible (location ou vente) sur Youtube :

LE SAPIN A LES BOULES (NATIONAL LAMPOON’S CHRISTMAS VACATION, Jeremiah Chechik, 1989)

Chaque mois de décembre, je casse les bonbons à toute la famille avec mes sempiternels et incontournables films de Noël. Mais pas question pourtant de se fourvoyer avec des mélos larmoyants, aussi bons peuvent-ils être. L’idée étant plutôt de mettre l’accent sur des bobines idéales, que l’on peut regarder sans fin blottis sous une couverture, un verre de lait de poule à la main, et qui nous procure un authentique plaisir immédiat.

Passé le cap d’avoir revu John McClane sauver le Nakatomi Plaza (Piège de Cristal) et l’aéroport de Washington (58 Minutes pour vivre), assisté aux tribulations du Professeur Abronsius en Transylvanie (Le Bal des Vampires), aidé Richard Burton et Clint Eastwood à libérer un improbable général en Autriche (Quand les Aigles Attaquent) et vu Jacques Clouseau arborer un énième stupide déguisement dans un épisode de La Panthère Rose vient le moment du vrai incontournable. A savoir « Ze Ultimate X-Mas Movie Ever Made », le bien nommé Sapin a les Boules.

Troisième aventure de la famille Griswold, ce film à la traduction de titre française au moins aussi bonne que Les Dents de la Mer ou Les Griffes de la Nuit, Le Sapin a les Boules reste curieusement peu connu sur territoire francophone européen, alors qu’il est depuis des lustres passé au stade film-culte un peu partout sur la planète.

Découvert grâce à une VHS louée à l’automne 1990 chez Stolz Radio TV, illustre magasin delémontain ayant jadis servi d’authentique réseau social et aujourd’hui transformé en solarium impersonnel, Le Sapin a les Boules ne quitte plus aucun de mes Noëls depuis. Au point que je vais passer le cap de la 35ème vision d’ici quelques jours. Au grand dam de mes enfants qui, malgré leur crédulité naturelle vis-à-vis d’un père encore et toujours mort de rire devant les mésaventures hivernales de Clark Griswold, n’en peuvent objectivement plus.

Il y a quelques semaines, lors d’un dernier hommage rendu à un ami parti trop tôt, j’ai découvert, à mon grand étonnement, qu’il y avait un deuxième irréductible fan du Sapin a les Boules. Un autre aficionados de la famille Griswold qui, lui aussi, brisait les noix à toute la maison chaque mois de décembre venu. Bon pote de post-adolescence que je ne voyais malheureusement plus aussi souvent que je l’aurais voulu, Pascal aurait en toute logique dû être à mille lieues de cette futilité ricaine. Et pourtant.

Malgré le fait que cet irremplaçable camarade continuait à vouer un culte sans limite à des choses ultra pointues niveau musique et cinoche, son attachement inconditionnel au Sapin a les Boules démontre une chose évidente. A savoir que, contre vents et marées, les œuvres fédératrices existent. Et finalement, qu’elles soient hautement commerciales ou jugées œuvres d’auteur, ultra friquées ou totalement fauchées, récente ou du millénaire dernier, n’a aucune importance.

Bon… je m’en vais de ce pas m’envoyer pour la 35ème fois Le Sapin a les Boules. Si les conditions le permettaient, j’inviterais volontiers quelques septiques à la maison pour les convertir à ce passage obligé devenu pour moi, au-delà d’un incontournable de Noël, une sorte d’acte religieux. Béni sois-tu, Clark Griswold, de me permettre de passer, depuis plus de trois décennies, des fêtes de fin d’année aussi poilantes…

Texte originellement publié dans la presse romande en décembre 2020.

Ou voir le film ?

Le sapin a les boules est disponible en 4K UHD, Blu-ray et DVD chez Warner Home Video.