Très bonne initiative de l’éditeur Carlotta avec le coffret Terreur ibérique, regroupant deux films de genre horrifique espagnol des années 1970 : Une bougie pour le Diable (Eugenio Martin, 1973) et Poupée de sang (Carlos Puerto, 1977).
Le métrage d’Eugenio Martin se distingue particulièrement via un traitement original du thriller avec la confrontation entre un traditionalisme villageois chaste et une forme de libéralisme citadin en pleine période franquiste. Porté par Judy Geeson, comédienne britannique habituée au œuvres flippantes (L’étrangleur de Rellington Place, Doomwatch, Sueur froide dans la nuit), le film doit surtout beaucoup aux prestations d’Aurora Bautista et d’Esperanza Roy dans les rôles de deux sœurs aubergistes enfermées dans une forme de puritanisme castrateur.
Plus foutraque, Poupée de sang a pourtant un arc narratif de départ ultra efficace (un couple, dont l’homme s’annonce auprès d’un autre comme un ancien camarade de classe oublié), mais le développement devient, au fur et à mesure des minutes, de plus en plus confus, le tout assujetti d’une toile de fond casse-gueule, le film se déroulant entièrement dans une maison. Ceci ne rend heureusement pas cette rareté risible ou ennuyeuse. Juste un peu bancale, surtout si l’on regarde le film en VF, cette dernière ayant à l’évidence été produite dix ans après la sortie du métrage.
Formant un double-programme assez idéal, Terreur ibérique pourrait facilement se décliner en plusieurs volumes ou, encore mieux, surfer de la même manière avec d’autres territoires européens ayant produit jadis de précieuses œuvres de genre. Terreur transalpine, Terreur germanique, Terreur britannique… Pourquoi pas même Terreur hexagonale ? Ce n’est pas le choix qui manque…
Où voir ces films ?
Terreur ibérique (Coffret 2 Blu-rays) est disponible chez Carlotta.
Les choses ont, assez logiquement, été faites à l’envers : du plus dispensables à l’indispensable. Après la publication de l’intégrale des années Arista (1979-1994, les moins passionnantes) et celle de la période Warner (1972-1977, époque malheureusement la moins connue), SoulMusic publie en cette fin d’été son dernier volume consacré à Dionne Warwick avec les années Scepter.
Étalée sur une décennie, de 1962 à 1971, cette période est à la fois la plus prolifique (14 albums studios en 7 ans !) et la plus fameuse. Donc, par déclinaison, la meilleure. La raison en est l’association quasi-exclusive de la toute jeune chanteuse avec le tandem de compositeurs Burt Bacharach et Hal David, incontestablement le plus talentueux de l’histoire de la pop. Ceci avant que l’inévitable scission entre les ces trois faiseurs de tubes ne se produise (correspondant au moment où la chanteuse ajoutera un « e » à la fin de son nom sous les conseils étranges d’une astrologue).
Célébré depuis très longtemps (grosso modo le milieu des années 1990, moment où l’Easy Listening revient à la mode en Angleterre et passe du statut méprisant de musique pour salle d’attente à celui de son pour hipsters), le catalogue Scepter de Dionne Warwick restait néanmoins difficilement accessible autrement que via quelques albums sortis en catimini dans des séries budgets disponibles aux caisses de supermarchés, quelques belles exhumations américaines ou des imports japonais aussi onéreux que rapidement épuisés.
La publication de cette intégrale est donc une pure bénédiction pour tout amateur de musique pop puisque tout, absolument tout, est ici présent. Seuls sont portées manquantes les versions monos des premiers albums (publiées en bonus de chaque disque au Japon en 2013), mais ceci est un moindre mal.
En gros plus, le présent coffret inclus différentes compilations contenant des inédits, sorties chez Scepter après le départ de Miss Warwick du label (The Dionne Warwicke Story – qui plus est ici agrémenté de 75 minutes inédites – et From Within), deux albums jusqu’ici assez mal représentés en CD (The Magic of Believing, Dionne Warwick in Paris – live hybride contenant ici par chance en bonus les prises studio de certains titres) et un 12e CD bourré de titres rares. Seule la compilation Dionne Warwick’s Greatest Motion Picture Hits (1969) n’est pas ici physiquement représentée, les quelques titres absents ailleurs étant disséminés en bonus sur d’autres CDs.
On passera sous silence le côté cheap, comme dans le cas des deux autres coffrets, du visuels de différents CDs, ainsi que quelques curiosités de remasterisation (la plus flagrante se situant sur le formidable morceau Something Special de l’album On Stage and in the Movies) au vu du tarif très attractif de ce petit objet à la fois très complet et peu encombrant.
Bombardée en 1939 par les Allemands, Almeria, capitale de la province du même nom en Andalousie, est laissée à l’abandon par Franco jusqu’au jour où l’endroit devient un décor naturel prisé par Hollywood. David Lean y tournera quelques scènes de Lawrence d’Arabie, juste avant que Joseph L. Mankiewicz n’investisse les lieux pour Cléopâtre, sans doute le film le plus pharaonique, sans mauvais jeu de mots, de l’histoire de cinéma.
Passé ces deux mastodontes, la ville et sa région, en particulier le micro-désert de Tabernas, seront envahis par une multitude de co-productions européennes plus ou moins fauchées, ayant trouvé en ce décor naturel de quoi rendre leurs métrages clinquants. A tel point qu’une industrie locale se met en place afin d’accueillir tous les gens du métier, des réalisateurs aux comédiens en passant par les cascadeurs et autres figurants multi-usage, dans des hôtels grand luxe construits à la hâte. Ceci sans pour autant que cet endroit reculé ne soit facilement accessible autrement que via des routes cabossées.
Le début de l’année 1968 fut sans doute la plus intense de l’activité tumultueuse d’Almeria. Brigitte Bardot est obligée par contrat interposé de s’y rendre pour tourner Shalako, premier film tourné par Sean Connery après l’abandon du rôle de 007. La rencontre entre les deux stars est sensée devenir l’événement du siècle et la presse a bien vendu la soupe. C’était sans compter sur les aléas de la vie, Bardot ayant accepté de faire le film pour s’éloigner de Gunter Sachs, son mari peu impliqué dans leur relation, et sans imaginer la passion dévorante qu’elle vivrait à cette période avec Serge Gainsbourg.
Sur place, BB se console sur l’épaule bienveillante de Stephen Boyd, avec qui elle a tourné dix ans plus tôt, pactise avec Michèle Mercier, venue sur place tourner un western sous la caméra de son pote Robert Hossein, et jouera les rabatteuses pour sa secrétaire, alors placée sous le charme de Michael Caine.
Un illustre réalisateur français bien présent sur son tournage mais incapable de s’impliquer sur son film, des décors détruits par erreur faute à des ondes communes de talkie-walkie entre deux productions, un set sensé partir en fumée pour une scène finale apocalyptique d’un film finalement brûlé à la hâte sous les caméras furtive d’un autre, une jeune comédienne britannique venue enterrer son mariage avec un illustre compositeur sans se douter qu’elle rencontrera, quelques mois plus tard, un autre tout aussi talentueux noyant son malheur à Paris car abandonné par la plus belle femme du monde. Telles sont les histoires passionnantes qui se télescopent dans Almeria 68.
Grand spécialiste des anecdotes de tournage compilées dans de réguliers et agréables ouvrages, Philippe Lombard sort de sa zone de confort avec le présent volume. Portant ce projet en tête depuis longtemps, le très sympathique journaliste du Septième Art le concrétise enfin. Le moins que l’on puisse dire est que l’adjectif sur lequel l’ouvrage est vendu (« tarantinesque ») n’est pas usurpé.
Se dévorant en quelques heures, les quelques 240 pages du livre transporteront le lecteur au cœur d’un film imaginaire, qui s’intitulerait en toute logique Il était une fois à Almeria. A réserver toutefois, mais c’est une évidence, aux amoureux de cette période charnière que fut la fin des 60s pour le cinéma mondial.
Philippe Lombard « Almeria 68 – Des stars, du sable et des larmes » (Hugo Doc, 238 pages)
Une nuit, à 2 h 17 du matin à Maybrook, une petite ville de Pennsylvanie, 17 enfants de la même classe quittent simultanément leur domicile sans laisser de trace. Alex (Cary Christopher), un enfant timide, ne fait pas partie de cette disparition collective. Son enseignante, l’instable Justine Gandy (Julia Garner), est très rapidement écartée des suspects par la police, et ce malgré les soupçons que laissent peser sur elle la population de la ville…
Les films d’horreurs ont tellement le vent en poupe depuis quelque temps qu’il semble désormais impossible de passer un mercredi sans en voir un nouveau apparaitre sur nos écrans. Tandis que beaucoup se contentent de remplir leur contrat en proposant leur lot de jump scares à un public ciblé, d’autres parviennent à se distinguer via une certaine originalité parfois payante (Bring Her Back, Together), parfois désolante (Sinners, 28 Years Later).
Sorti au milieu de cette multitude de métrages sans matraquage publicitaire particulier il y a deux semaines, Weapons (stupidement retitré Evanouis sur les territoires francophones du Vieux Continent – le Québec ne faisant une fois n’est pas coutume pas mieux avec le libellé Heure de disparition) avait toutes les raisons du monde pour n’être qu’une petite sortie confidentielle parmi d’autres, quittant en moins de temps qu’il ne faut pour le dire nos écrans.
Par chance, un succès inespéré du film au box-office US et une curiosité bienvenue de la part des spectateurs auront permis à cette bobine à la fois originale et ultra flippante de s’ancrer solidement dans nos salles, au point d’être le succès inattendu de l’été. La chose est d’autant plus étonnante que Weapons ne répond effectivement que de très loin aux sacro-saints critères du genre.
Les traditionnels jump scares laissent ici place à de longues séquences souvent dénués de dialogues, voire de musique, renforçant l’impact émotionnel du film, tout en plongeant le spectateur au cœur de l’intrigue en même temps que les protagonistes. Avec un rythme lent renforcé pour une mise en scène sobre mais très classe, le réalisateur Zach Cregger (Barbare) immerge l’audience dans cette curieuse histoire d’enfants disparus, faisant certes appel au surnaturel mais dans laquelle on évite – dieu merci – les sempiternels boogey men et autres démons possédés.
Reposant en grande partie sur les épaules de Julia Garner, comédienne habituée des films horrifiques généralement crispante (le navrant Apartment 7A – prologue totalement vain de Rosemary’s Baby, le consternant dernier Wolf Man), Weapons doit également beaucoup à Amy Madigan, visage récurant du cinéma populaire du début des années 1990 (Fields of Dreams, Uncle Buck, The Dark Half), chelou à souhait ici, et au jeune Cary Christopher, déjà vu dans plusieurs séries, qui semble désormais promu à un bel avenir.
Rarement un film de genre, qui plus est issu d’un grand studio, n’aura réussi à autant faire peur. Car oui, Weapons est une œuvre vraiment flippante. Parfait croisement entre Halloween de John Carpenter pour son ambiance, Twin Peaks de David Lynch pour son atmosphère, un film de Tarantino pour son humour transgressif et sa narration chapitrée (définitivement le détail faussement anodin faisant ici toute le différence) et une métaphore assez cinglante en sous-texte sur les dérives actuelles de notre société occidentale, le film de Zach Cregger dépasse de très loin ce qu’on serait en droit d’attendre d’un tel produit. Un film d’auteur ? D’une certaine manière oui. En tous les cas, assurément un des meilleurs longs métrages de l’année.
Evanouis (Weapons) de Zach Cregger, avec Julia Garner, Josh Brolin, Alden Ehrenreich, Amy Madigan, Cary Christopher, Benedict Wong, Etats-Unis, 2h08. Actuellement sur les écrans.
Un groupe de chasseurs de trésors planifie l’attaque à main armée du paquebot de croisière de luxe, Le Queen Mary, en utilisant un sous-marin allemand de la seconde guerre mondiale…
Au rayon des films totalement disparus des radars depuis des décennies, celui-ci détient assurément la Palme. La chose est d’autant plus surprenante que Frank Sinatra en est la tête d’affiche.
Exhumé il y a une grosse dizaine d’années en Blu-ray aux Etats-Unis mais sans la moindre option française, Assault on a Queen fait aujourd’hui son apparition au catalogue de l’éditeur Rimini. La quête de la version française semble d’ailleurs avoir été aussi ardue que celle du Graal pour Indiana Jones (recherche chez les collectionneurs, puis exhumation de cette dernière depuis une copie 35mm – démarche parait-il hors de prix).
L’attente était tellement grande concernant cette pépite disparue du cinéma haut en couleur sixties qu’on en serait presque déçu, dans la mesure où ce Hold-up du siècle dure en tout et pour tout 10 petites minutes au milieu de cette pelloche de presque deux heures. C’est sans doute oublier un peu vite que tous les films de casse de la même période, Topkapi en tête, fonctionnent de la même manière, les préparatifs et les répercussions du méfait restant comme le centre névralgique des métrages.
Sorte de suite swinguante (grâce à la BO de Duke Ellington – certes moins culte que celle d’Autopsie d’un meurtre, mais néanmoins des plus agréables) de Ocean’s 11, Assault of a Queen anticipe de manière claire le dyptique Tony Rome (Tony Rome est dangereux, La femme de ciment) mené par le même Sinatra, tant le décorum d’un port de plaisance en toile de fond y est comparable. Ceci sans parler de la même cool attitude du crooner devant la caméra.
Mentionnons encore un film Disney basé sur le même principe (des casseurs plutôt marrants et inexpérimentés utilisant un port de plaisance pour transporter le contenu d’un coffre via un sous-marin de fortune), définitivement plus mouvementé, qui reste également impossible à voir sur territoire francophone. La quête de la VF du formidable Du vent dans les voiles (The Boatniks, Norman Tokar, 1970) pourrait sans doute être un bon défi à relever pour les Editions Rimini.
Où voir le film ?
Le hold-up du siècle est disponible en Combo Blu-ray+DVD chez Rimini Editions.
Au Moyen-Orient, un homme politique est délivré par un groupe de jeunes partisans lors d’un transfert de prison. Le groupe s’empare d’une ambulance et décide de traverser le désert pour rejoindre un pays voisin…
Depuis ses débuts, l’éditeur Rimini, chapeauté par Jean-Pierre Vasseur, ancienne tête pensante de la maison Opening (grâce à laquelle nous avions eu droit à maintes belles raretés à la grande époque du DVD), offre régulièrement aux cinéphile la possibilité d’accéder à des œuvres du passé ayant totalement disparues.
Au registre, Les fuyards du Zahrain est le parfait exemple, puisque le métrage n’avait jamais été exploité sur aucun support sur territoire francophone européen. Fort est donc à parier que le film de Ronald Neame (L’aventure du Poséidon) sera une vraie découverte pour beaucoup.
Certes, le film n’est pas un chef d’œuvre. On est néanmoins épaté par le côté sec et direct du film, sorte de Salaire de le Peur décomplexé, ne faisant aucun cas d’éléments externes à une intrigue centrale resserrée au maximum, centrée sur une petite poignée de personnages unis par la force des choses.
Mentionnons aussi une présence féminine loin d’être anodine, puisque le personnage incarné par Madlyn Rhue (Un monde fou, fou, fou, fou) est une femme très émancipée pour l’époque (ne manquant d’ailleurs jamais de remettre ses Messieurs à leur place). Egalement la présence furtive de James Mason, non crédité au générique. Un film dans son époque certes, mais qui a à la fois du panache et de la classe.
Où voir le film ?
Les fuyards du Zahrain est disponible en Combo Blu-ray+DVD chez Rimini Editions.
Isolée dans une base secrète, une équipe de scientifiques étudie un virus extraterrestre ayant décimé en quelques heures un village reculé. Seuls, deux habitants ont mystérieusement survécu : un bébé et un vieillard. Il ne reste que quelques jours pour trouver un moyen de supprimer ce virus avant qu’il ne risque de se propager à la surface du globe…
1968 : la sortie sur les écrans de 2001, l’odyssée de l’espace, bouleverse à tout jamais la stratosphère cinéma grâce à un réalisme et un visuel jamais vus auparavant. Dès lors, plusieurs productions vont s’engouffrer dans la brèche ouverte par Stanley Kubrick en produisant toute une série de métrages de science-fiction à connotations philosophiques, écologiques ou potentiellement catastrophistes, restés dans l’histoire du cinéma.
Adaptation du premier roman que le jeune Michael Crichton signe de son nom, Le mystère Andromède réussi l’incroyable pari de rester proche d’une réalité biologique. En effet, si l’hypothétique virus extraterrestre présenté dans le roman relève heureusement du pur fantasme, ses conséquences sur l’homme peuvent tout à fait être étayables du point de vue biochimique. Preuve que le passé de médecin de Crichton aura nourri son œuvre au point de la rendre des plus crédibles.
A l’époque du tournage, Robert Wise est un cinéaste approchant la soixantaine. Tout porterait à croire qu’il n’est donc pas l’homme de la situation. Au vu du résultat final, on est époustouflé par le côté novateur de la mise en image du Mystère Andromède. Cherchant également à coller au mieux à un récit qui se veut le plus réaliste possible, Wise prend près de 40 minutes pour nous immerger, tels les protagonistes de cette aventure, au cœur d’un laboratoire ultra-sécurisé de toute part, tant du point de vue « secret défense » que de son aspect parfaitement hermétique.
Film « claustrophobesque » à souhait, The Andromeda Strain reste un véritable cas d’école. En effet, jamais depuis dans l’histoire du cinéma, un film n’aura autant réussi à tenir en haleine le spectateur sans autre artifice que le décor d’un laboratoire ultracontrôlé situé à des centaines de mètres sous terre.
Soutenu par les effets visuels de Douglas Trumbull, déjà responsable de ceux de 2001, et par une bande originale très novatrice de Gil Mellé, compositeur généralement cantonné à la télévision qui ouvre ici une brèche pour tous les futurs compositeurs de thrillers paranoïaques 70s (Michael Small, David Shire…), Le mystère Andromède reste, au vu de sa thématique et plus de 50 ans après sa sortie, une œuvre effroyablement intemporelle.
Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »
Où voir le film ?
Le mystère Andromède est disponible en Blu-ray et DVD chez BQHL.
Vietnam, mai 1969 : tandis que s’ouvrent les premières négociations visant à mettre fin à la guerre, la 101e division aéroportée continue de se battre sur le front. Les blessés et les morts sont évacués, remplacés par de jeunes recrues tout juste débarquées. L’état-major ordonne de conquérir une colline d’importance stratégique, surnommée de manière dérisoire « Hamburger Hill » par les soldats. La lutte pour le monticule de terre durera dix jours…
« Vous pensez que vous avez des problèmes parce que vous êtes contre la guerre, que vous avez manifesté en fac, que vous portez des symboles pacifistes et que vos actions ne sont pas en accord avec vos opinions ? Je suis orphelin, mon frère est pédé, toute la ville de Chicago à la chtouille grâce à ma sœur. Ma mère boit, le vieux crache ses poumons, j’ai de l’herpès, le pied d’athlète et le colon plein de vers et la guerre a ruiné mes chances de devenir un jour un très grand médecin. Vous n’avez aucun problème, excepté moi… ». Telle est l’une des nombreuses punchlines aiguisées lâchées par Dylan McDermott, comédien dont la prometteuse carrière se destinera à devenir un excellent second rôle récurent du cinoche américain.
On pourrait d’ailleurs trop hâtivement en conclure que Hamburger Hill est un simple émule de Platoon et Full Metal Jacket, deux métrages arrivant à point nommé après maints films de « namsploitation » outrageusement patriotiques (Rambo II, Portés disparus,…). A sa manière, Hamburger Hill parvient à tirer son épingle du jeu. Le film de John Irvin n’a donc aucunement à rougir face aux métrages d’Oliver Stone et Stanley Kubrick. Mieux : il parvient à dépeindre, sans pour autant en montrer une seule image, le malaise régnant dans l’opinion publique américaine à la fin des années 1960 face au conflit armé faisant rage au Vietnam.
Malgré le côté frontalement gore pour l’époque (qui anticipe d’une certaine manière ce que fera Steven Spielberg avec Saving Private Ryan), le véritable sujet de Hamburger Hill se situe ailleurs. A travers sa vision de la camaraderie ne pouvant que souder des soldats très souvent envoyés au combat malgré eux, John Irvin parvient, via des interactions ciselées entre ses protagonistes, à mettre en lumière un évident désarroi.
Tout d’abord à travers le portrait de soldats noirs américains s’estimant jetés en pâture pendant que des fils de bonnes familles blancs ont réussi à échapper à leur incorporation. Ensuite via de simples quidams bien conscients, grâce au courrier qu’ils échangent avec leurs proches aux Etats-Unis, qu’ils ne seront à coup sûr pas traités comme des héros à leur retour, ce qu’on leur a fait miroiter si, de bonne fortune, ils en réchappent. Une œuvre essentielle sur la guerre du Vietnam, qu’il serait grand temps de réévaluer à sa juste valeur.
Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »
Où voir le film ?
Hamburger Hill est disponible en Blu-ray et DVD chez Metropolitan.
A la mort de leur père, Andy (Billy Barratt), un ado rebelle, et Piper (Sora Wong), une pré-adolescente malvoyante, sont placés dans une famille d’accueil. A l’arrivée dans leur nouvelle maison, ils sont surpris par l’attitude quelque peu fantasque de Laura (Sally Hawkins), leur hôte, une psychologue qui vient de perdre sa fille unique…
Débarqué de nulle part il y a deux ans sur nos écrans, Talk To Me, petit film d’horreur australien, cassait la barraque au box-office en même temps qu’il révélait ses auteurs, Danny & Michael Philippou. D’un coût total de moins de 5 millions de dollars, le film en rapportera pas loin de 100 à travers le monde, ce qui en fait une des œuvres les plus rentables de l’année cinématographique 2023.
De retour avec un deuxième long métrage une nouvelle fois apparenté au genre horrifique, les jumeaux bénis d’Australie semblent bien partis pour réitérer le succès de leur coup d’essai. Faisant à nouveau la belle place à de jeunes talents peu connu de grand public, les frangins s’allouent en prime les bons offices d’une actrice confirmée, Sally Hawkins, comédienne britannique habituée du cinéma de Mike Leigh.
Si Bring Her Back est ultra efficace et, il faut bien le dire, assez éprouvant, on est, comme ce fut le cas pour Talk To Me, étonné par la psychologique diffuse des personnages, impactant de manière signification le déroulement des événements, qui en deviennent par instant peu crédibles. Un comble pour des œuvres jouant à fond les ballons la carte du premier degré.
On est certes guère étonné, genre oblige, de voir nos deux protagonistes principaux se jeter dans la gueule du loup sans faire cas d’éléments pourtant chelous dès leur arrivée chez leur hôte. On l’est un peu plus lorsque les événements s’intensifient et que nos deux andouilles restent confiantes à propos de Laura, dont les agissements anarchiques ne préconisent aucun schéma structuré, laissant du même coup émerger quelques faiblesses scénaristiques et la limite de principe appliqué par les Philippou Brothers.
Mais tout ceci n’est guère dommageable, tant l’ensemble est rondement mené et diablement efficace. Et si tous les films d’horreur qui pullulent sur nos écrans à longueur de semaine avaient cette tenue, le cinéma de genre s’en porterait bien mieux. Aucune raison donc de se priver de cette petite bombe, à condition toutefois d’avoir l’estomac bien accroché.
Substitution (Bring Her Back) de Danny & Michael Philippou, avec Sally Hawkins, Billy Barratt, Sora Wong, Jonah Wren Phillips, Australie, 1h44. Actuellement sur les écrans.
Shinbone, 1910. Ransom Stoddard (James Stewart), un important sénateur, et sa femme Hallie (Vera Miles) reviennent dans la ville où il se sont rencontrés pour assister à l’enterrement de Tom Doniphon (John Wayne), figure locale que tout le monde semble avoir oublié. Un journaliste local, intrigué par la présente d’un éminent politicien aux obsèques d’un cowboy inconnu, s’interroge. D’abord réticent, Stoddard, finit par accepter de lui raconter son histoire et la manière dont Doniphon fut jadis intimement lié à son ascension…
Attention chef-d’œuvre ! Que l’on soit fan de western ou non, que l’on supporte John Wayne ou pas, L’homme qui tua Liberty Valance est un film que l’on se doit d’avoir vu au moins une fois dans sa vie.
On entend déjà les réticents à la figure du plus réac’ des cowboys américains monter aux barricades. Oui, Wayne est un acteur peu compatible avec le Troisième Millénaire. Il n’en demeure pas moins l’une des figures indispensables de L’homme qui tua Liberty Valance. Un protagoniste presque secondaire, mais qui reste comme la pierre angulaire du récit. L’incarnation d’un personnage tellement emblématique et humain qu’il pourrait à lui seul effacer l’ardoise complète de Wayne envers ses détracteurs.
Il est également possible de déceler une réelle continuité inconsciente entre le film de John Ford, La vie est belle de Frank Capra (le film était également en grande partie axé sur un long flashback) et Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger (James Stewart y incarnant également un homme de loi sujet à une remise en question), deux autres incontournables du cinéma US reposant en grande partie sur les épaules de leur comédien principal. A savoir James Stewart, qui restera à jamais, avec Gregory Peck, l’incarnation sublime du héros américain à mille lieues d’une masculinité débordante.
Affichant des valeurs aussi universelles qu’indémodables, L’homme qui tua Liberty Valance peut sans exagération aucune, et au même titre que Du silence et des ombres de Robert Mulligan (sorti la même année), être qualifié d’œuvre de référence pour toute construction de vie. Un métrage dans lequel tout ou presque est présent. De la figure du rotor n’ayant d’autre exutoire pour s’affirmer qu’une violence crasse (très ancrée dans notre mode de vie occidental) à l’essence même de ce qui a construit la société moderne, faites de grands hommes ayant très souvent pu bénéficier de l’aide de véritables altruistes (ne cherchant donc aucunement la lumière des projecteurs).
Une œuvre incontournable, fondatrice, sublime, où chaque chose est à sa place. Un film parfait donc, à voir et revoir sans fin…
Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »
Où voir le film ?
L’homme qui tua Liberty Valance est disponible en UHD 4K, Blu-ray et DVD chez Paramount Pictures (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment).
Attention : aucune de ces éditions ne contient la version française originale. Le nouveau doublage s’explique car le film avait été raccourci pour son exploitation française en 1962. John Wayne n’a donc pas la voix de Raymond Loyer, mais de Marc Alfos, le doubleur attitré de Russell Crowe…