QUAND LES AIGLES ATTAQUENT (Brian G. Hutton, 1968)

Durant la Seconde Guerre Mondiale, un commando britannique, dirigé par le major John Smith (Richard Burton) et le lieutenant Morris Schaffer (Clint Eastwood) est parachuté au cœur des alpes autrichiennes. Sa mission est de délivrer un général américain retenu prisonnier au Schloss Adler, un château servant quartier général pour les services secrets du Reich. Perché tel un nid d’aigles, la forteresse est qualifiée d’imprenable…

Quintessence du film d’aventure sur fond de Deuxième Guerre Mondiale, Quand les Aigles attaquent représente le chant du cygne d’un style né avec Le Pont de la Rivière Kwaï à la fin des années 1950, quand bien même si le film de David Lean ne repose pas directement sur une mission.

C’est d’ailleurs déjà Alistair MacLean qui finira d’amorcer ce sous-genre grâce à son ouvrage Les Canons de Navarone et l’adaptation cinématographique qui suivra, signée Jack Lee Thompson.

Durant les années 1960, un nombre important de grandes productions anglo-saxonnes joueront la carte de MacLean, avec toujours un schéma de base similaire. Si le deuxième conflit mondial reste présent en toile de fond, ce dernier ne doit jamais prendre le pas sur une intrigue d’aventure rondement menée et aux multiples rebondissements.

Suite au triomphe des Douze Salopards de Robert Aldrich (1967), qui reste encore à ce jour considéré comme le chef d’œuvre du genre (bien que l’on puisse légitimement lui en préférer d’autres), la Metro-Goldwyn-Mayer se décide rapidement à mettre en chantier une autre production similaire.

Alistair MacLean est donc engagé et a pour mission, sans mauvais jeu de mot, de pondre un récit du même acabit que celui des Canons de Navarone. Cas unique dans la carrière du romancier écossais, MacLean a écrit le livre et le scénario de Quand les Aigles Attaquent en même temps.

Tout comme dans Les Héros de Télémark d’Anthony Mann (1965), la toile de fond de Quand les Aigles Attaquent est située dans la neige. Hormis le fait de donner au métrage un visuel aux mêmes allures surréalistes que Le Bal des Vampires de Roman Polanski, ce choix renforce à l’évidence la qualité esthétique de l’ensemble.

Autre atout majeur de Quand les Aigles Attaquent : le château de Hohenwerfen, renommé dans le scénario Schloss Adler. Judicieusement utilisé, l’endroit donne immédiatement au spectateur une sensation d’insaisissable, comme si la mission pour laquelle les protagonistes envoyés sur place était d’emblée vouée à un échec quasi-certain.

Inexpérimenté en matière de très grosses productions au moment du tournage, Brian G. Hutton s’en sort avec les honneurs grâce à sa volonté de casser les codes des films antérieurs surfant sur la même vague. Propulsant le spectateur au cœur de l’action dès le générique, le réalisateur coupe la tête aux traditionnels et rébarbatifs préparatifs de mission.

Climax du métrage, une scène de téléphérique, montrant un affrontement entre Richard Burton et deux soldats allemands, semble avoir été très influencée par les aventures de James Bond, alors très en vogue au moment du tournage de Quand les Aigles Attaquent.

D’ailleurs, les répercutions vis-à-vis de ce moment de bravoure cinématographique seront immédiates : ayant appris qu’une telle scène serait présente dans Quand les Aigles attaquent, Albert R. Broccoli décide d’éliminer un passage similaire présent dans le scénario de Au Service Secret de Sa Majesté, sixième aventure de l’agent 007, tournée quelque mois après le film de Brian G. Hutton.

Détail amusant : au moment du tournage, le château de Hohenwerfen n’était pas encore relié par un téléphérique. Après avoir envisagé d’un installer un pour les besoins du film, la production préfère se déplace dans la station d’Ebensee pour tourner les plans dont elle a besoin, l’endroit étant nanti d’une ligne impressionnante reliant la vallée au sommet des pistes. L’histoire voudra pourtant qu’une ligne de télécabine, reliant le village de Werfen au château, soit construite quelques années plus tard, mais à l’opposé de celle visible dans le film.

Le concentré de scènes d’action réussies ponctuant Quand les Aigles attaquent permet au spectateur d’oublier des problèmes évident de scénario, à la fois alambiqué et par instant très confus, rendant carrément l’intrigue incohérente à mi-parcours.

Très significative de cet état de fait, la longue séquence précédent l’évasion du château, durant laquelle Richard Burton tente, via une joute verbale complexe, de savoir qui parmi les membres de son équipe sont des traîtres, reste un cas véritable casse-tête à vous donner la migraine, et sans pour autant avoir l’assurance d’en sortir avec une lueur de compréhension en sus.

Reste une véritable pépite du film populaire d’antan, un peu surannée certes mais sur laquelle le temps n’a que peu d’emprise. Un classique du genre, qu’il est toujours très agréable à visionner en période de fêtes de fin d’année.

Texte extrait du livre inachevé « Made on Location in Switzerland »

Où voir le film ?

Quand les Aigles attaquent est disponible en Blu-ray et DVD chez Warner Home Video.

HAMBURGER HILL (John Irvin, 1987)

Vietnam, mai 1969 : tandis que s’ouvrent les premières négociations visant à mettre fin à la guerre, la 101e division aéroportée continue de se battre sur le front. Les blessés et les morts sont évacués, remplacés par de jeunes recrues tout juste débarquées. L’état-major ordonne de conquérir une colline d’importance stratégique, surnommée de manière dérisoire « Hamburger Hill » par les soldats. La lutte pour le monticule de terre durera dix jours…

« Vous pensez que vous avez des problèmes parce que vous êtes contre la guerre, que vous avez manifesté en fac, que vous portez des symboles pacifistes et que vos actions ne sont pas en accord avec vos opinions ? Je suis orphelin, mon frère est pédé, toute la ville de Chicago à la chtouille grâce à ma sœur. Ma mère boit, le vieux crache ses poumons, j’ai de l’herpès, le pied d’athlète et le colon plein de vers et la guerre a ruiné mes chances de devenir un jour un très grand médecin. Vous n’avez aucun problème, excepté moi… ». Telle est l’une des nombreuses punchlines aiguisées lâchées par Dylan McDermott, comédien dont la prometteuse carrière se destinera à devenir un excellent second rôle récurent du cinoche américain.

On pourrait d’ailleurs trop hâtivement en conclure que Hamburger Hill est un simple émule de Platoon et Full Metal Jacket, deux métrages arrivant à point nommé après maints films de « namsploitation » outrageusement patriotiques (Rambo II, Portés disparus,…). A sa manière, Hamburger Hill parvient à tirer son épingle du jeu. Le film de John Irvin n’a donc aucunement à rougir face aux métrages d’Oliver Stone et Stanley Kubrick. Mieux : il parvient à dépeindre, sans pour autant en montrer une seule image, le malaise régnant dans l’opinion publique américaine à la fin des années 1960 face au conflit armé faisant rage au Vietnam.

Malgré le côté frontalement gore pour l’époque (qui anticipe d’une certaine manière ce que fera Steven Spielberg avec Saving Private Ryan), le véritable sujet de Hamburger Hill se situe ailleurs. A travers sa vision de la camaraderie ne pouvant que souder des soldats très souvent envoyés au combat malgré eux, John Irvin parvient, via des interactions ciselées entre ses protagonistes, à mettre en lumière un évident désarroi.

Tout d’abord à travers le portrait de soldats noirs américains s’estimant jetés en pâture pendant que des fils de bonnes familles blancs ont réussi à échapper à leur incorporation. Ensuite via de simples quidams bien conscients, grâce au courrier qu’ils échangent avec leurs proches aux Etats-Unis, qu’ils ne seront à coup sûr pas traités comme des héros à leur retour, ce qu’on leur a fait miroiter si, de bonne fortune, ils en réchappent. Une œuvre essentielle sur la guerre du Vietnam, qu’il serait grand temps de réévaluer à sa juste valeur.

Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »

Où voir le film ?

Hamburger Hill est disponible en Blu-ray et DVD chez Metropolitan.