LA TARENTULE AU VENTRE NOIR (LA TARANTOLA DAL VETRE NERO, Paolo Cavara, 1971)

Des femmes sont sauvagement assassinées selon un mode opératoire identique : le meurtrier paralyse ses victimes en leur plantant une aiguille empoisonnée dans la nuque, les laissant conscientes lors de leur mise à mort. Chargé de l’enquête, le commissaire Tellini (Giancarlo Gianini) voit ses investigations piétiner, car aucun lien ne semble relier les victimes…

Dario Argento ayant ouvert une brèche avec L’oiseau au plumage de cristal, il ne fut guère étonnant de voir maintes autres productions transalpines surfer sur la vague du giallo en mode contemporain, mâtiné d’un érotisme frontal non négligeable, les années suivantes.

Premier film produit sans le sillage, La tarentule au ventre noir fait souvent le frais d’une réputation « mezzo », car étant justement la « première copie ». On oublie un peu vite que, bien que restant le maitre visuel absolu du genre, Dario Argento n’était pas le king des intrigues, l’homme ayant toujours privilégié le style à la cohérence scénaristique.

Au registre crédibilité, le film de Paolo Cavara (La cible dans l’œil) tient plutôt bien la longueur malgré un ton assez original, dans la mesure où film est construit comme un polar. A savoir que le spectateur reste à chaque instant du côté d’un policier dépassé par les événement, là où le giallo est généralement placé du côté d’une victime désignée tentant de s’extirper d’une machination infernale.

On est également assez étonné de ne pas trouver ici de rôle féminin décisif, mais uniquement une succession, sous forme de vignettes, de potentielles victimes ou coupables. Inutile donc de jeter votre dévolu sur La tarentule au ventre noir en pensant voir sous toutes leurs coutures Barbara Bouchet, Barbara Bach et Claudine Auger (absente de l’affiche, sans doute pour une aberrante raison contractuelle datant de la sortie du film), les comédiennes ne faisant ici que des passages semi-éclair.

Totalement invisible depuis 1971, La tarentule au ventre noir est donc une vraie découverte pour le public francophone, le film n’ayant même pas, à la grande époque du vidéoclub, connu d’édition VHS locative. Amputé en salles de ses ramifications secondaires (menant habilement le spectateur sur de nombreuses fausses pistes), le film de Paolo Cavara est donc pour la première fois visible, grâce à l’éditeur Carlotta, dans son intégralité sur territoire francophone.

Très axé sur le cinéma asiatique depuis quelques temps, Carlotta semble malgré tout vouloir maintenir sa traditionnelle diversité en proposant à ses nombreux supporters des références du plus passionnant des genres italiens. On est d’ailleurs ravi de savoir que le cultissime Torso de Sergio Martino arrive dans les bacs d’ici quelques semaines. Affaire à suivre donc…

Où voir le film ?

Pour la première fois disponible sur territoire francophone, La tarentule au ventre noir est donc enfin à nouveau visible dans nos contées après 55 ans d’absence éditoriale.

La vision du film en VF est assez passionnante, dans la mesure où cette dernière fut confiée jadis à des doubleurs de premier plan (contrairement à la majorité des films destinés aux cinéma de quartier de la même époque). On reconnait donc facilement les voix emblématiques de Jean-Claude Michel, Dominique Paturel, Perrette Pradier, Jean Marin ou Philippe Dumat, qui donnent une couleur toute particulière au film.

Le doublage en question est dit « à trous », donc avec des sections manquantes (présentées en italien sous-titré), le film ayant été raccourci de 8 minutes à l’époque afin de passer sous la barre de l’heure et demie. Un excellent moyen pour constater des endroits où se situait jadis les coupes.

On notera aussi, détail très étrange, que sur de très courtes portions de dialogues, la voix de Paturel, doublant ici Giancarlo Giannini, laisse place à un autre comédien. Un mystère que pourrait peut-être être éclairci par notre ami Gilles Ermia, l’Indiana Jones des doublages perdus.

Le film est disponible chez Carlotta dans 3 éditions distinctes : un Blu-ray, un 4K et un coffret limité. Notre dévolu s’est évidemment dirigé vers le box contenant, en plus d’un combo UHD+Blu-ray, d’une petite poignée de goodies sympas, allant du sticker autocollant à une reproduction d’affiche, un jeu de photo et le fac-similé du dépliant publicitaire de presse d’époque. De quoi faire de cette « première francophone » un vrai événement.

LE SADIQUE A LA TRONCONNEUSE (PIECES/MIL GRITOS TIENE LA NOCHE, Juan Piquer Simon, 1982)

Sur le campus d’une université américaine, le corps d’une étudiante est retrouvé dépecé à l’aide d’une tronçonneuse. Lorsqu’un second meurtre tout aussi brutal est commis, la police comprend qu’elle doit faire face aux agissements d’un tueur fou que la presse surnomme « le sadique à la tronçonneuse » dont on ne sait rien des sanglantes motivations…

Voilà le film que beaucoup attendant. Celui qui n’avait, depuis l’ère de la VHS, jamais connu la moindre édition francophone. Celui qui, après avoir été sélectionné dans sa carte blanche par Eli Roth au NIFFF en 2011, avait gagné en réputation d’œuvre majeure bien que difficile à voir. Celui qui avait souvent été confondu en vidéoclub à l’époque avec Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (une édition VHS du présent film ne se gênait d’ailleurs pas de reprendre un visuel de Leatherface sur sa jaquette).

L’arrivée du Sadique à la tronçonneuse sous la bannière du très inégal éditeur ESC avait donc de quoi susciter l’intérêt. Ceci bien sûr sans jamais avoir vu la moindre image du film de Juan Piquer Simon. Film agrémenté depuis toujours d’un slogan ultra bien pensé : It’s exactly what you think it is !

Dès les premières minutes du métrage, on comprend que oui, c’est effectivement à la virgule près ce qu’on avait imaginé. A savoir un authentique nanar, mal foutu, joué avec les pieds, pas effrayant pour un clou et, beaucoup plus grave, pas drôle du tout (ce que devrait au minimum être, vous en conviendrez, un navet).

Le film débute par une séquence de flashback située en 1942, montrant un gamin perturbé futur assassin de sa mère (aucun, mais alors aucun lien avec Halloween). L’accessoiriste tente-t-il de trouver un téléphone raccord (ha ha) ? Que nenni : le combiné 70s laissé sur place par ltata Jeanine, qui a prêté sa villa de campagne à la production, fera très bien l’affaire !

La suite de ce calvaire sur celluloïd se passe à notre époque (1982 donc) et on comprend assez vite (et sans pour autant avoir un doctorat en poche) qu’un membre de l’université, pourtant en apparence bien sous tous rapports, pète un stotz dès que l’occasion se présente (comprendre : dès qu’une fille est nue dans un vestiaire ou sous une douche).

Pour assouvir ses fantasmes morbides, l’homme utilise exclusivement une tronçonneuse. Pourquoi ? C’est le seul outil que le jardinier, sorte de clone entre James Gandolfini et Demis Roussos (accessoirement aussi le gardien tout en nuances de Midnight Express), utilise : qu’il doit couper un arbre, débroussailler une haie ou tondre la pelouse, c’est tout à la tronçonneuse ! Ce qui en fait, bien entendu, le coupable idéal (ce qu’il n’est, spoiler alert, évidemment pas).

L’enquête est mollement menée par la brigade de choc de Christopher George, acteur américain de second plan décédé peu de temps après le tournage, dont le seul mérite amusant est d’être un parfait croisement entre George Segal et Cliff Barnes. Oui, je sais : l’acteur de Dallas ne s’appelle pas Cliff Barnes, mais si je vous dis Ken Kercheval, personne de va saisir l’allusion ni croire qu’un comédien portait réellement ce patronyme.

Et nous dans tout ça ? Ben on s’emmerde ferme, sans même décrocher un sourire. Laborieux d’un bout à l’autre, chiant comme pas deux, frisant l’amateurisme à chaque seconde, Le sadique à la tronçonneuse n’est resté dans les esprits que pour une raison : son titre.

Mais là où Tobe Hooper parvenait à utiliser un libellé racoleur pour produire une œuvre légendaire, Juan Paquer Simon ne réussissait à passer à la postérité que pour « usurpation d’identité ». Remarque qu’au vu du niveau de cette daube, c’est déjà une belle prouesse…

Où voir le film ?

Le sadique à la tronçonneuse est disponible en combo Blu-ray/DVD chez ESC Editions. Comme à son habitude, l’éditeur bien plus prolifique que soigneux de ses publications a joué la bidouille pour cette édition.

En effet la VF du film, clairement tirée d’une VHS frelatée, affiche un problème de taille. Plutôt que de choisir l’audio standard, ESC tente de récupérer les pistes Hi-Fi qui, sans la moindre surprise, décrochent toutes les 3 secondes. Au résultat, plutôt que d’avoir un bon mono sur 2 canaux, on se retrouve avec une 2 pistes distinctes, dont le côté droit grésille durant l’intégralité du film, rendant cette version française très pénible.

Quand on sait que ladite VF était de toute manière en mono, il y a objectivement de quoi s’interroger quant aux réelles compétences, en manière d’authoring, de ESC (qui n’en est et de loin pas à son coup d’essai, niveau catastrophe technique).

Niveau bonus, un module façon Blow Up sur Arte, mené tambour battant par Alexandre Jousse, est clairement la seule chose réussie de cette publication, et nous éclaire sur la carrière, assez lamentable il faut bien le dire, de Juan Piquer Simon.

LES RITES SEXUELS DU DIABLE (LOS RITOS SEXUALES DEL DIABLO, José Ramon Larraz, 1982)

Après la mort brutale de son frère, Carol (Vanessa Hidalgo) se rend en Angleterre chez sa belle-sœur Fiona (Helga Liné) avec son fiancé. Rapidement, elle découvre que cette dernière s’adonne à des pratiques de messes noires au sein d’une secte d’adorateurs du Diable…

Avec un titre pareillement racoleur, il y avait de quoi se méfier. Mais lorsqu’on s’aperçu que cette curieuse bobine espagnole, datant du début des années 1980, était paru sous la houlette d’Artus Films, l’envie de faire confiance à cet éditeur a le ligne éditoriale digne d’un parfait équilibriste passa au-dessus d’un quelconque a priori.

Premier constat : le travail d’équilibriste, consistant à mélanger les genres sans que la chose ne paraisse saugrenue, est autant applicable à Artus qu’au cinéaste José Ramon Larraz (Vampyres), tant le mix entre un érotisme graphique évident et une ambiance horrifique contemporaine, typique du cinéma ibérique de genre de l’époque, fait ici bon ménage.

De là à dire que Les rites sexuels du Diable est un cas d’école, il n’y a qu’un petit pas. On a beau chercher d’autre exemple de métrages ayant su surfer avec succès entre deux styles propres au cinéma bis, il semble en effet difficile de trouver plus représentatif que ce film de Larraz, pourtant considéré très injustement comme l’un de ses plus mauvais.

Restant encore à ce jour le seul réalisateur ayant une œuvre exclusivement destinée aux cinémas de quartier, mais dont un film s’est retrouvé en lice pour la Palme d’Or (Symptoms, 1974), Larraz parvient, au même titre que le britannique Pete Walker (dont Flagellations et Mortelles confessions, deux des meilleures bobines, sont également sortis chez Artus), à créer une ambiance hautement anxiogène avec peu de chose et des moyens ultra-réduits.

Tandis que toute l’intelligentsia culturelle sacralise l’exhumation miraculeuse du pourtant très moyen The Appointment de Lindsey C. Vickers (1981), la sortie du présent film de Larraz risque malheureusement de passer inaperçue en dehors du petit cercle d’aficionados d’un cinéma de genre qui parfois, comme ici, parvient à être plus qu’un simple produit d’exploitation périssable. A découvrir donc sans préjugé.

Où voir le film ?

Disponible en combo Blu-ray+DVD chez Artus Films. Présentant quelques défauts, la pellicule utilisée pour le transfert reste de très bonne tenue, avec un très bon rendu de la photographie originelle, donnant au film un aspect très 70s.

LA FURIE DES VAMPIRES (LA NOCHE DE WALPURGIS, Leon Klimovsky, 1971)

Elvire (Gaby Fuchs) et Geneviève (Barbara Capell), deux étudiantes en sciences occultes, sont à la recherche du tombeau de la comtesse Wandessa, personnage historique suspecté de vampirisme. Égarées en pleine campagne dans le nord de la France, elles sont accueillies dans la demeure isolée du comte Waldemar Daninsky (Paul Naschy), condamné à se transformer en loup-garou la pleine lune venue depuis qu’il a été lui-même mordu.

Avec son physique à mi-chemin entre Marlon Brando et John Belushi, l’ex-catcheur Jacinto Molina n’avait aucune raison apparente de devenir le comédien Paul Naschy, figure incontournable du cinéma bis espagnol bien décomplexé malgré l’inquisition franquiste.

Indissociable du personnage de Waldemar Daninsky, qu’il incarnera à l’écran une douzaine de fois dans des films à la qualité toute variable, Naschy parviendra malgré tout à garder une identité propre, notamment via ses activités « multi-casquettes » durant toute sa carrière.

Troisième film consacré au comte « lougarisé », La furie des vampires est clairement une des meilleures cuvées de la longue série. Aussi l’un des seuls ou le terme « vampire » n’est pas usurpé, puisqu’il en est clairement question ici. Problème : l’accessoiriste semble avoir oublié qu’une créature de la nuit est sensée, par définition, avoir les dents pointues à la hauteur de canines et non des incisives latérales. Un détail certes anodin, mais qui a malheureusement tendance à rendre risible toutes les apparitions de vampires dans le métrage.

Outre ce petit problème, tout ici fonctionne à merveille. C’est d’autant plus étonnant car la restriction évidente de moyens oblige le réalisateur Leon Klimovsky à faire passer la campagne espagnole pour le nord de la France et à concentrer ses efforts sur une micro-poignée de personnages, forcément omniprésents à l’écran. Or, tout ce qui devrait en toute logique faire cheap rend justement le métrage hautement attachant, et surtout sans le moindre temps mort.

La musique du film est signée par Anton Garcia Abril, compositeur classique contemporain, qui dirige ici une partition ultra-inspirée, très dans l’air du temps, tout en se refusant à la facilité. Évoquant de manière évidente le travail du tandem germanique Manfred Hübler/Siegfried Schwab pour Jess Franco (Vampyros Lesbos, Crimes dans l’extase, Le diable vint d’Akasava), Abril s’amuse comme un fou à tester maints instruments pour sublimer sa partition, encore et toujours inédite sur disque (comme la majeure partie de son travail pour le cinéma).

5e film de la « saga Daninsky », L’empreinte de Dracula (1973) est généralement associé au présent film, le métrage appartenant aux mêmes ayant droit. Il ne serait guère étonnant de voir cet autre excellent volet de la franchise du plus célèbre loup-garou ibérique débouler chez Rimini dans les mois à venir.

Où voir le film ?

Disponible dans la collection « Angoisse » de l’éditeur Rimini en combo Blu-ray+DVD, accompagné du désormais traditionnel livret de Marc Toulec, ainsi que de très bon bonus.

En premier lieu, on trouvera 2 versions du films (celle d’exploitation d’époque et une plus longue), ainsi qu’un très informatif documentaire – avec une mise en scène rigolote – dans laquelle l’érudit Laurent Aknin revient de manière passionnée sur Paul Naschy et son récurrent personnage de Waldemar Daninsky.

REVES SANGLANTS (THE SENDER, Roger Christian, 1982)

Un adolescent amnésique (Zeljko Ivanek) est admis dans un hôpital psychiatrique après une tentative de suicide. Ce dernier semble posséder un curieux pouvoir : celui de transmettre ses rêves et cauchemars à d’autres personnes…

Ce film-là était l’un de ceux apparu dans nos vidéoclubs au moment de leur démocratisation. Totalement disparu des radars éditoriaux depuis cette époque bénie, où les ados que nous étions ne manquions jamais une occasion de nous attarder longuement au rayon « horreur », Rêves sanglants se voit enfin édité dans nos contrées et pourra donc rejoindre La vallée de la mort et En plein cauchemar (sortis il y a quelque temps chez Elephant Films) sur vos étagères.

Le réalisateur Roger Christian est un artisan resté dans certaines mémoires pour deux faits « mémorables ». Tout d’abord pour sa collaboration sur La guerre des étoiles et Alien, le 8e passager comme chef décorateur. Ensuite et surtout – mais pas dans le bon sens du terme – pour Battlefield Earth, nanar intersidéral basé sur un roman de Ron Hobbard, père fondateur de l’Église de Scientologie. L’exhumation de The Sender remet donc les pendules à l’heure concernant le cinéaste britannique, qui avait plutôt bien commencé sa carrière en décrochant par deux fois un Oscar.

Surfant à l’évidence sur les succès d’estime tels que Patrick de Richard Franklin ou Scanners de David Cronenberg, Rêves sanglants exploite le filon d’une horreur parapsychologique via un personnage dont la vie est un véritable enfer, car incapable de dompter son don, ou plutôt la malédiction dont il est victime depuis sa naissance.

Partageant certains éléments avec le formidable film de Sydney J. Furie L’Emprise (The Entity) sorti la même année, anticipant de manière claire Charlie (Firestarter, Mark L. Lester, 1984), The Sender est une œuvre suffisamment singulière dans l’histoire du film de genre pour séduire le spectateur à la recherche de petites perles rares.

Mentionnons encore la présence au générique de Shirley Knight, comédienne ayant connu un brillant début de carrière (Doux oiseau de jeunesse de Richard Brooks, Le groupe de Sidney Lumet), et qui se retrouvera ensuite reléguée à des prestations de second ordre. Un peu de la même manière que Zeljko Ivanek, sur lequel repose le présent film, devenu entretemps un second rôle récurrent du cinéma et de la télévision américaine.

Où voir le film ?

Disponible dans la collection « Angoisse » en coffret limité Blu-ray+DVD de l’éditeur Rimini, avec pour seul bonus une très originale bande annonce, mais avec le désormais traditionnel livret de Marc Toullec.

Le master – le même utilisé pour toutes les éditions disponibles à travers le globe – affiche quelques signes d’ancienneté (tâches et scratches de pellicule, définition et colorimétrie paraissant dater du début de l’ère HD). Ceci ne gâche heureusement en rien le visionnage de cette rareté et lui donne même une petite patine vintage pas déplaisante.

LA TOUR DU DIABLE (TOWER OF EVIL, Jim O’Connolly, 1972)

Accostant Snape Island, un îlot au large de l’Écosse, deux pêcheurs découvrent les corps de trois jeunes gens sauvagement assassinés. L’unique survivante, dans un état second, tue l’un des hommes de la mer. Admise dans un hôpital, la jeune femme va raconter ce qu’elle a vu. Peu après, des archéologues accompagnés d’un détective, débarquent à la recherche de la tombe d’un roi phénicien…

La sortie d’un petit film horrifique britannique des années 1970 est toujours un micro-événement pour les amateurs du genre. Ayant bien compris l’attrait de ces sympathiques bobines, l’éditeur Rimini ne manque jamais une occasion de publier un titre intéressant via sa collection « Angoisse ».

Sur le papier, La tour du Diable vend du rêve. En réalité, c’est autre chose qui se profile sur nos écrans, mais non moins sympathique. Plus proche d’un épisode de Chapeau Melon et Bottes de Cuir que d’un film de Pete Watkins, cette bobine de Jim O’Connolly, honnête artisan surtout resté dans les esprits pour La vallée de Gwangi (1969), ne vous donnera point de cauchemars, mais représente une formidable séance de Swinging London décalée.

Empruntant au passage d’évidents éléments aux Dix petits indiens d’Agatha Christie, Tower of Evil est sans l’ombre d’un doute un film dont Joe D’Amato c’est largement servi lors de l’écriture du très surestimé Anthropophagus (1980), tant le décorum et le canevas scénaristique sont identiques.

Osons au passage avouer notre plaisir à peine coupable de voir une bande de pseudo-archéologues (on reconnaitra au passage Anna Palk, avant tout restée dans les mémoires pour son passage en tant que « Persuaders girl » dans l’excellent épisode Le complot de la série Amicalement vôtre), à la fois capables de garder leurs chemises à jabot et autre paletots en feutrine colorés impeccables dans une endroit peu reluisant, et d’être suffisamment démerdes pour apprêter un sublime roastbeef pour le dîner, sans doute concocté dans le cuisine portative de Brett Sinclair…

Où voir le film ?

Disponible dans la collection « Angoisse » de l’éditeur Rimini. Comme les autres titres, celui-ci est présenté sous la forme d’un luxueux coffret cartonné contenant le Blu-ray et le DVD du film, ainsi qu’un livret signé par Marc Toullec, l’homme qui écrit plus vite que son ombre…

La bonne entente entre les éditeurs, toujours bienvenue, permet à cette édition de récupérer la présentation du film par Eric Peretti, produite en 2016 pour la précédente édition DVD parue chez nos amis d’Artus Films.

Coffret « TERREUR IBERIQUE »

Très bonne initiative de l’éditeur Carlotta avec le coffret Terreur ibérique, regroupant deux films de genre horrifique espagnol des années 1970 : Une bougie pour le Diable (Eugenio Martin, 1973) et Poupée de sang (Carlos Puerto, 1977).

Le métrage d’Eugenio Martin se distingue particulièrement via un traitement original du thriller avec la confrontation entre un traditionalisme villageois chaste et une forme de libéralisme citadin en pleine période franquiste. Porté par Judy Geeson, comédienne britannique habituée au œuvres flippantes (L’étrangleur de Rellington Place, Doomwatch, Sueur froide dans la nuit), le film doit surtout beaucoup aux prestations d’Aurora Bautista et d’Esperanza Roy dans les rôles de deux sœurs aubergistes enfermées dans une forme de puritanisme castrateur.

Plus foutraque, Poupée de sang a pourtant un arc narratif de départ ultra efficace (un couple, dont l’homme s’annonce auprès d’un autre comme un ancien camarade de classe oublié), mais le développement devient, au fur et à mesure des minutes, de plus en plus confus, le tout assujetti d’une toile de fond casse-gueule, le film se déroulant entièrement dans une maison. Ceci ne rend heureusement pas cette rareté risible ou ennuyeuse. Juste un peu bancale, surtout si l’on regarde le film en VF, cette dernière ayant à l’évidence été produite dix ans après la sortie du métrage.

Formant un double-programme assez idéal, Terreur ibérique pourrait facilement se décliner en plusieurs volumes ou, encore mieux, surfer de la même manière avec d’autres territoires européens ayant produit jadis de précieuses œuvres de genre. Terreur transalpine, Terreur germanique, Terreur britannique… Pourquoi pas même Terreur hexagonale ? Ce n’est pas le choix qui manque…

Où voir ces films ?

Terreur ibérique (Coffret 2 Blu-rays) est disponible chez Carlotta.

HERETIC (Scott Beck/Bryan Woods, 2024)

Depuis quelques années, deux studios indépendants américains se chamaillent afin de savoir lequel sera celui détenant la Palme d’un renouveau au registre horrifique. Tandis que Blumhouse se coltine encore et toujours la réputation d’être avant tout à l’origine de films pour adolescents produits à la chaine, A24 reste, on-ne-sait trop par quel miracle, celui dont la réputation semble inébranlable, et ce malgré plusieurs faux pas.

On en oublierait presque que Blumhouse est à l’origine de métrages aussi réjouissants que Sinister de Scott Derrickson, Get Out de Jordan Peele ou BlacKkKlansman de Spike Lee. De son côté, A24 brouille les cartes en ne se contentant pas uniquement de produire des métrages classés au registre horrifique. Astuce permettant à la société de maintenir, du moins sur le papier, une sorte d’aura uniquement constitué de pièces maitresses.

Sorti il y a quelques semaines sur sol américain, Heretic, dernière production de genre labellisée A24, arrive sur le Vieux Continent après avoir cassé la baraque aux Etats-Unis. On était donc très curieux de constater du résultat de ce premier long métrage signé par Scott Beck et Bryan Woods, tandem ayant réussi à se démarquer grâce à l’imparable scénario de Sans un bruit (A Quiet Place, John Krasinski, 2018), assurément le film horrifique le plus original et efficace de ces dernières années.

La première heure de Heretic laisse d’ailleurs sans voix, tant tout y est réglé comme du papier à musique. Introduction réduite au minimum, propulsant dès les premières minutes deux jeunes missionnaires mormones (Chloe East et Sophie Thatcher, toutes deux formidables) à la porte de Monsieur Reed (étonnant Hugh Grant), un homme peut-être bien moins agréable qu’il n’y parait.

Pendant près de 60 minutes, le métrage ne fait appel à aucun autre artifice qu’une pièce boisée dans laquelle trois personnages vont se livrer à une joute verbale digne d’un concours d’éloquence. Bien moins naïf qu’il n’y parait, Reed se joue des deux jeunes convaincues afin d’ébranler leurs croyances à priori infaillibles. Ceci en laissant monter, lentement mais sûrement, une tension ultra malaisante.

Et puis patatras : plutôt que de continuer sur ce formidable postulat, laissant réellement entrevoir le meilleur film d’horreur de ces 10 dernières années, Heretic se vautre sur sa deuxième moitié dans un dédales de situations aussi grotesques que poussives. D’un homme extrêmement habile et patient, Mister Reed devient un vulgaire boogeyman n’ayant plus aucune limite.

Jamais un film de genre de nous avait laissé un tel sentiment partagé avec, d’un côté, une première partie digne d’un essai que l’on pourrait facilement montrer à des étudiants en cinéma, et une seconde qui rebutera sans doute même les afficionados de Saw et autre métrage porn-gore. Peut-être est-il possible d’acheter une demi-place de cinéma et de quitter la salle à l’entracte ?

Texte originellement publié dans la presse romande en novembre 2024.

Où voir le film ?

Heretic est disponible en Blu-ray et DVD chez Le Pacte (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment AG)

LA MALEDICTION DE LA VEUVE NOIRE (CURSE OF THE BLACK WIDOW, Dan Curtis, 1977)

Suite au décès de son ami Frank Chatham dans d’étranges circonstances alors qu’il tentait de venir en aide à une mystérieuse inconnue, Mark Higbie (Tony Franciosa), un détective privé, décide de mener sa propre enquête. Il découvre que Frank fréquentait Leigh Lockwood (Donna Mills), une jeune et jolie veuve, dont la discrète sœur jumelle Laura (Patty Duke Austin) présente un passé bien énigmatique…

Parmi les téléfilms ayant traumatisé une génération de téléspectateurs francophones (car diffusés à une heure de grande écoute), deux cas précis sont restés dans les mémoires : Le triangle du Diable (Satan’s Triangle, 1975) de Sutton Roley et La malédiction de la veuve noire de Dan Curtis. Pas étonnant dès lors que cette œuvre destinée au petit écran ait été reprise au Film de minuit quelques années après sa diffusion sur les chaînes françaises.

Réalisé et produit par Curtis, véritable visionnaire du petit écran responsable d’une poignée de purs chefs-d’œuvre, La malédiction de la veuve noire reprend tous les éléments chers au cinéaste. Ainsi, le fantastique n’est qu’un élément véhiculant une intrigue policière, le tout placé dans un univers contemporain. Comme dans la plupart des précédents téléfilms produits et/ou réalisés par Curtis et dont l’intrigue aborde le surnaturel (The Night Stalker, The Night Strangler, The Norliss Tapes, Scream of the Wolf, Trilogy of Terror), Curse of the Black Widow conserve une belle ambiance typique de la télévision américaine des années 1970, le tout contrebalancé par une pincée d’humour noir.

C’est au niveau du développement de l’intrigue que cette Malédiction pêche quelque peu. Lorgnant autant du côté de Jacques Tourneur (La féline, 1942) que de Robert Aldrich (Mais qu’avez-vous fait à Baby Jane ?, 1962) tout en plagiant quasi ouvertement le partie centrale de Trilogy of Terror, le scénario de Robert Blees (Crapauds, Le retour de l’abominable docteur Phibes) finit par se perdre à force de ne pas prendre parti.

Moins percutant que les autres ouvrages de Dan Curtis scénarisés par Richard Matheson (L’homme qui rétrécit, Le survivant), La malédiction de la veuve noire reste un excellent moment de télévision américaine issu d’une époque aujourd’hui révolue, où l’audace marchait de concert avec une forme noble de traditionalisme.

Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »

Où voir le film ?

Sorti dernièrement en DVD chez LCJ dans la collection Les téléfilms cultes de votre jeunesse (avec une belle faute d’orthographe, « culte » étant un mot invariable), cette exhumation est une semi-bénédiction. Si la master utilisé affiche des signes évidents de vieillesse, on est surtout déçu que le DVD ne propose qu’une version française.

28 JOURS PLUS TARD (28 DAYS LATER, Danny Boyle, 2003)

A Londres, dans un avenir proche, un commando de la Protection Animale fait irruption dans un laboratoire top secret. Malgré les mises en garde du personnel de l’institut, les défenseurs de la nature libèrent des dizaines de chimpanzés porteurs d’un virus mortel…

28 jours plus tard, Jim (Cillian Murphy), un coursier qui a subi un accident grave, sort du coma dans un hôpital déserté. Ne comprenant rien à la situation, il décide d’arpenter la capitale anglaise sinistrée, qui ressemble désormais à une zone dévastée par une catastrophe nucléaire. Après plusieurs heures, Jim fini par tomber sur Selena, Frank et Hannah, trois rescapés, qui lui explique la situation : durant son long sommeil, le pays a bel et bien été dévasté par un virus extrêmement contagieux, capable de terrasser une personne adulte en quelque secondes et de le plonger dans un état de rage psychotique intense. Ne sachant plus que faire, les quatre survivants tentent de se diriger vers Manchester, où une troupe de soldats élitaires ont mis en place une zone sécurisée pour les rescapés…

Après l’échec cuisant de son film La Plage, on ne donnait pas cher de la peau du réalisateur Danny Boyle. Pourtant, ce metteur en scène britannique, déjà auteur de longs-métrages aussi intéressants que Petits Meurtres entre Amis, Trainspotting et Une Vie moins ordinaire, revient en force avec 28 Jours Plus Tard, petit film d’horreur privilégiant une atmosphère oppressante à des effets spéciaux high-tech. Autant un hommage à des longs-métrages de science-fiction anticipatoires des années 70 (tel que The Omega Man de Boris Sagal, auquel le présent film fait référence) qu’aux œuvres de zombies de l’américain George Romero, 28 Jours Plus Tard marque un des moments forts de cette année cinématographique.

Danny Boyle a tourné 28 Jours Plus Tard à l’aide de caméras numériques, rendant ainsi son récit plus crédible. A la limite de l’image documentaire, sa mise en scène créer un climat de terreur dont le spectateur ne sortira pas indemne. Tout comme ce fut le cas pour ses deux premiers longs-métrages, Boyle brouille les pistes en route, faisant basculer son film dans une sorte de cataclysme humain, dont l’intensité n’est pas sans rappeler celle de Délivrance de John Boorman. En plus d’être le film le plus original de l’année, 28 Jours Plus Tard est également le meilleur de son metteur en scène. A voir absolument, à condition de ne pas avoir l’âme sensible…

Texte originellement publié dans la presse romande en août 2003.

Où voir le film ?

Tourné à l’aide de caméras mini-DV mais sans avoir recours à la HD, 28 jours plus tard est donc, dans une certaine mesure, un film perdu car ne répondant pas aux critères techniques actuels. Inutile donc de tenter dénicher le métrage dans un format Blu-ray ou, encore plus absurde, en 4K. Un bon vieux DVD déniché dans une solderie fera très bien l’affaire (surtout qu’il s’agit actuellement de la seule possibilité de visionner le film avec une cadence de défilement correcte (le film de Danny Boyle a été tournée en 25 images/seconde).