L’AVION DE L’APOCALYPSE (INCUBO SULLA CITTA CONTAMINATA, Umberto Lenzi, 1980)

Un avion sans la moindre identification se pose sur un aéroport militaire en bordure de grande ville. En sort une horde de créatures incontrôlables, prêtes à tout pour décimer tout être humain sur son passage. Un journaliste va tenter de retrouver sa femme au milieu de la panique générale…

Alors que 28 ans plus tard de Danny Boyle débarque en salle, il est assez rigolo de se replonger dans une œuvre du passé abordant une thématique très similaire, mais qu’appartenant clairement au cinéma bis.

Réalisateur ultra-prolifique n’ayant que très rarement fait dans la dentelle, Umberto Lenzi signe L’avion de l’Apocalypse juste avant Cannibal Ferox, sans doute son métrage le plus outrancier. On est donc presque étonné de découvrir un film à l’horreur graphique si ce n’est discrète, au moins ne jouant pas la carte de la surenchère.

A mi-chemin entre le film de zombie et le métrage épidémique, cet Avion de l’Apocalypse se distingue d’autres productions du genre via un jeu de massacre assez édifiant au niveau des victimes. Inutile donc de vous attacher à un personnage, dans la mesure où ce dernier a toutes les chances de finir en charpie quelques secondes plus tard.

Une originalité qui finit aussi par devenir le point faible du film, dans la mesure où l’acteur sur lequel repose réellement film (Hugo Stiglitz, comédien mexicain imposé par la co-production), sorte de sosie mal dégrossi d’Adrian Gurvitz, ressemble davantage à un PNJ dans un porno 70s qu’à une personne sur laquelle il est possible de compter pour autre-chose que l’ouverture d’une boîte de raviolis.

Heureusement, le rythme ultra-soutenu de l’ensemble et un final plutôt original pour un ouvrage clairement destiné à remplir les salles de quartier permet au film de se distinguer de la masse. Un bon moment de cinoche certes un peu crétin, mais suffisamment jouissif pour qu’on n’y résiste pas.

Où voir le film ?

L’avion de l’Apocalypse est sorti voilà quelques mois chez Artus Films (Blu-ray + DVD) et reste à ce jour disponible. Un module vidéo de contextualisation, mené par Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud, vous apportera maintes informations passionnées. Niveau lecture, l’incontournable David Didelot, pape du bis sous toutes ces formes, signe le luxueux livret (bourré d’infos et de sympathiques photos) qui accompagne le coffret.

LA NUIT DES MALEFICES (BLOOD ON SATAN’S CLAW, Piers Haggard, 1971)

Angleterre, XVIIIe Siècle. Dans un petit village, un jeune homme affirme avoir vu le Diable sous la forme d’un crâne humain déformé et recouvert d’une étrange fourrure. Tandis que le juge du comté n’y prête guère d’attention, des événements étranges commencent à se produire…

Après une grosse décennie placée sous le signe de réussites constantes, tant artistiques que commerciales, le film d’épouvante à connotation gothique européen est à la traine au début des Seventies. En cause une forme de renouveau débarquée récemment sur le Nouveau Continent, faite d’une horreur plus politisée et clairement contemporaine, arrivée en 1968 avec George A. Romero et sa Nuit des Morts-Vivants.

Malgré le fait que la Hammer peine à se renouveler, deux autres firmes indépendantes, spécialisées dans le cinéma horrifique, voient le jour en Angleterre durant les années 1960 : d’un côté la Amicus, qui se distinguera rapidement en ne produisant quasi-exclusivement que des films à sketches, de l’autres la Tigon, studio dont est issu La Nuit des Maléfices qui nous intéresse.

Tourné avec trois bouts de ficelles (l’essentiel du décor du film est un sous-bois de quelques mètres carrés), le film de Piers Haggard, bon « faiseur » n’ayant pas eu la même carrière que Freddie Francis, Don Sharp ou Roy Ward Baker, fut jadis produit suite aux succès du Grand inquisiteur (Michael Reeves, 1968) et La marque du Diable (Michael Armstrong, 1970). La comparaison se limite pourtant à peu de choses, puisque nous ne sommes point ici dans un récit de chasse aux sorcières, mais plutôt dans ce qu’il est devenu de bon ton de labelliser au registre « folk horror ».

Partant un peu dans tous les sens sans jamais vraiment approfondir une idée (le film en regorge pourtant), cette Nuit des maléfices (transcription de titre française – comme souvent – hasardeuse, l’appellation originale pouvant se traduire par Du sang sur la griffe de Satan) n’en demeure pas moins très intéressante, ne serait-ce que pour voir l’influence que le métrage a eu sur d’autres ultérieurs (fort est à parier que Ari Aster connaissait très bien le film de Piers Haggard au moment de l’écriture de Midsommar).

Reposant essentiellement les épaules de la charismatique Linda Hayden (déjà formidable dans le sous-estimé Une messe pour Dracula de Peter Sadsy, film qui parvenait par contrainte à renouveler le mythe du célèbre vampire sous la houlette de la Hammer), comédienne capable de passer d’un visage angélique à celui d’une sorte de gourou possédée ultra flippante, Blood of Satan’s Claw ne décevra à coup-sûr par l’aficionados de la dernière période bénie pour le cinéma de genre britannique.

Où voir le film ?

Disponible dans la collection « Angoisse » de l’éditeur Rimini. Comme les autres titres, celui-ci est présenté sous la forme d’un luxueux coffret cartonné contenant le Blu-ray et le DVD du film, ainsi qu’un livret signé par Marc Toullec, l’homme qui écrit plus vite que son ombre…

En bonus vidéo, une très complète présentation du film par Olivier Père vous permettra d’en savoir plus sur la vague horrifique anglaise du début des années 1970. Si le contenu est évidemment passionnant, le ton de l’entrevue est, comme toujours avec Père, un peu austère.

AMSTERDAMNED (Dick Maas, 1988)

A Amsterdam, plusieurs cadavres mutilés sont retrouvés aux abords des canaux. Aucun témoin n’ayant rien vu, l’inspecteur Eric Visser (Huub Stapel) soupçonne un maniaque, expert en plongée, qui tuerait au hasard sans jamais être inquiété…

Réalisateur popularisé en 1983 grâce à L’ascenseur, film d’horreur ultra-original en forme de portrait d’un lift fou se faisant un malin plaisir à dézinguer ses occupants, Dick Maas devait devenir le défenseur d’un cinéma de genre européen. Même si le propos de son métrage récompensé au Festival d’Avoriaz a de quoi faire sourire, son traitement anxiogène demeure, malgré les faibles moyens de l’entreprise, un classique du genre ayant fait trembler bon nombre de spectateurs à l’époque de son exploitation en salles.

Fort de cette expérience, le réalisateur néerlandais tente de se surpasser cinq ans plus tard avec Amsterdamned. Cette fois-ci aux commandes de la chaine complète, de la réalisation à la production en passant par l’écriture du scénario et de la musique, Dick Maas livre un film plus abouti.

Surfant à l’évidence sur la vague des Dents de la mer et autres films mettant en scène des vilaines bébêtes aquatiques, Maas tord le cou aux idées préconçues face à sa réputation de « maitre de l’horreur européen » en évitant à tout prix le fantastique. Ainsi, même si le cinéaste prend un malin plaisir à nous montrer quelques séquences croustillantes (la découverte du premier cadavre reste une image marquante pour toute personne ayant découvert le film à l’époque de sa sortie), le scénario d’Amsterdamned reste fidèle à un polar crédible.

Doté d’une course-poursuite marathon en hors-bord, dont la mise en place en plein cœur d’Amsterdam reste encore aujourd’hui bluffante, Amsterdamned a certes pris du plomb dans l’aile. Mais cet excellent thriller européen reste néanmoins le témoignage vibrant d’une époque où il était possible de proposer aux spectateurs des films de genre, à la fois maitrisés et convaincants, en provenance de territoires inattendus.

Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »

Où voir le film ?

Amsterdamned a été édité en DVD à deux reprises en France (2002 et 2010). Par chance, le film de Dick Maas est disponible, avec une VF et un disque zone ALL (lisible dans nos lecteurs européens donc), aux Etats-Unis chez Blue Underground.