
Chaque mois de décembre, je casse les bonbons à toute la famille avec mes sempiternels et incontournables films de Noël. Mais pas question pourtant de se fourvoyer avec des mélos larmoyants, aussi bons peuvent-ils être. L’idée étant plutôt de mettre l’accent sur des bobines idéales, que l’on peut regarder sans fin blottis sous une couverture, un verre de lait de poule à la main, et qui nous procure un authentique plaisir immédiat.
Passé le cap d’avoir revu John McClane sauver le Nakatomi Plaza (Piège de Cristal) et l’aéroport de Washington (58 Minutes pour vivre), assisté aux tribulations du Professeur Abronsius en Transylvanie (Le Bal des Vampires), aidé Richard Burton et Clint Eastwood à libérer un improbable général en Autriche (Quand les Aigles Attaquent) et vu Jacques Clouseau arborer un énième stupide déguisement dans un épisode de La Panthère Rose vient le moment du vrai incontournable. A savoir « Ze Ultimate X-Mas Movie Ever Made », le bien nommé Sapin a les Boules.

Troisième aventure de la famille Griswold, ce film à la traduction de titre française au moins aussi bonne que Les Dents de la Mer ou Les Griffes de la Nuit, Le Sapin a les Boules reste curieusement peu connu sur territoire francophone européen, alors qu’il est depuis des lustres passé au stade film-culte un peu partout sur la planète.
Découvert grâce à une VHS louée à l’automne 1990 chez Stolz Radio TV, illustre magasin delémontain ayant jadis servi d’authentique réseau social et aujourd’hui transformé en solarium impersonnel, Le Sapin a les Boules ne quitte plus aucun de mes Noëls depuis. Au point que je vais passer le cap de la 35ème vision d’ici quelques jours. Au grand dam de mes enfants qui, malgré leur crédulité naturelle vis-à-vis d’un père encore et toujours mort de rire devant les mésaventures hivernales de Clark Griswold, n’en peuvent objectivement plus.

Il y a quelques semaines, lors d’un dernier hommage rendu à un ami parti trop tôt, j’ai découvert, à mon grand étonnement, qu’il y avait un deuxième irréductible fan du Sapin a les Boules. Un autre aficionados de la famille Griswold qui, lui aussi, brisait les noix à toute la maison chaque mois de décembre venu. Bon pote de post-adolescence que je ne voyais malheureusement plus aussi souvent que je l’aurais voulu, Pascal aurait en toute logique dû être à mille lieues de cette futilité ricaine. Et pourtant.
Malgré le fait que cet irremplaçable camarade continuait à vouer un culte sans limite à des choses ultra pointues niveau musique et cinoche, son attachement inconditionnel au Sapin a les Boules démontre une chose évidente. A savoir que, contre vents et marées, les œuvres fédératrices existent. Et finalement, qu’elles soient hautement commerciales ou jugées œuvres d’auteur, ultra friquées ou totalement fauchées, récente ou du millénaire dernier, n’a aucune importance.
Bon… je m’en vais de ce pas m’envoyer pour la 35ème fois Le Sapin a les Boules. Si les conditions le permettaient, j’inviterais volontiers quelques septiques à la maison pour les convertir à ce passage obligé devenu pour moi, au-delà d’un incontournable de Noël, une sorte d’acte religieux. Béni sois-tu, Clark Griswold, de me permettre de passer, depuis plus de trois décennies, des fêtes de fin d’année aussi poilantes…
Texte originellement publié dans la presse romande en décembre 2020.

Ou voir le film ?
Le sapin a les boules est disponible en 4K UHD, Blu-ray et DVD chez Warner Home Video.




