LE SAPIN A LES BOULES (NATIONAL LAMPOON’S CHRISTMAS VACATION, Jeremiah Chechik, 1989)

Chaque mois de décembre, je casse les bonbons à toute la famille avec mes sempiternels et incontournables films de Noël. Mais pas question pourtant de se fourvoyer avec des mélos larmoyants, aussi bons peuvent-ils être. L’idée étant plutôt de mettre l’accent sur des bobines idéales, que l’on peut regarder sans fin blottis sous une couverture, un verre de lait de poule à la main, et qui nous procure un authentique plaisir immédiat.

Passé le cap d’avoir revu John McClane sauver le Nakatomi Plaza (Piège de Cristal) et l’aéroport de Washington (58 Minutes pour vivre), assisté aux tribulations du Professeur Abronsius en Transylvanie (Le Bal des Vampires), aidé Richard Burton et Clint Eastwood à libérer un improbable général en Autriche (Quand les Aigles Attaquent) et vu Jacques Clouseau arborer un énième stupide déguisement dans un épisode de La Panthère Rose vient le moment du vrai incontournable. A savoir « Ze Ultimate X-Mas Movie Ever Made », le bien nommé Sapin a les Boules.

Troisième aventure de la famille Griswold, ce film à la traduction de titre française au moins aussi bonne que Les Dents de la Mer ou Les Griffes de la Nuit, Le Sapin a les Boules reste curieusement peu connu sur territoire francophone européen, alors qu’il est depuis des lustres passé au stade film-culte un peu partout sur la planète.

Découvert grâce à une VHS louée à l’automne 1990 chez Stolz Radio TV, illustre magasin delémontain ayant jadis servi d’authentique réseau social et aujourd’hui transformé en solarium impersonnel, Le Sapin a les Boules ne quitte plus aucun de mes Noëls depuis. Au point que je vais passer le cap de la 35ème vision d’ici quelques jours. Au grand dam de mes enfants qui, malgré leur crédulité naturelle vis-à-vis d’un père encore et toujours mort de rire devant les mésaventures hivernales de Clark Griswold, n’en peuvent objectivement plus.

Il y a quelques semaines, lors d’un dernier hommage rendu à un ami parti trop tôt, j’ai découvert, à mon grand étonnement, qu’il y avait un deuxième irréductible fan du Sapin a les Boules. Un autre aficionados de la famille Griswold qui, lui aussi, brisait les noix à toute la maison chaque mois de décembre venu. Bon pote de post-adolescence que je ne voyais malheureusement plus aussi souvent que je l’aurais voulu, Pascal aurait en toute logique dû être à mille lieues de cette futilité ricaine. Et pourtant.

Malgré le fait que cet irremplaçable camarade continuait à vouer un culte sans limite à des choses ultra pointues niveau musique et cinoche, son attachement inconditionnel au Sapin a les Boules démontre une chose évidente. A savoir que, contre vents et marées, les œuvres fédératrices existent. Et finalement, qu’elles soient hautement commerciales ou jugées œuvres d’auteur, ultra friquées ou totalement fauchées, récente ou du millénaire dernier, n’a aucune importance.

Bon… je m’en vais de ce pas m’envoyer pour la 35ème fois Le Sapin a les Boules. Si les conditions le permettaient, j’inviterais volontiers quelques septiques à la maison pour les convertir à ce passage obligé devenu pour moi, au-delà d’un incontournable de Noël, une sorte d’acte religieux. Béni sois-tu, Clark Griswold, de me permettre de passer, depuis plus de trois décennies, des fêtes de fin d’année aussi poilantes…

Texte originellement publié dans la presse romande en décembre 2020.

Ou voir le film ?

Le sapin a les boules est disponible en 4K UHD, Blu-ray et DVD chez Warner Home Video.

TOM & JERRY – THE COMPLETE CINEMASCOPE COLLECTION (1954-1958)

Ultimes représentants, avec Tex Avery, de la quintessence créative foldingue des studios d’animation de la MGM, les (més)aventures de Tom le chat plus sadique de l’univers et Jerry la souris espiègle ont été bien malmenées jusqu’ici en HD. Alors que le Vieux Continent avait eu droit, au milieu des années 2000, à une intégrale DVD en 12 volumes reprenant chronologiquement l’intégralité des cartoons en versions intégrales (des prémices au début des années 1940 jusqu’à l’ère Chuck Jones, stoppée en 1967), le ressortie en Blu-ray de Tom & Jerry se voyait avortée après un premier volume, comprenant les 37 premiers épisodes répartis sur 2 Blu-rays, paru en 2011.

Présentant les dessins animés en version restaurée et intégrale (ce qui ne fut pas toujours le cas suivant les territoires), cette première salve devait être suivie, respectivement en 2013 et 2015, de deux coffrets homologues, qui formeraient une jolie intégrale de la période historique (1940-1967). Manque de bol : la sacro-sainte censure américaine se voyait « obligée » de retirer du volume 2, dont le contenu était déjà annoncé, 3 cartoons incriminés pour connotation raciale (le problème sera identique pour Tex Avery, l’intégrale actuellement disponible proposant bien des version uncut mais deux dessins animés sont encore et toujours aux abonnés absents).

Suite aux nombreuses grognes des aficionados, demandant à Warner (détentrice du catalogue MGM) de revoir son jugement, quitte à mettre une mention en début de programme et en indiquant sur la jaquette, comble de la faux-dercherie, que ces dessins animés ne sont pas destinés aux enfants), le studio au château d’eau préférait envoyer les futures sorties aux calendes grecques, laissant sur le carreau toute une franche de cinéphages.

Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir au catalogue de Warner Archive ce printemps un Blu-ray contenant l’intégrale des 23 cartoons de Tom & Jerry tournés en CinemaScope (on a tendance à l’oublier, mais ces petites choses étaient destinées en premier lieu aux salles de cinéma). Jusqu’ici malmenée (ces dessins animés étant auparavant uniquement disponible au pire en version pan/scan, au mieux au bon format mais encodés en 4/3), cette grosse salve fait donc peau neuve grâce à des très récentes restaurations, affichant des cartoons ayant un éclat jamais égalé.

Suivant chronologiquement la salve de 42 épisodes annoncés au menu de l’avorté The Golden Collection – volume 2 (ne vous épuisez donc pas à le chercher : ce coffret n’existe pas, bien qu’il soit facile d’en dénicher le visuel), cette sortie est assez passionnante, dans la mesure où, bien que clôturant la première ère gérée par le tandem Joseph Hanna et William Barbera, ces cartoons affichent un changement de style esthétique après quelques épisodes. La raison en étant le départ de Fred Quimby, producteur historique de la division animée de la MGM, à qui revient une grande partie de la liberté artistique dont pouvait jouir les animateurs du studio.

Le style esthétique devient plus sommaire en même temps que les scénarios, cherchant visiblement à mieux coller à l’ère du temps, faisaient perdre une bonne partie de la magie qu’avaient jusque là ces petits chefs d’œuvres. On jettera donc notre dévolu sur les premières 30 minutes de ce programme, en particulier sur les 2 derniers épisodes mettant en scène Tom et Jerry en mousquetaires. Les seuls également où les personnages s’expriment de manière intelligible et hilarante in french dans le texte…

Où voir ces cartoons ?

Tom & Jerry – The Complete CinemaScope Collection est disponible en Blu-ray chez Warner Archive