
Le procureur Martin Ferguson (Humphrey Bogart) dispose d’un témoin clé dans la lutte qu’il mène contre une importante organisation criminelle. Mais celui-ci se tue accidentellement à quelques heures du procès. L’homme de loi va se livrer à une course contre la montre pour trouver la preuve qui empêchera le principal inculpé de ressortir libre du tribunal…
L’histoire du cinéma est jalonnée de films-homonyme. Au registre, The Enforcer reste dans tous les esprits comme la troisième aventure de l’inspecteur Harry. On en oublierait presque qu’il fut aussi le titre d’un film policier étonnant, marquant la dernière collaboration entre le comédien Humphrey Bogart et le studio Warner Bros. qui le rendit célèbre.
Il est important de bien spécifier « film policier » et non « film noir », puisque cet Enforcer (La femme à abattre en VF) ne répond pas aux codes de ce genre privilégié dans les années 1950. Ainsi, on est dans un premier temps étonné de voir Bogart incarner (avec brio d’ailleurs) un homme de loi. Donc théoriquement quelqu’un qui n’entre pas dans le feu de l’action.

Le ton général du film, lorgnant par instant du côté du documentaire « pris sur le vif » suivant une enquête, détonne clairement avec le film noir. Construit avec maestria en flashbacks imbriqués les uns dans les autres (Orson Welles n’a qu’à bien se tenir), The Enforcer opte pour une dramaturgie appuyée, là où l’on aurait naïvement choisi la tension palpable.
Inspirée d’un fait divers, La femme à abattre est en premier lieu resté célèbre car recensé comme le premier film de l’histoire à aborder de front la thématique d’une organisation criminelle fonctionnant sur le principe d’un syndicat du crime. Donc un organisme amoral, aux multiples ramifications et opérant selon un système tellement vicelard qu’il s’avèrera très difficile à révéler au grand jour.

Signé contractuellement par Bretaigne Windust, le film doit beaucoup à Raoul Walsh, illustre metteur en scène ayant récupéré le film dans l’urgence, le réalisateur initial étant tombé gravement malade durant le tournage. Grand seigneur, Walsh refusa que son nom ne soit associé au film, considérant que la paternité du métrage restait essentiellement due au travail de Windust.
Pas le plus célèbre film de Bogart, The Enforcer se révèle rapidement comme son plus original au cœur d’un genre policier par trop souvent formatté au début des années 1950. A découvrir donc.

Où voir le film ?
La femme à abattre est disponible en Blu-ray et DVD chez Rimini Editions. En plus d’une très complète présentation du film, le disque contient aussi et surtout une interview très décomplexée de Raoul Walsh, tirée d’un épisode de la célèbre émission Cinéastes de notre temps de ORTF, datant de 1966 et retrouvée dans les archives de l’INA.
