ENTRE LE CIEL ET L’ENFER (TENGOKU TO JOGOKU, Akira Kurosawa, 1963)

Kingo Gondo (Toshiro Mifune), homme d’affaires intraitable de Yokohama, reçoit un coup de fil inquiétant lui annonçant que son fils a été enlevé. Afin de le libérer, le puissant magnat doit réunir une somme exorbitante exigée par le ravisseur. Somme qui le mettrait, lui et son entreprise, en faillite. Très rapidement, Gondo comprend que ce n’est pas son fils qui a été kidnappé, mais celui de son chauffeur…

Kurosawa et moi, on est à la base pas très copains. La faute à ma mère – encore elle – qui m’avait obligé (si ! si !) en 1985 à aller voir Ran en salle. Accompagné par mon fidèle pote Antoine Droux, qui ne devait pas totalement comprendre dans quelle galère je l’embarquais, j’ai donc subi ce « chef d’œuvre » du haut de mes 11 ans.

Mal assis durant 160 minutes au cinéma « La Grange » de Delémont, nous avons, mon camarade et moi-même, expérimenté ce dimanche après-midi-là le concept de la « dilatation du temps ». Une expérience qui avait aussi clairement défini une forme de limite à ce que j’étais prêt à m’infliger comme souffrance volontaire.

Inutile de dire que ma chère maman n’a jamais vu Ran, mais l’idée que son rejeton l’ait fait à sa place devait suffire à combler une forme de prétention intellectuelle en carton, tout en la dédouanant d’une quelconque obligation. La belle affaire donc.

J’avoue donc n’avoir pas particulièrement insisté avec Kurosawa. Oui, j’ai vu Rashomon dans un cinéclub scolaire, qui m’a surtout laissé l’impression d’avoir assisté au coup d’essai d’une nouvelle forme narrative cinématographique. Oui, je me suis promis de regarder un jour Les 7 samouraïs dans la mesure où je ne cesse, depuis 40 ans, de vanter les mérites de sa copie ricaine, signée par John Sturges.

Cela fait donc des années que je repousse la vision de Entre le ciel et l’enfer. Ceci malgré le fait que maints cinéastes recommandables ne manquent jamais une occasion de vanter les infinis mérites de ce film noir, considéré comme une véritable œuvre-modèle narrative de tout ce que le polar allait devenir ensuite.

Certains me regarderont avec un œil accusateur, façon « mais c’est qui ce pseudo cinéphile à la gomme ? ». J’avoue que je m’en fous complètement, dans la mesure où, partant du principe que certaines œuvres ne peuvent être pleinement appréciées que si abordées au bon moment de notre existence, j’ai bien fait d’attendre. Et quel bonheur de pouvoir encore vivre, à 53 ans, une expérience telle que la découverte d’un film de cette ampleur : à la fois narrativement très simple, mais donc intensité faussement superficielle est très difficile à atteindre sur un écran.

Je n’aime pas beaucoup la qualification de chef d’œuvre. Dans le cas présent, je comprends à la fois pourquoi certaines personnes le considère comme tel et saisi la raison de l’amour sans limite de ce film de Kurosawa-là, bien qu’à 100 lieues de son cinéma chevaleresque, dans le cœur de réalisateurs contemporains tels que Martin Scorsese et Bong Joon-ho, tant leur cinéma respire le même oxygène que Entre le ciel et l’enfer.

L’héritage du film est également flagrant dans le parcours d’autres cinéastes. Que ce soit chez Richard Brooks, dont la scène finale de In Cold Blood est une révérence flagrante au film de Kurosawa, Steven Spielberg, qui piquait au cinéaste japonais une astuce de mise en couleur dans La liste de Schindler, Henri Verneuil qui s’inspirait largement de la méthodologie policière du film pour Peur sur la ville ou Wong Kar-wai, qui s’appropriera le concept des verres solaires comme sa propre marque de fabrique. Un film qui gagne en qualité plus on y pense. A voir et à revoir sans fin donc.

Où voir le film ?

Entre le ciel et l’enfer vient de rejoindre la prestigieuse collection « Les éditions prestiges limitées » (EPL pour les intimes) de Carlotta film afin, au programme, le 4K UHD et le Blu-ray du film (reprenant l’intégralité des bonus présents sur la précédente édition et en y intégrant un nouveau module), un jeu de photo, une affiche, un sticker et un marque page. De tout pour un prix pas plus élevé que n’importe quel combo 4K+Blu-ray d’autres éditeurs.

Si l’image est sans surprise d’une qualité exceptionnelle, il est important de relever le travail de restauration effectué sur le son, en particulier la bande originale du film, qui ressort magnifiquement ici.

STAVISKY… (Alain Resnais, 1974)

France, 1933. Serge Alexandre (Jean-Paul Belmondo) mène grand train de vie. Propriétaire de différentes affaires, dont le théâtre de l’Empire, il essaie en vain d’obtenir un non-lieu dans une affaire de crédits non soldés, datant de 1926.

Pour tenter couvrir les dettes accumulées, celui dont le vrai non est Stavisky se lance dans différentes opérations financières : fondation d’une entreprise, dont la mise en bourse est garantie par l’État lui-même et même le commerce d’armes…

Je ne sais pas si vous êtes comme moi. On a beau être ultra fan d’un acteur, connaitre sur le bout des doigts sa filmographie, avoir vu 107 certains films pourtant pas très bons, il reste encore et toujours un ou deux manquements volontaires. Par volontaire, je parle bien évidemment du film que l’on a depuis des lustres, voire même en plusieurs copies via des rééditions, mais dont on remet toujours la vision à plus tard.

C’est ainsi que je remets sous la pile, depuis bientôt 40 ans, Stavisky… d’Alain Resnais. Premier film officiellement estampillé Cerito Films, le métrage s’était soldé par un bide à Cannes et une exploitation honorable, mais ne cassant pas la baraque. A tel point que Jean-Paul Belmondo arrêtera par la suite de tourner autre chose que des longs métrages en adéquation avec ce que le public attend de lui (Alain Delon fera de même après l’échec commercial de Monsieur Klein deux ans plus tard).

Déjà à l’époque du vidéoclub, et bien que présent au sein de la fameuse collection René Chateau, Stavisky… était la VHS qu’on avait jamais envie de louer bien que toujours disponible en rayon. Méfiance donc envers ce drôle de film, dont tous ceux qui l’avait vu à l’époque m’en disait le plus grand mal : on se fait chier, y a pas d’histoire, ça commence jamais et tout d’un coup c’est fini. Tant d’arguments généralisés en la défaveur de Stavisky… donc, renforcé par une inimitié cinématographique avec Alain Resnais, avaient eu raison de moi concernant de ce film jusqu’à présent.

Le temps avance et, par définition, nos envies changent avec. Après avec fait une tentative infructueuse il y a une dizaine d’année, je me suis à nouveau risqué à la vision de ce satané Stavisky… la semaine dernière. L’appréciation d’une œuvre dépend à l’évidence du moment où on l’aborde, mais aussi de l’instant de vie que nous sommes en train de traverser.

Ainsi, je me suis surpris à trouver le film de Resnais bien plus qu’intéressant, carrément passionnant. Alors oui, il ne va aucunement être ici question d’autre chose que de joutes verbales sur fond d’enjeux politiques à un moment charnière de la 3e République. Mais le ton distant et assez léger utilisé pour narrer la fin de parcours d’un escroc notoire et reconnu comme tel résonne aujourd’hui de manière incisive dans la tête d’une andouille comme moi. C’est un dire un plouc de base qui aura dû attendre d’atteindre la cinquantaine pour comprendre que la société qui l’entourne n’est, depuis la nuit des temps, qu’un jeu de dupes.

Scénariste d’œuvres aussi importantes que Z, L’aveu, L’attentat ou Section spéciale, Jorge Semprun brouille ici admirablement les pistes en laissant Bébel faire jouer de sa gouaille légendaire et pose en filigrane tous les enjeux d’une époque faussement apaisée et qui s’apprête à laisser surgir l’abominable.

Ingénieux, Alain Resnais confie la musique du film au jazzman américain Stephen Sondheim pour une partition faite d’étrangetés sonores pourtant faciles à raccrocher aux années folles hexagonales. Suranné par une sublime photographie d’Albert Jurgenson, Stavisky… mérite donc largement une réévaluation. Celle qui laissera peut-être enfin apparaitre le chainon indispensable à le petite histoire trouble de la France de l’entre-deux-guerres.

Où voir le film ?

Si le film est disponible depuis des années en Blu-ray chez StudioCanal, il est à signaler l’existence d’un sympathique petit coffret allemand, regroupant 10 films avec Jean-Paul Belmondo avec, cerise sur le gâteau, également la présence de Hold-Up à l’intérieur, et bien entendu des VF sur tous les films.

Le traditionnel redresseur de tort – accessoirement gardien du temple auto-proclamé – me dira qu’une édition vient de paraitre en France et que c’est pas bien joli de favoriser l’import (totalement légal depuis des lustres au passage). Dans la mesure où le master utilisé est rigoureusement le même dans les deux cas et que le seul bonus conséquent de cette soi-disant édition définitive est une interview de Bébel disponible en libre-accès depuis des lustres via les archives de la RTS, j’ai envie de dire : « pourquoi se priver de 8 films en bonus pour un prix similaire ? ».

LA GUERRE DES GANGS (LUCA IL CONTRABBANDIERE, Lucio Fulci, 1980)

Trafiquant de cigarettes, Luca (Fabio Testi) opère à Naples et dispose d’une équipe de chauffeurs de bateaux à moteur à ses ordres. Après avoir été poursuivi en mer par la brigade financière, ce père de famille soupçonne son rival principal de vouloir le piéger en transmettant des informations à la police. But de l’opération : mettre la main, de manière exclusive, sur un juteux business. Une affaire qui pourrait d’ailleurs bientôt évoluer vers autre chose que la simple contrebande de tabac…

Film tourné juste après L’enfer des zombies et avant que Lucio Fulci ne signe sa désormais fameuse trilogie de la mort (Frayeurs, L’au-delà, La maison près du cimetière), Le guerre des gangs fait presque office d’erreur de parcours. Alors qu’il est déjà versé dans le pan gore et horrifique de sa carrière et qu’il déteste ouvertement les poliziotteschi, le réalisateur transalpin se laisse malgré tout tenter. Fort lui en a bien pris.

Gardant les côtes propres au genre, surfant quasi-ouvertement sur French Connection et ne rechignant à aucun instant à jouer la carte d’une outrance graphique, Fulci signe sans le savoir le dernier grand film d’un genre déjà moribond à l’époque.

La présence au générique de Marcel Bozzuffi, dans une prestation sous acide d’un clone du personnage qu’il incarnait chez Friedkin, reste une prouesse – si l’on peut dire – au registre du bad guy digne de la couverture d’un dictionnaire que l’on consacrerait aux pires ordures de l’histoire du cinéma (tiens, en voilà une bonne idée…).

Film n’étant pas sans rappeler le très surprenant Big Guns de Duccio Tessari avec Alain Delon, la violence graphique outrancière en moins, La guerre des gangs offre au toujours impeccable Fabio Testi le rôle d’un gangster au code d’honneur intact, pour qui le mot « incorruptible », quand bien même si l’homme est placé du mauvais côté de la barrière, prend tout son sens.

Visuellement éprouvant de par les excès calculés de Lucio Fulci, mis en scène avec panache et peuplé de « gueules » du cinéma de genre italien (on y croise même Venentino Venentini et Ajita Wilson), La guerre des gangs tire admirablement son épingle du jeu. Un polar bien troussé, comme on le disait jadis.

Où voir le film ?

Si la filmographie de Lucio Fulci est éparpillée chez plusieurs éditeurs, il est à signaler qu’Artus Films a depuis toujours était le plus actif afin de donner accès aux cinéphages à la filmographie de l’enfant terrible d’Italie dans les meilleures conditions possibles.

Tandis qu’Artus vient de passer la main sur certains films de Lucio Fulci, le toujours méticuleux éditeur vient de publier un très beau et luxueux Mediabook consacré à La guerre des gangs. Au menu, le film dans une copie impeccable (Blu-ray et DVD), un riche livret largement illustré et, cerise sur le gâteau, la bande originale du film signée Fabio Frizzi, collaborateur régulier de Fulci, dans une formidable partition disco en diable. A contrecourant des habitudes du compositeur donc.

LE DERNIER TRAIN DU KATANGA (DARK OF THE SUN/THE MERCENARIES, Jack Cardiff, 1968)

© 1968 by MGM

Au début des années 1960 dans une Afrique noire en pleine décolonisation, le capitaine Curry (Rod Taylor), un mercenaire, est chargé par le président de la nouvelle République démocratique du Congo de conduire un train dans la région éloignée du Katanga. But de l’opération : rapatrier les colons occidentaux menacés par les rebelles.

En réalité, ce convoi ferroviaire doit surtout servir à la récupération d’un lot de diamants d’une valeur de 50 millions de dollars, bloqué dans le coffre de la plus importante compagnie minière du pays. Associé comme toujours à son bras droit Ruffo (Jim Brown), Curry constitue dans l’urgence une équipe de soldats de fortune, dont l’épopée ne se déroulera pas comme prévu…

Rod Taylor © 1968 by MGM

Je n’ai que peu de choses à dire sur les relations qui me lient à ma mère, sauf peut-être une inconscience de sa part à me laisser voir des programmes clairement destinés à un public plus âgé. Aucune connotation cheloue : je ne parle ici que de choses diffusées sur les ondes hertziennes du début des années 1980, au moment où nous n’avions que 4 chaines francophones.

Outre le fait de m’avoir mis devant Psychose et Belphégor sous prétexte que ces deux bombes allaient me mettre le mon trouillomètre à zéro, ma très chère mère avait aussi pour habitude régulière de me sommer l’enregistrement de films qu’elle ne connaissaient pas, mais qui lui semblaient essentiels afin de nourrir sa passion dévorante, encore aujourd’hui inexplicable pour moi, pour les conflits armés situés dans des territoires autres qu’occidentaux.

Jim Brown © 1968 by MGM

Au registre, la diffusion du Dernier train du Katanga sur feu FR3, probablement lors d’une des rares Dernière séance où Schmoll ne nous avait pas seriné avec ses westerns à la con, n’avait pas échappé à sa vigilance. Ma mission était claire : ne pas oublier de planter une VHS dans le magnéto et de capter la diffusion du film de Jack Cardiff.

Ayant déjà maté à ce moment-là Les Canons de Navarone, Quand les aigles attaquent et les plus corrosifs Douze salopards, je n’imagine aucunement Dark of the Sun être autre chose qu’un énième ersatz de ce qu’on appelait « le film de mission de guerre ». Grosse erreur…

Dès les premières minutes du Katanga, on comprend que le ton sera plus radical. Beaucoup plus même. Cardiff n’hésite pas à nous présenter, outre un tandem de frères d’armes à l’amitiés trouble constitué de Rod Taylor et Jim Brown, une kyrielle de vrais salopards. Ceux-là même qui envahiront tantôt le cinéma de genre transgressif transalpin.

Rod Taylor & Yvette Mimieux © 1968 by MGM

Partiellement basé sur des faits authentiques s’étant déroulés durant la guerre d’indépendance congolaise, le film de Jack Cardiff ne fait donc pas dans la dentelle, bien qu’il soit placé sous la bannière de la prestigieuse MGM. Cardiff confiera d’ailleurs plus tard que la réalité d’un pays livré à la solde de mercenaires et de rebelles – qu’il a découvert durant les préparatifs du tournage – lui a sans doute fait perdre la notion de ce qu’il est encore raisonnable ou non de montrer à l’écran à l’aube des années 1970 dans un film rangé au rayon « divertissement ».

En dire plus à propos de Dark of the Sun serait criminel, tant tout était ici clairement en avance sur son époque. Signalons simplement encore que la bande originale du film est signée par le français Jacques Loussier, et qu’il s’agit sans l’ombre d’un doute sa meilleure partition. Egalement que cette bobine est sans cesse citée en référence par Martin Scorsese et Quentin Tarantino. Le dernier train du Katanga serait-il le grand film méconnu des années 1960 ? Assurément oui.

Où voir le film ?

Sorti en DVD en 2012 dans une collection placée sous la bannière de la chaîne de télévision TCM, Le dernier train du Katanga restait jusqu’ici au registre des « manques évidents » en Blu-ray sur territoire francophone.

Petit miracle en provenance d’Espagne, un Blu-ray du film, basé sur le même très beau master que la version sortie chez Warner Archive, vient de paraitre. Attention toutefois : le film de Cardiff était déjà sorti en HD chez nos amis ibériques, mais sans autre option audio que l’anglais et l’espagnol. Veillez donc à trouver la dernière mouture correspondant au visuel ci-dessus.

RENTAL FAMILY (Hikari, 2025)

Brendan Fraser in RENTAL FAMILY. Photo by James Lisle/Searchlight Pictures. © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.

Phillip Vanderploeg (Brendan Fraser), un acteur américain installé à Tokyo peinant à trouver des engagements, décroche un contrat pour le moins insolite : jouer le rôle de proches de substitution pour de parfaits inconnus, en travaillant pour une agence japonaise de « familles à louer ».

En s’immisçant dans l’intimité de ses clients, Phillip commence à tisser d’authentiques relations, qui brouillent peu à peu les frontières entre son travail et la réalité. Confronté aux complexités morales de sa mission, il redécouvre progressivement la beauté sereine des relations humaines…

Shannon Gorman and Brendan Fraser in RENTAL FAMILY. Photo by James Lisle/Searchlight Pictures. © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.

Encore un film ayant fait un passage tellement furtif en salle que personne ou presque n’a eu l’occasion de s’y intéresser. Ceci sans parler du fait que le sujet laissait quelque peu dubitatif.

Un canevas proche de Lost in Translation, la présence de Brendan Fraser (dont le nouvel élan de carrière pouvait faussement laisser à penser à une œuvre hermétique), une réalisatrice japonaise au nom énigmatique : tout était réuni ici pour que le cinéphile ne prête pas d’attention particulière à Rental Family.

Grosse erreur, puisque cette petite bobine enchanteresse est sans l’ombre d’un doute le meilleur feel good movie produit depuis des lustres. Intelligent, sobre, pudique mais emplit de ce que la nature humaine à de meilleure en elle, Rental Family fait méchamment penser aux premiers films d’Ang Lee.

Brendan Fraser and Akira Emoto in RENTAL FAMILY. Photo by James Lisle/Searchlight Pictures. © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.

Le public occidental ne le sait que trop : la culture cinématographique japonaise est très particulière. Pas toujours évident pour un spectateur lambda d’entrer en communion avec une nature de sentiment finalement pas si éloignée que ça de la nôtre, mais dont la retranscription sur grand écran est parfois tellement caricaturale que l’on a du mal d’y adhérer sans afficher un sourire honteux.

Tout comme Ang Lee dans ses trois premiers longs métrages (Pushing Hands, Garçon d’honneur, Salé sucré), Hikari a bien compris qu’une forme d’occidentalisation narrative ne pourrait que servir son film. Pari gagné : Rental Family est, croyez-le sur parole, une œuvre ultra-identifiable dans laquelle tout un chacun se retrouvera.

Shannon Gorman in RENTAL FAMILY. Photo by James Lisle/Searchlight Pictures. © 2025 Searchlight Pictures. All Rights Reserved.

Côté casting, outre un Brendan Fraser de plus en plus étonnant, Takehiro Hira (Captain America : Brave New World), le vétéran très prolifique Akira Emoto (322 entrées sont à signaler à sa filmographie !) et surtout la jeune Shannon Mahina Gorman (dont il s’agit du premier rôle au cinéma) portent littéralement sur leurs épaules ce film en forme de conte universel à propose des rapports humains sains.

Le rachat de la 20th Century Fox par les studios Disney laissait craindre le pire. Tandis que la « maison mère » est effectivement devenu un simple ersatz de Mickey, sa filiale parallèle Searchlight, spécialisée dans le cinéma d’auteur, semble avoir su garder son indépendance, dont Rental Family est un magnifique exemple. Plus qu’un petit film sympathique, un véritable miracle de celluloïd. A découvrir absolument donc.

Où voir le film ?

Rental Family est disponible en Blu-ray et DVD chez 20th Century Studio (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment AG).

Signalons aux réfractaires de VF que le doublage de Rental Family a été très intelligemment réalisé. Ce dernier privilégie en effet les dialogues entre autochtones dans la langue du soleil levant, laissant de côté les habituelles incohérences de compréhension entre les protagonistes.

ZOULOU (ZULU, Cy Endfield, 1964)

22 janvier 1879. Après la défaite britannique à Isandlwana ayant conduit au massacre de 1700 soldats de Sa Majesté, le missionnaire Otto Witt (Jack Hawkins) et sa fille Margareta (Ulla Jacobsson) assistent d’une cérémonie de mariage lorsque le roi Zoulou est informé de cette grande victoire.

Réfugiés dans leur mission, Witt et Margareta se rendent compte que les Zoulous ne vont pas en rester là et s’apprêtent à attaquer l’avant-poste isolé de Rorke’s Drift, utilisé comme dépôt de ravitaillement et hôpital par les forces britanniques…

Disparu de la mémoire collective, Stanley Baker était pourtant, durant les années 1950-60, le comédien britannique bankable par excellente. Comparable à Sean Connery (de par son physique et ses origines ouvrières), Baker a aligné durant deux décennies les succès en salles, alternant de manière adroite films d’aventures à grand spectacle (dont Zoulou est sans doute le plus évident exemple) et œuvres intimistes prestigieuses (le comédien fut très souvent présent au générique de film de Joseph Losey).

Totalement effacé des représentations culturelles modernes, Stanley Baker n’est plus aujourd’hui que le fantôme d’une époque révolue. Il ne restait de lui dans nos contrées comme témoignage de sa valeur artistique et commerciale qu’un large portrait peint visible dans le hall inférieur de feu le Lido, prestigieux cinéma de la petite ville de Delémont, aujourd’hui laissé à l’abandon.

Zoulou marque les premiers pas de Stanley Baker dans la production cinématographique. Fort est donc à parier que sans la témérité de ce fonceur-né, ce qui est aujourd’hui considéré comme l’un des trois films préférés des anglais (avec The Italian Job et Get Carter, deux autres métrages mettant également en scène – comme par hasard – un certain Michael Caine) n’existerait pas. En tout cas pas sous la forme qu’on lui connait.

Sans jamais aborder l’aspect politique de la guerre colonialiste anglo-zouloue qui fit rage au printemps 1879 en Afrique du Sud, le réalisateur Cy Endfield livre avec Zoulou une œuvre au ton aussi radical qu’original. Utilisant les trois règles fondamentales du théâtre (unité de lieu, de temps et d’action), le réalisateur de L’île mystérieuse brouille les pistes au point de créer un nouveau sous-genre froid et implacable, là où les sentiments inter-protagonistes n’ont pas leur place.

Vendu comme un Epic, Zoulou ne garde du genre qu’une patine visuelle, faite d’un décor sublime et de beaux costumes bientôt entachés. Afin de garder la tête haute pour le spectateur britannique, le choix scénaristique du métrage se concentre non pas sur le premier acte de la bataille pour le territoire de Natal (qui fit 1700 morts du côté britannique, massacré pour une armée de 20’000 zoulous), mais la seconde, durant laquelle les soldats de Sa Majesté, pourtant en infériorité numérique, parviendront à prendre le dessus.

Pierre angulaire du film britannique, succès populaire au-delà des espérances (au regard d’une production au budget restreint), Zoulou peut sans conteste également prêter au titre de mètre étalon, tant il y a parier que plus aucune œuvre cinématographique abordant un moment précis d’un conflit armé ne sera pareil après le film de Cy Endfield.

Où voir le film ?

Zoulou est disponible en édition limitée 2 Blu-ray+livre chez Rimini Editions (également disponible en version double-DVD).

Si la copie affiche des couleurs exceptionnelles, on regrettera l’usage du DNR (Digital Noise Reduction) pour l’élaboration du présent master. Par chance, cet artifice de lissage d’image (« waxy look » ou « effet de cire » dans le jargon), n’est pas trop appuyé ici. Donc par chance peu visible sauf si le Blu-ray est projeté via un solide beamer sur un écran commack.

Rimini n’est pas en cause, l’éditeur ayant utilisé le même master que pour les autres éditions disponibles actuellement à travers le globe. On est ceci dit étonné que Paramount, qui détient les droits de Zoulou, n’ait pas encore entrepris une restauration 4K de ce qui reste comme l’un des plus iconique film britannique de l’histoire du cinéma. D’autant plus que le long-métrage a été originellement tourné en 70 mm (donc idéal pour le format UHD).

N’hésitez toutefois pas trop : cette édition est actuellement la meilleure techniquement et aussi la plus complète. Un deuxième Blu-ray complet est consacré aux suppléments. Rimini a eu la bonne idée de récupérer les bonus « historiques » des anciennes éditions, ainsi que de produire une nouvelle présentation pour l’occasion.

L’ABANDON (Vincent Garenq, 2026)

La culture est forcément politique. En suivant cette affirmation très à la mode en 2026, il serait donc impossible de trouver une quelconque viabilité dans une œuvre ne véhiculant pas, a minima, un message à connotation diplomatique.

Dernier film de Vincent Garenq, L’abandon, retraçant méticuleusement les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty, professeur d’histoire-géo devenu bien malgré lui un martyre, démontre qu’une œuvre abordant de front un drame appelant à se positionner a finalement autant de chance de se faire tirer dessus à boulet rouge qu’un film de Quentin Tarantino, cinéaste qui, on ne vous apprend rien, ne fait pas des œuvres très politisées.

Oublions un instant les différentes polémiques entourant L’abandon depuis quelques semaines pour tenter aborder le plus objectivement possible la manière dont Vincent Garenq (habitué à puiser dans le réel pour nourrir sa filmographique) aborde un sujet à la fois ultrasensible et encore très présent dans les esprits.

Choisissant une patine très 70s (un très beau Scope aux teintes froides, laissant apparaitre un grain fin contrebalancé par des pourtours moins nets, comme pour souligner le conflit sourd d’un établissement scolaire totalement impuissant face à une menace pourtant claire), Vincent Garenq ne force visuellement jamais le trait, mais fait bien comprendre à son audience que ne sommes face à une œuvre dite « de fiction ».

Sans opter pour une direction politique affichée, L’abandon est pourtant, par la force des choses, une œuvre manichéenne. Mais comment le métrage pourrait-il ne pas l’être ? Retranscrivant très fidèlement le déroulement des faits (connus dans les moindres détails), Vincent Garenq reste pourtant prudent, comme l’était sans doute son personnage central de son métrage, dès qu’il est question d’une quelconque forme de stigmatisation.

Le long métrage passe en effet autant de temps à montrer les différents partis du drame, sans porter de jugement autre que celui de mettre le doigt sur des mécanismes de société malheureusement validés de nos jours. Donc considéré comme « cautionnables ».

Que ce soit la surdivision des administrations étatiques, desservant plus qu’autre chose les causes en jouant ouvertement, de par leur principe de diviser au maximum la responsabilité individuelle, le jeu de la patate chaude, à la manière dont les réseaux sociaux, qui portent définitivement bien mail leur nom, sont capables de mettre le feu aux poudres. Quand bien même aucune étincelle n’était présente au point de départ.

« Diviser » ne serait-il d’ailleurs pas le verbe magique utilisé très insidieusement depuis la nuit des temps dans nos civilisations pour que des étincelles fantasmagoriques finissent par déclencher d’incontrôlables feux de forêt ? Bon j’arrête ici cet argumentaire. Autrement on va encore me reprocher de faire de la politique…

L’abandon de Vincent Garenq, avec Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali, Nedjim Bouizzoul, Azize Kabouche, Barbara Bolotner, France, 1h41.

30 MINUTES DE SURSIS (THE SLENDER THREAD, Sydney Pollack, 1965)

Etudiant à psychologie à l’Université de Seattle, Alan (Sidney Poitier) est bénévole à ses heures perdues dans un centre d’appels téléphoniques d’urgence. Lors d’une soirée de permanence, il reçoit l’appel d’une femme (Anne Bancroft), qui souhaite parler à quelqu’un avant de mourir. Elle vient en effet d’absorber une dose massive de barbituriques afin d’en finir avec la vie…

Premier long métrage pour le grand écran de Sidney Pollack après des années passées à la télévision, 30 minutes de sursis était clairement le grand absent, au rayon éditorial, de la filmographie du réalisateur des 3 jours du Condor. Aucune édition recensée sur le Vieux Continent pour ce petit thriller en forme de huis-clos éprouvant. Même pas une bonne vieille VHS à l’époque du vidéoclub.

Tourné avec peu de moyen, une équipe restreinte et des décors limités, The Slender Thread apparait immédiatement comme une sorte de mise à l’épreuve pour un futur cinéaste. Une manière pour un grand studio, en l’occurrence ici la Paramount, de voir que ce Pollack avait dans le ventre.

Plus qu’un simple coup d’essai, ce premier long métrage est, sans exagération aucune et au vu des contraintes auxquelles Sydney Pollack fut soumis, un véritable coup de maître. Sans jamais réunis ses deux protagonistes dans le même champ et sans aucun artifice de mise en scène (on aurait tout à fait pu imaginer le réalisateur utiliser le split-screen pour se simplifier la vie), Pollack parvient ici à créer une véritable symbiose entre Sidney Poitier et Anne Bancroft.

Si la première partie du film reste centrée sur deux personnes se parlant par téléphone interposé, la seconde se permet un changement de ton en ouvrant le récit à d’autres perspectives narratives. Utilisant par parcimonie le flashback, Sydney Pollack marque déjà ici de sa patte inimitable un récit à la base policier d’une touche mélodramatique. Celle-là même qui ponctuera l’entier de sa filmographie.

Une courte séquence située en bord de mer, mettant en scène Anne Bancroft et des enfants, anticipe de manière évidente, même si la chose est inconscience, le ton de On achève bien les chevaux, assurément que chef d’œuvre de Pollack, tourné quatre ans plus tard.

Une pièce de puzzle jusqu’ici manquante, qui nous éclaire en filigrane sur la future carrière impeccable de celui qui reste encore et toujours le réalisateur le plus sous-estimé du cinéma américain.

Où voir le film ?

30 minutes de sursis est disponible en Blu-ray ou DVD chez Rimini Editions.

Chapeau bas à l’éditeur d’avoir exhumé cette ultra-rareté sur territoire francophone, qui plus est nanti de son excellent doublage d’époque et dans une copie tellement resplendissante que l’on peut même apercevoir quelques cheveux sur la tête de Telly Savalas.

La bande son accompagnant votre lecture

La très hétéroclite bande originale du film, signée par Quincy Jones à une époque où le jazzman n’a pas encore fait toutes ses preuves pour le grand écran, fait office de machine à remonter le temps, comme si vous étiez propulsés à Seattle au milieu des années 1960 :

MAINE OCEAN (Jacques Rozier, 1986)

Confortablement installée dans un compartiment de première classe de l’express « Maine Océan », Dejanira (Rosa-Maria Gomes) est dérangée par un contrôleur (Luis Rego), qui tente lui expliquer qu’elle est en infraction car n’ayant pas composté son billet avant le départ.

Devant l’incompréhension de la jeune brésilienne, Gallec (Bernard Menez), contrôleur en chef très procédurier, intervient. Mimi De Saint Marc (Lydia Feld), passagère et avocate de métier, prend la défense de Dejanira. La femme de loi l’embarque avec elle au procès de Petitgars Marcel (Yves Afonso), un marin accusé de violence sur la voie publique…

Le cinéma dit « intello » ne serait-il pas intello uniquement dans la tête des intellos ? C’est en tout cas la question que l’on peut ouvertement se poser à la vision de Maine Océan, dernier long métrage de cinéma de Jacques Rozier, sans l’ombre d’un doute le plus iconoclaste des cinéastes français du 20e Siècle.

Il est évident que Jacques Rozier fait du cinéma d’auteur. Mais « cinéma d’auteur » ne rime pas forcément avec « chiantitude ». Il s’agit avant tout et assez simplement d’œuvres initiées par des personnes fonctionnant à l’instinct, selon leurs thèmes de prédilections. Rozier peut ainsi se définir comme un artiste attaché au marivaudages estivaux, dans lesquels la mer est considérable au même titre qu’un comédien. Le tout agrémentés de personnages aussi spontanés que singuliers.

Je ne sais pas si d’autres cinéphiles que moi ont déjà fait ce constat : dès que vous affichez une attirance pour le cinéma horrifique, on vous cantonne immédiatement au registre « sociopathe qui soigne ses pulsions à grand coup de films débiles pour éviter le passage à l’acte ».

Même moi, je me fais parfois avoir. Lorsque j’ai vu dans le DVDthèque de mon camarade Steve, rockeur devant l’Évangile et redoutable cinéphage, le coffret de l’intégrale Jacques Rozier, j’ai été naïvement surpris. Plus encore lorsque ce dernier est parti, tel un jukebox, dans un long exposé volubile en forme de déclaration d’amour pour Rozier.

Si je ne dis pas de conneries, ce cher Steve m’avait d’ailleurs dit aimer par-dessus tout Maine Océan, seul film de Jacques Rozier que je n’avais jamais vu. La chose est réparée depuis hier, et je dois confesser être ravi de pouvoir encore, à 53 ans, découvrir des choses aussi formidables que les tribulations fantasques et vaines de deux contrôleurs de la SNCF affublés d’une danseuse brésilienne, d’une avocate peu orthodoxe et, cerise sur le gâteau, d’un marin à l’accent tellement étrange et prononcé – tout en restant, incroyable mais vrai, compréhensible – qu’il parvient à déclencher, en un quart de seconde, le fou rire.

Dans le rôle de Petigars Marcel, ledit homme de la mer à la verve poliment fleurie, Yves Afonso tient assurément le rôle de sa vie. Comédien avant tout cité pour sa présence furtive dans deux comédies devenues cultes de Claude Zidi (L’aile ou la cuisse, La course à l’échalote), ce traditionnel second rôle a pourtant une filmographie à faire pâlir d’envie n’importe quel aspirant comédien. Tout le monde ne peut en effet pas se vanter d’avoir tourné sous les caméras de Don Siegel, Alain Corneau, Bertrand Tavernier, Claude Lelouch et Claude Berri (pour ne citer que les plus connus).

Long-métrage par lequel le spectateur doit se laisser porter, ode drôlissime et attachante à la vie soutenue par des protagonistes colorés, Maine Océan n’est pas une œuvre qui « se pense », mais un film qui se ressent naturellement, spontanément. La définition même, en somme, de tout ce qui devrait être mis en avant, sans arrogance intellectuelle, pour nos éminents représentants de la culture. C’est pas gagné…

Où voir le film ?

Maine Océan est disponible au sein du coffret Blu-ray regroupant l’intégrale de Jacques Rozier (Potemkine Films).

PASSENGER (André Ovredal, 2026)

Si l’Oscar de la meilleure bande annonce existait encore, fort est à parier que Passenger décrocherait la statuette. Une mise en bouche énigmatique, qui se trouve également être le prologue du film : deux potes roulent en pleine nuit sur une route secondaire. La voiture s’arrête pour permettre à un des passagers de se soulager d’un besoin urgent. Mais contrairement à la pensée primale, ce n’est pas ce dernier qui va finir en charpie en premier, mais son compagnon de route qui l’attendait patiemment dans la chignole.

Enième film d’horreur à débarquer sur les écrans cette année, Passenger pourrait facilement passer pour une production Blumhouse. Le concept est assez simple et, il faut le dire, de prime abord un peu concon : partant du principe que le bien ne peut exister sans son opposé, on apprend que Saint Christophe a son contraire maléfique. Pendant que le protecteur des automobilistes veille au grain, son « petit diable » s’amuse à dézinguer des conducteurs noctambules.

Par chance, les scénaristes de Passenger ne se sont pas sentis obligés de jouer la carte d’une surenchère visuelle. Au final, le film d’André Ovredal (The Autopsy of Jane Doe, Le dernier voyage du Demeter) est une sorte d’habile croisement entre Smile et Hitcher. Avec un sens aiguisé de la réalisation, le cinéaste norvégien arrive à créer un réel sentiment d’oppression grâce à des stratagèmes de mise en scène simples mais très originaux et ultra-efficaces.

Jamais jusque-là, on avait vu au cinéma une séquence située sur un parking désert urbain aussi habilement mise en boîte, grâce à un simple mouvement rotatif de caméra, opérant plusieurs 360° consécutifs autour de Maddie, le personnage principal du métrage (incarné par Lou Llobell, sorte de petite sœur cachée de Zoe Saldana), totalement tétanisée de voir les perspectives qui l’entourent changer.

Ovredal ne s’arrête pas là, niveau « bonne idée qui fait mouche ». Entre une séquence gentiment stroboscopique rythmée par les feux de détresse d’un véhicule, et l’utilisation culottée d’une séquence de Vacances romaines (jamais on aurait imaginé voir le reflet d’Audrey Hepburn finir ainsi), on reste assez bluffé par les trouvailles visuelles du réalisateur, auquel on semble pourtant reprocher l’aspect trop convenu du présent film (alors qu’il s’agit à l’évidence de son meilleur long métrage à ce jour).

Road movie horrifique avec peu de personnages, Passenger est donc plutôt une bonne surprise. Surtout si on compare ce petit film certes calibré mainstream à Obsession, soi-disant chef d’œuvre ne renouvelant en définitive rien, si ce n’est de se croire plus malin qu’il n’est réellement. On pourrait d’ailleurs sans mal ni exagération aucune appeler ça le « syndrome A24 ».

Passenger d’André Ovredal, avec Jacob Scipio, Lou Llobell, Melissa Leo, Joseph Lopez, Etats-Unis, 1h34.