
1985, en banlieue parisienne. Vincent (Simon Boublil), 13 ans, vit dans une famille de classe moyenne entre un grand frère provocateur (Alexis Rosenstiehl) et des parents en conflit perpétuel (Louis Garrel et Camille Cottin). Pas encore un adulte et plus complètement un enfant, il découvre ses premiers émois amoureux en la personne d’Anne-Karine (Jeanne Lamartine), issue d’une famille bourgeoise, avec qui il doit rédiger un travail scolaire…
Difficile de sortir d’un cinéma, lors d’un de mes très rares passage en salle obscure en famille, et d’affiche une tronche par quinze, alors que les autres membres de ma tribu sont conquis par ce qu’ils viennent de voir. Alors vous me direz : Julien c’est l’éternel râleur. Celui qui se sent presque obligé de détester les films que les autres aiment, juste pour par faire comme tout le monde.
De la même manière que je ne suis pas – détrompez-vous ! – addict aux films d’horreur, je ne suis pas non plus un « râleur pour râler ». Juste un spectateur pas élitiste pour un clou, mais qui déteste quand une œuvre sensée le prendre par la main via un sujet acquis d’avance le prend pour une bille.

C’est exactement la sensation que j’avais à la sortie de Juste une illusion, nouveau film du tandem Eric Toledano/Olivier Nakache, dont la recette est aujourd’hui aussi connue que bien huilée : on choisit une toile de fond spécifique (une colo de vacances, un centre de requérants d’asile, une cérémonie de mariage, une association de lutte pour le climat), on y fait entrer un élément qui tranche avec le décor et on oblige tout ce beau monde à co-exister. Le tout parsemé de dialogues qui font mouche et de scènes jouant admirablement bien sur la corde des sentiments spontanés, mais pas naïfs.
Dès lors, quand les deux réalisateurs s’attaquent à ma propre adolescence via une reconstitution du milieu des années 1980, je me dis que, bien que le sujet ait déjà été rabâché 107 fois, nos deux lascars vont réussir à y mettre une touche personnelle qui suffira à faire la différence. Après deux heures d’un métrage dans lequel je ne me suis pas du tout reconnu, je suis bien obligé de constater que, selon mes critères, Toledano/Nakache signe peut-être leur premier faux-pas avec Juste une illusion, leur dernier long-métrage.
Les raisons sont multiples, mais assez facile à identifier. En effet, dès l’introduction du film où se succèdent la traditionnelle multitude de logos de production, je suis saisi d’un doute. OK, c’est très marrant de toucher ma corde sensible en mettant en préambule l’introduction spatiale Gaumont avec son tapis de logos permuté au fil des années, mais quel intérêt de nous faire une fausse vignette eighties de Disney+, puisque la plateforme n’existait pas à cette époque ?

Cette peccadille résume à elle-seule assez bien tout ce qui m’a dérangé dans Juste une illusion. Du vidéoclub reconstitué à la va-vite (on voit très nettement que la majorité des VHS sur les étalages sont munies de jaquettes Télé K7) à la vendeuse de l’échoppe ultra cinéphile (ce qui n’était jamais le cas, les dames travaillant l’après-midi dans ces magasins louaient des K7 de la même manière qu’elles auraient vendu une baguette de pain) à des films cités en références ne pouvant aucunement être disponibles en 1985 (Un homme et une femme n’est sorti en VHS locative qu’une année plus tard, tandis que La ruée vers Laure a été tourné en 1996), on est vraiment devant un cent fautes (oui, je sais, le jeu de mots est facile).
Des détails que seul un cinéphile verra me direz-vous. Peut-être, mais je ne suis à coup-sûr pas le seul qui va tiquer. Il est d’ailleurs un peu près certain que l’ancien fan de New Wave explosera de rire à la vision d’une jeune fille ultra chouquinette (Jeanne Lamartine, définitivement plus à l’aise que Simon Boublil sur lequel repose le film), évoluant dans une famille « rive droite », clamer haut et fort sa passion pour Joy Division, tout en tombant « in love » de celui qu’elle qualifie de bouffon (dixit, mais est-ce que quelqu’un utilisait vraiment cette expression au milieu des 80s ?) au moment où ce dernier lui fredonne, d’une voix chevrotante, le Chabadabada de Francis Lai, à l’évidence comble de la ringardise pour une ado.

Outre les nombreux anachronismes (dont on ne se fout pas, non), j’ai également été ébahi, dans le mauvais sens du terme, devant l’avalanche de séquences de comédie foireuse, digne d’un épisode de Maguy. Oulala, mais qu’est-ce qu’il est marrant, Louis Garrel, lisant son canard avec son look tout droit sorti d’un journal télévisé de la DDR, s’exclamer devant le vilain concierge faussement réac’ qui dragouille Camille Cottin : s’il vous plait, Monsieur Berger, ça suffit maintenant ! On a compris !
A force de vouloir absolument faire rentrer toutes les coches d’une liste de course dans leur film tels deux ex-ados ne voulant à tout prix pas se voir reproché d’avoir oublié quelque chose d’essentiel, Toledano et Nakache en oublie de choisir un angle narratif, pourtant essentiel et jusque-là bien présent dans leur filmographie.

Finissant plus par ressemble à une succession de saynètes honorables qu’à une œuvre homogène, Juste une illusion rate à mon sens sa cible en se soldant par une honorable comédie française, qui vole certes plus haut que le moyenne, mais dont on était légitimement en droit d’attendre plus.
Renvoyant donc les spectateurs déçus vers d’autres œuvres abordant de manière bien plus vibrante et identitaire le même sujet, tels que le jubilatoire Sing Street de John Carney, le trop méconnu Nouveau de Rudi Rosenberg ou, de manière encore plus universelle, l’incontournable Premier jour du reste de ta vie de Rémy Bezançon.
Juste une illusion d’Eric Toledano & Olivier Nakache, avec Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin, Simon Boublil, Alexis Rosenstihl, Jeanne Lamartine, France, 2025, 1h56.
