L’ABANDON (Vincent Garenq, 2026)

La culture est forcément politique. En suivant cette affirmation très à la mode en 2026, il serait donc impossible de trouver une quelconque viabilité dans une œuvre ne véhiculant pas, a minima, un message à connotation diplomatique.

Dernier film de Vincent Garenq, L’abandon, retraçant méticuleusement les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty, professeur d’histoire-géo devenu bien malgré lui un martyre, démontre qu’une œuvre abordant de front un drame appelant à se positionner a finalement autant de chance de se faire tirer dessus à boulet rouge qu’un film de Quentin Tarantino, cinéaste qui, on ne vous apprend rien, ne fait pas des œuvres très politisées.

Oublions un instant les différentes polémiques entourant L’abandon depuis quelques semaines pour tenter aborder le plus objectivement possible la manière dont Vincent Garenq (habitué à puiser dans le réel pour nourrir sa filmographique) aborde un sujet à la fois ultrasensible et encore très présent dans les esprits.

Choisissant une patine très 70s (un très beau Scope aux teintes froides, laissant apparaitre un grain fin contrebalancé par des pourtours moins nets, comme pour souligner le conflit sourd d’un établissement scolaire totalement impuissant face à une menace pourtant claire), Vincent Garenq ne force visuellement jamais le trait, mais fait bien comprendre à son audience que ne sommes face à une œuvre dite « de fiction ».

Sans opter pour une direction politique affichée, L’abandon est pourtant, par la force des choses, une œuvre manichéenne. Mais comment le métrage pourrait-il ne pas l’être ? Retranscrivant très fidèlement le déroulement des faits (connus dans les moindres détails), Vincent Garenq reste pourtant prudent, comme l’était sans doute son personnage central de son métrage, dès qu’il est question d’une quelconque forme de stigmatisation.

Le long métrage passe en effet autant de temps à montrer les différents partis du drame, sans porter de jugement autre que celui de mettre le doigt sur des mécanismes de société malheureusement validés de nos jours. Donc considéré comme « cautionnables ».

Que ce soit la surdivision des administrations étatiques, desservant plus qu’autre chose les causes en jouant ouvertement, de par leur principe de diviser au maximum la responsabilité individuelle, le jeu de la patate chaude, à la manière dont les réseaux sociaux, qui portent définitivement bien mail leur nom, sont capables de mettre le feu aux poudres. Quand bien même aucune étincelle n’était présente au point de départ.

« Diviser » ne serait-il d’ailleurs pas le verbe magique utilisé très insidieusement depuis la nuit des temps dans nos civilisations pour que des étincelles fantasmagoriques finissent par déclencher d’incontrôlables feux de forêt ? Bon j’arrête ici cet argumentaire. Autrement on va encore me reprocher de faire de la politique…

L’abandon de Vincent Garenq, avec Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali, Nedjim Bouizzoul, Azize Kabouche, Barbara Bolotner, France, 1h41.

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