LA TARENTULE AU VENTRE NOIR (LA TARANTOLA DAL VETRE NERO, Paolo Cavara, 1971)

Des femmes sont sauvagement assassinées selon un mode opératoire identique : le meurtrier paralyse ses victimes en leur plantant une aiguille empoisonnée dans la nuque, les laissant conscientes lors de leur mise à mort. Chargé de l’enquête, le commissaire Tellini (Giancarlo Gianini) voit ses investigations piétiner, car aucun lien ne semble relier les victimes…

Dario Argento ayant ouvert une brèche avec L’oiseau au plumage de cristal, il ne fut guère étonnant de voir maintes autres productions transalpines surfer sur la vague du giallo en mode contemporain, mâtiné d’un érotisme frontal non négligeable, les années suivantes.

Premier film produit sans le sillage, La tarentule au ventre noir fait souvent le frais d’une réputation « mezzo », car étant justement la « première copie ». On oublie un peu vite que, bien que restant le maitre visuel absolu du genre, Dario Argento n’était pas le king des intrigues, l’homme ayant toujours privilégié le style à la cohérence scénaristique.

Au registre crédibilité, le film de Paolo Cavara (La cible dans l’œil) tient plutôt bien la longueur malgré un ton assez original, dans la mesure où film est construit comme un polar. A savoir que le spectateur reste à chaque instant du côté d’un policier dépassé par les événement, là où le giallo est généralement placé du côté d’une victime désignée tentant de s’extirper d’une machination infernale.

On est également assez étonné de ne pas trouver ici de rôle féminin décisif, mais uniquement une succession, sous forme de vignettes, de potentielles victimes ou coupables. Inutile donc de jeter votre dévolu sur La tarentule au ventre noir en pensant voir sous toutes leurs coutures Barbara Bouchet, Barbara Bach et Claudine Auger (absente de l’affiche, sans doute pour une aberrante raison contractuelle datant de la sortie du film), les comédiennes ne faisant ici que des passages semi-éclair.

Totalement invisible depuis 1971, La tarentule au ventre noir est donc une vraie découverte pour le public francophone, le film n’ayant même pas, à la grande époque du vidéoclub, connu d’édition VHS locative. Amputé en salles de ses ramifications secondaires (menant habilement le spectateur sur de nombreuses fausses pistes), le film de Paolo Cavara est donc pour la première fois visible, grâce à l’éditeur Carlotta, dans son intégralité sur territoire francophone.

Très axé sur le cinéma asiatique depuis quelques temps, Carlotta semble malgré tout vouloir maintenir sa traditionnelle diversité en proposant à ses nombreux supporters des références du plus passionnant des genres italiens. On est d’ailleurs ravi de savoir que le cultissime Torso de Sergio Martino arrive dans les bacs d’ici quelques semaines. Affaire à suivre donc…

Où voir le film ?

Pour la première fois disponible sur territoire francophone, La tarentule au ventre noir est donc enfin à nouveau visible dans nos contées après 55 ans d’absence éditoriale.

La vision du film en VF est assez passionnante, dans la mesure où cette dernière fut confiée jadis à des doubleurs de premier plan (contrairement à la majorité des films destinés aux cinéma de quartier de la même époque). On reconnait donc facilement les voix emblématiques de Jean-Claude Michel, Dominique Paturel, Perrette Pradier, Jean Marin ou Philippe Dumat, qui donnent une couleur toute particulière au film.

Le doublage en question est dit « à trous », donc avec des sections manquantes (présentées en italien sous-titré), le film ayant été raccourci de 8 minutes à l’époque afin de passer sous la barre de l’heure et demie. Un excellent moyen pour constater des endroits où se situait jadis les coupes.

On notera aussi, détail très étrange, que sur de très courtes portions de dialogues, la voix de Paturel, doublant ici Giancarlo Giannini, laisse place à un autre comédien. Un mystère que pourrait peut-être être éclairci par notre ami Gilles Ermia, l’Indiana Jones des doublages perdus.

Le film est disponible chez Carlotta dans 3 éditions distinctes : un Blu-ray, un 4K et un coffret limité. Notre dévolu s’est évidemment dirigé vers le box contenant, en plus d’un combo UHD+Blu-ray, d’une petite poignée de goodies sympas, allant du sticker autocollant à une reproduction d’affiche, un jeu de photo et le fac-similé du dépliant publicitaire de presse d’époque. De quoi faire de cette « première francophone » un vrai événement.

LE SADIQUE A LA TRONCONNEUSE (PIECES/MIL GRITOS TIENE LA NOCHE, Juan Piquer Simon, 1982)

Sur le campus d’une université américaine, le corps d’une étudiante est retrouvé dépecé à l’aide d’une tronçonneuse. Lorsqu’un second meurtre tout aussi brutal est commis, la police comprend qu’elle doit faire face aux agissements d’un tueur fou que la presse surnomme « le sadique à la tronçonneuse » dont on ne sait rien des sanglantes motivations…

Voilà le film que beaucoup attendant. Celui qui n’avait, depuis l’ère de la VHS, jamais connu la moindre édition francophone. Celui qui, après avoir été sélectionné dans sa carte blanche par Eli Roth au NIFFF en 2011, avait gagné en réputation d’œuvre majeure bien que difficile à voir. Celui qui avait souvent été confondu en vidéoclub à l’époque avec Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (une édition VHS du présent film ne se gênait d’ailleurs pas de reprendre un visuel de Leatherface sur sa jaquette).

L’arrivée du Sadique à la tronçonneuse sous la bannière du très inégal éditeur ESC avait donc de quoi susciter l’intérêt. Ceci bien sûr sans jamais avoir vu la moindre image du film de Juan Piquer Simon. Film agrémenté depuis toujours d’un slogan ultra bien pensé : It’s exactly what you think it is !

Dès les premières minutes du métrage, on comprend que oui, c’est effectivement à la virgule près ce qu’on avait imaginé. A savoir un authentique nanar, mal foutu, joué avec les pieds, pas effrayant pour un clou et, beaucoup plus grave, pas drôle du tout (ce que devrait au minimum être, vous en conviendrez, un navet).

Le film débute par une séquence de flashback située en 1942, montrant un gamin perturbé futur assassin de sa mère (aucun, mais alors aucun lien avec Halloween). L’accessoiriste tente-t-il de trouver un téléphone raccord (ha ha) ? Que nenni : le combiné 70s laissé sur place par ltata Jeanine, qui a prêté sa villa de campagne à la production, fera très bien l’affaire !

La suite de ce calvaire sur celluloïd se passe à notre époque (1982 donc) et on comprend assez vite (et sans pour autant avoir un doctorat en poche) qu’un membre de l’université, pourtant en apparence bien sous tous rapports, pète un stotz dès que l’occasion se présente (comprendre : dès qu’une fille est nue dans un vestiaire ou sous une douche).

Pour assouvir ses fantasmes morbides, l’homme utilise exclusivement une tronçonneuse. Pourquoi ? C’est le seul outil que le jardinier, sorte de clone entre James Gandolfini et Demis Roussos (accessoirement aussi le gardien tout en nuances de Midnight Express), utilise : qu’il doit couper un arbre, débroussailler une haie ou tondre la pelouse, c’est tout à la tronçonneuse ! Ce qui en fait, bien entendu, le coupable idéal (ce qu’il n’est, spoiler alert, évidemment pas).

L’enquête est mollement menée par la brigade de choc de Christopher George, acteur américain de second plan décédé peu de temps après le tournage, dont le seul mérite amusant est d’être un parfait croisement entre George Segal et Cliff Barnes. Oui, je sais : l’acteur de Dallas ne s’appelle pas Cliff Barnes, mais si je vous dis Ken Kercheval, personne de va saisir l’allusion ni croire qu’un comédien portait réellement ce patronyme.

Et nous dans tout ça ? Ben on s’emmerde ferme, sans même décrocher un sourire. Laborieux d’un bout à l’autre, chiant comme pas deux, frisant l’amateurisme à chaque seconde, Le sadique à la tronçonneuse n’est resté dans les esprits que pour une raison : son titre.

Mais là où Tobe Hooper parvenait à utiliser un libellé racoleur pour produire une œuvre légendaire, Juan Paquer Simon ne réussissait à passer à la postérité que pour « usurpation d’identité ». Remarque qu’au vu du niveau de cette daube, c’est déjà une belle prouesse…

Où voir le film ?

Le sadique à la tronçonneuse est disponible en combo Blu-ray/DVD chez ESC Editions. Comme à son habitude, l’éditeur bien plus prolifique que soigneux de ses publications a joué la bidouille pour cette édition.

En effet la VF du film, clairement tirée d’une VHS frelatée, affiche un problème de taille. Plutôt que de choisir l’audio standard, ESC tente de récupérer les pistes Hi-Fi qui, sans la moindre surprise, décrochent toutes les 3 secondes. Au résultat, plutôt que d’avoir un bon mono sur 2 canaux, on se retrouve avec une 2 pistes distinctes, dont le côté droit grésille durant l’intégralité du film, rendant cette version française très pénible.

Quand on sait que ladite VF était de toute manière en mono, il y a objectivement de quoi s’interroger quant aux réelles compétences, en manière d’authoring, de ESC (qui n’en est et de loin pas à son coup d’essai, niveau catastrophe technique).

Niveau bonus, un module façon Blow Up sur Arte, mené tambour battant par Alexandre Jousse, est clairement la seule chose réussie de cette publication, et nous éclaire sur la carrière, assez lamentable il faut bien le dire, de Juan Piquer Simon.

LA PISCINE (Jacques Deray, 1969)

Non, je ne vais pas parler des qualités artistiques du film de Jacques Deray, mais uniquement de la consternation que déclenche objectivement la vision du nouveau disque 4K, tout juste sorti chez M6 Vidéo.

Nouveau, c’est façon de parler, puisqu’il s’agit du même authoring que l’édition collector de 2019. Pourquoi en parler maintenant donc ? Tout simplement parce que la quasi-intégralité des UHD produits il y a 6 ans étaient défectueux. La faute à une manutention des galettes trop serrée dans le coffret, brisant au passage la couche métallique de lecture.

M6 Vidéo n’ayant à l’époque que faire du problème (ces derniers envoyaient dans le meilleur des cas un nouveau coffret aux consommateurs insistants, les mettant simplement une nouvelle fois devant le même problème), la sortie d’un disque 4K simple s’avérait – pigeons que nous sommes – un passage obligé.

Une horrible surprise nous attend pourtant dès les premiers plans du film : le ciel est turquoise, l’eau chlorée ressemble à celle d’un étang vaseux et les peaux bronzées de Romy et Delon semblent issues d’une copie frelatée d’un porno 70s laissée dans un grenier surchauffé pendant des décennies. Un peu comme si vous regardiez le film avec des lunettes de soleil munies de verres teintés en jaune.

Responsable du carnage, le laboratoire Hiventy n’en est pas à son coup d’essai en la matière. Pour preuve le 4K du Gendarme de Saint-Tropez, également sorti chez M6 Vidéo, donc le constat n’est pas mieux : les uniformes de gendarme originellement beiges sont kaki, le blanc des chemises couleur menthe à l’eau et le ciel cyan.

Semble-t-il validé pleinement par l’éditeur, le travail d’Hiventy révèle un problème flagrant. A savoir que d’authentiques professionnels de la restauration, ayant entre les mains tout le matériel nécessaire pour redonner l’éclat du premier jour à des œuvres importantes, ne sont pas pour autant des personnes ayant une quelconque notion d’authenticité. Quand bien même la première étape, à savoir le minutieux travail de scannage 4K d’un négatif, a été fait dans les plus strictes règles de l’art…

Peut-on contourner le problème ?

Oui, du moins en grande partie. Il faut pour ceci déjouer les impositions d’usine à la fois de votre lecteur UHD et de votre téléviseur en suivant ce tutoriel maison :

  • Désactiver les modes HDR et Dolby Vision, à la fois de votre lecteur 4K (sortie) et de votre TV (entrée). Le signal arrivant ne sera plus verrouillé dans vos réglages. De cette manière, vous reprenez le contrôle des réglages de votre écran.
  • Sélectionner un mode d’image « normal » et non « cinéma »
  • Choisir un réglage de teinte « normal » ou, encore mieux, « froid »
  • Ajuster au besoin les couleurs, contrastes et la luminosité

Ainsi, vous retrouverez, un tant soi peu, un éclat bien plus naturel et sans doute proche de la volonté du chef opérateur Jean-Jacques Tarbès.

De manière générale, outre les libertés fantaisistes d’Hiventy, est-ce que les modes HDR et Dolby Vision ne seraient pas une forme de diktat imposé par des personnes visiblement bien moins clairvoyante que la majeure partie de cinéphiles ?

La piscine est disponible – à vous risques et périls – en UHD 4K chez M6 Vidéo

L’AGENT SECRET (O AGENTO SECRETO, Kleber Mendonça Filho, 2025)

Brésil, 1977 : Marcelo (Wagner Moura), un homme d’une quarantaine d’années au passé obscur, arrive à Recife alors que la ville est en plein carnaval. Il s’y rend pour retrouver son jeune fils et tenter de reconstruire sa vie. Cependant, son projet est compromis lorsque les échos de son ancienne existence refont surface…

La vie de cinéphage peut parfois se confondre avec celle d’un aventurier. Entendons-nous bien : pas question d’aller se risquer en zone concrètement dangereuse, mais il faut bien l’avouer : aller voir des films peut parfois s’avérer être une vraie aventure, pour le pire ou pour le meilleur.

Ainsi, à la sortie d’une salle de cinéma pas plus tard qu’hier, où je venais d’assister à une énième variation de problèmes existentiels de bobos parigots sur grand écran (le concept de « bourgeois gaze » me fais hurler de dire, mais faut avouer qu’il y aurait quand même de quoi débattre cinq minutes sur le sujet) devant un film passant totalement à côté de son/ses sujet/s, deux options s’offraient à moi : m’inscrire au prochain week-end de survie d’une influenceuse locale – qui me promet d’arriver, à son terme, à savoir faire la différence entre l’eau froide et l’eau chaude – ou tenter conjurer le sort en enquillant un deuxième long métrage dans la foulée.

Le titre est bateau, l’affiche internationale ne vend pas du rêve, la bande-annonce est aussi limpide qu’un message codé transmis par la BBC au début des années 1940 et la durée du film (160 minutes tout de même !) semblent m’indiquer que je ferais mieux de rentrer chez moi et de me poser devant la rediffusion d’un bon vieux Faites entrer l’accusé.

Bon j’avoue : je suis vraiment le spectateur le moins informé du monde. En gros, quand je vais voir un film, je n’en sais absolument rien. Même pas, par exemple, que le réalisateur du métrage que je m’apprête à tenter est le même qui avait réalisé voilà dix ans Aquarius, dont je me souviens surtout pour la prestation magistrale de Sonia Braga. Et puis bon : une salle de cinéma, ce n’est pas une prison. Donc…

Instantanément, c’est une révélation. Dès la longue scène d’ouverture, dont on saisit instantanément qu’elle n’aura pas d’autre lien avec le film que de présenter son personnage principal (non, ce n’est pas Pedro Pascal), je sais que je suis devant un vrai film. A savoir quelque chose ayant été initié par un vrai amoureux du Septième Art. Donc une personne ayant pour principale mission de vouloir partager des émotions avec autrui, le tout avec grand talent et surtout sans prétention ni la moindre arrogance intellectuelle (définitivement le pire fléau de la civilisation occidentale).

Aucun doute possible donc : Kleber Mendonça Filho, réalisateur de L’agent secret, est un vrai dingue de cinéma. Pas juste un gougnafier tout juste sorti d’une prestigieuse école de cinéma (qui généralement apprend en premier lieu à ses élèves à savoir tenir une posture arrogante, plutôt à savoir transmettre quelque chose), mais bel et bien quelqu’un ayant passé de nombreuses années à partager sa passion justement – entre autres, via son activité de programmateur dans une salle de cinéma de sa ville natale – avant de passer derrière la caméra.

Impossible à ranger dans une case, L’agent secret est donc une œuvre qui respire l’amour du grand écran dans chacun de ses plans. A la fois drame intense, thriller politique et chronique sociale du Brésil alors sous dictature militaire, le long métrage suit une trajectoire narrative basée sur le principe hautement casse-gueule des flashbacks imbriqués.

Se permettant même des incartades à la limite du fantastique (sans que l’ensemble n’en devienne grotesque), ponctuant l’ensemble de références (qui n’en deviennent pas un gimmick constant comme chez Tarantino), Kleber Mendonça Fihlo livre ici un grand film, à la limite de l’Epic, dont le ton général – empreint d’une lenteur à l’intensité intacte mais jamais poussive – fait penser, la violence graphique en moins, au cinéma de Craig Zahler (Bone Tomahawk, Section 99, Traîné sur le bitume), dont on attend avec grande impatience le prochain métrage.

Parfois, la prise de risque cinéphilique peut s’avérer payante. C’est à l’évidence le cas de cet Agent secret qui, bien que risquant de rater une partie de son public (faute à une promo bien mal ciblée), restera à coup sûr comme l’une des meilleures choses à voir cette année au cinéma. Il ne serait d’ailleurs guère étonnant de voir O Secreto Agento repartir avec les statuettes du meilleur film étranger, que ce soit à Hollywood où aux César…

L’agent secret (O Secreto Agento) de Kleber Mendonça Filho, avec Wagner Moura, Carlos Francisco, Tânia Maria, Maria Fernanda Cândido, Robério Diogenes, Udo Kier, Brésil/France/Allemagne/Pays-Bas, 2h41.

ROMY, ANATOMIE D’UN VISAGE (ROMY, PORTRAIT EINES GESICHT, Hans-Jürgen Syberberg, 1967)

J’ai 27 ans. Ce n’est pas si vieux que ça. Je ne veux plus consacrer toute ma force et tout mon être uniquement à ce métier. Ce n’est plus suffisant. En tout cas, ça ne me suffit plus.

Février 1966. Romy Schneider est en vacances de ski à Kitzbühel. Loin des mondanités, elle accepte la présence des caméras du documentariste Hans-Jürgen Syberberg pendant trois jours. Au départ un film de commande, Anatomie d’un visage s’avèrera être, au-delà d’un portrait habilement mis en image, un document d’une pudeur et d’une authenticité rare.

Après un début de carrière fulgurant, Romy Schneider s’enlise. Ayant abandonné les films en costumes qui la mirent jadis en valeur, la comédienne peine à trouver des œuvres qui lui correspondent. Elle a tourné avec Orson Welles (Le procès), Otto Preminger (Le cardinal), mais aucun métrage ne semble l’avoir satisfaite, à tel point qu’elle envisage d’abandonner le métier.

Seul Henri-George Clouzot aurait pu donner l’impulsion d’une vraie carrière intense si L’enfer ne l’avait pas été également durant le tournage (après des semaines de tournages improductifs, le film est définitivement arrêté au moment où le réalisateur fait une crise cardiaque sur le plateau).

Même What’s New Pussycat, que la comédienne qu’elle vient de tourner avec un casting international de jeunes talents prometteurs, ne semblent pas lui correspondre. Un rapide passage aux Etats-Unis, où elle tourne sans passion le pourtant très amusant Prête-moi ton mari avec Jack Lemmon, la laisse de marbre.

Les principales séquences d’Anatomie d’un visage sont tournées juste avant le début de tournage de La voleuse, où Romy Schneider a pour partenaire Michel Piccoli. Alors en plein désarroi artistique, elle ne se doute pas que c’est avec le même comédien et sous la caméra de Claude Sautet que sa vraie carrière débutera vraiment trois ans plus tard, juste après que Delon, son grand amour passé, ne la sollicite comme partenaire pour La piscine de Jacques Deray, film qui lui remettra le pied à l’étrier.

J’espère qu’un jour, on dira : son travail, ce qu’elle a fait, ses interprétations, que ce soit au théâtre ou au cinéma, était bon. Mais qu’est-ce que j’ai fait de remarquable jusqu’ici ? Quelques petites choses dont, je peux le dire, je suis satisfaite. Mais c’est trop peu.

En début de cette année 66, Romy ne se doute pas qu’elle sera d’ici peu la comédienne la plus importante de France, son pays d’adoption. Une inconscience rendant le présent document d’autant plus utile et précieux pour toute personne en proie au doute…

Où voir le film ?

Romy, anatomie d’un visage est le principal supplément présent dans le coffret Blu-ray, contenant la trilogie originale ainsi que Les jeunes années d’une reine, souvent associé aux autres métrages bien que n’ayant pas de lien direct. Ce rare document, qui plus est restauré, est une raison suffisante à l’acquisition de ce coffret – qui plus est vendu à un prix très attractif.

Si la restauration des longs métrages est éblouissante, ces derniers ne sont proposés qu’au format 1.78. La présence en parallèle des montages français et allemands, qui diffèrent légèrement, nous fera rapidement oublier l’absence des copies dans leur format original.

LA FEMME A ABATTRE (THE ENFORCER, Bretaigne Windust & Raoul Walsh, 1951)

Le procureur Martin Ferguson (Humphrey Bogart) dispose d’un témoin clé dans la lutte qu’il mène contre une importante organisation criminelle. Mais celui-ci se tue accidentellement à quelques heures du procès. L’homme de loi va se livrer à une course contre la montre pour trouver la preuve qui empêchera le principal inculpé de ressortir libre du tribunal…

L’histoire du cinéma est jalonnée de films-homonyme. Au registre, The Enforcer reste dans tous les esprits comme la troisième aventure de l’inspecteur Harry. On en oublierait presque qu’il fut aussi le titre d’un film policier étonnant, marquant la dernière collaboration entre le comédien Humphrey Bogart et le studio Warner Bros. qui le rendit célèbre.

Il est important de bien spécifier « film policier » et non « film noir », puisque cet Enforcer (La femme à abattre en VF) ne répond pas aux codes de ce genre privilégié dans les années 1950. Ainsi, on est dans un premier temps étonné de voir Bogart incarner (avec brio d’ailleurs) un homme de loi. Donc théoriquement quelqu’un qui n’entre pas dans le feu de l’action.

Le ton général du film, lorgnant par instant du côté du documentaire « pris sur le vif » suivant une enquête, détonne clairement avec le film noir. Construit avec maestria en flashbacks imbriqués les uns dans les autres (Orson Welles n’a qu’à bien se tenir), The Enforcer opte pour une dramaturgie appuyée, là où l’on aurait naïvement choisi la tension palpable.

Inspirée d’un fait divers, La femme à abattre est en premier lieu resté célèbre car recensé comme le premier film de l’histoire à aborder de front la thématique d’une organisation criminelle fonctionnant sur le principe d’un syndicat du crime. Donc un organisme amoral, aux multiples ramifications et opérant selon un système tellement vicelard qu’il s’avèrera très difficile à révéler au grand jour.

Signé contractuellement par Bretaigne Windust, le film doit beaucoup à Raoul Walsh, illustre metteur en scène ayant récupéré le film dans l’urgence, le réalisateur initial étant tombé gravement malade durant le tournage. Grand seigneur, Walsh refusa que son nom ne soit associé au film, considérant que la paternité du métrage restait essentiellement due au travail de Windust.

Pas le plus célèbre film de Bogart, The Enforcer se révèle rapidement comme son plus original au cœur d’un genre policier par trop souvent formatté au début des années 1950. A découvrir donc.

Où voir le film ?

La femme à abattre est disponible en Blu-ray et DVD chez Rimini Editions. En plus d’une très complète présentation du film, le disque contient aussi et surtout une interview très décomplexée de Raoul Walsh, tirée d’un épisode de la célèbre émission Cinéastes de notre temps de ORTF, datant de 1966 et retrouvée dans les archives de l’INA.

GOUROU (Yann Gozlan, 2025)

Matthieu Vasseur (Pierre Niney) est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Dans une société en quête de sens où la réussite individuelle est devenue sacrée, il propose à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu’elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s’engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et peut-être de la gloire…

Troisième collaboration entre le réalisateur Yann Gozlan et le comédien Pierre Niney, Gourou était le film que tout fan de thriller huilé attendait avec impatience. Puis, l’omniprésence de Niney partout et tout le temps depuis quelques jours (impossible en effet d’ouvrir la moindre application sans le voir apparaitre), assujetti de nombreuses avant-premières ultramédiatisées, créèrent un doute. Et si Gourou s’avérait au final être un film raté ?

Sans aller jusqu’à parler de ratage, Gourou laisse effectivement perplexe. Très perplexe même. Un point de départ parfait, une première demi-heure exceptionnelle au niveau narratif et puis patatras. Partant rapidement dans tous les sens, ouvrant 107 pistes (dont la plupart sont abandonnées en cours de route), ultra-prévisible dans ses rouages scénaristiques et se sentant presque obligé de réitérer le coup du twist final de Boite Noire, Gourou s’avère au final un film très brouillon et surtout artificiellement complexe.

Le long-métrage, qui a fait un démarrage exceptionnel au box-office (rarement une salle n’aura été aussi pleine à une première séance en matinée hors vacances pour une œuvre calibrée « public adulte »), atteste d’une évidence : il est désormais possible, grâce au succès fracassant du Comte de Monte Cristo, de vendre un film sur le nom de Pierre Niney. Les comédiens le secondant, en particulier Anthony Bajon et Marion Barbeau, démontrent également à quel point leur présence au cœur du cinéma hexagonal actuel est devenue une évidence.

Yann Gozlan et Pierre Niney se fendent d’avoir voulu faire un film sans message, même si la mission semble impossible avec un tel sujet. Si la mise en lumière des dérives de l’auto proclamation de coachs de vie face à des thérapeutes diplômés est assez bien abordée dans un premier temps, cette trame de fond devient rapidement un simple prétexte desservant clairement l’ensemble.

Facile de rester à 100% sur le film de genre quand on parle d’un écrivain raté s’étant approprié un manuscrit oublié (Un homme idéal) ou lorsqu’un scénario est centré sur un expert en décryptage audio manipulé par sa propre autorité (Boîte Noire). L’exercice s’avère beaucoup plus périlleux lorsque la toile de fond est centrée sur un phénomène actuellement très lucratif, et dont expansion s’avère être un réel problème de notre société occidentale.

Quand la caution d’un film passe obligatoirement par l’argument sociétal ou politique, c’est qu’il y a un problème. Lorsqu’un long métrage, qui a toutes les clefs en main pour mettre très habilement en lumière ces aspects sans devoir se trouver de justification, met tout en œuvre pour les éviter en est un autre auquel les cinéphiles n’avaient jusqu’ici pas encore été confrontés. A ce titre, Gourou pourrait bien s’avérer être un cas d’école…

Gourou de Yann Gozlan, avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajo, Christophe Monteney, Jonathan Turnbill, Holt McCallan, France, 2025, 2h06.

Bernard Stora « Dans le Cercle Rouge »

Cinéaste et scénariste, Bernard Stora fut aussi, durant de longues années, assistant à la mise en scène de films allant de grands succès populaires (Le clan des Siciliens de Henri Verneuil, Les aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury) à des raretés malheureusement disparues de la circulation (La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil d’Anatole Litvak, L’impossible objet de John Frankenheimer).

Durant ses années d’assistanat, Bernard Stora peut aussi se vanter d’avoir eu l’occasion de travailler avec Henri-Georges Clouzot (sur L’Enfer, film resté inachevé) et Jean-Pierre Melville, assurément deux des plus grands metteurs en scène du cinéma français, mais aussi sans doute les deux plus perfectionnistes. Donc inévitablement les plus complexes et difficiles dans leurs rapports aux autres durant un tournage.

Méticuleux, Stora a conservé toutes les fiches de travail journalières des 66 jours de la fabrication du Cercle Rouge, dernier très grand film de Melville (après Le Samouraï et L’armée des ombres). Méticuleux, Stora l’est également avec sa mémoire, puisque l’homme de cinéma se souvient, dans les moindres détails, des trois mois et quelque passés, jour et nuit (Melville était – comme Clouzot – insomniaque), aux côtés de Jean-Pierre Melville.

Si la réputation de Melville, savant mélange de perfectionnisme (le poussant très souvent à être odieux avec ses équipes) et de génie absolu de la bricole (tel le plus illustre des prestidigitateurs) est connu depuis des lustres, Dans le Cercle Rouge permet d’encore mieux cerner l’homme systématiquement caché dernières ses Ray-Ban Caravan.

Sans jamais tomber dans le pathos ni la complaisance et avec une objectivité rare, Bernard Stora raconte de manière palpitante la naissance d’un des films majeurs du cinéma français, sans pour autant ne pas y voir ses évidents défauts. Totalement addictive, la lecture de l’ouvrage se dévore comme si nous étions nous aussi les témoins privilégiés du tournage d’une œuvre essentielle bien que née dans la douleur et la souffrance d’artisans chevronnés.

Au-delà d’une nature relativement détestable, Melville apparait aussi ici, sans doute pour la première fois, comme un être en proie au doute constant ayant lutté toute sa vie contre une certaine intelligentsia et une grande partie de la profession ne l’ayant jamais adoubé.

Self-Made Man dans un premier temps afin de garder le contrôle absolu de son œuvre, le réalisateur du Samouraï l’est sans doute également devenu par nécessité de se sentir exister, sans pourtant jamais parvenir à faire complètement taire son « syndrome de l’imposteur », dont il se savait sans nul doute atteint et qu’il extériorisait bien maladroitement attitude de franc-tireur débectable, arrogant et prétentieux avec autrui.

La douleur est temporaire, mais le film est éternel. Cette petite phrase, prononcée récemment par Leonardo diCaprio en rapport à un « conseil » que lui avait prodigué Michael Caton-Jones sur son premier film, peut à elle seule résumer l’histoire de nombreuses grandes œuvres.

Un réalisateur perfectionniste à outrance, donc éternel insatisfait, devient-il obligatoirement une personne infréquentable ? Une seule chose est certaine après la lecture du livre de Bernard Stora :  savoir au fond de soi que l’on se trouve impliqué dans quelque chose de grand permet aux hommes de se mettre en mode « machine de guerre », sans que plus rien d’autre ne compte sur un espace-temps défini.

Plus que l’histoire d’une œuvre légendaire, une étude très juste de la nature humaine en matière de créativité.

Bernard Stora « Dans le Cercle Rouge – le tournage du film de Jean-Pierre Melville au jour le jour  » (Denoël, 432 pages)

RENCONTRE A ELIZABETHTOWN (ELIZABETHTOWN, Cameron Crowe, 2005)

Pour Drew Baylor (Orlando Bloom), il existe une réelle différente entre l’échec et le fiasco. Concepteur d’une paire de baskets qui s’annonce comme la catastrophe de l’année avant même d’avoir été mise sur le marché, ce jeune adulte, devenu spécialiste de ce qu’il appelle « le dernier regard » depuis son licenciement, est bien décidé à mettre fin à ses jours.

C’est au moment même où il est sur le point de réaliser son triste projet que Drew reçoit un appel de sa sœur pour lui annoncer le décès de son père Mitch. Bien obligé de différer son suicide, Baylor est chargé en tant qu’aîné de la famille de se rendre à Elizabethtown, ville natale de son paternel, afin de régler les détails de ses funérailles. Dans l’avion qui le conduit à cette petite bourgade perdue du Kentucky, Baylor sympathise avec Claire Colburn (Kirsten Dunst), une hôtesse de l’air espiègle et farfelue…

Cinquième film du cinéaste Cameron Crowe, Rencontres à Elizabethtown est, après Singles et Presque Célèbre, à nouveau une œuvre en grande partie autobiographique. Se basant sur le souvenir des impressions ressenties lors du brusque décès de son propre père, le cinéaste signe une œuvre en demi-teinte magnifique, profondément mélancolique mais jamais triste. Baylor, le héros du film, n’hésite d’ailleurs pas à différencier les deux états, considérant la tristesse comme l’abdication, ce qui ne sera au final pas le cas du personnage central d’Elizabethtown.

Produit par Tom Cruise, avec qui le réalisateur a déjà travaillé par deux fois (Jerry Maguire et Vanilla Sky), Rencontres à Elizabethtown risque malgré tout de rebuter les spectateurs qui n’auraient jamais palpé toutes les nuances délicates et au final bénéfiques pour l’existence d’un état mélancolique.

Les autres, pour qui ce passage serait bien connu, sont invités à se rentre rapidement en salle car il y a fort à parier pour que ce magnifique film ne fasse qu’un passage éclair au cinéma, comme ce fut déjà malheureusement le cas de Presque Célèbre, le précédent long métrage du réalisateur. Dommage, car les œuvres de Cameron Crowe, à y regarder de plus près, sont assurément ce qu’il restera de meilleur du cinéma de notre époque.

Comme à son habitude, Cameron Crowe, ancien journaliste au sein du mythique magazine Rolling Stone, a fait de la bande originale de Rencontres à Elizabethtown une magnifique collection de chanson, passées et présentes, qui colle au film comme une deuxième peau. Maints standards folks juxtaposent donc de récents morceaux initiés par les artisans de la nouvelle scène indépendante américaine. Une somptueuse collection de balades nostalgiques à écouter sans fin

Texte originellement publié dans la presse romande en novembre 2005.

Où voir le film ?

Comme pronostiqué en novembre 2005, moment où paru originellement la présente chronique, Elizabethtown fut un flop retentissant en salles. Pas étonnant dès lors qu’actuellement, aucune édition HD ne soit disponible ailleurs qu’aux Etats-Unis sans la moindre option française. La seule possibilité actuelle pour le public non-anglophone est de se diriger vers la seconde main ou la dématérialisation. Le film est en effet disponible (location ou vente) sur Youtube :

PRIMATE (Johannes Roberts, 2025)

Après l’ours coké, le singe enragé ! Le cinéma d’exploitation est, depuis toujours, jalonné de concepts tellement absurdes (imaginez deux secondes la gueule du producteur vers qui un quidam est allé demander de l’argent pour tourner Billy the Kid contre Dracula…) qu’ils peuvent parfois donner naissance à des films « remarquables » (si pris au 14e degré donc).

Jadis réservés aux cinémas de quartier puis aux étalages de nos vidéoclubs d’antan, ces bizarreries arrivent depuis quelques années sur nos écrans de cinéma européens, sans que personne ou presque n’arrive vraiment à en saisir la raison puisque, de manière générale, ces OFNI (objets filmiques non identifiés) sont des flops en salles de notre côté de l’Atlantique.

Dernier né en la matière, Primate réactive une micro-brèche du cinéma horrifique : le singe domestique qui s’avère à la fois bien plus malin et cintré qu’on ne l’aurait imaginé (quelle idée de vivre avec un singe à la maison me direz-vous).

Si l’exercice a donné lieu par le passé à des métrages au final bien plus convaincants que leur concept (Link de Richard Franklin, Incidents de parcours de George Romero), il s’avère assez laborieux dans le cas présent. En cause : une espèce de pitch encore plus absurde que le concept du film lui-même, qui aligne méchamment les problèmes narratifs.

Imaginez un peu : une bande de copines vient passer la pause inter-semestre universitaire dans la maison hype du père de l’héroïne située, on ne sait pas trop pourquoi, en bordure d’une falaise hawaïenne. L’homme, écrivain à succès et veuf pas si éploré que ça, est sourd-muet. Cela fait-il avancer le schmilblick ? Pas du tout…

Autre spécificité de l’homme (outre le fait d’être un croisement physique entre Hugh Jackman et Francis Lalanne) : il vit avec le chimpanzé que feu son épouse, anthropologue renommée, étudiait depuis tellement longtemps que l’animal avait fini par devenir un membre de la famille. Ceci jusqu’à ce que le satané primate pète un stotz après avoir été mordu par une mangouste enragée.

Passé sur le jeu que limité de l’ensemble des comédiens (semblant tout droit sorti d’une série US 90s pour ados) et les multiples aberration narratives (mais pourquoi diable Hugh Lalanne/Francis Jackman a-t-il une cage à tyrannosaure au milieu de sa baraque alors que sa bestiole vit en complète liberté dans la casbah ?), il faut bien admettre que cette bêtise assumée est plutôt efficace.

Produit par Paramount, Primate semble à l’évidence être une nouvelle tentative pour la major, après Smile et la récupération de la franchise Scream (dont le 7e épisode arrive sur nos écrans dans quelques semaines. On ne se réjouit pas des masses) d’entrer en concurrence directe avec Blumhouse, studio qui aligne depuis plus de dix ans des métrages horrifiques du même calibre: vite produits, généralement de bonne facture et surtout peu onéreux. Donc ultra rentables.

Rappelons pour mémoire qu’il fut une époque pas si lointaine où les majors concentraient leurs efforts à la production de grands films tout en laissant ce genre d’aberrations, aussi délectables soient-elles si prises pour ce qu’elles sont, à des studios indépendants. Le film n’ayant couté que 25 millions et étant déjà rentré dans ses frais seulement deux petites semaines après sa sortie US, on peut légitimement se demander si ce genre de production ne représente pas le dernier Eldorado pour Hollywood…

Primate de Johannes Roberts, avec Johnny Sequoyah, Jess Alexander, Troy Kotsur, Victoria Wyant, Gia Hunter, Benjamin Cheng, Etats-Unis/Grande Bretagne/Canada/Australie, 1h29.