
En 1975, Vera Brandes (Mala Emde), une jeune femme ambitieuse de 18 ans, va défier les conventions, s’opposer à ses parents et prendre tous les risques pour réaliser son rêve : organiser un concert de Keith Jarrett (John Magaro) à l’Opéra de Cologne. Son audace et sa détermination vont donner naissance au disque de jazz en solo le plus vendu de l’histoire…
Sorti dans nos salles obscures à la fin du printemps 2025, Au rythme de Vera n’a pas eu le temps de conquérir le cœur des spectateurs. La faute sans doute à un titre français totalement à côté de la plaque et ne voulant pas dire grand-chose (la bobine aurait tout aussi bien pu s’appeler Cours Vera Cours).
De manière aussi originale qu’audacieuse, le réalisateur Ido Fluk met en lumière la genèse d’un événement musical aujourd’hui considéré comme majeur, dont la paternité peut être attribuée à Vera Brandes qui, du haut de ses 18 ans et avec une détermination sans équivalant, avait réussi à convaincre Keith Jarrett de faire un détour par l’Opéra de Cologne le temps d’un concert en solo.

Choisissant plusieurs axes narratifs, passant de séquences sur le principe de spectateur-témoin (les protagonistes s’adressant directement au public) à une section complète en forme de road movie détournant volontairement l’audience des multiples péripéties de notre héroïne, Köln 75 se révèle à la fois être une œuvre très didactique (jamais on avait assisté à une démonstration aussi efficace expliquant les différents modes d’improvisation en matière de musique) et touchante.
Ne cherchez pas trace ici de la manière donc Vera Brandes aura réussi à convaincre Keith Jarrett de lui faire confiance, pas plus qu’une seule note du fameux concert au centre des débats (qui donnera naissance au disque de jazz solo le plus vendu de l’histoire avec 3.5 millions d’exemplaires écoulés). L’intérêt d’Ido Fluck se situe ailleurs.

Sorte de feel-good movie détourné, Au rythme de Vera sait à contrario aborder de manière très subtile les thématiques de la reconnaissance lorsque notre voix intérieure nous dirige, contre vents et marées, dans le sens inverse de la bienséance. Donc en nous mettant en opposition avec notre entourage qui, de manière cartésienne, tentent en vain de nous dissuader de prendre des risques jugés inconsidérés, plutôt que de chercher à comprendre.
Incroyable de vivacité, la comédienne Mala Emde illumine le film grâce à une incarnation ultra-vivante de Vera Brandes, tandis que John Magaro (5 septembre) entre dans la peau de Keith Jarrett tourmenté par sa perpétuelle quête de singularité artistique, mais définitivement plus humain que l’image que le musicien énigmatique renvoie sans doute bien malgré lui depuis toujours. Un film d’une sincérité rare sur la quête d’identité.

Où voir le film ?
Au rythme de Vera est disponible en combo Blu-ray+DVD (édition limitée) et en DVD chez Metropolitan.
