REVES SANGLANTS (THE SENDER, Roger Christian, 1982)

Un adolescent amnésique (Zeljko Ivanek) est admis dans un hôpital psychiatrique après une tentative de suicide. Ce dernier semble posséder un curieux pouvoir : celui de transmettre ses rêves et cauchemars à d’autres personnes…

Ce film-là était l’un de ceux apparu dans nos vidéoclubs au moment de leur démocratisation. Totalement disparu des radars éditoriaux depuis cette époque bénie, où les ados que nous étions ne manquions jamais une occasion de nous attarder longuement au rayon « horreur », Rêves sanglants se voit enfin édité dans nos contrées et pourra donc rejoindre La vallée de la mort et En plein cauchemar (sortis il y a quelque temps chez Elephant Films) sur vos étagères.

Le réalisateur Roger Christian est un artisan resté dans certaines mémoires pour deux faits « mémorables ». Tout d’abord pour sa collaboration sur La guerre des étoiles et Alien, le 8e passager comme chef décorateur. Ensuite et surtout – mais pas dans le bon sens du terme – pour Battlefield Earth, nanar intersidéral basé sur un roman de Ron Hobbard, père fondateur de l’Église de Scientologie. L’exhumation de The Sender remet donc les pendules à l’heure concernant le cinéaste britannique, qui avait plutôt bien commencé sa carrière en décrochant par deux fois un Oscar.

Surfant à l’évidence sur les succès d’estime tels que Patrick de Richard Franklin ou Scanners de David Cronenberg, Rêves sanglants exploite le filon d’une horreur parapsychologique via un personnage dont la vie est un véritable enfer, car incapable de dompter son don, ou plutôt la malédiction dont il est victime depuis sa naissance.

Partageant certains éléments avec le formidable film de Sydney J. Furie L’Emprise (The Entity) sorti la même année, anticipant de manière claire Charlie (Firestarter, Mark L. Lester, 1984), The Sender est une œuvre suffisamment singulière dans l’histoire du film de genre pour séduire le spectateur à la recherche de petites perles rares.

Mentionnons encore la présence au générique de Shirley Knight, comédienne ayant connu un brillant début de carrière (Doux oiseau de jeunesse de Richard Brooks, Le groupe de Sidney Lumet), et qui se retrouvera ensuite reléguée à des prestations de second ordre. Un peu de la même manière que Zeljko Ivanek, sur lequel repose le présent film, devenu entretemps un second rôle récurrent du cinéma et de la télévision américaine.

Où voir le film ?

Disponible dans la collection « Angoisse » en coffret limité Blu-ray+DVD de l’éditeur Rimini, avec pour seul bonus une très originale bande annonce, mais avec le désormais traditionnel livret de Marc Toullec.

Le master – le même utilisé pour toutes les éditions disponibles à travers le globe – affiche quelques signes d’ancienneté (tâches et scratches de pellicule, définition et colorimétrie paraissant dater du début de l’ère HD). Ceci ne gâche heureusement en rien le visionnage de cette rareté et lui donne même une petite patine vintage pas déplaisante.

LA TOUR DU DIABLE (TOWER OF EVIL, Jim O’Connolly, 1972)

Accostant Snape Island, un îlot au large de l’Écosse, deux pêcheurs découvrent les corps de trois jeunes gens sauvagement assassinés. L’unique survivante, dans un état second, tue l’un des hommes de la mer. Admise dans un hôpital, la jeune femme va raconter ce qu’elle a vu. Peu après, des archéologues accompagnés d’un détective, débarquent à la recherche de la tombe d’un roi phénicien…

La sortie d’un petit film horrifique britannique des années 1970 est toujours un micro-événement pour les amateurs du genre. Ayant bien compris l’attrait de ces sympathiques bobines, l’éditeur Rimini ne manque jamais une occasion de publier un titre intéressant via sa collection « Angoisse ».

Sur le papier, La tour du Diable vend du rêve. En réalité, c’est autre chose qui se profile sur nos écrans, mais non moins sympathique. Plus proche d’un épisode de Chapeau Melon et Bottes de Cuir que d’un film de Pete Watkins, cette bobine de Jim O’Connolly, honnête artisan surtout resté dans les esprits pour La vallée de Gwangi (1969), ne vous donnera point de cauchemars, mais représente une formidable séance de Swinging London décalée.

Empruntant au passage d’évidents éléments aux Dix petits indiens d’Agatha Christie, Tower of Evil est sans l’ombre d’un doute un film dont Joe D’Amato c’est largement servi lors de l’écriture du très surestimé Anthropophagus (1980), tant le décorum et le canevas scénaristique sont identiques.

Osons au passage avouer notre plaisir à peine coupable de voir une bande de pseudo-archéologues (on reconnaitra au passage Anna Palk, avant tout restée dans les mémoires pour son passage en tant que « Persuaders girl » dans l’excellent épisode Le complot de la série Amicalement vôtre), à la fois capables de garder leurs chemises à jabot et autre paletots en feutrine colorés impeccables dans une endroit peu reluisant, et d’être suffisamment démerdes pour apprêter un sublime roastbeef pour le dîner, sans doute concocté dans le cuisine portative de Brett Sinclair…

Où voir le film ?

Disponible dans la collection « Angoisse » de l’éditeur Rimini. Comme les autres titres, celui-ci est présenté sous la forme d’un luxueux coffret cartonné contenant le Blu-ray et le DVD du film, ainsi qu’un livret signé par Marc Toullec, l’homme qui écrit plus vite que son ombre…

La bonne entente entre les éditeurs, toujours bienvenue, permet à cette édition de récupérer la présentation du film par Eric Peretti, produite en 2016 pour la précédente édition DVD parue chez nos amis d’Artus Films.

5 SEPTEMBRE (SEPTEMBER 5, Tim Fehlbaum, 2024)

Le 5 septembre 1972, lors des Jeux Olympiques d’été de Munich, des membres de l’organisation terroriste Septembre Noir prennent en otages les athlètes israéliens au cœur du village olympique. Présente sur place pour couvrir la manifestation sportive, une équipe de la chaine ABC Sport va tenter de suivre, minute après minutes, les événements tragiques se déroulant sous leur yeux…

Le sujet avait déjà été traité par trois fois sous des angles différents. D’abord via un très honorable téléfilm porté par William Holden et Franco Nero (Les 21 heures de Munich, William A. Graham, 1976), ensuite à travers un excellent documentaire britannique (Un jour en septembre, Kevin Macdonald, 1999), enfin à travers un thriller sec axé sur les répercussions de la prise d’otage (Munich, Steven Spielberg, 2005).

Le réalisateur d’origine bâloise Tim Fehlbaum (cocorico !) se décide pour une approche toute autre avec une reconstitution à la virgule près de cette dramatique journée planqué dans la régie de la télévision américaine couvrant les JO.

L’idée est audacieuse, le résultat à la hauteur des espérances. Sans jamais quitter sa micro-équipe, ne proposant de voir les aller et venue des journalistes – obligés de jouer de diverses supercheries pour couvrir le drame en direct – que via des moniteurs, 5 septembre est aussi une reconstitution minutieuse d’un studio de télévision mobile du début des années 1970, témoignant des contraintes techniques de l’époque, qui limite évidemment les moyens d’action des journalistes.

Enfin, le film de Fehlbaum met admirablement bien en exergue le dilemme des membres d’une équipe en lutte avec leur intégrité de journaliste et leur conscience personnelle. Faut-il ou non suivre à tout prix les événement tragiques se déroulant sur leurs yeux afin de remplir la sacro-sainte charte du devoir d’information du public ? A quel moment cette mission bascule-t-elle dans la quête inconsciente de sensationnalisme ?

Les exemples de films reconstituant des moments ayant marqué l’histoire de la télévision sont aussi rares que réussis (Frost/Nixon de Ron Howard, Saturday Night de Jason Reitman), mais jamais un n’avait réussi à atteindre une telle tension anxiogène.

Soutenu par un casting cinq étoiles (Peter Sarsgaard, John Magero, Ben Chaplin, Zinedine Soualem), impeccables dans leurs rôles respectifs, 5 septembre confirme également de manière définitive la comédienne allemande Leone Benesch (La salle des profs, En première ligne) comme l’actrice la plus prometteuse de sa génération.

Ayant fait un passage plus que discret dans nos salles obscures au printemps dernier, 5 septembre s’avère effectivement être, comme le slogan publicitaire de l’affiche l’avance, le meilleur thriller de l’année. Quand bien même ce dernier se déroule-t-il dans un espace ultra-confiné et ne s’appuyant sur d’autres effets dramatiques que les événements auxquels les protagonistes assistent en même temps que le spectateur. Redoutable d’efficacité.

Où voir le film ?

5 septembre est disponible en Blu-ray et DVD chez Paramount (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment).

PARTIR UN JOUR (Amélie Bonnin, 2024)

Alors que Cécile (Juliette Armanet) s’apprête à ouvrir son propre restaurant gastronomique à Paris, la cheffe doit rentrer sur les lieux de son enfance suite de l’infarctus de son père (François Rollin), avec qui le dialogue n’est pas facile depuis des années. Loin de l’agitation parisienne, Cécile recroise Raphaël (Bastien Bouillon), garçon dont elle était amoureuse à son départ pour la capitale…

En 2023, Amélie Bonnin se voit décerner le César du meilleur court métrage pour Partir un jour. Assurément le meilleur film vu dans cette section depuis le jubilatoire Versailles Rive-Gauche de Bruno Podalydès (1992), ce petit film de 25 minutes parvenait mieux que n’importe quel autre à saisir 24 heures dans la vie d’un homme et d’une femme s’étant jadis ratés et ayant chacun fait leur vie de leur côté.

Œuvre un brin nostalgique sur fond d’image d’Épinal bretonne sur fond de chansons populaires intégrées aux dialogues, Partir un jour ne laissait aucunement le spectateur sur sa fin. Juste un brin triste de devoir déjà abandonner Caroline (Juliette Armanet), caissière dans un supermarché, et Julien (Bastien Bouillon), écrivain monté à Paris débutant le très difficile stade du 2e livre, après si peu de temps.

La joie nous a quelque peu envahie lorsqu’Amélie Bonnin se décida à transformer son petit bonheur en long-métrage, basé sur le même principe d’airs connus venant soutenir l’action, mais en inversant la donne : l’exilé ne serait plus l’homme mais la femme. Elle ne sera pas écrivaine mais cuistot ayant remporté Top Chef. Lui de son côté ne sera pas caissier dans un Super-U, mais mécano dans un garage et pilote de motocross à la petite semaine. Le décor ne serait plus celui d’un bord de mer atlantique mais un relais routier en bordure d’autoroute.

Si l’inversion des rôles semble à la base une idée intéressante et le changement d’environnement propice, le résultat prouve qu’une stratégie sans toute trop murement réfléchie ne s’avère pas toujours payante. Là où tout était léger et respirait la spontanéité parfois candide d’une première œuvre en 2021, tout ici semble, sans mauvais amalgame, peser le poids d’une grosse camionnette.

Loin d’être un mauvais film, Partir un jour, version long-métrage, supporte néanmoins assez mal la comparaison avec son génialissime modèle, à la fois bourré de spontanéité et de douce mélancolie. Exactement comme l’est une histoire d’amour adolescente, qui plus est lorsque cette dernière ne fut que fantasmée.

La confrontation entre le court modèle et la longue et par instant laborieuse copie sera facile pour les acquéreurs du film sur support physique, puisque le Blu-ray et le DVD contiennent, outre deux courts modules promotionnels, ledit petit film original césarisé, que l’on pourrait facilement se regarder en boucle. La seule présence ici de ce modèle de simplicité efficace justifie d’ailleurs largement l’acquisition du produit.

Où voir le film ?

Partir un jour est disponible en Blu-ray et DVD chez Pathé (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment).

ROGUE AGENT (Adam Patterson & Declan Lawn, 2022)

J’avoue, votre honneur : il m’arrive de regarder un film car une comédienne que j’aime est à son générique. Par « j’aime », je n’entends pas forcément qu’il s’agit d’une actrice incroyable. Juste une femme que j’ai plaisir à voir sur un écran. Oui, je sais, ce n’est pas très 2025 tout ça, mais pour ma défense, j’évite aussi comme la peste certains longs métrages pour la raison inverse : à savoir qu’une actrice s’y trouve, quand bien même cette dernière est sans doute brillante.

J’évite par exemple comme la peste un film dans lequel se trouve Margot Robbie, tant tout m’exaspère chez elle. A contrario, la présence de Gemma Arterton peut suffire à me motiver à la vison d’un métrage, même si ce dernier ne semble à priori pas terrible.

Fabrice Luchini est jadis tombé sous son charme (Gemma Bovery, Anne Fontaine, 2014). Comme je le comprends. Et puis, le joli minois de Gemma a quelque peu disparu des radars depuis une dizaine d’année. La faute à l’âge, puisque cette ancienne James Bond Girl malheureuse a aujourd’hui atteint son Migros Data à l’approche de la quarantaine ? Et ça, c’est très 2025, votre honneur : continuer à regarder des films avec Gemma Arterton, toujours aussi sublime, représente une vraie forme de résistance féministe !

Au détour d’une recherche sur IMDb à propos de Freya Mavor que je viens de voir exceller dans le pourtant pas excellent Dalloway de Yann Gozlan, je tombe sur Rogue Agent, film anglais surfant a priori sur la vague de l’espionnage sérieux, justement avec Gemma Arterton.

Sorti en 2022, le film n’a connu aucune sortie salle francophone, pas plus que d’éditions sur support physique autre qu’étrangères et difficilement localisables. L’affiche laisse entrevoir du sous-John Le Carré, le film est disponible sur Canal+, il n’en faut pas plus pour que je m’y risque. Et je dois dire que j’ai plus que bien fait.

En dire plus serait criminel envers d’autres cinéphiles friands de bonnes surprises, tant Rogue Agent en est une. Non que le film soit un chef d’œuvre ou quelque chose que l’on placera dans sa top ten list annuelle. Juste un thriller redoutable, comme on aimerait en voir plus souvent sur nos écrans de cinéma.

Au risque de me répéter, mais moins vous en saurez et plus l’impact de Rogue Agent sera grand. Je ne me targuerai même pas à vous donner le titre des autres métrages auquel celui d’Adam Patterson et Declan Lawn m’a fait penser, au risque de trop divulgacher. Foncez et laissez-vous berner de la même manière que Gemma Arterton. Le jeu en vaut, à condition toutefois de ne pas être ultra-sensible, clairement la chandelle…

Où voir le film ?

Rogue Agent est disponible (location et achat) sur Canal Plus :

https://www.canalplus.com/cinema/rogue-agent/h/21043670_40099/streaming

Coffret « TERREUR IBERIQUE »

Très bonne initiative de l’éditeur Carlotta avec le coffret Terreur ibérique, regroupant deux films de genre horrifique espagnol des années 1970 : Une bougie pour le Diable (Eugenio Martin, 1973) et Poupée de sang (Carlos Puerto, 1977).

Le métrage d’Eugenio Martin se distingue particulièrement via un traitement original du thriller avec la confrontation entre un traditionalisme villageois chaste et une forme de libéralisme citadin en pleine période franquiste. Porté par Judy Geeson, comédienne britannique habituée au œuvres flippantes (L’étrangleur de Rellington Place, Doomwatch, Sueur froide dans la nuit), le film doit surtout beaucoup aux prestations d’Aurora Bautista et d’Esperanza Roy dans les rôles de deux sœurs aubergistes enfermées dans une forme de puritanisme castrateur.

Plus foutraque, Poupée de sang a pourtant un arc narratif de départ ultra efficace (un couple, dont l’homme s’annonce auprès d’un autre comme un ancien camarade de classe oublié), mais le développement devient, au fur et à mesure des minutes, de plus en plus confus, le tout assujetti d’une toile de fond casse-gueule, le film se déroulant entièrement dans une maison. Ceci ne rend heureusement pas cette rareté risible ou ennuyeuse. Juste un peu bancale, surtout si l’on regarde le film en VF, cette dernière ayant à l’évidence été produite dix ans après la sortie du métrage.

Formant un double-programme assez idéal, Terreur ibérique pourrait facilement se décliner en plusieurs volumes ou, encore mieux, surfer de la même manière avec d’autres territoires européens ayant produit jadis de précieuses œuvres de genre. Terreur transalpine, Terreur germanique, Terreur britannique… Pourquoi pas même Terreur hexagonale ? Ce n’est pas le choix qui manque…

Où voir ces films ?

Terreur ibérique (Coffret 2 Blu-rays) est disponible chez Carlotta.

LE HOLD-UP DU SIECLE (ASSAULT ON A QUEEN, Jack Donahue, 1966)

Un groupe de chasseurs de trésors planifie l’attaque à main armée du paquebot de croisière de luxe, Le Queen Mary, en utilisant un sous-marin allemand de la seconde guerre mondiale…

Au rayon des films totalement disparus des radars depuis des décennies, celui-ci détient assurément la Palme. La chose est d’autant plus surprenante que Frank Sinatra en est la tête d’affiche.

Exhumé il y a une grosse dizaine d’années en Blu-ray aux Etats-Unis mais sans la moindre option française, Assault on a Queen fait aujourd’hui son apparition au catalogue de l’éditeur Rimini. La quête de la version française semble d’ailleurs avoir été aussi ardue que celle du Graal pour Indiana Jones (recherche chez les collectionneurs, puis exhumation de cette dernière depuis une copie 35mm – démarche parait-il hors de prix).

L’attente était tellement grande concernant cette pépite disparue du cinéma haut en couleur sixties qu’on en serait presque déçu, dans la mesure où ce Hold-up du siècle dure en tout et pour tout 10 petites minutes au milieu de cette pelloche de presque deux heures. C’est sans doute oublier un peu vite que tous les films de casse de la même période, Topkapi en tête, fonctionnent de la même manière, les préparatifs et les répercussions du méfait restant comme le centre névralgique des métrages.

Sorte de suite swinguante (grâce à la BO de Duke Ellington – certes moins culte que celle d’Autopsie d’un meurtre, mais néanmoins des plus agréables) de Ocean’s 11, Assault of a Queen anticipe de manière claire le dyptique Tony Rome (Tony Rome est dangereux, La femme de ciment) mené par le même Sinatra, tant le décorum d’un port de plaisance en toile de fond y est comparable. Ceci sans parler de la même cool attitude du crooner devant la caméra.

Mentionnons encore un film Disney basé sur le même principe (des casseurs plutôt marrants et inexpérimentés utilisant un port de plaisance pour transporter le contenu d’un coffre via un sous-marin de fortune), définitivement plus mouvementé, qui reste également impossible à voir sur territoire francophone. La quête de la VF du formidable Du vent dans les voiles (The Boatniks, Norman Tokar, 1970) pourrait sans doute être un bon défi à relever pour les Editions Rimini.

Où voir le film ?

Le hold-up du siècle est disponible en Combo Blu-ray+DVD chez Rimini Editions.

LES FUYARDS DU ZAHRAIN (ESCAPE FROM ZAHRAIN, Ronald Neame, 1962)

Au Moyen-Orient, un homme politique est délivré par un groupe de jeunes partisans lors d’un transfert de prison. Le groupe s’empare d’une ambulance et décide de traverser le désert pour rejoindre un pays voisin…

Depuis ses débuts, l’éditeur Rimini, chapeauté par Jean-Pierre Vasseur, ancienne tête pensante de la maison Opening (grâce à laquelle nous avions eu droit à maintes belles raretés à la grande époque du DVD), offre régulièrement aux cinéphile la possibilité d’accéder à des œuvres du passé ayant totalement disparues.

Au registre, Les fuyards du Zahrain est le parfait exemple, puisque le métrage n’avait jamais été exploité sur aucun support sur territoire francophone européen. Fort est donc à parier que le film de Ronald Neame (L’aventure du Poséidon) sera une vraie découverte pour beaucoup.

Certes, le film n’est pas un chef d’œuvre. On est néanmoins épaté par le côté sec et direct du film, sorte de Salaire de le Peur décomplexé, ne faisant aucun cas d’éléments externes à une intrigue centrale resserrée au maximum, centrée sur une petite poignée de personnages unis par la force des choses.

Mentionnons aussi une présence féminine loin d’être anodine, puisque le personnage incarné par Madlyn Rhue (Un monde fou, fou, fou, fou) est une femme très émancipée pour l’époque (ne manquant d’ailleurs jamais de remettre ses Messieurs à leur place). Egalement la présence furtive de James Mason, non crédité au générique. Un film dans son époque certes, mais qui a à la fois du panache et de la classe.

Où voir le film ?

Les fuyards du Zahrain est disponible en Combo Blu-ray+DVD chez Rimini Editions.

LE MYSTERE ANDROMEDE (THE ANDROMEDA STRAIN, Robert Wise, 1971)

Isolée dans une base secrète, une équipe de scientifiques étudie un virus extraterrestre ayant décimé en quelques heures un village reculé. Seuls, deux habitants ont mystérieusement survécu : un bébé et un vieillard. Il ne reste que quelques jours pour trouver un moyen de supprimer ce virus avant qu’il ne risque de se propager à la surface du globe…

1968 : la sortie sur les écrans de 2001, l’odyssée de l’espace, bouleverse à tout jamais la stratosphère cinéma grâce à un réalisme et un visuel jamais vus auparavant. Dès lors, plusieurs productions vont s’engouffrer dans la brèche ouverte par Stanley Kubrick en produisant toute une série de métrages de science-fiction à connotations philosophiques, écologiques ou potentiellement catastrophistes, restés dans l’histoire du cinéma.

Adaptation du premier roman que le jeune Michael Crichton signe de son nom, Le mystère Andromède réussi l’incroyable pari de rester proche d’une réalité biologique. En effet, si l’hypothétique virus extraterrestre présenté dans le roman relève heureusement du pur fantasme, ses conséquences sur l’homme peuvent tout à fait être étayables du point de vue biochimique. Preuve que le passé de médecin de Crichton aura nourri son œuvre au point de la rendre des plus crédibles.

A l’époque du tournage, Robert Wise est un cinéaste approchant la soixantaine. Tout porterait à croire qu’il n’est donc pas l’homme de la situation. Au vu du résultat final, on est époustouflé par le côté novateur de la mise en image du Mystère Andromède. Cherchant également à coller au mieux à un récit qui se veut le plus réaliste possible, Wise prend près de 40 minutes pour nous immerger, tels les protagonistes de cette aventure, au cœur d’un laboratoire ultra-sécurisé de toute part, tant du point de vue « secret défense » que de son aspect parfaitement hermétique.

Film « claustrophobesque » à souhait, The Andromeda Strain reste un véritable cas d’école. En effet, jamais depuis dans l’histoire du cinéma, un film n’aura autant réussi à tenir en haleine le spectateur sans autre artifice que le décor d’un laboratoire ultracontrôlé situé à des centaines de mètres sous terre.

Soutenu par les effets visuels de Douglas Trumbull, déjà responsable de ceux de 2001, et par une bande originale très novatrice de Gil Mellé, compositeur généralement cantonné à la télévision qui ouvre ici une brèche pour tous les futurs compositeurs de thrillers paranoïaques 70s (Michael Small, David Shire…), Le mystère Andromède reste, au vu de sa thématique et plus de 50 ans après sa sortie, une œuvre effroyablement intemporelle.

Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »

Où voir le film ?

Le mystère Andromède est disponible en Blu-ray et DVD chez BQHL.

HAMBURGER HILL (John Irvin, 1987)

Vietnam, mai 1969 : tandis que s’ouvrent les premières négociations visant à mettre fin à la guerre, la 101e division aéroportée continue de se battre sur le front. Les blessés et les morts sont évacués, remplacés par de jeunes recrues tout juste débarquées. L’état-major ordonne de conquérir une colline d’importance stratégique, surnommée de manière dérisoire « Hamburger Hill » par les soldats. La lutte pour le monticule de terre durera dix jours…

« Vous pensez que vous avez des problèmes parce que vous êtes contre la guerre, que vous avez manifesté en fac, que vous portez des symboles pacifistes et que vos actions ne sont pas en accord avec vos opinions ? Je suis orphelin, mon frère est pédé, toute la ville de Chicago à la chtouille grâce à ma sœur. Ma mère boit, le vieux crache ses poumons, j’ai de l’herpès, le pied d’athlète et le colon plein de vers et la guerre a ruiné mes chances de devenir un jour un très grand médecin. Vous n’avez aucun problème, excepté moi… ». Telle est l’une des nombreuses punchlines aiguisées lâchées par Dylan McDermott, comédien dont la prometteuse carrière se destinera à devenir un excellent second rôle récurent du cinoche américain.

On pourrait d’ailleurs trop hâtivement en conclure que Hamburger Hill est un simple émule de Platoon et Full Metal Jacket, deux métrages arrivant à point nommé après maints films de « namsploitation » outrageusement patriotiques (Rambo II, Portés disparus,…). A sa manière, Hamburger Hill parvient à tirer son épingle du jeu. Le film de John Irvin n’a donc aucunement à rougir face aux métrages d’Oliver Stone et Stanley Kubrick. Mieux : il parvient à dépeindre, sans pour autant en montrer une seule image, le malaise régnant dans l’opinion publique américaine à la fin des années 1960 face au conflit armé faisant rage au Vietnam.

Malgré le côté frontalement gore pour l’époque (qui anticipe d’une certaine manière ce que fera Steven Spielberg avec Saving Private Ryan), le véritable sujet de Hamburger Hill se situe ailleurs. A travers sa vision de la camaraderie ne pouvant que souder des soldats très souvent envoyés au combat malgré eux, John Irvin parvient, via des interactions ciselées entre ses protagonistes, à mettre en lumière un évident désarroi.

Tout d’abord à travers le portrait de soldats noirs américains s’estimant jetés en pâture pendant que des fils de bonnes familles blancs ont réussi à échapper à leur incorporation. Ensuite via de simples quidams bien conscients, grâce au courrier qu’ils échangent avec leurs proches aux Etats-Unis, qu’ils ne seront à coup sûr pas traités comme des héros à leur retour, ce qu’on leur a fait miroiter si, de bonne fortune, ils en réchappent. Une œuvre essentielle sur la guerre du Vietnam, qu’il serait grand temps de réévaluer à sa juste valeur.

Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »

Où voir le film ?

Hamburger Hill est disponible en Blu-ray et DVD chez Metropolitan.