LADY NAZCA (Damien Dorsaz, 2025)

Pérou, 1936. Maria Reiche (Devrim Lingnau), jeune enseignante allemande en poste à Lima, rencontre Paul d’Harcourt (Guillaume Gallienne), éminent archéologue français. Ce dernier l’emmène dans le désert de Nazca en vue d’identifier une potentielle ancienne voie d’irrigation. Sur place, la jeune femme découvre de longues lignes droites se prolongeant au-delà de l’horizon. Ces signes, visiblement créés par l’homme, vont peu à peu devenir, au-delà d’une quête d’identification, le combat d’une vie…

En parcourant les critiques consacrées au premier film de Damien Dorsaz, on a vraiment l’impression de ne pas avoir vu le même métrage que certains rédacteurs. Que Télérama n’aime pas Lady Nazca est une chose plutôt rassurante, mais que la rédaction de Première, qui affiche parfois des avis dithyrambiques à propos de métrages on-ne-peut plus dispensables, soit aussi mitigée relève de l’incompréhension, tant ce coup d’essai force le respect.

Oui, le décor naturel qui s’offre aux caméras de Dorsaz fait une partie de travail, mais on ne peut légitimement par réduire les qualités de Lady Nazca dans à simple constat. Évitant les poncifs du biopic, le comédien d’origine valaisanne, dont il s’agit du premier long métrage en tant que réalisateur, effleure en filigrane plusieurs thématiques ultra-tendance (la place des femmes dans la société de la première moitié du 20e Siècle, l’homosexualité affranchie de l’héroïne, la montée du nazisme en Allemagne obligeant certains ressortissants, en opposition au 3e Reich, à fuir leur pays) de manière tellement habile et discrète que l’impact en est d’autant plus puissant sur le spectateur.

Ainsi, à aucun moment, Lady Nazca ne cherche à devenir un film à message. Simplement d’offrir à une audience, certes avec l’appui d’authentiques décors étant au cœur d’histoire, une forme d’epic d’un classicisme tellement assumé qu’il en résulte une évidente qualité artistique.

Citant comme sources d’influence majeure des longs métrages importants tel que Walkabout de Nicolas Roeg ou Vanishing Point de Richard Sarafian (bien que ces incontournables restent malheureusement encore et toujours peu montrés aux nouvelles générations), Damien Dorsaz pourrait sans rougir rajouter à la liste David Lean, tant certains plans portent l’empreinte de Lawrence d’Arabie.

Parmi les influences du réalisateur, on note également la présence de Werner Herzog et son hallucinant Fizcarraldo. Sauf que là où le légendaire cinéaste allemand se plaisait à faire le portrait de « conquistadors de l’inutile », Damien Dorsaz dépeint de manière claire, au-delà du très beau portrait d’une personne obstinée au-delà du raisonnable (trait de caractère humain donnant souvent lieu à de très grands films), le parcours d’une femme ayant trouvé le vrai sens de son existence.

Grâce à son regard à la fois doux et déterminé qui capte admirablement la lumière, la comédienne Devrim Lingnau offre une incarnation éclatante et puissante de Maria Reiche. A tel point que cette comédienne allemande, encore peu connue du grand public, « bouffe littéralement l’écran » avec le risque d’effacer au passage ses pourtant excellents partenaires de jeu.

Un très joli film, qu’il serait d’ailleurs bienvenu de proposer pour des séances scolaires, tant il est évidement que les élèves ne pourraient en sortir autrement qu’enchantés.

Lady Nazca de Damien Dorsaz, avec Devrim Lingnau, Guillaume Gallienne, Olivia Ross, Marin Pumachapi, Javier Valdes, France/Allemagne, 1h39.

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