
Fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, Audrey Dumont (Ana Girardot) se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec Bruno Fournier (Olivier Gourmet), un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d’un système impitoyable. Durant de redoutables négociations, elle va tout mettre en œuvre pour aider son frère Ronan (Julien Frison), qui a repris la ferme familiale. Une exploitation sur le point de se faire englober par un grand groupe alimentaire concurrent…
En quelques petites années, la France est devenue le pays du thriller social. A savoir des œuvres pouvant à la fois être appréciées par un public exigeant, pour qui un aspect sociétal ancrée dans notre époque est nécessaire, mais aussi par l’amateur de films de genre aiguisé.
Difficile de dire exactement quand cette brèche a réellement démarré. Il est néanmoins assez facile de constater que Les algues vertes, BD remarquable basée sur une enquête journalistique complexe devenu un thriller de haut vol – bien que resté inédit sur territoire helvétique – sous la caméra du vétéran Pierre Jolivet, fit office de détonateur.

Ainsi, depuis trois ans débarquent régulièrement sur nos écrans des œuvres en premier lieu cataloguée au registre « cinéma d’auteur », alors que ces dernières pourraient sans aucun doute élargir leur public sans cette étiquette faussement élitiste.
Premier long métrage d’Anthony Dechaux, comédien ayant eu l’audace d’opter directement pour le format long métrage lors de son passage derrière la caméra, La guerre des prix a à l’évidence une affiliation directe avec le thriller à connotation sociale. Se revendiquant – et ça se voit à l’écran – du cinéma de Stéphane Brizé (En guerre, un autre monde) mais aussi de l’excellent Petit paysan d’Hubert Charuel (ne vous fiez pas au titre : ce métrage est redoutable !), le nouveau cinéaste évoque aussi le cinéma de James Gray en influence directe (pour le talent du réalisateur américain a savoir mieux que quiconque représenter la cellule familiale dans son œuvre).
Parfait croisement entre La loi du marché de Stéphane Brizé (pour le côté oppressant des classes ouvrières que l’on presse comme des citrons) et Le système Victoria de Sylvain Desclous (l’aspect « machine à broyer » des multinationales y est tout à fait comparable), La guerre des prix met habilement en lumière et sans détour la manière dont les grands groupes financiers n’hésitent pas, avec le soutien de nos élus politiques, à utiliser le prétexte du maintien du pouvoir d’achat des masses pour augmenter leurs bénéfices. Avec pour effet collatéral de réduire à néant et sans le moindre scrupule tout obstacle humain qui se mettrait en travers de leur chemin ; que ce dernier soit un simple travailleur ou un pion stratégiquement placé sur l’échiquier du profit.

Dans le rôle du pion insidieusement mis en avant pour mieux servir la cause des grands groupes, Ana Girardot est remarquable dans le rôle d’Audrey. Impassible, déterminée mais gardant en ligne de mire ses convictions, son personnage ne devient ambigu que pour mieux servir ses convictions personnelles. Face à elle, Olivier Gourmet est évidemment imparable en coupeur de tête sans états d’âme, mais qui garde une forme d’éthique toute personnelle imparable. Donc impossible à mettre en cause.
On pardonnera donc à Anthony Déchaux de vouloir courir après plusieurs lièvres à la fois. En effet, le nouveau cinéaste se permet, sans doute dans son élan frénétique de jeune réalisateur, d’ouvrir des brèches parallèles à son intrigue centrale qu’il laissera pour la plupart sur le carreau en cours de route.
Ceci ne gâche fort heureusement rien ou presque au plaisir spontané que procure cette Guerre des prix, un thriller dont les enjeux sont un peu convenus certes, mais qui a au moins pour mérite d’être très bien écrit, mis en scène avec panache et servi par un casting impeccable.
La guerre des prix d’Anthony Dechaux, avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Aurélia Bloquet, Jonas Bloquet, Yannick Choirat, France, 2025, 1h36.
