LES RAYONS ET LES OMBRES (Xavier Giannoli, 2026)

Au début des années 1930, Jean Luchaire (Jean Dujardin), homme de gauche aux convictions pacifistes, fait la connaissance d’Otto Abetz (August Diehl), allemand francophile. Fiers de leurs convictions, ils se battent pour la consolidation de liens durables entre leurs deux pays.

Avec l’éclatement de la Deuxième Guerre Mondiale, leur idéalisme glisse progressivement vers le collaborationnisme mis en place par le régime de Vichy, dont les bienfaits pour le peuple dans une France occupée semblent sournoisement être la voie à suivre.

Tandis qu’Otto Abetz est nommé ambassadeur d’Allemagne en France, Jean Luchaire devient patron de presse à la tête du journal « Les Nouveaux Temps », publication de propagande financée par le IIIe Reich. Sa fille Corinne (Nastya Golubeva), atteinte de tuberculose, tente de maintenir sa carrière de jeune comédienne prometteuse…

1969. Tandis que Marcel Ophüls se voit refuser la diffusion de son documentaire-fleuve Le chagrin et la pitié par le conseil d’administration de l’ORTF (lequel comptait parmi ses membres Simone Veil), Luchino Visconti se fait tirer dessus à boulet rouge pour Les damnés, que la presse allemande n’hésitait pas à qualifier de « cabinet de curiosités surdimensionné ».

La réalité d’une époque pourtant placée sous le signe des libertés inconditionnelles est sans appel : ni la France, ni l’Allemagne ne sont encore prêts à regarder en face leur propre histoire. A savoir que derrière le combat acharné de résistants héroïques se cache aussi une autre vérité : celle des personnes ayant choisi de prendre le parti de l’envahisseur nazi.

Louis Malle en fera d’ailleurs lui aussi les frais quelques années plus tard avec Lacombe Lucien, portrait glaçant d’un jeune homme sans idéologie qui, devant l’impossibilité d’intégrer le maquis, rejoint la Gestapo française après avoir été séduit par la promesse chimérique d’une potentielle future assise sociale en lieu et place d’un avenir prolétaire tout tracé.

Taxé d’œuvre légitimant le collaborationnisme alors que le film dépeignait très adroitement la manière dont une personne ordinaire peut basculer dans l’inimaginable lorsqu’elle voit une possibilité de se distinguer, Lacombe Lucien obligera Malle à s’exiler aux Etats-Unis afin de pouvoir continuer sa carrière.

Sans tirer de liens trop directs, il est facile de voir des similitudes entre Lacombe Lucien et Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli. Sans jamais tomber dans le manichéisme, le réalisateur des Illusions perdues livre un portrait par instant romanesque et au final peu jugeant du triangle de personnages au cœur de l’intrigue-fleuve de son dernier métrage.

Une position narrative qui renforce à l’évidence le fonctionnement machiavélique de l’envahisseur allemand à vouloir endormir les masses via deux stratagèmes très étudiés, dont Luchaire et Abetz furent les principaux émissaires : faire en sorte que le peuple français reste faible et le plus divisé possible.

Se basant sur des faits authentiques mais en épurant au maximum les personnages (seuls Jean Luchaire et sa fille ainée Corinne sont clairement représentés ici, alors que l’homme de presse avait cinq enfants), en dosant parfaitement les élans démonstratifs face au déroulement de la période de l’occupation française, Xavier Giannoli signe une œuvre à la fois remarquable et passionnante. Donc très facile d’accès, et ce malgré la longueur du métrage qui pourrait en rebuter plus d’un.

La durée actuellement excessive des films de cinéma – dont la raison la plus évidente est d’obliger les exploitants de salles à occuper plusieurs écrans avec le même film – aura au moins permis à une poignée de cinéastes ambitieux de revenir au format « Epic », disparu à l’aube des années 1970.

Avec son dernier long-métrage, Xavier Giannoli entre de manière évidente dans la cour des réalisateurs ambitieux, mais dont ce trait de caractère ne sert qu’à une chose : tourner des œuvres prestigieuses et mémorables. Qui ont donc toutes les chances de marquer durablement l’histoire du cinéma. Les rayons et les ombres est clairement de cette trempe. A voir donc sans l’ombre d’une hésitation.

Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli, avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August Dielh, André Marcon, Valeriu Andriuta, Elina Löwensohn, France, 3h19.

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