LE DERNIER TRAIN DU KATANGA (DARK OF THE SUN/THE MERCENARIES, Jack Cardiff, 1968)

© 1968 by MGM

Au début des années 1960 dans une Afrique noire en pleine décolonisation, le capitaine Curry (Rod Taylor), un mercenaire, est chargé par le président de la nouvelle République démocratique du Congo de conduire un train dans la région éloignée du Katanga. But de l’opération : rapatrier les colons occidentaux menacés par les rebelles.

En réalité, ce convoi ferroviaire doit surtout servir à la récupération d’un lot de diamants d’une valeur de 50 millions de dollars, bloqué dans le coffre de la plus importante compagnie minière du pays. Associé comme toujours à son bras droit Ruffo (Jim Brown), Curry constitue dans l’urgence une équipe de soldats de fortune, dont l’épopée ne se déroulera pas comme prévu…

Rod Taylor © 1968 by MGM

Je n’ai que peu de choses à dire sur les relations qui me lient à ma mère, sauf peut-être une inconscience de sa part à me laisser voir des programmes clairement destinés à un public plus âgé. Aucune connotation cheloue : je ne parle ici que de choses diffusées sur les ondes hertziennes du début des années 1980, au moment où nous n’avions que 4 chaines francophones.

Outre le fait de m’avoir mis devant Psychose et Belphégor sous prétexte que ces deux bombes allaient me mettre le mon trouillomètre à zéro, ma très chère mère avait aussi pour habitude régulière de me sommer l’enregistrement de films qu’elle ne connaissaient pas, mais qui lui semblaient essentiels afin de nourrir sa passion dévorante, encore aujourd’hui inexplicable pour moi, pour les conflits armés situés dans des territoires autres qu’occidentaux.

Jim Brown © 1968 by MGM

Au registre, la diffusion du Dernier train du Katanga sur feu FR3, probablement lors d’une des rares Dernière séance où Schmoll ne nous avait pas seriné avec ses westerns à la con, n’avait pas échappé à sa vigilance. Ma mission était claire : ne pas oublier de planter une VHS dans le magnéto et de capter la diffusion du film de Jack Cardiff.

Ayant déjà maté à ce moment-là Les Canons de Navarone, Quand les aigles attaquent et les plus corrosifs Douze salopards, je n’imagine aucunement Dark of the Sun être autre chose qu’un énième ersatz de ce qu’on appelait « le film de mission de guerre ». Grosse erreur…

Dès les premières minutes du Katanga, on comprend que le ton sera plus radical. Beaucoup plus même. Cardiff n’hésite pas à nous présenter, outre un tandem de frères d’armes à l’amitiés trouble constitué de Rod Taylor et Jim Brown, une kyrielle de vrais salopards. Ceux-là même qui envahiront tantôt le cinéma de genre transgressif transalpin.

Rod Taylor & Yvette Mimieux © 1968 by MGM

Partiellement basé sur des faits authentiques s’étant déroulés durant la guerre d’indépendance congolaise, le film de Jack Cardiff ne fait donc pas dans la dentelle, bien qu’il soit placé sous la bannière de la prestigieuse MGM. Cardiff confiera d’ailleurs plus tard que la réalité d’un pays livré à la solde de mercenaires et de rebelles – qu’il a découvert durant les préparatifs du tournage – lui a sans doute fait perdre la notion de ce qu’il est encore raisonnable ou non de montrer à l’écran à l’aube des années 1970 dans un film rangé au rayon « divertissement ».

En dire plus à propos de Dark of the Sun serait criminel, tant tout était ici clairement en avance sur son époque. Signalons simplement encore que la bande originale du film est signée par le français Jacques Loussier, et qu’il s’agit sans l’ombre d’un doute sa meilleure partition. Egalement que cette bobine est sans cesse citée en référence par Martin Scorsese et Quentin Tarantino. Le dernier train du Katanga serait-il le grand film méconnu des années 1960 ? Assurément oui.

Où voir le film ?

Sorti en DVD en 2012 dans une collection placée sous la bannière de la chaîne de télévision TCM, Le dernier train du Katanga restait jusqu’ici au registre des « manques évidents » en Blu-ray sur territoire francophone.

Petit miracle en provenance d’Espagne, un Blu-ray du film, basé sur le même très beau master que la version sortie chez Warner Archive, vient de paraitre. Attention toutefois : le film de Cardiff était déjà sorti en HD chez nos amis ibériques, mais sans autre option audio que l’anglais et l’espagnol. Veillez donc à trouver la dernière mouture correspondant au visuel ci-dessus.

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