
Trafiquant de cigarettes, Luca (Fabio Testi) opère à Naples et dispose d’une équipe de chauffeurs de bateaux à moteur à ses ordres. Après avoir été poursuivi en mer par la brigade financière, ce père de famille soupçonne son rival principal de vouloir le piéger en transmettant des informations à la police. But de l’opération : mettre la main, de manière exclusive, sur un juteux business. Une affaire qui pourrait d’ailleurs bientôt évoluer vers autre chose que la simple contrebande de tabac…
Film tourné juste après L’enfer des zombies et avant que Lucio Fulci ne signe sa désormais fameuse trilogie de la mort (Frayeurs, L’au-delà, La maison près du cimetière), Le guerre des gangs fait presque office d’erreur de parcours. Alors qu’il est déjà versé dans le pan gore et horrifique de sa carrière et qu’il déteste ouvertement les poliziotteschi, le réalisateur transalpin se laisse malgré tout tenter. Fort lui en a bien pris.

Gardant les côtes propres au genre, surfant quasi-ouvertement sur French Connection et ne rechignant à aucun instant à jouer la carte d’une outrance graphique, Fulci signe sans le savoir le dernier grand film d’un genre déjà moribond à l’époque.
La présence au générique de Marcel Bozzuffi, dans une prestation sous acide d’un clone du personnage qu’il incarnait chez Friedkin, reste une prouesse – si l’on peut dire – au registre du bad guy digne de la couverture d’un dictionnaire que l’on consacrerait aux pires ordures de l’histoire du cinéma (tiens, en voilà une bonne idée…).

Film n’étant pas sans rappeler le très surprenant Big Guns de Duccio Tessari avec Alain Delon, la violence graphique outrancière en moins, La guerre des gangs offre au toujours impeccable Fabio Testi le rôle d’un gangster au code d’honneur intact, pour qui le mot « incorruptible », quand bien même si l’homme est placé du mauvais côté de la barrière, prend tout son sens.
Visuellement éprouvant de par les excès calculés de Lucio Fulci, mis en scène avec panache et peuplé de « gueules » du cinéma de genre italien (on y croise même Venentino Venentini et Ajita Wilson), La guerre des gangs tire admirablement son épingle du jeu. Un polar bien troussé, comme on le disait jadis.

Où voir le film ?
Si la filmographie de Lucio Fulci est éparpillée chez plusieurs éditeurs, il est à signaler qu’Artus Films a depuis toujours était le plus actif afin de donner accès aux cinéphages à la filmographie de l’enfant terrible d’Italie dans les meilleures conditions possibles.
Tandis qu’Artus vient de passer la main sur certains films de Lucio Fulci, le toujours méticuleux éditeur vient de publier un très beau et luxueux Mediabook consacré à La guerre des gangs. Au menu, le film dans une copie impeccable (Blu-ray et DVD), un riche livret largement illustré et, cerise sur le gâteau, la bande originale du film signée Fabio Frizzi, collaborateur régulier de Fulci, dans une formidable partition disco en diable. A contrecourant des habitudes du compositeur donc.
