
1982. Après un mystérieux événement cosmique, le quartier d’Oak Street est arraché à sa banlieue et transporté dans un lieu inconnu. Une famille y résidant découvre rapidement que sa survie même va dépendre de sa capacité à rester unie pour naviguer dans un environnement désormais méconnaissable et franchement hostile…
Une bande annonce qui fait craindre le pire, un réalisateur à la filmographie éparse, des retours plus que négatif : rien ne m’engageait à me risquer à la vision de La fin d’Oak Street, dernier long métrage de David Robert Mitchell qui, après un petit film d’horreur surcoté (It Follows, 2018) et une œuvre ambitieuse bien que peu digeste ayant ravi à l’époque toute l’intelligentsia branchouille (Under the Silver Lake, 2018), voilà presque une décennie que ce discret cinéaste au parcours étonnant était aux abonnés absents.
Encore plus étonnant lorsqu’on apprit que cet homme de cinéma définitivement rangé par la même intelligentsia pédante au registre « auteur » allait signer un métrage plus proche d’un blockbuster que d’une œuvre sélectionnée pour la Palme d’Or (ce qui fut le cas, on ne sait trop par quel miracle, de son avant-dernier film).

C’est donc à reculons que je me suis risqué à la projection d’Oak Street. Et là, patatras : je me retrouve dès les premières minutes face à tout, sauf ce à quoi je m’attendais. A savoir un film à la mise en scène ultra-maitrisée (une séquence de dialogue entre les quatre protagonistes principaux, fait de plans ultra-rapproché de profil en contrepoint d’un interlocuteur, est digne d’un cours de cinéma), un scénario faisant certes appel à la nostalgie du gamin des eighties que je suis mais bien torché, des effets spéciaux très convaincants et servi par un quatuor de comédiens parfaits dans leurs rôles. Et surtout, ô miracle, un film court (moins de 100 minutes) avec un début, un milieu et une conclusion maligne.
Produit par J.J. Abrams, La fin d’Oak Street n’est pas sans rappeler l’excellent Super 8. Donc les productions Spielberg des années 80 chères à mon cœur. Alors oui, vous me direz : à quoi bon nous faire une énième variation sur ce qu’on connait déjà ? Alors oui, la famille au centre des hostilités est au bord du divorce et se retrouvera réunie grâce à l’aventure qu’ils vont traverser. Oui, on y voit des gamins rouler à vélo. Oui, les dinosaures au cinéma, on en a marre. Et oui, Ewan McGregor porte une moumoute qui se voit à des kilomètres.

Sans renouveler quoique ce soit, David Robert Mitchell parvient ici à faire tout ce que Stranger Things et Jurassic World ne parviennent même pas à effleurir : divertir sans temps mort, en restant centré à chaque instant sur une intrigue unique, sans nous laisser une hypothétique porte ouverte à le potentielles déclinaisons futures et, chose devenue extrêmement rare, avec du mordant.
Bien plus méchant qu’il n’y parait, flippant juste ce qu’il faut pour ne pas terroriser vos kids et réservant son lot de « jump scare » quasiment impossible à détecter, La fin d’Oak Street est donc le film que l’on attendait pas du tout, mais qu’on est ravi d’avoir découvert.

La fin d’Oak Street de David Robert Mitchell, avec Anna Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella, Christian Convery, P.J. Byrne, Etats-Unis/Canada, 2026, 1h39.
