
Dan (Bruce Davison) et Peter (Richard Thomas), deux adolescents en vacances à Fire Island, se lient d’amitié avec Sandy (Barbara Hershey), une jeune femme rencontrée sur la plage alors qu’elle tentait de voler au secours d’une mouette blessée.
Rapidement devenus inséparables, les trois teenagers passeront le plus clair de leur été ensemble. Mais l’arrivée de Rhoda (Catherine Burns), une jeune fille introvertie, va rapidement mettre à mal l’équilibre déjà fragile d’un trio en manque de repères, car sans cadre familial défini…

En jetant un rapide coup d’œil à la biographie du scénariste Larry Karaszewski (Ed Wood, Larry Flynt, Big Eyes, Chair de poule), il n’est fait à aucun moment fait mention du film Last Summer de Frank Perry. Normal : l’homme n’est aucunement lié à la production de ce long métrage, jusqu’ici considéré comme définitivement perdu. Sauf que.
Marqué à jamais par ce film qu’il a découvert en salle lors de sa sortie alors qu’il était très jeune, Karaszewski n’a cessé depuis de tenter reconstituer le puzzle d’un métrage dont toutes les copies semblaient avoir été détruite.
Bien que présent aux Oscars dans une catégorie « meilleur second rôle féminin » pour Catherine Burns (la comédienne repartira bredouille alors qu’elle aurait largement mérité la statuette atterrie dans les mains de Goldie Hawn), également classé X par la MPAA, Last Summer n’aura malheureusement pas droit à la même postérité que Midnight Cowboy de John Schlesinger, autre film indépendant ayant lui aussi atterri dans cette catégorie maudite, et qui raflera toutes les statuettes cette année-là.

Rapidement amputé de nombreux plans et courtent séquences lui permettant de quitter le X pour la catégorie R (permettant aux spectateurs de plus de 17 ans d’entrer en salle), le film de Frank Perry sera charcuté une nouvelle fois pour son passage à la télévision, ne laissant de l’œuvre originale plus qu’un semblant du drame trouble qu’il était à l’origine.
Tel Indiana Jones, Larry Karaszewski a passé les dernières décennies à chercher une copie complète du film tel que présenté dans les cinémas lors de sa sortie. Impossible à restaurer depuis les négatifs originaux, la dernière bobine restant impossible à localiser (la « Reel 5 » du film étant celle qui a la plus été sujette à des coupes), les rares spectateurs ayant pu voir Last Summer jusqu’ici avait dû se contenter d’une copie intégrale 16 mm passablement ternie par le temps ou de VHS frelatées et incomplètes.

Le miracle arrive en juin 2025 : alors qu’il était sur le point de rendre les armes, Karaszewski découvre une copie 35 mm du film, intégrale et miraculeusement très bien conservée dans les archives du British Film Institute. De là à convaincre Warner, aujourd’hui détentrice des droits de Last Summer, d’entamer un gros travail de restauration, il n’y avait qu’un pas.
Longtemps fantasmé, Last Summer est donc enfin visible. Si la joie est évidemment au rendez-vous, le mythe du film perdu biaise à peine notre sentiment après la vision du film de Frank Perry, tant ce dernier est déstabilisant.
Ne cherchant à aucun moment à se positionner face aux actes des protagonistes, le réalisateur de The Swimmer livre ici une œuvre brute, amorale, qui tranche clairement avec notre époque. Un positionnement renforçant à coup-sûr l’impact émotionnel que cette rareté aura sur le spectateur. Un grande, très grande surprise.

Où voir le film ?
Last Summer est disponible en Blu-ray dans la collection Warner Archive. Si comme à l’accoutumée le disque est dénué d’une quelconque option française, on notera, chose rare dans la série, la présence de bonus tournés pour l’occasion, ainsi qu’un livret et un étui cartonné (« slipcover » pour les initiés), d’ordinaire réservé aux éditions 4K.
Même si la jaquette ne le mentionne pas, il est important de signaler un décrochement qualitatif sur les 20 dernières minutes du film, qui s’explique facilement, les 4 premières bobines ayant été restaurées à partir du négatif original alors que la dernière provient de la copie 35 mm miraculeusement retrouvée au BFI.

