
Ceux qui me connaissent un temps soi peu le savent : le sport et moi, ça fait 12. Quand une envie subite me prend de faire du sport, je me couche et j’attends que ça passe. Et il faut bien l’admettre : ça passe, même très vite. Quand j’étais ado et qu’on me demandait quel sport je pratiquais, je répondais : je lis le journal. Faut croire que cette tendance, ce besoin de m’épancher de manière épistolaire, m’a poursuivi toute ma vie.
Dès lors, mon avis sur le sport en général n’est à utiliser, comme le dirait Claude Rich, qu’en suppositoire. Et encore : taille pour enfant. Mais il faut admettre que certaines disciplines, tels que la course automobile ou les sports de glisse, ont une connivence évidente avec l’image en mouvement.
J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé que deux athlètes fribourgeois opérant en sport individuel ayant su se distinguer au-delà des espérances : Jo Siffert et Mathilde Gremaud. Venus de peuple et ayant gravi les échelons rapidement à la force de leur seule volonté, le coureur automobile et la championne de ski acrobatique sont devenus, presque malgré eux, des figures emblématiques arrivant à capter l’attention de tous. Au point même d’être devenu des modèles dont on suit de manière passionnées les exploits, que l’on s’intéresse au sport ou non.

Autant je me fous royalement de la course automobile, autant je me bats les steaks du ski acrobatique, autant l’évocation des parcours respectifs de Jo Siffert et Mathilde Gremaud sont capables de déclencher chez moi une frénésie prenant forme de discussions passionnées, que je partage volontiers dans la convivialité autour d’une table. La raison en est d’ailleurs assez évidente : l’image magnétique que renvoient ces deux athlètes de haut vol ressemble à s’y méprendre au parcours d’une figure de légende singulière à laquelle à consacrerait volontiers un biopic.
L’arrivée sur la plateforme de Red Bull TV d’un documentaire consacré à Mathilde Gremaud ne pouvant donc qu’attiser l’intérêt du cinéphage que je suis, tant le parcours de la « petite de La Roche » bluffe par sa spontanéité a priori sincère. Pourtant, dès les premières images de She who flies, un léger doute s’empare de moi.
La forme de l’ensemble, ressemblant à une gigantesque pub de 50 minutes, est parfaite. Tellement d’ailleurs qu’on a le sentiment qu’une quelconque forme d’authenticité a été bannie du cahier des charges. Les images spectaculaires ultra-léchées sont entrecoupés de séquences d’interviews de la principale intéressée, mais aussi de son entourage.
Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion d’assister à un échange entre deux personnes non-anglophones s’efforçant d’interagir dans la langue de Shakespeare. Dans la négative, je peux vous assurer que le résultat sonne rarement juste. On ne comprend dès lors pas bien pourquoi la production de She who flies a opté pour l’anglais, tant l’ensemble en devient aussi impersonnel que le décor utilisé en toile de fond pour filmer Mathilde Gremaud (qui s’exprime pourtant dans un anglais parfait).

Si le documentaire fera clairement le job pour un public invité à une soirée VIP organisé par Red Bull, il y a fort à parier que le citoyen lambda, à juste titre très fier de monter à bord d’un bus des transports publics fribourgeois affichant à la place de la destination « Bravo Mathilde ! » pour souligner fièrement sa récence victoire en slopestyle au Jeux Olympiques, ne s’y retrouve pas.
C’est d’autant plus regrettable que la freestyleuse apparait, lors de très brefs instants où elle s’exprime en français dans le documentaire, beaucoup plus humaine. C’est également d’autant plus rageant en constatant qu’il aurait été facile, en optant non pas un portrait généraliste mais plutôt via un axe narratif précis (il y a largement de quoi faire), d’aboutir à quelque chose de chaleureux et touchant. Donc proche des gens.
Ressemblant plus à un produit dérivé qu’à un portrait attachant, She who flies laisse le spectateur avec une question ouverte : mais qui est Mathilde Gremaud ? Si je n’ai malheureusement pas de réponse à ce stade, je suis néanmoins convaincu que le grand document à propos de cette championne hors pair reste à faire…

© photos : Red Bull Content Pool
Où voir le film ?
Le documentaire est en libre accès sur le site Red Bull TV :










































