LE CRI DES TENEBRES (CRIES IN THE NIGHT/FUNERAL HOME, William Fruet, 1980)

Heather (Lesleh Donaldson) vient passer l’été chez sa grand-mère Maude (Kay Hawtrey) qu’elle n’a pas revue depuis longtemps. Celle-ci vient de transformer sa demeure, située près d’un lac, en maison d’hôtes. Les clients commencent à arriver. Certains disparaissent, tandis que d’autres sont retrouvés assassinés…

Encore un slasher me direz-vous. Non, vous répondrais-je. Si ce sous-genre né d’un renouveau du film d’horreur à la fin des années 1970 a actuellement le vent en poupe chez nos éditeurs, il arrive parfois que l’inattendu surgisse là où on ne l’attendait pas.

C’est le cas de ce Cri des ténèbres, petite production canadienne réalisée par William Fruet, cinéaste surtout resté dans les esprits pour avoir opéré au sein de plusieurs séries TV à sensations (Chair de poule, Vendredi 13, Alfred Hitchcock présente).

A la lecture du pitch, on serait tenté de passer notre chemin. En effet, l’exhumation, façon « fond de tiroir », de tous les slashers possibles et imaginables – bien que semblant satisfaire une frange non négligeable de cinéphages – aura parfois tendance à épuiser le spectateur désireux d’ouvrir son horizon au-delà du canevas usé jusqu’à la corde de la bande d’ados fornicateurs, prêts à se faire dézinguer par un tueur fou.

Réussissant à tirer son épingle du jeu en brouillant rapidement les pistes, Cries in the Night (retitré Funeral Home lors de sa ressortie en 1982) fait immédiatement penser à un récit de Stephen King, tant l’ambiance et le décor évoque l’univers de l’auteur.

Une action située en campagne, des personnages dont les traumatismes passés continuent de hanter leur présent et un protagoniste peu enclin à la sympathie (l’ombre de Boo Radley n’est jamais loin), indiquent une affiliation claire bien que sans doute inconsciente avec l’auteur.

Bien malin celui qui parviendra à anticiper le dénouement de cette redoutable petite bobine, même si une connexion avec une œuvre cinématographique majeure – dont nous ne révélerons rien – pourra éveiller quelques soupçons chez l’aficionados d’œuvres capables de mettre ses nerfs en pelote.

Bien moins connus que maintes autres bobines pourtant moins réussies, Le cri des ténèbres est donc clairement le film qui ravira sans l’ombre d’un doute tout amateur de bonne surprise au cœur d’un cinéma de genre par trop souvent aseptisé.

Où voir le film ?

Le cri des ténèbres est disponible en combo Blu-ray+DVD  chez Rimini Editions.

L’éditeur annonce en préambule de la lecture que la copie utilisée pour cette édition – la seule disponible à ce jour – présente quelques défauts. Mis à part le fait d’être un peu terne en termes de colorimétrie et de contrastes, cette dernière est fort heureusement dans un bien meilleur état qu’annoncé.

Signalons encore qu’il est largement conseillé de regarder le film en VO, le doublage français étant tellement aux fraises qu’il réduit quasi à néant l’impact dramatique de l’intrigue.

Claude Monier « L’affiche de cinéma française »

Philippe Druillet © Adagp, Paris

Pendant des décennies, l’affiche de cinéma fut cantonnée à sa destination première : vendre des films au public. Depuis quelque temps, une forme de reconnaissance s’est instaurée. A tel point que certains posters se vendent aujourd’hui presque aussi chers que des toiles de maitres.

Les beaux livres mettant en avant l’affiche de cinéma se sont donc démocratisés ces dernières années. Ces objets représentent d’ailleurs actuellement la parfaite parade pour les collectionneurs afin d’épancher leur soif de possession. Tout d’abord parce qu’il est devenu impossible d’acquérir certaines pièces, niveau pécunier. Ensuite parce que nos murs ne sont, en toute logique, pas extensibles.

@ Sentenza (Caroline Labadie)

L’étonnement est la première chose qui traverse notre esprit lorsque l’on a le livre de Claude Monier en main. D’un format souple, au format A4, l’objet ressemble plus à un grand cahier qu’au gros pavé rigide que l’on s’imaginait. La déception n’est toutefois pas au rendez-vous une fois le livre ouvert.

Loin de l’objet se contenant de reproduire sur un beau papier une quantité impressionnante d’affiches, l’ouvrage de Monier représente une vraie plongée historique ultra-renseignée dans le sujet. Sans jamais céder à un académisme pédant, Claude Monier nous fait partager, tel l’altruiste qu’il est, ses très grandes connaissances en la matière.

René Ferracci © Adagp, Paris

Si les représentations visuelles ne sont pas l’intérêt premier de L’affiche de cinéma française, le livre explore merveilleusement et de manière très didactique la façon de travailler des grands affichistes à travers le temps, souvent très libre dans leur style, mais ayant comme épée de Damoclès une contrainte que seul cet art impose : l’obligation de mettre en valeur le travail d’autrui.

Que les amateurs de belles affiches se rassurent : elles sont bien présentes, mais triée sur le volet. A savoir selon les préférences de l’auteur du livre qui, avec in fine un nombre limité de visuels, parvient parfaitement à faire sentir l’évolution de cet « art fragile de la promesse éphémère », comme il aime à qualifier l’affiche de cinéma. Un beau livre, au sens imagé du terme. C’est le cas de le dire.

Claude Monier « L’affiche de cinéma française – des origines à nos jours » (Grenelle, 148 pages)

UNE RAVISSANTE IDIOTE (Edouard Molinaro, 1964)

Harry Compton (Anthony Perkins), un jeune homme charmant, est amoureux de la jolie Penelope Lightfeather (Brigitte Bardot). Alors que celle-ci déjeune dans un restaurant, il y provoque un petit incident qui le met en retard à son bureau et conduit à son licenciement. Il se rend alors chez Bagda (Grégoire Aslan), un ami restaurateur comme lui d’origine russe et agent des services secrets soviétiques. Bagda lui confie une mission délicate : le vol d’un document ultra-secret chez Sir Réginald Dumfrey (André Luguet).

En parcourant les mémoires de Brigitte Bardot, on y apprend que la propriétaire de La Madrague considérait Une ravissante idiote comme une « erreur de jeunesse de plus », classant le métrage d’Edouard Molinaro au registre « j’aurais mieux fait de me caser une jambe plutôt que d’accepter de faire ce film ».

Pourtant, en comparaison avec l’ensemble des films que Bardot a tourné avec Roger Vadim, Une ravissante idiote n’a pas à rougir. Tourné quelques mois avant Les Barbouzes, Molinaro devance son confrère Lautner en surfant de manière amusée sur la vague de l’espionnage, alors en plein essor, et de la peur de l’envahisseur russe.

Basé sur ouvrage de Charles Exbrayat, auteur prolifique finalement peu adapté au cinéma et souvent pour un résultat peu convaincant, cette Ravissante idiote reste évident quelque chose à réserver aux aficionados de celle qui restera à jamais – n’en déplaise à certains redresseurs de tort – la femme la plus célèbre au monde.

Tourné essentiellement en intérieurs (les séquences filmées dans les rues de Londres donneront d’ailleurs lieu à des émeutes), Une ravissante idiote permet surtout à Edouard Molinaro de se familiariser avec le comique de situation, via une intrigue placée dans un décor restreint.

Il n’est donc pas totalement saugrenu de penser que Louis de Funès imposera Molinaro sur Oscar, justement pour son aisance à rendre très dynamique les personnages du présent métrage, bien forcés d’évoluer dans un espace limité.

Aux côtés de Bardot et Anthony Perkins, très à l’aise dans le registre de la comédie (et qui joue « in french dans le texte »), on mentionna la comédienne vétérane Hélène Dieudonné. Généralement cantonnée dans les rôles de concierges pour des prestation express, elle fait ici des étincelles avec sans doute le rôle le plus consistant de sa carrière, sans doute largement inspiré par deux tantes de Cary Grant dans l’inénarrable Arsenic et vieilles dentelles de Frank Capra (1944).

Reçu tièdement sur Paris, Une ravissante idiote aura droit à un bien meilleur accueil en province, pour atteindre au final le joli score de deux millions de spectateurs sur territoire Français.

Où voir le film ?

Une ravissante idiote est disponible en 4K UHD et en Blu-ray chez Colored Films.

Aucun détour possible : la copie est absolument sublime. La restauration 4K offre à cette comédie un noir/blanc des contrastes remarquables et un piqué exemplaire. Seul micro-bémol : l’absence de bonus, alors qu’on aurait justement aimé en apprendre plus sur la genèse du film.

PERSONNE N’A ENTENDU CRIER (NADIE OYO GRITAR, Eloy de la Iglesia, 1973)

Elisa (Carmen Sevilla), une escort girl trentenaire vit seule à Madrid dans son appartement d’un immeuble moderne, avec comme seul voisin un couple dysfonctionnel. Au détour d’une porte, elle voit par hasard le mari, Miguel (Vicente Parra), en train de traîner le corps de sa femme dans la cage d’ascenseur. Seule témoin du crime, Elisa devient gênante. Mais plutôt que de la faire disparaitre, l’assassin va en faire sa complice…

Pionnier dans l’univers des éditeurs indépendants, Artus Films se fend d’une ligne éditoriale aussi cohérente que ses produits, toujours d’excellente facture. D’abord intéressé par le cinéma de genre italien, l’éditeur a su ajouter des cordes à son arc avec l’exhumation de films rares en provenance des Pays de l’Est, mais aussi à travers la publication de maintes œuvres espagnoles totalement absentes des lignes éditoriales francophones.

Très intéressé à la filmographie passionnante d’Eloy de la Iglesia, Artus Film continue à rythme régulier de donner accès aux cinéphiles exigeants à l’œuvre de ce cinéaste difficilement classable, mais dont la filmographie est hautement percutante.

Dernier des trois thrillers tournés par Iglesia au début des années 1970, après Le plafond de verre et La semaine d’un assassin (également disponible chez Artus), Personne n’a entendu crier se trouve souvent apparenté, peut-être un peu hâtivement, au cinéma dit « hitchockien ».

Intelligent, Alex de la Iglesia s’amuse à parsemer son film de nombreuses fausses-pistes, jusqu’à transformer une trame « giallesque » en drame passionnel tordu. Ceci avant qu’un twist final ne prenne de court le spectateur afin d’encore mieux retomber sur ses pattes.

Dénué de suspense, mâtiné d’une bande originale easy listening en diable, peuplé de séquence lumineuses, Personne n’a entendu crier pourrait faire penser à Sans rien savoir d’elle de Luigi Comencini (1969). En effet, même si la trame des deux métrages est très différente, la manière dont les réalisateurs des deux métrages s’amusent à contourner les traditionnels passages obligés du thriller y est très similaire.

Ne voulant pas s’arrête en si bon chemin, Artus film publie également ces jours Le buraliste de Vallecas du même Eloy de la Iglesia (1987) et annonce déjà pour le mois de mai deux autres métrages du cinéaste ibérique. De quoi avoir bientôt l’intégrale du cinéaste dans son salon. Et c’est tant mieux.

Où voir le film ?

Personne n’a entendu crier est disponible en combo Blu-ray+DVD chez Artus Films.

Comme toujours, l’éditeur propose la meilleure copie disponible et, dans le cas présent, il faut bien admettre que cette dernière fait des merveilles. L’étalonnage exceptionnel des couleurs rend hautement justice à cette bobine invisible depuis des décennies. Que du bonheur pour les mirettes.

SPRINGSTEEN, DELIEVER ME FROM NOWHERE (Scott Cooper, 2025)

New Jersey, 1982. De retour d’une tournée marathon, Bruce Springsteen planche sur son prochain album. Afin de réaliser des maquettes, le musicien se muni d’un enregistreur 4 pistes qui lui permettra de tester différentes choses chez lui. Ainsi, le chanteur pense arriver en studio avec une forme brute mais assez claire des chansons qui composeront le disque. Une sorte de bande-témoin idéale afin de guider la prise de son finale…

Chaque personne confrontée un jour ou l’autre avec une forme d’aboutissement créatif peuvent en témoigner : très souvent, un élan spontané, même si loin d’être parfait, sera en finalité bien plus authentique que toute tentative ultra-réfléchie. A tel point que, dans certains cas, un retour aux sources s’avérera salvateur.

Prenons l’exemple d’une simple photo prise à l’arrache afin de donner la direction générale d’un projet visuel. Une pochette d’album par exemple. Fort est à parier que les professionnels en charge de la création finale se casseront les dents afin de tenter reproduire quelque chose d’aussi spontané et authentique que leur modèle.

C’est exactement ce que met en lumière, de manière très convaincante, Deliver Me From Nowhere. Enfermé seul dans une maison louée pour l’occasion, Bruce Springsteen enregistre rapidement les démos de dix chansons qui composeront Nebraska, son futur album.

Arrivé en studio avec une cassette en poche, Springsteen pense naïvement qu’il sera simple de recréer l’ambiance feutrée et mélancolique des instants qu’il a su saisir spontanément, sans penser au lien de cause à effet, sans jamais chercher la perfection, mais en gardant une authenticité intacte.

Après des jours à se s’arracher les cheveux, « The Boss » arrive à la conclusion que la tâche est impossible. Une seule solution semble réaliste : publier les démos telles qu’il les a enregistrées, malgré leur prise de son approximative, contre l’avis de sa maison de disque, qui préférerait voir Born in the U.S.A., mise en boite au studio dans la foulée, figurer sur l’album.

Vous l’aurez compris : il n’est pas nécessaire d’être fan de Bruce Springsteen pour apprécier Deliver Me From Nowhere, dans la mesure où le centre névralgique du métrage n’est pas axé sur le chanteur, mais bien sur la notion d’authenticité en matière de créativité et la manière dont les « home studios », alors en pleine émergence au début des années 1980, ont changé la donne. Donc à 100 lieues d’une démarche réfléchie en matière de rentabilité.

De manière encore plus convaincante que Un parfait inconnu, le réalisateur de Scott Cooper (Les brasiers de la colère, Hostiles) parvient ici à tirer son épingle du jeu en détournant le traditionnel – et souvent peu concluant – biopic musical pour nous livrer une œuvre aussi singulière que l’album dont le film raconte la genèse. Passionnant.

Où voir le film ?

Springsteen, Deliver Me From Nowhere est disponible Combo 4K+Blu-ray, Blu-ray et DVD chez 20th Century Studios (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment AG)

UN PARFAIT INCONNU (A COMPLETE UNKNOWN, James Mangold, 2024)

New York, 1961. Alors que la scène musicale est en pleine effervescence et que la société est en proie à des bouleversements culturels, Robert Zimmermann (Timothée Chalamet), un énigmatique jeune homme de 19 ans, débarque du Minnesota avec sa guitare et un talent hors normes, qui changera à jamais le cours de la musique américaine…

Se lancer dans un film consacré à une personne que l’on déteste est un exercice peu stimulant. Surtout quand ladite personne est incarnée à l’écran pour un comédien qui vous sort par les trous de nez. Avouez que j’étais assez mal barré pour m’embarquer dans Un parfait inconnu, le dernier film en date de James Mangold (Le Mans 66, Walk the Line).

Mais le réalisateur est un très bon artisan et Timothée Chalamet m’est apparu plutôt sympathique – car incarnant un type imbuvable – dans Marty Supreme, définitivement le métrage le plus surprenant de ce début d’année. Chalamet serait-il « à mon goût » quand il entre dans la peau d’une personne débectable ? Il fallait en avoir le cœur net.

Dès les premières minutes d’Un parfait inconnu, je réalise que j’ai bien fait d’accorder 140 minutes de mon temps à ce biopic partiel. Déjà, parce qu’il est partiel justement – donc ne cherchant aucunement à couvrir l’entier d’une carrière – mais aussi car il est la preuve irréfutable de ce que je supposais. A savoir qu’un comédien détestable à mes yeux peut d’un coup devenir bon sous mon regard s’il incarne un personnage antipathique à l’extrême. En l’occurrence ici, Bob Dylan.

Alors oui, certes, il faut se taper du Dylan pendant plus de deux heures. Qui plus est en pensant à chaque seconde à Stevie Ricks, le brillant humoriste britannique l’imitant non pas à la perfection, mais en poussant tellement les potards que cela en devient inévitablement poilant. Par chance ici, il y a beaucoup d’autres choses à voir.

Tout d’abord Monica Barbaro, que j’ai découverte il y a 15 jours dans le plutôt pas mal Crime 101, qui incarne une Joan Baez à la fois douce mais déterminée, lumineuse et touchante. Ensuite, car l’effervescence de la folk à l’aube des sixties en plein cœur de Greenwich Village est dépeinte ici de manière à la fois authentique et passionnante.

Enfin, je comprends mieux Bob Dylan, qui m’apparait d’un coup beaucoup plus respectable, car fonctionnant selon le seul vrai principe artistique réellement honnête. A savoir celui de l’artiste qui, contre l’avis général, ne transigera jamais face à sa propre intuition qu’il sait être la bonne.

James Mangold a donc réussi son pari : celui de rendre intéressant son film pour quelqu’un qui avait toutes les raisons du monde de le détester. Je ne peux néanmoins que vous conseiller de vous intéresser à Inside Llewyn Davis, biopic fictif – bien qu’inspiré de différents artistes de la scène folk – tourné dans un noir/blanc superbe par les frères Coen, qui avait su bien mieux que A Complete Unknown dépeindre la scène folk new yorkaise dans tout ce qu’elle a pu avoir de novatrice il y a 65 ans…

Où voir le film ?

Un parfait inconnu est disponible Combo 4K+Blu-ray, Blu-ray et DVD chez 20th Century Studios (distribution Suisse: Rainbow Home Entertainment AG)

LA CAGE AUX FOLLES (Jean Royer, 1973)

Jouée au Théâtre du Palais-Royal plus de 2000 fois entre 1973 et 1978, la pièce de théâtre au succès inaltérable La Cage aux Folles n’avait curieusement pas été filmée pour le petit écran. Aucune capture disponible donc, sauf le sempiternel même extrait que l’on nous ressasse en boucle depuis 50 ans : la scène de la biscotte.

Ceci avant que l’INA annonce avoir découvert au fond d’un carton une bande vidéo, contenant une capture quasi-complète de la pièce. « Le programme comporte quelques interruptions et l’épilogue est manquant » annonçait fièrement l’éditeur LCJ fin 2025, lorsqu’un DVD cette archive, à première vue bénite, apparu au planning de l’éditeur.

Le constat, à la vision du document, est quelque peu différent. On est déjà surpris d’y trouver un générique hybride frisant l’amateurisme, ne prenant pas la peine de signaler les comédiens de La Cage aux Folles autre que Poiret et Serrault, tout en utilisant – sans la moindre mention, donc sans doute sans la moindre autorisation – la musique iconique que Morricone composera pour l’adaptation cinématographique, tournée par Edouard Molinaro en 1978.

Niveau bonne surprise, signalons que la bande vidéo est en très bon état. L’image reste celle d’une capture théâtrale du début des années 1970, mais aucun drop ne vient gâcher le plaisir d’un visionnage à première vue effectivement miraculeux. Les 40 premières minutes laissent même à penser qu’un véritable trésor est réellement entre nos mains.

La suite va malheureusement s’avérer plus chaotique. Parsemée de plans de coupes, zappant une kyrielle de séquences, la deuxième partie de ce « témoignage » ressemble plus au premier montage mis bout-à-bout d’une capture à laquelle maintes scènes ont été enlevées, la faute sans doute à des caméras défaillantes ou des prises de vues ratées, qu’à une véritable capture intégrale.

Sans gâcher totalement notre plaisir, cette dernière partie déçoit d’autant plus que la première laissait entrevoir un vrai miracle. Faut-il dès lors acquérir la récente publication DVD de cette Cage aux Folles partielle ? Si ce document faisait partie intégrante des suppléments d’un réédition du film de Molinaro, nous répondrions sans hésiter par la positive. Dans le cas présent, la possession dudit document s’avère, si ce n’est totalement inutile, « partiellement » dispensable…

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Où voir cette relique ?

La Cage aux Folles – la pièce retrouvée est disponible en DVD chez LCJ Editions & Productions

AU RYTHME DE VERA (KÖLN 75, Ido Fluk, 2025)

En 1975, Vera Brandes (Mala Emde), une jeune femme ambitieuse de 18 ans, va défier les conventions, s’opposer à ses parents et prendre tous les risques pour réaliser son rêve : organiser un concert de Keith Jarrett (John Magaro) à l’Opéra de Cologne. Son audace et sa détermination vont donner naissance au disque de jazz en solo le plus vendu de l’histoire…

Sorti dans nos salles obscures à la fin du printemps 2025, Au rythme de Vera n’a pas eu le temps de conquérir le cœur des spectateurs. La faute sans doute à un titre français totalement à côté de la plaque et ne voulant pas dire grand-chose (la bobine aurait tout aussi bien pu s’appeler Cours Vera Cours).

De manière aussi originale qu’audacieuse, le réalisateur Ido Fluk met en lumière la genèse d’un événement musical aujourd’hui considéré comme majeur, dont la paternité peut être attribuée à Vera Brandes qui, du haut de ses 18 ans et avec une détermination sans équivalant, avait réussi à convaincre Keith Jarrett de faire un détour par l’Opéra de Cologne le temps d’un concert en solo.

Choisissant plusieurs axes narratifs, passant de séquences sur le principe de spectateur-témoin (les protagonistes s’adressant directement au public) à une section complète en forme de road movie détournant volontairement l’audience des multiples péripéties de notre héroïne, Köln 75 se révèle à la fois être une œuvre très didactique (jamais on avait assisté à une démonstration aussi efficace expliquant les différents modes d’improvisation en matière de musique) et touchante.

Ne cherchez pas trace ici de la manière donc Vera Brandes aura réussi à convaincre Keith Jarrett de lui faire confiance, pas plus qu’une seule note du fameux concert au centre des débats (qui donnera naissance au disque de jazz solo le plus vendu de l’histoire avec 3.5 millions d’exemplaires écoulés). L’intérêt d’Ido Fluck se situe ailleurs.

Sorte de feel-good movie détourné, Au rythme de Vera sait à contrario aborder de manière très subtile les thématiques de la reconnaissance lorsque notre voix intérieure nous dirige, contre vents et marées, dans le sens inverse de la bienséance. Donc en nous mettant en opposition avec notre entourage qui, de manière cartésienne, tentent en vain de nous dissuader de prendre des risques jugés inconsidérés, plutôt que de chercher à comprendre.

Incroyable de vivacité, la comédienne Mala Emde illumine le film grâce à une incarnation ultra-vivante de Vera Brandes, tandis que John Magaro (5 septembre) entre dans la peau de Keith Jarrett tourmenté par sa perpétuelle quête de singularité artistique, mais définitivement plus humain que l’image que le musicien énigmatique renvoie sans doute bien malgré lui depuis toujours. Un film d’une sincérité rare sur la quête d’identité.

Où voir le film ?

Au rythme de Vera est disponible en combo Blu-ray+DVD (édition limitée) et en DVD chez Metropolitan.

SIGNES EXTERIEURS DE RICHESSE (Jacques Monnet, 1983)

Vétérinaire propriétaire d’une clinique réputée, Jean-Jacques Lestrade (Claude Brasseur) habite un luxueux appartement et fréquente le Tout-Paris. Tout va bien jusqu’au jour où Béatrice Flamand (Josiane Balasko), inspectrice des impôts, débarque afin d’effectuer un contrôle fiscal. Son ami Jérôme Bouvier (Jean-Pierre Marielle), expert auto-proclamé dans le domaine, compte bien contourner le problème de la comptabilité très approximative du véto…

La révision fiscale est un sujet tout trouvé pour une comédie déclenchant une kyrielle de quiproquos. Autant apprécié dans un bureau qu’un inspecteur des denrées alimentaires dans une cuisine, la personne chargée de ce travail doit effectivement plus facilement pouvoir compter ses ennemis que ses camarades.

On aurait donc pu s’attendre à une franche comédie empilant les gags en cascades, surtout avec le trio Brasseur-Balasko-Marielle en tête d’affiche. Mais plutôt que de réitérer avec un canevas peut-être trop comparable à Clara et les chics types, le réalisateur Jacques Monnet privilégie ici la tendresse à l’effet domino. Inutile donc de chercher ici l’éclat de rire à fendre les murs, Signes extérieurs de richesse fonctionnant selon une mécanique plus en demi-teinte.

Claude Brasseur reprend un personnage finalement assez proche de celui de La boum et Marielle est fidèle à lui-même. La vraie trouvaille est d’avoir confié le rôle de la personne que l’on se plait à détester à Josiane Balasko. Toute en retenue, le jeu de la comédienne lui permet d’ajouter une corde à son arc, via une finesse de ton qu’on ne lui connaissait pas encore à cette époque, et dont elle a malheureusement rarement usé depuis.

L’agenda éditorial vidéo est, depuis l’arrivée des supports numérique, ponctué d’énigmes. En effet, mis sa part sa présence au sein d’un coffret DVD que TF1 Vidéo consacrait au comédien Jean-Pierre Marielle en 2018 (vendu exclusivement dans les magasins FNAC et via une copie non-restaurée), Signes extérieurs de richesse n’avait jamais connu, jusqu’ici, d’édition physique. La chose est aujourd’hui corrigée grâce à l’éditeur Rimini.

Où voir le film ?

Signes extérieurs de richesse est disponible dans la « collection Josiane Balasko » en Blu-ray ou DVD chez Rimini Editions.

L’HOMME SANS MEMOIRE (L’UOMO SENZA MEMORIA, Duccio Tessari, 1974)

À la suite d’un accident, Edward (Luc Merenda) est devenu amnésique et a passé plusieurs mois en clinique. Suite à la réception d’un télégramme de son épouse Sara (Senta Berger) dont il n’a aucun souvenir, il se rend dans le petit village portuaire de Portofino, où cette dernière a élu domicile. Or à son arrivée, Edward se rend compte que Sara a également reçu un télégramme signé de sa main. Or, aucun des deux n’a envoyé de missive à l’autre…

La filmographie de Duccio Tessari est suffisamment singulière pour en être passionnante. Entre un polar sec et ultra efficace avec Alain Delon (Big Guns) et un film de blaxploitation avec Isaac Hayes et Lino Ventura (si si : ça existe bel et bien, même si Touch Guys reste difficile à voir), le cinéaste transalpin signait L’homme sans mémoire.

Catalogué au registre du Giallo, ce film diablement efficace tient autant de ce genre italien enfin reconnu comme essentiel, qu’au Poliziotesco, alors en vogue dans les mêmes années. Difficile à ranger dans une case, ce film a énigme casse donc les codes propres au « genre jaune », puisqu’il vous n’y trouvera pas de tueur masqué assassinant à l’arme blanches une succession de filles aussi sublimes que légèrement vêtues.

Si le film est clairement vendu sur le nom de Luc Merenda, acteur français ayant fait – au même titre que Jean Sorel – l’essentiel de sa carrière en Italie, L’homme sans visage repose en définitive bien plus sur Senta Berger que sur l’acteur à la mâchoire d’acier. On est d’ailleurs surpris de voir la comédienne autrichienne – sans doute imposée par la co-production – s’en sortir avec beaucoup de panache, là où elle fut généralement cantonnée aux prestations fades de potiche.

Essentiellement situé dans le village idyllique de Portofino, l’action du film n’en devient pas pour autant celle d’une simple carte postale sur laquelle une vague intrigue serait greffée. Sans pouvoir égaler les grands classiques du genre, L’homme sans mémoire tire néanmoins admirablement son épingle du jeu, grâce à une galerie de personnes de second plan charismatiques, sur lesquels les twists successifs reposent essentiellement. A ranger donc précieusement sur son étagère réservée au Gialli.

Où voir le film ?

Sorti il y a une quinzaine d’année chez feu l’éditeur Neo Publishing, premier en France à avoir démocratisé le cinéma de genre italien des années 1970, L’homme sans mémoire rejoint aujourd’hui la collection consacrée au Giallo d’Artus Films, via un combo Blu-ray+DVD.

Comme à son habitude, l’éditeur soigne le travail éditorial avec des visuels dans une parfaite continuité (en ne changeant pas de format de boitier, détail faisant toute la différence). Notons également qu’il s’agit d’une première mondiale, dans la mesure où l’édition US sortie en 2021 présentait L’homme sans mémoire dans un format tronqué.

Artus reprend ici une partie des bonus de l’édition Neo et y ajoute une longue intervention d’Olivier Père, peut-être un peu trop diffuse pour être réellement passionnante.

Détail amusant : la bande-annonce du film reprend en fond le thème principal ultra funky de la bande originale du film Big Guns, également composée par Gianni Ferrio.