NEW YORK CONNECTION – FORT BRONX (NIGHT OF THE JUGGLER, Sidney J. Furie/Robert Butler, 1979)

Il y a une dizaine d’année, un bruit persistant avait circulé indiquant que la Fox travaillait à un projet de reboot à la franchise Die Hard, via un opus dont l’action se situerait à la fin des seventies. Connu sous les noms de codes Die Hard 0 et Die Hard 1979, ce projet proposait de suivre une enquête de John McClane alors que l’homme n’était qu’un jeune officier de police new yorkais. Donc avec un nouveau visage devant la caméra.

Loin d’être dénuée de sens, cette idée avait fait son bonhomme de chemin dans nos esprits. Ceci avant que le projet ne disparaisse tout bonnement des plannings du studio, laissant sur leur fin tous ceux qui allaient dorénavant devoir se contenter de fantasmer cette œuvre, subitement devenue imaginaire.

A la découverte de Night of the Juggler, film commencé par Sidney J. Furie – avant que le cinéaste confirmé ne quitte le tournage – et terminé à la hâte par Robert Butler – qui avait jusque-là surtout sévi au rayon des « live action movies » pour la firme Disney – le doute n’est pas possible : Die Hard 1979 existe… depuis 1979 !

Tourné dans les rues de la Grande Pomme a une époque où « la ville qui ne dort jamais » était encore un asile à ciel ouvert, New York Connection – Fort Bronx (titre français valise sans doute là pour semer la confusion avec l’excellent Fort Apache The Bronx avec Paul Newman, sorti à la même époque) à un côté brut, sec et expéditif qui n’est pas sans rappeler Une journée en enfer, troisième opus de la saga dans lequel, justement, John McTiernan s’amusait à casser les codes que lui-même avait instaurés avec un métrage répondant quasiment en tous points au film de Furie/Butler.

A une exception près : tandis que Die Hard with a vengeance recréait, du moins partiellement, une ambiance hostile à certaines rues de New York, Night of the Juggler a réellement été tourné au moment où la ville était en pleine mutation. Les quartiers en forme de terrain vague et les peep-shows visibles dans le film sont donc tout sauf des décors de cinéma (tout comme la présence de Sharon Mitchell au générique).

En allant plus loin, on peut également trouver des similitudes troublantes entre le présent ouvrage et un autre ayant marqué un tournant dans la perception du film d’action au milieu des années 1980, qui quittait enfin de registre « monomaniaque gros bras » pour devenir moins sérieux.

Visez un peu : Night of the Juggler raconte comme par hasard l’histoire du kidnapping d’une fillette frisée et affublée d’une salopette. Mais plutôt que d’attendre une potentielle action de la police, son baroudeur de père – « retraité » des forces de l’ordre – court-circuite le bon sens et fait tout péter pour la retrouver. Pour se faire, il va spontanément être aidé par une jeune et jolie jeune femme issue d’une minorité ethnique. Ca ne vous dit rien ?

Si doute encore il y a, enfonçons un peu le clou : la scène finale, en forme d’affrontement musclé entre le héros et le vilain de service, se déroule dans un sous-sol bourré de tuyaux crachant leur vapeur de toute part. Vous y êtes ? Oui oui :  vous venez de mettre à jour l’un des plus évidents cas de plagiat – pourtant resté sous couvert jusqu’à aujourd’hui – de l’histoire du cinéma.

Quand on sait que le film en question, bien plus célébré que cet excellent New York Connection, a vu sa potentielle séquelle devenir par la force des choses Piège de cristal, un hasard ou une même coïncidence ne peuvent objectivement plus faire partie de l’équation.

Où voir le film ?

New York Juggler – Fort Bronx est disponible en combo limité Blu-ray+DVD-livret chez Sidonis. Si une partie des suppléments présent sur les éditions 4K anglo-saxonne ont disparu (en même temps que le disque UHD), on mentionnera en sus une intervention d’Olivier Père, toujours aussi neurasthénique dans la forme, mais dont le propos est, comme très souvent, passionnant et à la portée de tous.

La question musicale à 1000 balles

Outre une bande originale signée par Artie Kane, compositeur ayant surtout œuvré pour la télévision, New York Connection est rythmé au son d’une bombe disco de très haut vol, que l’on entend à deux reprises durant le film.

Or, chose totalement incroyable et pourtant vraie, Night Juggler (puisque cela doit en toute logique être le titre du morceau) n’est pas crédité au générique de fin du long métrage ! Même l’application Shazam, pourtant redoutable, y perd son latin. Inutile donc d’espérer trouver cette tuerie sur un quelconque disque. Une vraie énigme.

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