PASSENGER (André Ovredal, 2026)

Si l’Oscar de la meilleure bande annonce existait encore, fort est à parier que Passenger décrocherait la statuette. Une mise en bouche énigmatique, qui se trouve également être le prologue du film : deux potes roulent en pleine nuit sur une route secondaire. La voiture s’arrête pour permettre à un des passagers de se soulager d’un besoin urgent. Mais contrairement à la pensée primale, ce n’est pas ce dernier qui va finir en charpie en premier, mais son compagnon de route qui l’attendait patiemment dans la chignole.

Enième film d’horreur à débarquer sur les écrans cette année, Passenger pourrait facilement passer pour une production Blumhouse. Le concept est assez simple et, il faut le dire, de prime abord un peu concon : partant du principe que le bien ne peut exister sans son opposé, on apprend que Saint Christophe a son contraire maléfique. Pendant que le protecteur des automobilistes veille au grain, son « petit diable » s’amuse à dézinguer des conducteurs noctambules.

Par chance, les scénaristes de Passenger ne se sont pas sentis obligés de jouer la carte d’une surenchère visuelle. Au final, le film d’André Ovredal (The Autopsy of Jane Doe, Le dernier voyage du Demeter) est une sorte d’habile croisement entre Smile et Hitcher. Avec un sens aiguisé de la réalisation, le cinéaste norvégien arrive à créer un réel sentiment d’oppression grâce à des stratagèmes de mise en scène simples mais très originaux et ultra-efficaces.

Jamais jusque-là, on avait vu au cinéma une séquence située sur un parking désert urbain aussi habilement mise en boîte, grâce à un simple mouvement rotatif de caméra, opérant plusieurs 360° consécutifs autour de Maddie, le personnage principal du métrage (incarné par Lou Llobell, sorte de petite sœur cachée de Zoe Saldana), totalement tétanisée de voir les perspectives qui l’entourent changer.

Ovredal ne s’arrête pas là, niveau « bonne idée qui fait mouche ». Entre une séquence gentiment stroboscopique rythmée par les feux de détresse d’un véhicule, et l’utilisation culottée d’une séquence de Vacances romaines (jamais on aurait imaginé voir le reflet d’Audrey Hepburn finir ainsi), on reste assez bluffé par les trouvailles visuelles du réalisateur, auquel on semble pourtant reprocher l’aspect trop convenu du présent film (alors qu’il s’agit à l’évidence de son meilleur long métrage à ce jour).

Road movie horrifique avec peu de personnages, Passenger est donc plutôt une bonne surprise. Surtout si on compare ce petit film certes calibré mainstream à Obsession, soi-disant chef d’œuvre ne renouvelant en définitive rien, si ce n’est de se croire plus malin qu’il n’est réellement. On pourrait d’ailleurs sans mal ni exagération aucune appeler ça le « syndrome A24 ».

Passenger d’André Ovredal, avec Jacob Scipio, Lou Llobell, Melissa Leo, Joseph Lopez, Etats-Unis, 1h34.

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