PERSONNE N’A ENTENDU CRIER (NADIE OYO GRITAR, Eloy de la Iglesia, 1973)

Elisa (Carmen Sevilla), une escort girl trentenaire vit seule à Madrid dans son appartement d’un immeuble moderne, avec comme seul voisin un couple dysfonctionnel. Au détour d’une porte, elle voit par hasard le mari, Miguel (Vicente Parra), en train de traîner le corps de sa femme dans la cage d’ascenseur. Seule témoin du crime, Elisa devient gênante. Mais plutôt que de la faire disparaitre, l’assassin va en faire sa complice…

Pionnier dans l’univers des éditeurs indépendants, Artus Films se fend d’une ligne éditoriale aussi cohérente que ses produits, toujours d’excellente facture. D’abord intéressé par le cinéma de genre italien, l’éditeur a su ajouter des cordes à son arc avec l’exhumation de films rares en provenance des Pays de l’Est, mais aussi à travers la publication de maintes œuvres espagnoles totalement absentes des lignes éditoriales francophones.

Très intéressé à la filmographie passionnante d’Eloy de la Iglesia, Artus Film continue à rythme régulier de donner accès aux cinéphiles exigeants à l’œuvre de ce cinéaste difficilement classable, mais dont la filmographie est hautement percutante.

Dernier des trois thrillers tournés par Iglesia au début des années 1970, après Le plafond de verre et La semaine d’un assassin (également disponible chez Artus), Personne n’a entendu crier se trouve souvent apparenté, peut-être un peu hâtivement, au cinéma dit « hitchockien ».

Intelligent, Alex de la Iglesia s’amuse à parsemer son film de nombreuses fausses-pistes, jusqu’à transformer une trame « giallesque » en drame passionnel tordu. Ceci avant qu’un twist final ne prenne de court le spectateur afin d’encore mieux retomber sur ses pattes.

Dénué de suspense, mâtiné d’une bande originale easy listening en diable, peuplé de séquence lumineuses, Personne n’a entendu crier pourrait faire penser à Sans rien savoir d’elle de Luigi Comencini (1969). En effet, même si la trame des deux métrages est très différente, la manière dont les réalisateurs des deux métrages s’amusent à contourner les traditionnels passages obligés du thriller y est très similaire.

Ne voulant pas s’arrête en si bon chemin, Artus film publie également ces jours Le buraliste de Vallecas du même Eloy de la Iglesia (1987) et annonce déjà pour le mois de mai deux autres métrages du cinéaste ibérique. De quoi avoir bientôt l’intégrale du cinéaste dans son salon. Et c’est tant mieux.

Où voir le film ?

Personne n’a entendu crier est disponible en combo Blu-ray+DVD chez Artus Films.

Comme toujours, l’éditeur propose la meilleure copie disponible et, dans le cas présent, il faut bien admettre que cette dernière fait des merveilles. L’étalonnage exceptionnel des couleurs rend hautement justice à cette bobine invisible depuis des décennies. Que du bonheur pour les mirettes.

L’HOMME SANS MEMOIRE (L’UOMO SENZA MEMORIA, Duccio Tessari, 1974)

À la suite d’un accident, Edward (Luc Merenda) est devenu amnésique et a passé plusieurs mois en clinique. Suite à la réception d’un télégramme de son épouse Sara (Senta Berger) dont il n’a aucun souvenir, il se rend dans le petit village portuaire de Portofino, où cette dernière a élu domicile. Or à son arrivée, Edward se rend compte que Sara a également reçu un télégramme signé de sa main. Or, aucun des deux n’a envoyé de missive à l’autre…

La filmographie de Duccio Tessari est suffisamment singulière pour en être passionnante. Entre un polar sec et ultra efficace avec Alain Delon (Big Guns) et un film de blaxploitation avec Isaac Hayes et Lino Ventura (si si : ça existe bel et bien, même si Touch Guys reste difficile à voir), le cinéaste transalpin signait L’homme sans mémoire.

Catalogué au registre du Giallo, ce film diablement efficace tient autant de ce genre italien enfin reconnu comme essentiel, qu’au Poliziotesco, alors en vogue dans les mêmes années. Difficile à ranger dans une case, ce film a énigme casse donc les codes propres au « genre jaune », puisqu’il vous n’y trouvera pas de tueur masqué assassinant à l’arme blanches une succession de filles aussi sublimes que légèrement vêtues.

Si le film est clairement vendu sur le nom de Luc Merenda, acteur français ayant fait – au même titre que Jean Sorel – l’essentiel de sa carrière en Italie, L’homme sans visage repose en définitive bien plus sur Senta Berger que sur l’acteur à la mâchoire d’acier. On est d’ailleurs surpris de voir la comédienne autrichienne – sans doute imposée par la co-production – s’en sortir avec beaucoup de panache, là où elle fut généralement cantonnée aux prestations fades de potiche.

Essentiellement situé dans le village idyllique de Portofino, l’action du film n’en devient pas pour autant celle d’une simple carte postale sur laquelle une vague intrigue serait greffée. Sans pouvoir égaler les grands classiques du genre, L’homme sans mémoire tire néanmoins admirablement son épingle du jeu, grâce à une galerie de personnes de second plan charismatiques, sur lesquels les twists successifs reposent essentiellement. A ranger donc précieusement sur son étagère réservée au Gialli.

Où voir le film ?

Sorti il y a une quinzaine d’année chez feu l’éditeur Neo Publishing, premier en France à avoir démocratisé le cinéma de genre italien des années 1970, L’homme sans mémoire rejoint aujourd’hui la collection consacrée au Giallo d’Artus Films, via un combo Blu-ray+DVD.

Comme à son habitude, l’éditeur soigne le travail éditorial avec des visuels dans une parfaite continuité (en ne changeant pas de format de boitier, détail faisant toute la différence). Notons également qu’il s’agit d’une première mondiale, dans la mesure où l’édition US sortie en 2021 présentait L’homme sans mémoire dans un format tronqué.

Artus reprend ici une partie des bonus de l’édition Neo et y ajoute une longue intervention d’Olivier Père, peut-être un peu trop diffuse pour être réellement passionnante.

Détail amusant : la bande-annonce du film reprend en fond le thème principal ultra funky de la bande originale du film Big Guns, également composée par Gianni Ferrio.

LA TARENTULE AU VENTRE NOIR (LA TARANTOLA DAL VETRE NERO, Paolo Cavara, 1971)

Des femmes sont sauvagement assassinées selon un mode opératoire identique : le meurtrier paralyse ses victimes en leur plantant une aiguille empoisonnée dans la nuque, les laissant conscientes lors de leur mise à mort. Chargé de l’enquête, le commissaire Tellini (Giancarlo Gianini) voit ses investigations piétiner, car aucun lien ne semble relier les victimes…

Dario Argento ayant ouvert une brèche avec L’oiseau au plumage de cristal, il ne fut guère étonnant de voir maintes autres productions transalpines surfer sur la vague du giallo en mode contemporain, mâtiné d’un érotisme frontal non négligeable, les années suivantes.

Premier film produit sans le sillage, La tarentule au ventre noir fait souvent le frais d’une réputation « mezzo », car étant justement la « première copie ». On oublie un peu vite que, bien que restant le maitre visuel absolu du genre, Dario Argento n’était pas le king des intrigues, l’homme ayant toujours privilégié le style à la cohérence scénaristique.

Au registre crédibilité, le film de Paolo Cavara (La cible dans l’œil) tient plutôt bien la longueur malgré un ton assez original, dans la mesure où film est construit comme un polar. A savoir que le spectateur reste à chaque instant du côté d’un policier dépassé par les événement, là où le giallo est généralement placé du côté d’une victime désignée tentant de s’extirper d’une machination infernale.

On est également assez étonné de ne pas trouver ici de rôle féminin décisif, mais uniquement une succession, sous forme de vignettes, de potentielles victimes ou coupables. Inutile donc de jeter votre dévolu sur La tarentule au ventre noir en pensant voir sous toutes leurs coutures Barbara Bouchet, Barbara Bach et Claudine Auger (absente de l’affiche, sans doute pour une aberrante raison contractuelle datant de la sortie du film), les comédiennes ne faisant ici que des passages semi-éclair.

Totalement invisible depuis 1971, La tarentule au ventre noir est donc une vraie découverte pour le public francophone, le film n’ayant même pas, à la grande époque du vidéoclub, connu d’édition VHS locative. Amputé en salles de ses ramifications secondaires (menant habilement le spectateur sur de nombreuses fausses pistes), le film de Paolo Cavara est donc pour la première fois visible, grâce à l’éditeur Carlotta, dans son intégralité sur territoire francophone.

Très axé sur le cinéma asiatique depuis quelques temps, Carlotta semble malgré tout vouloir maintenir sa traditionnelle diversité en proposant à ses nombreux supporters des références du plus passionnant des genres italiens. On est d’ailleurs ravi de savoir que le cultissime Torso de Sergio Martino arrive dans les bacs d’ici quelques semaines. Affaire à suivre donc…

Où voir le film ?

Pour la première fois disponible sur territoire francophone, La tarentule au ventre noir est donc enfin à nouveau visible dans nos contées après 55 ans d’absence éditoriale.

La vision du film en VF est assez passionnante, dans la mesure où cette dernière fut confiée jadis à des doubleurs de premier plan (contrairement à la majorité des films destinés aux cinéma de quartier de la même époque). On reconnait donc facilement les voix emblématiques de Jean-Claude Michel, Dominique Paturel, Perrette Pradier, Jean Marin ou Philippe Dumat, qui donnent une couleur toute particulière au film.

Le doublage en question est dit « à trous », donc avec des sections manquantes (présentées en italien sous-titré), le film ayant été raccourci de 8 minutes à l’époque afin de passer sous la barre de l’heure et demie. Un excellent moyen pour constater des endroits où se situait jadis les coupes.

On notera aussi, détail très étrange, que sur de très courtes portions de dialogues, la voix de Paturel, doublant ici Giancarlo Giannini, laisse place à un autre comédien. Un mystère que pourrait peut-être être éclairci par notre ami Gilles Ermia, l’Indiana Jones des doublages perdus.

Le film est disponible chez Carlotta dans 3 éditions distinctes : un Blu-ray, un 4K et un coffret limité. Notre dévolu s’est évidemment dirigé vers le box contenant, en plus d’un combo UHD+Blu-ray, d’une petite poignée de goodies sympas, allant du sticker autocollant à une reproduction d’affiche, un jeu de photo et le fac-similé du dépliant publicitaire de presse d’époque. De quoi faire de cette « première francophone » un vrai événement.

GOUROU (Yann Gozlan, 2025)

Matthieu Vasseur (Pierre Niney) est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Dans une société en quête de sens où la réussite individuelle est devenue sacrée, il propose à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu’elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s’engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et peut-être de la gloire…

Troisième collaboration entre le réalisateur Yann Gozlan et le comédien Pierre Niney, Gourou était le film que tout fan de thriller huilé attendait avec impatience. Puis, l’omniprésence de Niney partout et tout le temps depuis quelques jours (impossible en effet d’ouvrir la moindre application sans le voir apparaitre), assujetti de nombreuses avant-premières ultramédiatisées, créèrent un doute. Et si Gourou s’avérait au final être un film raté ?

Sans aller jusqu’à parler de ratage, Gourou laisse effectivement perplexe. Très perplexe même. Un point de départ parfait, une première demi-heure exceptionnelle au niveau narratif et puis patatras. Partant rapidement dans tous les sens, ouvrant 107 pistes (dont la plupart sont abandonnées en cours de route), ultra-prévisible dans ses rouages scénaristiques et se sentant presque obligé de réitérer le coup du twist final de Boite Noire, Gourou s’avère au final un film très brouillon et surtout artificiellement complexe.

Le long-métrage, qui a fait un démarrage exceptionnel au box-office (rarement une salle n’aura été aussi pleine à une première séance en matinée hors vacances pour une œuvre calibrée « public adulte »), atteste d’une évidence : il est désormais possible, grâce au succès fracassant du Comte de Monte Cristo, de vendre un film sur le nom de Pierre Niney. Les comédiens le secondant, en particulier Anthony Bajon et Marion Barbeau, démontrent également à quel point leur présence au cœur du cinéma hexagonal actuel est devenue une évidence.

Yann Gozlan et Pierre Niney se fendent d’avoir voulu faire un film sans message, même si la mission semble impossible avec un tel sujet. Si la mise en lumière des dérives de l’auto proclamation de coachs de vie face à des thérapeutes diplômés est assez bien abordée dans un premier temps, cette trame de fond devient rapidement un simple prétexte desservant clairement l’ensemble.

Facile de rester à 100% sur le film de genre quand on parle d’un écrivain raté s’étant approprié un manuscrit oublié (Un homme idéal) ou lorsqu’un scénario est centré sur un expert en décryptage audio manipulé par sa propre autorité (Boîte Noire). L’exercice s’avère beaucoup plus périlleux lorsque la toile de fond est centrée sur un phénomène actuellement très lucratif, et dont expansion s’avère être un réel problème de notre société occidentale.

Quand la caution d’un film passe obligatoirement par l’argument sociétal ou politique, c’est qu’il y a un problème. Lorsqu’un long métrage, qui a toutes les clefs en main pour mettre très habilement en lumière ces aspects sans devoir se trouver de justification, met tout en œuvre pour les éviter en est un autre auquel les cinéphiles n’avaient jusqu’ici pas encore été confrontés. A ce titre, Gourou pourrait bien s’avérer être un cas d’école…

Gourou de Yann Gozlan, avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajo, Christophe Monteney, Jonathan Turnbill, Holt McCallan, France, 2025, 2h06.

Disponible en 4K UHD, Blu-ray et DVD chez StudioCanal (distribution Suisse: Rainbow Home Entertainment AG).

LE LOCATAIRE (THE TENANT, Roman Polanski, 1976)

Trelkovsky (Roman Polanski), un homme timide et réservé, s’intéresse à louer un appartement vacant dans un vieil immeuble parisien. Lors de la visite, la concierge (Shelley Winters) lui apprend que Simone Choule, l’ancienne locataire, a tenté de se suicider sans raison apparente en se jetant de la fenêtre de l’appartement. Très tatillons, les divers habitants de l’immeuble tiennent particulièrement au calme et à la respectabilité de l’endroit. Peu à peu, Trelkovsky commence à penser que ses respectables voisins lui veulent du mal…

Dernier volet de la « trilogie des appartements maudits », après Répulsion (1964) et Rosemary’s Baby (1968), Le locataire est aussi celui qui mettra le plus de temps avant d’être considéré comme une pierre angulaire dans la filmographie de Roman Polanski.

Après Londres et New York, le cinéaste installe son ultime intrigue dont l’enfermement est la clé de voute au cœur de Paris. Afin de mieux brouiller les pistes, Polanski attribue les principaux rôles des personnages intempestifs (la concierge, le propriétaire de l’immeuble et la plus influente des locataires) à des comédiens américains sur le déclin. Un peu comme s’il avait voulu raccrocher ce récit terriblement noir à son passé hollywoodien chahuté.

Là où Répulsion et Rosemary’s Baby jouaient sur l’interaction concrète avec l’entourage proche du protagoniste central, Le locataire s’affranchit de cet aspect palpable pour encore mieux surprendre le spectateur. Délestant le côté clairement conspiratoire du roman de Roland Topor dont il s’inspire le présent film (rendant chaque confrontation entre Trelkovsky et ses voisins possiblement fantasmagorique), Polanski laisse malgré tout à chaque instant planer le doute. Un peu comme si le réalisateur avait mis en chantier Le locataire dans l’unique but de satisfaire les aficionados de Rosemary’s Baby qui auraient (à juste titre peut-être) regretté que le dénouement de ce film référence, où l’horreur est à chaque instant suggérée via son incrustation dans un banal quotidien contemporain, soit justement trop explicite et concret.

Certes, il y a fort à parier que Trelkovsky ne soit qu’un schizophrène imprégné par le lourd passé de l’endroit qu’il habite. Mais pourquoi dès lors ce jeune exilé, qui a sans doute tout comme Polanski subi les affres d’un douloureux passé (l’incarnation du personnage par le cinéaste n’a évidemment rien d’un hasard), s’acharne-t-il à vouloir à tout prix rester dans son appartement, alors que sa clairvoyance paranoïaque l’invite à fuir au pas de course ?

Se terminant par une courte séquence remettant en cause l’intégralité des certitudes que le spectateur s’est peu à peu forgées, Le locataire ouvre soudainement une autre porte. Une autre réalité parallèle potentielle, qui offre d’un coup au récit une possible dimension surnaturelle, jusque-là volontairement écartée par Polanski. Une ultime manière sans doute d’encore plus déstabiliser l’audience. Et ça marche !

Prémisse totalement réussie (et ce malgré le fait que Roman Polanski considère Le locataire comme « une expérience ratée mais intéressante ») de tout ce que David Lynch s’acharnera à mettre en place dans sa filmographie, Le locataire est définitivement l’œuvre la plus sous-estimée de son réalisateur. La pièce maitresse d’un puzzle où chaque élément afficherait un traumatisme de Polanski, cinéaste aujourd’hui à juste titre sujet à controverse, mais dont la parcours filmique n’aurait sans doute pas été aussi passionnant si l’homme avait connu une destinée « normale »…

Texte extrait du livre « Le film de minuit – 1984-1994 : une décennie de séances culte »

Où voir le film ?

Le locataire est vraiment le film de grand studio de Roman Polanski qui fut le plus mal représenté sur support domestique pendant de nombreuses années. En effet, mis à part un DVD américain et un homologue français tardif nanti d’un riche livret, rien au catalogue de la Paramount, détentrice des droits au niveau mondial.

Le film fait son apparition aux Etats-Unis en Blu-ray sous l’effigie de Shout Factory en 2020 avec une VF. Problème : le disque est bloqué en « Region A ». Donc à moins d’être munis d’un lecteur américain, impossible de le lire chez nous. Ceci sans parler du fait que la compression du master utilisé y était calamiteuse.

Le film ressortait chez Vinegar Syndrome fin 2024 en combo UHD 4K + Blu-ray. Si le master est cette fois-ci parfait et le coffret limité très beau (présentant une fausse fenêtre aimantée laissant apparaitre le visage de Polanski une fois ouvert), le Blu-ray est toujours verrouillé uniquement pour les lecteurs US.

Par chance, nous pouvons aujourd’hui compter sur la bienveillance de l’éditeur Carlotta, toujours attentif à fournir à ses clients des produits de haut vol. On conseillera en priorité le coffret « Edition Prestige limitée », regroupant à la fois la version UHD et Blu-ray du film. Une bonne partie des bonus des éditions ricaines est reprise et d’autres exclusifs font leur apparition, avec en bonus des goodies très sympathique (affiche, jeu de photo, reproduction du dossier de presse original).

Attention : cette mouture, limitée à 2000 exemplaires, est déjà en rupture de stock à peu près partout. En se dépêchant, il est toutefois possible d’en dénicher un exemplaire via les deux sites de vente helvétiques principaux en matière de support physique. Mais ne tardez pas trop….

JASON BOURNE : L’HERITAGE (THE BOURNE LEGACY, Tony Gilroy, 2012)

Jason Bourne étant sur le point de mettre à jour Treatstone, un programme destiné à fabriquer des tueurs à la solde du gouvernement américain, les responsables de la CIA décident de mettre un terme à d’autres projets parallèles. Aaron Cross (Jeremy Renner), membre actif du protocole Outcome, se voit malencontreusement destiné à faire partie des dommages collatéraux. C’était sans compter sur la ténacité de cet agent ultra performant…

Les trois adaptations cinématographiques du personnage de Jason Bourne, né sous la plume de Robert Ludlum, ont été de tels succès qu’il ne fut guère étonnant d’apprendre qu’un nouvel opus serait mis en chantier par Universal. Mais au grand étonnement de tous, cette aventure, bien que reprenant le titre original du quatrième ouvrage de la saga littéraire (La Peur dans la Peau en français), se fera sans Matt Damon.

Un si petit détail ne devait, en tout logique, point freiner Hollywood à tenter ramener encore quelques deniers dans ses tiroir caisses. Par chance, la production a su confier l’entreprise à Tony Gilroy qui, outre avoir signé Michael Clayton en 2007, un excellent thriller avec George Clooney, est également un scénariste de talent (on lui doit les trois premiers Jason Bourne mais aussi l’adaptation de Jeux de Pouvoir de Kevin Mcdonald). Dès lors, il était clair que The Bourne Legacy tiendrait la longueur.

Malin, Gilroy reprend un stratagème déjà utilisé par le vétéran Irwin Allen pour Le Dernier Secret du Poséidon en 1979. A savoir que son film ne sera point une suite à La Vengeance dans la Peau (The Bourne Ultimatum, 2007), le dernier épisode en date, mais une aventure se déroulant en parallèle. Ainsi, l’arrivée d’Aaron Cross, sorte d’alter ego à Bourne issu d’un autre programme de la CIA, ne paraît point saugrenu pour le spectateur.

Certes parfaitement inutile, cette manœuvre aurait très bien pu voir le jour de manière indépendante. A savoir qu’Aaron Cross aurait sans doute su se trouver une identité sans Jason Bourne. Sauf que ce simple patronyme aura suffi, à l’évidence, à assurer une partie des recettes du présent métrage.

Alors, cet héritage est-il une arnaque ou pas ? Définitivement non. Pouvant aussi bien s’adresser aux aficionados de la première heure qu’aux néophytes, The Bourne Legacy parvient à se créer une existence à part entière. Il est donc tout à fait concevable de visionner le présent film sans avoir jamais eu connaissance jusque là de la moindre information sur le personnage de Jason Bourne. Ceci sans parler de la présence au générique de la sublime Rachel Weisz qui, à elle seule, justifierait presque le prix du ticket de cinéma…

Texte originellement publié dans la presse romande en septembre 2012.

Où voir le film ?

Disponible chez Universal en 4K, Blu-ray et DVD à l’unité ou en coffret intégrale accompagné des 4 autres métrages de la franchise.

DROP GAME (DROP, Christopher Landon, 2025)

Après le suicide de son mari violent, Violet (Meghann Fahy) accepte, sous l’insistance de sa sœur, un rendez-vous galant dans un restaurant chic situé au sommet d’un gratte-ciel avec Henry (Brendon Sklenar), séduisant célibataire qu’elle a connu via une application. Arrivée en avance sur place, Violet commence à recevoir d’étranges messages sur son téléphone…

Depuis quelques temps, une guéguerre absurde oppose les fans du studio A24 et ceux de son principal concurrent Blumhouse. A en croire la sacro-sainte intelligentsia (toujours la même…), le premier cité ne sortirait que des œuvres marquantes avec une diversité remarquable, tandis que le second serait juste bon à produire à la chaine des produits destiné à un public adolescent avide de sensations fortes.

Certes, Jason Blum, tête pensante de Blumhouse, produit beaucoup de métrages à ranger au registre horrifique et avec une rentabilité inégalée. Les films ne coûtant pas très cher et le matraquage publicitaire aidant, il est en effet très rare de voir un métrage sortant des usines Blum faire un flop au box-office.

Cela fait-il automatiquement du studio une machine à nanars ? Les détracteurs de l’entreprise, qui adorent appeler le studio « Bousehouse », en sont convaincus. La vision d’un petit film efficace comme Drop tend pourtant à démontrer le contraire.

Certes ce thriller aux influences multiples (le réalisateur Christopher Landon cite souvent Hitchcock et Paranoïak de D.J. Caruso en référence) n’est pas soutenu par un casting cinq étoiles et aurait peut-être mérité une écriture plus solide. Il n’empêche que si tous les films destinés à un public adolescent avaient cette tenue et une telle capacité à embarquer leurs parents dans l’aventure, le cinéma du samedi soir s’en porterait sans l’ombre d’un doute bien mieux.

Sorte de version réussi du catastrophique et prétentieux Trap de M. Night Shyamalan (les deux films se déroulant en deux actes très similaires), Drop est donc un petit thriller efficace et fédérateur, que l’on peut envisager de regarder en famille. A condition bien entendu que vos chérubins aient atteint l’adolescence et ne soient pas trop sensibles (Le film est considéré comme « tout public » en France, alors qu’il semble nécessaire d’avoir 16 ans en Suisse pour le regarder sereinement. Un léger compromis semble tout à fait acceptable).

Où voir le film ?

Drop Game est disponible en Blu-ray et DVD chez Universal (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment).

5 SEPTEMBRE (SEPTEMBER 5, Tim Fehlbaum, 2024)

Le 5 septembre 1972, lors des Jeux Olympiques d’été de Munich, des membres de l’organisation terroriste Septembre Noir prennent en otages les athlètes israéliens au cœur du village olympique. Présente sur place pour couvrir la manifestation sportive, une équipe de la chaine ABC Sport va tenter de suivre, minute après minutes, les événements tragiques se déroulant sous leur yeux…

Le sujet avait déjà été traité par trois fois sous des angles différents. D’abord via un très honorable téléfilm porté par William Holden et Franco Nero (Les 21 heures de Munich, William A. Graham, 1976), ensuite à travers un excellent documentaire britannique (Un jour en septembre, Kevin Macdonald, 1999), enfin à travers un thriller sec axé sur les répercussions de la prise d’otage (Munich, Steven Spielberg, 2005).

Le réalisateur d’origine bâloise Tim Fehlbaum (cocorico !) se décide pour une approche toute autre avec une reconstitution à la virgule près de cette dramatique journée planqué dans la régie de la télévision américaine couvrant les JO.

L’idée est audacieuse, le résultat à la hauteur des espérances. Sans jamais quitter sa micro-équipe, ne proposant de voir les aller et venue des journalistes – obligés de jouer de diverses supercheries pour couvrir le drame en direct – que via des moniteurs, 5 septembre est aussi une reconstitution minutieuse d’un studio de télévision mobile du début des années 1970, témoignant des contraintes techniques de l’époque, qui limite évidemment les moyens d’action des journalistes.

Enfin, le film de Fehlbaum met admirablement bien en exergue le dilemme des membres d’une équipe en lutte avec leur intégrité de journaliste et leur conscience personnelle. Faut-il ou non suivre à tout prix les événement tragiques se déroulant sur leurs yeux afin de remplir la sacro-sainte charte du devoir d’information du public ? A quel moment cette mission bascule-t-elle dans la quête inconsciente de sensationnalisme ?

Les exemples de films reconstituant des moments ayant marqué l’histoire de la télévision sont aussi rares que réussis (Frost/Nixon de Ron Howard, Saturday Night de Jason Reitman), mais jamais un n’avait réussi à atteindre une telle tension anxiogène.

Soutenu par un casting cinq étoiles (Peter Sarsgaard, John Magero, Ben Chaplin, Zinedine Soualem), impeccables dans leurs rôles respectifs, 5 septembre confirme également de manière définitive la comédienne allemande Leone Benesch (La salle des profs, En première ligne) comme l’actrice la plus prometteuse de sa génération.

Ayant fait un passage plus que discret dans nos salles obscures au printemps dernier, 5 septembre s’avère effectivement être, comme le slogan publicitaire de l’affiche l’avance, le meilleur thriller de l’année. Quand bien même ce dernier se déroule-t-il dans un espace ultra-confiné et ne s’appuyant sur d’autres effets dramatiques que les événements auxquels les protagonistes assistent en même temps que le spectateur. Redoutable d’efficacité.

Où voir le film ?

5 septembre est disponible en Blu-ray et DVD chez Paramount (distribution Suisse : Rainbow Home Entertainment).

ROGUE AGENT (Adam Patterson & Declan Lawn, 2022)

J’avoue, votre honneur : il m’arrive de regarder un film car une comédienne que j’aime est à son générique. Par « j’aime », je n’entends pas forcément qu’il s’agit d’une actrice incroyable. Juste une femme que j’ai plaisir à voir sur un écran. Oui, je sais, ce n’est pas très 2025 tout ça, mais pour ma défense, j’évite aussi comme la peste certains longs métrages pour la raison inverse : à savoir qu’une actrice s’y trouve, quand bien même cette dernière est sans doute brillante.

J’évite par exemple comme la peste un film dans lequel se trouve Margot Robbie, tant tout m’exaspère chez elle. A contrario, la présence de Gemma Arterton peut suffire à me motiver à la vison d’un métrage, même si ce dernier ne semble à priori pas terrible.

Fabrice Luchini est jadis tombé sous son charme (Gemma Bovery, Anne Fontaine, 2014). Comme je le comprends. Et puis, le joli minois de Gemma a quelque peu disparu des radars depuis une dizaine d’année. La faute à l’âge, puisque cette ancienne James Bond Girl malheureuse a aujourd’hui atteint son Migros Data à l’approche de la quarantaine ? Et ça, c’est très 2025, votre honneur : continuer à regarder des films avec Gemma Arterton, toujours aussi sublime, représente une vraie forme de résistance féministe !

Au détour d’une recherche sur IMDb à propos de Freya Mavor que je viens de voir exceller dans le pourtant pas excellent Dalloway de Yann Gozlan, je tombe sur Rogue Agent, film anglais surfant a priori sur la vague de l’espionnage sérieux, justement avec Gemma Arterton.

Sorti en 2022, le film n’a connu aucune sortie salle francophone, pas plus que d’éditions sur support physique autre qu’étrangères et difficilement localisables. L’affiche laisse entrevoir du sous-John Le Carré, le film est disponible sur Canal+, il n’en faut pas plus pour que je m’y risque. Et je dois dire que j’ai plus que bien fait.

En dire plus serait criminel envers d’autres cinéphiles friands de bonnes surprises, tant Rogue Agent en est une. Non que le film soit un chef d’œuvre ou quelque chose que l’on placera dans sa top ten list annuelle. Juste un thriller redoutable, comme on aimerait en voir plus souvent sur nos écrans de cinéma.

Au risque de me répéter, mais moins vous en saurez et plus l’impact de Rogue Agent sera grand. Je ne me targuerai même pas à vous donner le titre des autres métrages auquel celui d’Adam Patterson et Declan Lawn m’a fait penser, au risque de trop divulgacher. Foncez et laissez-vous berner de la même manière que Gemma Arterton. Le jeu en vaut, à condition toutefois de ne pas être ultra-sensible, clairement la chandelle…

Où voir le film ?

Rogue Agent est disponible (location et achat) sur Canal Plus :

https://www.canalplus.com/cinema/rogue-agent/h/21043670_40099/streaming

LES ENQUÊTES DU DEPARTEMENT V : PROMESSE (BOUNDLESS, Ole Christian Madsen, 2024)

Au registre des transpositions à l’écran de polars danois, Les enquêtes du Département V s’en sortent avec bien plus d’honneurs que Millenium (à l’exception bien entendu du film de David Fincher). La raison est que ces adaptations du Département V (Département Q sur tous les autres territoires. La raison de ce changement dans la langue de Molière semble évidente) ont dès le départ été pensées pour le cinéma, là où les adaptations de Stieg Larsson étaient réfléchies comme une mini-série modulable dans leur durée pour le grand écran.

Après les adaptions imparables des quatre premiers ouvrages de Jussi Alsen-Olsen (Miséricorde, Profanation, Délivrance et Dossier 64), on pensait le dossier clos, le tandem parfait de comédiens choisis (Nikolaj Lie Kaas, effrayant tueur illuminé de Anges et Démons et Fares Fares, impeccable dans Le Caire Confidentiel) ayant décidé de rendre leur costard.

Les quatre premiers films ayant rapporté la timbale dans les pays nordiques, où ils furent bel et bien exploités en salle obscure (les métrages sont directement arrivés dans nos salons francophones), il ne fut guère étonnant de voir débouler la transposition du cinquième ouvrage en 2021. Malheureusement, le changement de casting assujetti d’une qualité toute relative du scénario de L’Effet Papillon (ou Effet Marco) laissaient sur le carreau les aficionados de la première heure.

La prudence était donc de mise avec Promesse, la dernière cuvée des enquêtes du Département V. Si les personnages de Carl Morck et Rose sont toujours interprétés par Ulrich Thomsen (sorte de croisement entre Sting et Philip Seymour Hoffman) et Sofie Torp (pour le coup bien plus convaincante que l’actrice précédente), le personnage d’Assad change une nouvelle fois de visage, et s’en trouve en même temps relégué à de la simple figuration.

Sans parvenir à égaler le quatuor de films originaux, et avec la concurrence d’une nouvelle et très bonne adaptation britannique sous forme de mini-série débarquée il y a peu sur Netflix (Les dossiers oubliés), Promesse redresse assez admirablement la barre suite au catastrophique précédent film.

Nanti d’une mise en scène proposant un vrai point de vue et d’une photographie ultra-lumineuse (en complète opposition aux précédents volets, mais en parfaite adéquation avec le récit), Promesse satisfera donc plus que largement l’amateur de polars tentaculaires et aux multiples rebondissements.

Où voir le film ?

Les enquêtes du Départment V : Promesse est disponible en Blu-ray et DVD chez Wild Side Vidéo (distribution suisse : Frenetic Films)