LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE (DAS VERSCHWINDEN DES JOSEF MENGELE, Kirill Serbrennikov, 2025)

Buenos Aires, 1956 : Josef Mengele (August Diehl), médecin et criminel de guerre, vit dans la clandestinité. Bien que toléré par les autorités locales, la pression se fait de plus en plus sentir autour de lui. Lorsqu’Adolf Eichmann est arrêté, celui que l’on surnommait « l’ange de la mort » se réfugie au Brésil où il recevra, jusqu’à la fin de sa vie, le soutien financier de sa famille…

Ceux qui me connaisse un tant soit peu savent que je ne peux résister à m’enquiller tous les thrillers possibles et imaginables concernant de près ou de loin la traque de nazis. Sans doute un effet domino persistant datant du jour ou ma chère et tendre mère, très pointilleuses sur de nombreux points absurdes mais qui ne manquait jamais une occasion de me montrer des « intrigues qui font peur », m’avait posé devant Marathon Man.

L’arrivée dans nos vidéoclubs (les anciens comprendront la métaphore) de La disparition de Josef Mengele ne pouvait donc d’attirer mon attention. Surtout après avoir constaté que Télérama, Les Inrocks et Libération conchiaient le film de Kirill Serbrennikov (rien de contestataire là-dedans. Juste une aversion de plus en plus viscérale pour l’arrogance intellectuelle).

On reproche beaucoup au film sa pseudo-complaisance avec Josef Mengele. Personnellement, je n’y pas vu une once de « bienveillance » face au monstre d’Auschwitz. Juste une manière autre de démontrer par A+B que, même si l’homme n’a jamais été inquiété par la justice des hommes, Mengele aura fini par s’inquiéter tout seul.

Tel un boomerang qui finit toujours par arriver – sans mauvais jeu de mots – dans les dents de celui qui l’envoie, La disparition de Josef Mengele dépeint le portrait pathétique d’un être encore et toujours odieux, totalement paranoïaque, incapable d’exercer la moindre remise en question face à ce qui n’était pour lui que son « travail », mais dont l’existence en fuite perpétuelle n’affiche même plus l’ombre de ce qu’il considérait comme de la « superbe » pendant la guerre.

Suivant une narration multipliant les flashback et flashforwards, le film de Kirill Serbrennikov se permet également de court-circuiter maints épisodes de la vie fugitive de Mengele, obligeant du même coup le spectateur à poursuivre l’expérience au-delà du générique de fin afin de combler les trous.

On a aussi beaucoup reproché à Serbrennikov l’image bien trop clipée de son film au regard du sujet. Un peu comme si une belle photographie noir/blanc n’était réservée qu’à des œuvres n’abordant ni de près ni de loin une quelconque forme de vérité historique.

Le réalisateur va d’ailleurs jusqu’à nantir, outrage suprême pour l’intelligentsia, son métrage d’une séquence en couleur comme pour inverser la logique des choses, le présent étant généralement montré en couleur au cinéma tandis que le passé se contente de nuances entre le gris clair et le gris foncé.

Au-delà de surprendre le spectateur au moment il s’y attend le moins, ce bref moment en Ektrachrome est surtout là pour créer un malaise, la séquence dépeignant le quotidien à Auschwitz de Josef Mengele comme ultime représentation de ce qu’Hannah Arendt nommait très justement « la banalisation du mal ». Curieux quand même : quand Jonathan Glazer fait de même durant l’entièreté de La zone d’intérêt, les canards précités se gaussent grassement en criant au génie…

Où voir le film ?

La disparition de Josef Mengele est disponible en combo Blu-ray et DVD chez Blaq Out.

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