L’INCONNUE (Arthur Harari, 2026)

Très introverti, David Zimmerman (Niels Schneider) est photographe, mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le persuadent de les suivre dans une fête mouvementée. Il y repère une femme (Léa Seydoux) dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit et a une relation sexuelle avec elle. Quelques heures plus tard, David se réveille dans le corps de l’inconnue…

Depuis quelque temps, bon nombre de monteurs de cinéma américain, le vétéran Paul Hirsch en tête, arborent une casquette avec le slogan « make movies shorter ». Derrière cette micro-phrase se cache un réel problème : les films sont majoritairement devenus inutilement longs.

La faute d’un côté à la disparition de producteurs à l’ancienne n’hésitant pas à renvoyer les cinéastes en salle de montage avec le mot d’ordre clair de raccourcir leur métrage, de l’autre une opération purement mercantile, obligeant les exploitants de salles à monopoliser plus d’une salle pour un seul film s’ils souhaitent faire plus de deux projections par jour.

En regardant la durée des 22 métrages sélectionnés au dernier Festival de Cannes, on constate que 12 d’entre eux, soit plus de la moitié, ont une durée dépassant les deux heures, la Palme de la longévité pharaonique revenant à Soudain de Ryūsuke Hamaguchi (3h16 tout de même).

Sans coller parfaitement à l’adage du long métrage qui gagnerait en qualité si ramené à une durée standard, fort est à parier que L’inconnue d’Arthur Harari (Diamant noir) augmenterait en intensité si raccourci de 30 minutes. Alors oui, ce film rangé au rang « fantastique réaliste » (on n’arrête vraiment pas le progrès au niveau termes hipster à deux balles) joue justement sur son atmosphère. Mais la laborieuse mise en place de l’intrigue, menant simplement au terme du synopsis, aurait peut-être mérité un bon coup de ciseaux.

C’est d’autant plus rageant que la suite de cette Inconnue est de très bonne facture. Si le fond de l’intrigue, opposant un quidam à un événement improbable qui le dépasse totalement, lorgne du côté de Vincent doit mourir de Stéphan Castang (le cinéaste fait d’ailleurs une apparition éclair dans le film), le traitement très original de cette histoire d’inversion multiple d’identités, bien que casse-gueule, retombe admirablement sur ses pattes.

Vendu sur une référence à Anatomie d’une chute, Arthur Harari étant le scénariste du film de Justine Triet (et, instant People, son compagnon dans la vie), L’inconnue n’est clairement pas destiné au même public. Les personnes ouvertes à la possibilité d’aborder une thématique fantastique en sortant du carcan habituel devraient de leur côté y trouver leur compte. A condition de savoir que le film devient bien meilleur une fois sa toile de fond posée.

L’inconnue d’Arthur Harari, avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dreville, Lilith Grasmug, France/Italie, 2026,2h19.

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