
Dans les bas-fonds de Milan, une série de meurtres est perpétrée au sein des prostituées, dealers et homosexuels. Le tueur, qui semble investi d’une mission purificatrice laisse en signature une libellule sur chacune de ses victimes.
L’inspecteur Scaporella (Paul Naschy) est diligenté pour mener l’enquête. Devant l’incompétence de sa hiérarchie, il s’allouera presque malgré des services de sa fiancée Silvana (Erika Blanc) pour élucider le mystère…

Encore un giallo ! On va finir par croire que Flagstone n’est dévolu qu’à ce sous-genre que l’auteur de ces lignes affectionne tant. Il n’en est rien : tout ceci n’est qu’un heureux concours de circonstances, tant nos bienveillants éditeurs indépendants sont au taquet pour nous exhumer des pépites rares n’ayant fort heureusement pas le parfum de simples fonds de tiroir.
Style transalpin découlant du krimi germanique, le giallo s’est parfois exporté en Espagne voisine. Assez comparable, le « genre jaune » ibérique a donc lui-aussi quelques perles à son actif. L’affiliation ici est poussée jusqu’aux « locations », Une libellule pour chaque mort ayant en bonne partie été tourné à Milan. Le plus étonnant concernant cette bobine de Leon Klimovsky (La furie des vampires) réside dans le look totalement hors de clous des comédiens.

On ne le dira jamais assez : Paul Naschy est le frère caché de John Belushi. Un peu moins énervé certes. Encore que… Systématiquement affublé ici d’un cigarillo, collant volontiers des bastos à un pauvre petit vieux pour lui faire avouer son exhibitionnisme incurable, il n’arrive malgré tout pas à la cheville, esthétiquement parlant, de son supérieur hiérarchique (Mariano Vidal Molina, que l’on connait pour sa participation à L’ile mystérieuse – la série de notre enfance avec Omar Sharif), ressemblant plus à un pasteur issu d’une parodie des frères ZAZ qu’un un authentique chef de brigade.
Offrant, vous l’aurez compris, une galerie de personnages tous plus pittoresques les uns que les autres (mention spéciale au comédien Ramon Centenero, parfait croisement physique entre Sergi Lopez et Dominique Aveline), le film de Leon Klimovsky aurait facilement pu verser dans la farce involontaire. Fort heureusement, il n’en est rien.

Une libellule pour chaque mort est donc une très solide série B sur le fil du rasoir n’était pas sans rappeler Peur sur la ville (la « mission » dont se sent investi le tueur ressemble étrangement à celle de Minos) et Frenzy (pour le flic décomplexé secondé par sa moitié sauf qu’ici, c’est lui qui fait la cuisine), qui ravira donc à coup-sûr même le fan de giallo le plus exigeant.
Où voir le film ?
Une libellule pour chaque mort est disponible en combo Blu-ray+DVD chez Artus Films dans une copie flamboyante.
En plus du film, vous trouverez une vaste intervention du désormais incontournable duo Emmanuel La Gagne/Sébastien Gayraud. Comme toujours, la frénésie de ces papes du bis prend le pas sur la forme, mais l’exaltation du tandem est tellement enthousiaste qu’on leur pardonnera sans peine le très léger manque de rigueur de l’ensemble.

