
France, 1933. Serge Alexandre (Jean-Paul Belmondo) mène grand train de vie. Propriétaire de différentes affaires, dont le théâtre de l’Empire, il essaie en vain d’obtenir un non-lieu dans une affaire de crédits non soldés, datant de 1926.
Pour tenter couvrir les dettes accumulées, celui dont le vrai non est Stavisky se lance dans différentes opérations financières : fondation d’une entreprise, dont la mise en bourse est garantie par l’État lui-même et même le commerce d’armes…

Je ne sais pas si vous êtes comme moi. On a beau être ultra fan d’un acteur, connaitre sur le bout des doigts sa filmographie, avoir vu 107 certains films pourtant pas très bons, il reste encore et toujours un ou deux manquements volontaires. Par volontaire, je parle bien évidemment du film que l’on a depuis des lustres, voire même en plusieurs copies via des rééditions, mais dont on remet toujours la vision à plus tard.
C’est ainsi que je remets sous la pile, depuis bientôt 40 ans, Stavisky… d’Alain Resnais. Premier film officiellement estampillé Cerito Films, le métrage s’était soldé par un bide à Cannes et une exploitation honorable, mais ne cassant pas la baraque. A tel point que Jean-Paul Belmondo arrêtera par la suite de tourner autre chose que des longs métrages en adéquation avec ce que le public attend de lui (Alain Delon fera de même après l’échec commercial de Monsieur Klein deux ans plus tard).
Déjà à l’époque du vidéoclub, et bien que présent au sein de la fameuse collection René Chateau, Stavisky… était la VHS qu’on avait jamais envie de louer bien que toujours disponible en rayon. Méfiance donc envers ce drôle de film, dont tous ceux qui l’avait vu à l’époque m’en disait le plus grand mal : on se fait chier, y a pas d’histoire, ça commence jamais et tout d’un coup c’est fini. Tant d’arguments généralisés en la défaveur de Stavisky… donc, renforcé par une inimitié cinématographique avec Alain Resnais, avaient eu raison de moi concernant de ce film jusqu’à présent.

Le temps avance et, par définition, nos envies changent avec. Après avec fait une tentative infructueuse il y a une dizaine d’année, je me suis à nouveau risqué à la vision de ce satané Stavisky… la semaine dernière. L’appréciation d’une œuvre dépend à l’évidence du moment où on l’aborde, mais aussi de l’instant de vie que nous sommes en train de traverser.
Ainsi, je me suis surpris à trouver le film de Resnais bien plus qu’intéressant, carrément passionnant. Alors oui, il ne va aucunement être ici question d’autre chose que de joutes verbales sur fond d’enjeux politiques à un moment charnière de la 3e République. Mais le ton distant et assez léger utilisé pour narrer la fin de parcours d’un escroc notoire et reconnu comme tel résonne aujourd’hui de manière incisive dans la tête d’une andouille comme moi. C’est un dire un plouc de base qui aura dû attendre d’atteindre la cinquantaine pour comprendre que la société qui l’entourne n’est, depuis la nuit des temps, qu’un jeu de dupes.

Scénariste d’œuvres aussi importantes que Z, L’aveu, L’attentat ou Section spéciale, Jorge Semprun brouille ici admirablement les pistes en laissant Bébel faire jouer de sa gouaille légendaire et pose en filigrane tous les enjeux d’une époque faussement apaisée et qui s’apprête à laisser surgir l’abominable.
Ingénieux, Alain Resnais confie la musique du film au jazzman américain Stephen Sondheim pour une partition faite d’étrangetés sonores pourtant faciles à raccrocher aux années folles hexagonales. Suranné par une sublime photographie d’Albert Jurgenson, Stavisky… mérite donc largement une réévaluation. Celle qui laissera peut-être enfin apparaitre le chainon indispensable à le petite histoire trouble de la France de l’entre-deux-guerres.

Où voir le film ?
Si le film est disponible depuis des années en Blu-ray chez StudioCanal, il est à signaler l’existence d’un sympathique petit coffret allemand, regroupant 10 films avec Jean-Paul Belmondo avec, cerise sur le gâteau, également la présence de Hold-Up à l’intérieur, et bien entendu des VF sur tous les films.
Le traditionnel redresseur de tort – accessoirement gardien du temple auto-proclamé – me dira qu’une édition vient de paraitre en France et que c’est pas bien joli de favoriser l’import (totalement légal depuis des lustres au passage). Dans la mesure où le master utilisé est rigoureusement le même dans les deux cas et que le seul bonus conséquent de cette soi-disant édition définitive est une interview de Bébel disponible en libre-accès depuis des lustres via les archives de la RTS, j’ai envie de dire : « pourquoi se priver de 8 films en bonus pour un prix similaire ? ».
