LA VENUS ELECTRIQUE (Pierre Salvadori, 2026)

Paris, 1928. Antoine Balestro (Pio Marmaï), jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis le décès tragique de son épouse Irène (Vimala Pons) survenu il y a cinq ans. Au grand désespoir de son galeriste et mai Armand (Gilles Lellouche).

Un soir d’ivresse, Antoine se rend dans une fête foraine pour tenter d’entrer en contact avec Irène par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne (Anaïs Demoustier), « attraction » de l’endroit à la spécialité toute particulière : elle déclenche, par un simple subterfuge, l’électricité aussitôt qu’un homme l’embrasse.

Voyant l’inspiration de son protégé revenir suite à cette fausse séance de spiritisme, Armand persuade Suzanne, moyennent forte rétribution, de poursuivre son imposture…

Si mon boulot résidait à faire des pronostics, je serais capable de faire partir en faillite n’importe quel organisme financièrement sain en deux temps trois mouvements. Zéro pointé dans le domaine, même lorsqu’il s’agit du potentiel succès en salle d’un film.

Ainsi, lorsque je me suis rendu jeudi dernier en salle pour voir La Vénus électrique, j’ai été très étonné de trouver une grande salle bien remplie. Etonné aussi de retrouver au passage la sensation d’une vraie séance de cinoche, où le plaisir collectif est palpable à chaque instant. Il y avait tellement longtemps que je n’avais pas entendu des gens rire dans une salle obscure que j’en ai presque oublié qu’aucun téléphone n’était venu perturber la projection.

N’étant pas particulièrement sensible au cinéma de Pierre Salvadori (je cherche toujours une once de drôlerie dans En liberté ! qui avait – parait-il – fait pleurer de rire des salles entières), j’ai vraiment eu droit au « double effet Kiss Cool » avec La Vénus électrique. D’une part parce que j’ai trouvé le film vraiment réussi, mais aussi car l’audience était fondamentalement acquise à la cause de cette histoire d’arnaque à la voyance. De là à en conclure que le film de Salvadori serait un succès public, il n’y avait qu’un pas dans mon esprit.

Partant d’un postulat parfait pour un drame intense, La Vénus électrique tire son épingle du jeu en transformant toute situation potentiellement tragique en pirouette enjouée. Drôle, espiègle, lumineux, léger, le métrage de Salvadori est donc tout le contraire de ce que l’on serait en droit d’attendre d’un film dont le toile de fond se situe dans l’univers des forains du début de 20e Siècle, comme d’autres œuvres fondamentales du Septième Art (Freaks de Tod Browning, Elephant Man de David Lynch, Nightmare Alley de Guillermo Del Toro).

Si on n’est guère étonné de voir Vimala Pons faire des étincelles, la comédienne ayant réellement un grain de folie en elle, on est beaucoup plus surpris – en grand bien – de découvrir une Anaïs Demoustier espiègle et – osons-le dire – sexy en diable. Dans des registres de jeu plus attendu, Pio Marmaï et Gilles Lellouche sont fidèles à eux-mêmes. Donc comme toujours très bons.

Alors que le film fait des scores très honorables en France, la fréquentation de La Vénus électrique reste plutôt timide en Suisse romande. Sorte de version réussi de La venue de futur de Cédric Klapisch, les deux métrages fonctionnant à la fois sur le principe de différentes époques qui se télescopent et avec comme toile de fond l’univers des peintres de la belle époque, le film de Pierre Salvadori est clairement celui qui gagnera en estime avec le temps, tant il s’agit à l’évidence d’un des films forts de l’année cinématographique. Et à ce registre, croyez bien que l’auteur de ses lignes est un très bon pronostiqueur…

La Vénus électrique de Pierre Salvadori, avec Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche, Vimala Pons, France, 2026, 2h02.

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