Stephen Rebello « Hitchcockian Thrillers »

« Charade » de Stanley Donen (1963)

Voilà un ouvrage qui sait vendre du rêve, tant le sujet résulte du fantasme de nombreux cinéphiles (forcément) fans de thrillers hitchcockiens. Le préambule du livre défini d’ailleurs, de manière très claire et précise, les critères pour qu’un long métrage puisse être apparenté à ce sous-genre.

Aficionado de l’œuvre de Hitch devant l’Évangile ayant déjà publié deux ouvrages pointus (un sur Psychose, l’autre à propos de L’inconnu du Nord Express), Stephen Rebello semblait l’homme de la situation. Pointilleux jusqu’au-boutiste, l’auteur britannique expose très clairement dans la longue introduction de Hitchcockian Thrillers les conditions sine qua non à remplir afin d’obtenir le prestigieux label.

« Pas de lauriers pour les tueurs » de Mark Robson (1963)

Exit ici les whodonit, Alfred Hitchcock ayant toujours affirmé ne pas adhérer au principe d’une révélation tardive au profit d’une tension permanente. Idem pour les parodies, quand bien même celle-ci aurait été adoubée par le maitre du suspense (Le grand frisson de Mel Brooks), les remakes et les œuvres faisant appel au surnaturel.

Si les contraintes se justifient, si le long explicatif à propos de fameuses conditions requises exigées tient clairement la route, le verdict à propos de ce Hitchckockian Thrillers est pourtant en demi-teinte.

« Mirage » d’Edward Dmytryk (1965)

Tandis que les références évidentes sont bel et bien présentes ici, si une grosse poignée de métrages à côté desquels nous sommes inévitablement passés nous donne immédiatement envie de les visionner, malgré le fait que chaque entrée est nantie de son MacGoffin, le reste des références laissera le lecteur quelque peu dubitatif.

Entre films à côté de la plaque (Mission : Impossible 2, La sirène du Mississipi, Phantom Thread), nanars intersidéraux (La fille du train, Troubles, The Tourist), oublis évidents (La fièvre au corps, Transamerica Express, Fenêtre sur Pacifique), l’absence totale de « mini-Hitchcock » de la Hammer, de Krimis et autres Giallos (deux genres dont les fondements mêmes sont pourtant bien hitchcockiens), on est un peu perdu dans cette fête à la saucisse guère homogène.

« Un frisson dans la nuit » de Clint Eastwood (1971)

A contrario, soulignons la volonté de Stephen Rebello de ne jamais se laisser guider dans ses choix, arguments à l’appui. Mentionnons également, en manquement très frustrant, l’absence de fiches techniques des films incriminés, obligeant le lecteur à garder un site spécialisé en permanence sous le coude, ne serait-ce que pour connaitre le nom des comédiens ou du réalisateur. Le véritable bouquin sur le sujet reste donc à faire.

Stephen Rebello « Hitchockian Thrillers » (Blumsbury, 308 pages)

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