THE SOCIAL RECKONING (Aaron Sorkis, 2026)

64%. C’est le chiffre avancé par Frances Haugen (Mikey Madison), analyste au sein de la société Facebook, suite à de recherches internes concernant le nombre de personnes ayant validé leur appartenance à des groupes extrémistes suites aux nouvelles recommandations algorithmiques de la plateforme mises en place en 2018.

Incapable de se faire entendre par sa hiérarchie, l’ingénieure pourtant engagée par la firme de Mark Zuckerberg (Jeremy Strong) au département d’intégrité civique va entrer en contact avec Jeff Horwitz (Jeremy Allen White), journaliste-reporter qui prépare une série d’articles sur les disfonctionnements du réseau social pour le Wall Street Journal…

Le film s’ouvre sur une scène malheureusement devenue banale. Interpellée pour un simple contrôle d’identité, une automobiliste refuse d’obtempérer devant les demandes insistantes des représentants de forces de l’ordre. Malgré l’assertivité des agents, la femme considère leurs demandes comme une agression, filme la scène et la met immédiatement en ligne sur les réseaux sociaux.

Passant le plus clair de son temps à débusquer ce genre de comportement en forme d’appel à la haine, Frances Haugen reconnait l’autrice de la vidéo. Elle l’a en effet croisée quelques années auparavant dans une conférence aux tenants progressistes. Comment une femme aux penchants pacifistes et très ouverte d’esprit a pu à ce point changer ?

L’introduction de The Social Reckoning ne dure que 5 minutes, mais annonce sans détour tout ce qui va suivre. Scénariste de The Social Network, Aaron Sorkis (Des hommes d’honneur, Malice, Ennemi d’Etat) se voit proposer par Sony d’écrire une suite au classique immédiat de David Fincher. Plutôt que de simplement pondre, comme c’était le cas du film original, un nouveau récit centré sur le personnage de Mark Zuckerberg, le scénariste-réalisateur adopte ici un point de vue inverse.

Avec pour matériel de bases les ouvrages respectifs de Frances Haugen et Jeff Horwitz, Sorkis met en lumière une évidence : pour lui, les réseaux sociaux, et par déclinaison Zuckerberg (puisque patron de la majeure partie d’entre eux), sont en grande partie responsables de l’état dans lequel se trouve actuellement notre société occidentale, où il semble de moins en moins évident de régler une simple peccadille autrement que par l’entremise d’actes que l’on peut sans exagération qualifier d’extrémistes.

Sur papier, l’exposé peut paraitre justement extrémiste. A la fin de la projection, on est bien obligé d’admettre que le postulat auquel nous venons d’assister – et à propos duquel il serait cruel d’en dire d’avantage – est bluffant au-delà du raisonnable, tant toute ces pourtant évidences sournoises que nous avons en permanence sous le nez se comportent exactement comme Zuckerberg le souhaite.

Pour étayer sa démonstration, Aaron Sorkis s’appuie sur une mise en scène académique et un traitement scénaristique par instant scolaire. Une partie de la critique reproche d’ailleurs ouvertement à l’auteur ce manque d’audace dans la forme. Un peu comme si nos habituels donneurs de leçon avaient zappé les nombreuses aller/venues dans le temps qui ponctuent le récit, très didactiques dans un premier temps, qui finissent par lâcher la main du spectateur sans que ce dernier ne se perde pour autant dans le récit.

C’est également oublier un peu vite qu’au-delà d’offrir une belle référence aux plus importants thrillers américain suivant une authentique enquête journalistique ayant conduit à des prises de consciences essentielles (Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula, Révélations de Michael Mann, Spotlight de Tom McCarthy), ces œuvres essentielles ont besoin de cet encrage afin de rendre crédibles les comédiens donnant vie à l’écran aux authentiques protagonistes qu’ils incarnent.

Devant la caméra, le remplacement de Jesse Eisenberg – qui ne souhaitait pas entrer une nouvelle fois dans la peau de Zuckerberg – par Jeremy Strong, renforce à l’évidence l’impact glacial que le film aura sur le spectateur, tandis que le tandem forcément antinomique formé par Jeremy Allen White (Springsteen) et Mikey Madison (Anora) rappelle les grandes heures du thriller paranoïaque (Les 3 jours du Condor, L’affaire Pélican, Les complices).

L’académisme tempéré du film d’Aaron Sorkis renforce également le côté pédagogique du long métrage. Une œuvre aux ramifications scénaristiques suffisantes pour autant satisfaire l’afficionados du genre que l’enseignant un brin pédagogue, qui ferait bien de montrer The Social Reckoning à ses élèves, plutôt que de les obliger à s’infliger des œuvres pseudo-humaniste aussi redondantes que périssables…

The Social Reckoning d’Aaron Sorkis, avec Mikey Madison, Jeremy Allen White, Jeremy Strong, Betty Gilpin, Billy Magnussen, Bill Burr, Anna Lambe, Wunmi Mosaku, Etats-Unis, 1h52. Actuellement sur les écrans.

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