
Ayant un frère toxicomane et un cousin membre du crime organisé, Danny Ciello (Treat Williams) fait pourtant partie du SIU, l’unité spéciale chargée de la lutte antidrogue au sein de la police de New York. Sa brigade dispose d’une grande latitude pour monter des dossiers contre les accusés. L’unité est également impliquée dans de nombreuses pratiques illégales, telles que le détournement d’argent des criminels et la fourniture de drogue volée à des informateurs.
Après un incident où il bat un junkie pour lui subtiliser sa réserve d’héroïne, Danny commence à avoir des problèmes de conscience face à son mode opératoire. Approché par les affaires internes, il accepte de participer à une enquête sur la corruption policière dans sa ville…

C’est le film maudit pas excellence. Celui qui ne passe jamais à la télévision. Celui qui, mis à part une VHS locative au début des années 1980 et un DVD paru furtivement en 2007, a totalement disparu des radars éditoriaux et hertziens. Donc par déclinaison, de la mémoire collective.
A l’inverse, Serpico, premier film de Sidney Lumet à aborder à la fois de manière frontale et dans un style proche du documentaire la corruption policière et la manière dont un membre des forces de l’ordre va trahir pour soulager sa conscience, n’en finit pas d’être cité à longueur de temps en référence comme le métrage ayant défini les codes du polar moderne américain.
Sans rechigner devant le plaisir que j’ai à revoir de temps à autre Serpico, en grande partie pour sa bande originale signée par un Mikis Theodorakis à exact opposé de ce que le compositeur grec avait pour habitude de produire à la même époque, je continue – et je ne suis d’ailleurs pas le seul – à ne pas délirer outre mesure devant ce Lumet plus célébré qu’Un après-midi de chien bien qu’objectivement inférieur.

J’avoue humblement que, jusqu’à hier, je n’avais jamais vu Prince of the City. Sans doute parce que le film est long et que l’aspect « pris sur le vif » m’avait découragé lors de ma dernière tentative lors de la sortie du film en DVD. Ca remonte donc à une petite vingtaine d’année.
Avec l’âge, mes goûts changent en même temps que la manière que j’ai d’aborder une œuvre. Ainsi, beaucoup de films longs et contemplatifs trouvent aujourd’hui grâce à mes yeux. La possibilité de visionner ce Prince de New York dans d’excellentes conditions devait suffire pour que j’y consacre mon dimanche après-midi. Bien m’en a pris.
Certes, le traitement du sujet, bien que similaire à Serpico, continue d’être déstabilisant. Aucun effet spectaculaire, aucune détonation, aucun traitement visuel particulier au New York du début des eighties que l’on devine plus que l’on ne voit. Tout est ici concentré sur les rapports authentiques entre les personnages.

Antithèse absolue des Infiltrés de Martin Scorsese, Le prince de New York affiche dont des protagonistes pris dans la tourmente de leurs actes tacites et/ou de complaisance. On ne décide pas de devenir un défenseur de la loi corrompu : on le devient par la force des choses. De même, Sidney Lumet met ici très bien en lumière les rapports intègres que conservent des amis et/ou collègues, et ce malgré la trahison d’un des leurs.
Aucune scène de règlement de compte n’est visible dans Prince of the City, la violence du milieu restera en hors champs. Le film de Sidney Lumet reste à chaque instant au plus proche de l’être humain qui, petit à petit, va se trouver confronté à la culpabilité. La trahison ici n’a donc rien d’un acte vengeur. Elle est le simple détonateur à la rédemption devant laquelle chaque personne se retrouvera confronté un jour dans son existence. Qu’il ait simplement mauvaise conscience pour une peccadille ou que l’on ait commis des actes hautement répréhensibles.
Ainsi, selon Lumet, la trahison peut être considérée comme un acte de confession au sauvetage de son âme. Certains appellent ça l’entrée en sagesse. D’autres en religion. Un grand film très injustement passé sous les radars jusqu’à aujourd’hui.

Où voir le film ?
Sorti en Blu-ray il y a quelques années chez Warner Archive sans la moindre option française, Le prince de New York est disponible depuis peu en Espagne grâce (ou à cause) du flou juridique propre au pays, tolérant des éditions tout sauf officielles bien qu’en vente libre.
L’avantage de ces éditions, outre de souvent proposer des titres indisponibles sur le marché, est d’avoir des Blu-ray généralement nantis d’une VF et des sous-titres idoines, comme c’est le cas pour le film de Lumet.
Proposé sur un disque double-couche, la présente édition utilise le même master que pour la version US : un peu trop lisse certes, mais qui permet d’enfin accéder à ce classique immédiat injustement mis sur le banc de touche depuis 45 ans.
