
Alexa (Rosalba Neri) accepte d’épouser Ronald Marvelling (Curd Jürgens), un richissime et vieillissant homme d’affaire, selon un pacte tacite : en entretenant son oisiveté, la jeune et jolie femme le laisse profiter à sa guise de sa jeunesse. Mais lorsque Alexa entame une relation torride avec Pietro (Juan Luis Galiardo), Marvelling prépare une vengeance très orchestrée…
Les lecteurs habitués à Flagstone le savent : je suis un cinéphage lorsqu’il s’agit de Giallo. Un peu comme ce cher Indiana Gilles avec le western. Du coup, dès qu’un nouveau thriller appartenant au « genre jaune » de la grande époque (grosso modo de 1965 à 1978) déboule chez un éditeur, je m’empresse de le visionner.

Fort est de constater qu’à force de regarder tous les Giallo possibles et imaginables, je m’emmêle un peu les pinceaux, tant certains canevas sont récurrents. Et pourtant : la patine d’époque, les décors naturels souvent somptueux, les bandes originales démentielles et, je l’avoue, les très jolies filles mieux mises en valeur que jamais suffisent souvent à me faire avaler la pilule d’une œuvre parfois moyenne.
Co-production italo-ibérique réalisée par un cinéaste espagnol mais entièrement tourné en France, Deux mâles pour Alexa avait tout pour attirer mon regard. Surtout grâce à la présence de Curd Jürgens en infame conspirateur prêt à tout pour éliminer sa jolie épouse adultère. Habité aux rôles de salopiaud, de L’espion qui m’aimait à la série teutonne Inspecteur Derrick (Si, si !), le comédien germano-autrichien semblait idéal pour incarner le mari trompé.

Face à lui Rosalba Neri, sorte de croisement parfait entre Edwige Fenech et Lea Massari, est évidemment l’élément idéal au registre « jolie fille habilement mise en avant ». Le réalisateur Juan Logar a très bien compris la chose, puisqu’il passe un temps plus que considérable focalisé sur elle, par instant même au détriment d’une intrigue qui peine quelque peu à se mettre en place.
Plutôt que de partir sur des sentiers rabattus, Deux mâles pour Alexa supprime la traditionnelle succession de meurtres à l’arme blanche en forme de whodonit pour se transformer en huis-clos claustrophobesque, façon Saw, premier du nom.

Avec malice, Juan Logar parsème son métrage de séquences de flashback et d’autres tournées dans un noir/blanc très stylisé, donnant à ce métrage une patine toute particulière, renforcée par les décors naturels hexagonaux, entre Paris et Vattelot-sur-Mer, commune portuaire situé à mi-chemin entre Etratat (on voit quelques plans furtifs de ce haut-lieu touristique dans le film) et Yport, dont la plage des Vaucottes devient le centre névralgique de la mise en valeur de Dame Rosalba.
Peut-être moins indispensables que certains désormais classiques du genre, sublimé par une chanson entêtante signée Pietro Puccioni, Deux mâles pour Alexa n’en demeure pas moins passionnant pour tout aficionados de Giallo « à rebrousse poils ».

Où voir le film ?
Deux mâles pour Alexa est disponible en combo Blu-ray+DVD chez Artus Films. Provenant d’un master italien, la copie présente quelques défauts, sans doute présents sur le négatif endommagé. Ceci n’entache aucunement le plaisir grâce à un étalonnage et une colorimétrie parfaite.
Comme de coutume désormais chez Artus, vous trouverez en bonus une vaste intervention du désormais incontournable duo Emmanuel La Gagne/Sébastien Gayraud centrée sur le Giallo ibérique.
La frénésie de ces papes du bis prend une fois de plus le pas sur la forme. En se coupant régulièrement la parole et en cherchant parfois de longues secondes les références qu’il souhaite partager, le tandem laisse par instant le spectateur sur le bord de la route. Mais l’exaltation du duo est tellement enthousiaste qu’on passera sur le côté légèrement brouillon de l’ensemble.
La sublime musique entêtante de Piero Puccioni :
