
Comédienne très investie, Garance (Adèle Exarchopoulos) court d’une scène à l’autre sans se décourager, malgré le fait qu’elle ne sera jamais une vedette reconnue. Venant de quitter son petit ami devenu au fil du temps un fardeau, cette jeune et vaillante femme vit à 200 à l’heure ; au point de ne pas s’apercevoir que son train de vie, fait de fêtes nocturnes et de représentations aux quatre coins de Paris, l’a petit à petit conduite à devenir accro à la boisson…
Le film aurait pu s’appeler Une jeune femme qui va bien. Pudique, Jeanne Herry a préféré donner le nom de son héroïne au film. Héroïne est vraiment le terme approprié, tant Garance parvient, tout comme ce fut le cas de Je verrai toujours vos visages, le précédent long métrage de la réalisatrice, à traiter d’un sujet grave avec une pudeur exceptionnelle.

La thématique des addictions est un sujet récurrent au cinéma, mais très rares sont les auteurs à avoir réussi à tirer leur épingle du jeu. C’est à l’évidence le cas ici. Avec grande intelligence, Jeanne Herry ne perd jamais de vue que Garance n’est à aucun moment une œuvre sur l’alcoolisme, mais bel et bien un film suivant le parcours, sur plusieurs années, d’un personnage puissant restant chaque instant le véritable sujet.
Sortant des sentiers battus, Garance ne nous montre pas le cheminement d’un personnage jusqu’à sa rédemption, mais se concentre sur la prise de conscience. A savoir le moment où Garance accepte le fait que l’attention qu’elle porte à son état de santé, de plus en plus chancelant, ne peut plus être différé même au lendemain.

L’autre aspect criant de vérité du film et à la fois peu abordé au cinéma est la mise en exergue par Jeanne Herry d’un alcoolisme au quotidien, principalement de convivialité, pouvant donc facilement être associé à quelque chose de normal. Une normalité évidemment biaisée dans les faits, mais que les apparences peuvent facilement endormir.
Evitant également toute forme de jugement, Garance pourrait, au vu de son incontestable force à rester à chaque instant loin d’une quelconque forme de pathos, devenir un cas d’école. A savoir une œuvre que l’on pourra voir accompagné d’une personne de notre entourage sur la pente glissante, sans que cela ne ressemble à un traquenard ou ne provoque une bien mal venue et inefficace leçon de morale.

L’affirmation peut paraitre facile, voire « valise », mais il est pourtant clair qu’avec Garance, la toujours excellente Adèle Exarchopoulos tient le rôle de sa vie (ne serait-ce qu’à travers une courte séquence où la comédienne explique à des enfants les raisons qui l’on poussées à exercer ce métier, rarement récompensé à la hauteur de l’investissement). Aucun suspense donc concernant le César de la meilleure actrice qui sera décerné le 25 février prochain, même si je reste le pire pronostiqueur de l’univers…
Garance de Jeanne Herry, avec Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Brillaud, Anne Suarez, Jacques Vincey, Bruno Raffaelli, Jehnny Beth, France/Belgique, 1h55. Actuellement sur les écrans.
